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mercredi, 30 mai 2007

ELLE - Le Camionneur au lilas (2)

aa5fb0409a954b727d84b590b81e0d7d.jpg« Il approche ses lèvres de ma bouche noyée de larmes salées. Il m'embrasse à nouveau. Son baiser est suave, voluptueux. Il glisse doucement ses lèvres sur mes yeux, sur mon front, sur mon cou et picore amoureusement de baisers mon visage inondé... Il me souffle alors doucement à l'oreille ''et si l'amour c'était vous ...''» **


L'ETREINTE

Sa bouche glisse à nouveau vers mes lèvres et reprend son baiser là où il l'avait laissé. Son baiser n'en finit pas. Je ne suis plus moi, je deviens Elle. Du détachement il , il m'en faut pour narrer la suite de cette aventure improbable et pourtant si réelle.

Elle n’est plus dans ses bras, elle n’est plus de ce monde. Immatérielle, elle se liquéfie et part rejoindre la source originelle, mère de toute vie, source qui jaillit de son ventre, au creux de ses cuisses. Son ventre n’est que flux et reflux lunaires, ses cellules affolées tournent et virent à un rythme planétaire accéléré. Elle se fond dans le cosmos. Il l’étreint si fort qu’elle se croit en lui. Son corps en fusion pénètre sa peau à lui, s’immisce dans chaque molécule de son corps à lui. Comment peut-il encore l’embrasser, elle est évaporée ! Le souffle lui manque, elle suffoque. Mais que lui arrive-t-il ? A-t-elle jamais ressenti cela ? Leurs lèvres toujours plus avides inventent des baisers inhumains où toute l’énergie de la vie circule et se démultiplie. Elle serre ses bras tant qu’elle peut autour de son torse, le transpercer, le pénétrer, inverser les rôles, le posséder. Un élan surnaturel la lie à lui et il est impossible qu’il ne le sente pas.

Pourtant il a l’air si calme. Son sang ne semble pas battre plus vite à ses tempes, sa respiration ne semble pas s’emballer. Et pourtant, si, la passion l’a saisi. La tension musculaire de tout son corps contracté contre le sien, l’attraction magnétique qui le pousse vers elle trahissent son silence et révèlent son envie à lui. Mais autant elle le palpe, le caresse, malaxe ses muscles et sa chair chaude avec empressement, comme un être affamé, autant lui se contente de la plaquer contre lui avec force, à l’étouffer. Elle sent enfin monter contre son ventre, irrésistiblement, le désir de ce camioneur apparemment insensible. Elle doit se ressaisir sinon son coeur va imploser. Elle doit respirer, oxygéner ses poumons enflammés, reculer devant la pulsion animale qui vient du fond des âges et qui veut l’emporter. Au prix d’un effort impossible elle se délivre enfin de ce baiser délirant. Elle se redresse légèrement pour découvrir le visage de celui qui la fait palpiter à en pleurer. Il ouvre ses yeux doucement, relâche la pression de ses mains sur ses reins et croise enfin le regarde de la femme égarée par le plaisir qui l’appelle, prêt à la chavirer. Ses yeux gris-vert sont insondables. Y lit-elle de la tristesse encore, de la surprise, une question ? Y a-t-il du désir et de l’envie dans ces yeux là ?

L’émoi du coeur du camionneur encore collé contre sa poitrine lui dit tout ce qu’elle veut savoir et que ces beaux yeux là refusent d’avouer. Alors, délicatement, elle vient poser sa tête sur son coeur, le visage bien calé sur son torse agité lui aussi de mouvements précipités. Elle se détend lentement en écoutant le coeur de l’homme s’apaiser. Son désir entre ses jambes doucement s’estompe. Elle sent les muscles de ses cuisses se relaxer peu à peu et une sérénité inattendue l’envahir. Le coeur de l’homme et le sien battent maintenant à l’unisson. Il a laissé sa main gauche au creux de sa taille et prudemment, avec des hésitations de puceau, il caresse de la main droite la joue moite, le front brûlant, les cheveux soyeux de la femme sur lui abandonnée.

Elle garde les yeux ouverts et voit danser les arabesques bleutées du tatouage de son bras droit. Ses caresses lentes pourraient l’hypnotiser mais une pensée impertinente s’empare de ses rêveries et annule instantanément l’effet magique. Elle réprime un rire soudain. En effet, n’est-elle pas appuyer sur son pectoral là où Josette, emmêlée à une rose incarnat, est gravée dans sa chair ! A-t-on idée, vraiment ? Quel contraste. Cet homme reste un mystère qu’il ne cherche pas à lever. Et cette idée de Josette, qui qu’elle fût pour lui, écrasée par sa joue, la fait soupirer d’aise et contribue à l’accalmie de ses sens.

Pas un mot n’a été prononcé et comme bercés au rythme de leur souffle synchrone, ils s’endorment. Le jour se lève qui les surprend toujours enlacés dans la même position. Il s’éveille le premier. Il s’étonne de la découvrir là, sur sa poitrine, le visage si détendu, angélique. Ses traits sont sereins. Il remarque alors la longueur de ses cils bruns, qui ourlent élégamment ses grands yeux noirs et l’arête si fine du nez qu’elle a petit. Il sent son haleine tiède caresser sa poitrine dénudée. Il la contemple et se demande si ce qu’il a ressenti pourrait perdurer. Il s’inquiète. Peut-il recommencer ? Se laisser aller à aimer ? Sera-t-elle celle qui lui fera renoncer à son renoncement ? Il est assailli de doutes « non, ce n’est pas possible, cela ne rime à rien, l’amour pour moi n’existe plus… » Pourtant, elle a su l’émouvoir. Et son coeur et sa chair ont frémis comme depuis longtemps ils ne l’avaient pas fait. N’est-ce pas là un signe ?

Elle dort toujours, enfant confiant qui ne connaît pas encore la sentence. Lui, juge et partie, que peut-il décider ? Souffrir, faire souffrir, est-ce cela la vie ou n’est-ce pas plutôt abandonner tous les plaisirs et tout maîtriser, tout contrôler, ne plus jamais surprendre et être surpris ? La voilà qui s’éveille. Elle voit ses yeux posés sur elle. Elle y lit les doutes qui le submergent. Elle panique « oh, non, ne fuis pas » lui susurre-t-elle à l'oreille. Le tu involontaire a jailli. Elle se saisit de lui, serre de toutes ses forces ce torse si rassurant. Il l’enserre à son tour et elle sent ce grand corps trembler… Le convaincre, lui insuffler la vie, à son corps défendant, voilà le seul remède. Son coeur bat la chamade, il cogne fort contre ses seins toujours plaqués contre lui. Femme jusqu’au bout des doigts, elle doit lui faire sentir qu’une vie en retrait, sans amour ne vaut pas grand chose. Devant la tâche titanesque, elle se met à trembler à son tour, frêle dans ses bras comme un nouveau né et pourtant mue par une force surhumaine, celle qui doit le ramener à la vie. Que faire ?

Elle n’a pas le temps d’y réfléchir, déjà il se sépare d’elle. Déjà il glisse hors de la couchette, sans un regard pour elle. Il quitte la cabine et le bruit sec de la portière qui claque retentit lugubrement comme le marteau du juge qui s’abat…

…et l’appel d’air ainsi déclenché fait virevolter dans l’habitacle un parfum de lilas se mourant….

À suivre…

** Pour ceux qui auraient manqué le début : http://gicerilla.hautetfort.com/archive/2007/05/11/elle-l...

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