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samedi, 16 juin 2007
ELLE - Avertissement à l'usage des femmes au coeur d'artichaut
Peut-on refaire l’histoire ? En tout cas, ne doit-on pas commencer par la raconter ! Mais que s’est-il donc passé ?
LA RENCONTRE
« Il m’avait donné rendez-vous le 6 janvier 2007 sur le parking d’un restaurant quelconque dans sa région à lui. Il m’avait concédé une rencontre. Une rencontre unique bien sûr et je ne devais évidemment pas créer de trouble dans sa vie. J’avais sollicité cette entrevue comme la dernière cigarette du condamné.
Cela faisait six mois de correspondance régulière et fournie, six mois que je rêvais de lui à tout propos. Nous nous étions banalement rencontrés sur le net. Le dernier mois avait été fatal à mon engouement. Il avait su attiser par ses mots dévastateurs le feu de mon désir, alimenter de petit bois bien sec mon imaginaire, incandescent. Déjà le souffle de ses mots savamment choisis avait transformé en braise rougeoyante tout mon être et seule une rencontre pourrait, le croyais-je, étouffer ce désir sans fin. Le jour même, fébrile comme une future épousée, je m'étais préparée pour être la plus désirable possible. Oh, bien sûr, il avait été clair "cette rencontre ne saurait être un élément catalyseur de chaos". Il avait le sens de la formule qui cingle, qui en impose. Alors bien sûr je n'allais pas être source de chaos puisqu'à cet homme je voulais donner le meilleur !
Qu'espérais-je en fait ? Cet homme égoïste, égocentrique n'avait rien à m'offrir. Seulement le culte de sa personne, homme sans l'être par lui même émasculé. Pourtant telle une prêtresse fidèle, je l'acceptais, sûre au fond de moi même que l'authenticité de mon élan vers lui, la puissance de l'attrait qu'il exerçait sur moi suffiraient à lui faire voir la vérité comme une évidence : jamais il ne serait aimé et voulu comme je l'aimais et je le voulais. Combien de fois n'avais-je pas vécu cette rencontre dans la solitude de mes nuits sans sommeil !
Alors, dès que le rendez-vous m'avait été confirmé, je m'étais enduit le corps d'huile satinée, j'avais légèrement parfumé le creux de ma nuque là où j’espérais qu'il irait nicher son visage d'humeur patenté. Je m'étais apprêtée à la hâte mais avec soin, ne laissant rien au hasard. Pas un centimètre carré de mon corps n'avait été négligé, poncé, gommé, étrillé. Suivant un rituel magique de moi seul connu, j'avais glissé sur mes jambes fuselées de jolis bas noirs à la maille aérienne et moirée. La jarretière de dentelle de Calais ceignant joliment la cuisse et délimitant avec la dentelle de mon string une zone à hauts risques que je souhaitais irrésistible, inévitable, une bande de peau si douce qu'à la toucher une main s'y brûlerait. Une jupe droite près du corps le soulignant modérément, dévoilant la courbe des reins et le rond de mes fesses sculptées avec acharnement. Un petit pull blanc pour parfaire la tenue toute de sobriété et de retenue.
A défaut de le séduire, lui plaire, le tenter, lui, cet homme auto déclaré inaccessible. Lui rendre la tâche de résistance impossible. Le faire crier au Diable, le faire rugir intérieurement et lui imposer une défaite avec ses démons ! Mais que lui trouvais-je donc à cet homme qui se jouait de moi comme une araignée malicieuse qui contemple la mouche affolée prise dans sa toile, perdue, mais pas encore immolée ? La conquête peut-être, par dessus tout. Faire tomber cette citadelle inexpugnable et hautaine que l'homme avait construite autour de son propre désir !
J'étais folle. Je me prenais pour une magicienne. Je pensais que tous ces préparatifs n'étaient pas vains. Je voulais l'ensorceler comme, sans le vouloir, il m'avait ensorcelée, jeteur de sort sans le savoir où au contraire faiseur de sortilèges aguérri. Je croyais maitriser mais il contrôlait tout. Le jeu, ses règles, sa fin. Je ne le savais pas. Je me croyais plus forte que lui car les sentiments que je nourrissais me paraissaient la force la plus puissante au monde.
Me voilà prête, tremblante qui roule pied au plancher, enveloppée de mes craintes. Crainte de ne pas le trouver au rendez-vous, crainte de ne pouvoir enfin toucher le fantasme qu'il incarne.
Enfin le parking, sa voiture, il est là. C'est bien lui. Il se ressemble, il lui ressemble. J'aurais voulu être déçue, le trouver vilain, repoussant, mais non... Les portières s'ouvrent en simultanée. Je me suis garée bien trop prêt, l'émotion sans aucun doute. Je me maudis, qu'elle idiote, pour quelle décérébrée vais-je passer, incapable de garer une voiture à distance convenable sur un parking paumé et complètement vide ! La portière de ma voiture évite de justesse d'abîmer la peinture rutilante de sa BMW.
Tiens, tiens une BMW dernier cri ! En tout cas, c'est ce qu' il me semble mais les voitures et moi... Alors je m'interroge : transfert d'une virilité annihilée, signe extérieur de réussite professionnelle contrepoids vital à une réussite personnelle sacrifiée ? Voiture de vieux monsieur, berline confortable de notable parvenu, très éloignée de l'idée que j'avais de cette homme si fin, si intelligent.
Mon aveuglement est tel que je n'accorde pas d'importance à ce point, si révélateur pourtant à posteriori . Nous sommes face à face. Je le voudrais collé à moi, corps contre corps, emboîtés telle la statue dans son moule. Sa froideur tranche intolérablement avec la vague brûlante qui m'inonde, moi, pauvre femme de chair et de sang face à la glace cérébrale d'un homme renié par lui-même. Il veut me faire la bise. Mais quelle simagrée ! Vu la teneur de nos échanges épistolaires du dernier mois, seul un baiser donné par des lèvres affamées, des langues furieuses aurait été de mise, mais surtout pas cette bise insipide sur ma joue se voulant un rempart.
Nous nous dirigeons vers le restaurant, il est vide. Incroyablement vide. Intercession des Dieux ? Allons-nous en profiter ?
Nous sommes tous les deux attablés, civils jusqu'au bout des ongles mais si superficiels. Je souris, j'entretiens bien sagement une conversation sans saveur comme la nourriture qui m'est servie et que je goûte à peine tant tous mes sens sont captivés par l'Homme. Pourquoi tant de docilité de ma part ? Je me questionne, mais je n'agis pas. Je respecte son souhait et du coup je ne me respecte pas. Je m'ignore et que cela m'est douloureux...
"Vous n'aimez pas les tomates?" voilà toute la faconde dont il est capable ! Serait-il malgré tout troublé, lui d'habitude si impertinent et si pertinent ? En moi bouillent des envies de tout faire valdinguer d'un grand coup de nappe immaculée. Me saisir de sa bouche, plaquer ses mains, contre sa propre volonté, sur mes reins déjà frémissants. Faire monter malgré lui un désir fièrement brandit contre mon ventre de femme perdue.
Mais non ! Il mange, je le dévore des yeux. Il semble se régaler, je me meurs d'envie. Il me regarde, je le convoite. Il est insensible à ma joliesse, je suis sous le joug de ses yeux gris-vert. Homme tout ce qu'il y a de plus banal mais qui m'a subjuguée, tortionnaire volontaire d'une captive consentante.
Le déjeuner se termine sans qu'aucun de mes propos ne vienne troubler la quiétude de l'esprit sans pulsions de l'Homme tant attendu. Petite fille bien respectueuse de celui dont j'ai accepté pour de mauvaises raisons de faire mon maître du moment.
L'addition vite demandée est rapidement réglée. Nous voilà qui partons.
Il me précède, je regarde ses fesses. C'est vrai qu'elles sont belles... enfin un point sur lequel il n'aurait pas menti ? De fesses à palper il n'y en aura pas. De baisers avides et ardents non plus.
"Cela s'est bien passé finalement !" articule-t-il alors qu'il s'apprête à claquer la portière de ma voiture. Disert jusqu'au bout, vraiment ! Mais était-ce le même homme ? Celui qui, derrière son écran à des kilomètres de chez moi, avait su faire vibrer en moi comme jamais auparavant la femme que je suis et qui s'était oubliée ?
Je suis bouleversée par l'absence de chaleur. Aucune tentative de sa part de se rapprocher de moi n'a eu lieu. Je reste le coeur en vrille, les tripes liquéfiées par tous ces désirs qui là encore me saisissent à me faire perdre la tête. Pas de mains tordues par le désir anxieux, pas de corps palpitants frôlés, caressés, étreints avec passion... Je quitte le parking, digne tant que je le peux. Je fais un faible signe, roule 50 mètres et vais m'échouer sur un parking proche de là car les larmes qui jaillissent de mes yeux à gros bouillons m'aveuglent dangereusement. Je reste là, longtemps, pantelante, hoquetante, malheureuse comme seul un enfant innocent peut l'être. Je ne partirai que lorsque mon chagrin sera enfin calmé..."
Peut-on refaire l'histoire ? Je ne sais pas. Mais pour le plaisir, je peux bien essayer...
Alors Mesdames, si jamais vous errez sur le net à la recherche de l'Homme, si jamais l'un d'eux vous séduit, qu'il soit gynéco, agrégé de lettres, maçon ou camionneur : jaugez votre force, estimez ses motivations, ne faites pas comme moi !
* * * * *
Cette histoire est tragique à souhait ! Hum... je devrais peut-être la faire publier par ELLE dans la rubrique "C'est mon histoire" car les lecteurs raffolent sans l'avouer de ces mélos pseudo romantiques !
07:25 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Commentaires
Evidemment avec une plume comme celle-ci, ELLE vous publie immédiatement !
Ceci dit vous avez eu de la chance de tomber un homme honnête, qui n'a pas profité de la situation. Un prince se cache derrière ce goujat. Les lectrices de ELLE jugeront !
Ecrit par : passeakevin | samedi, 16 juin 2007
Vous le pensez vraiment ? Le prince, si prince il y a, est hélas resté bien caché, insoupçonnable même ! Peut-on refaire l'histoire ? J'ai envie de le croire. L'avenir me dira si vous aviez raison !
Ecrit par : Gicerilla | dimanche, 17 juin 2007
coucou , moi à l'occasion je suis lectrice de Elle ( le magazine )mais toujours fidèle lectrice de Elle ; Gicerilla.
Passe à kevin vous etes un homme pour être aussi indulgent avec l'Homme, solidarité masculine ....je comprends! Et vous avez une pointe de "pensée populaire" pour dire :"Ceci dit vous avez eu de la chance de tomber un homme honnête, qui n'a pas profité de la situation " .Il faudrait qu'avec cela Gicerilla s'estime heureuse et que les lectrices de Elle voient un prince sous cet iceberg ! Eh ben , non , Gicerilla, Elle voulait que cet allumeur de brasier en profite de la situation .Quand aux lectrices de Elle ,pour voir un prince , elles auraient apprecié un peu de chaleur ,de delicatesse et d'attentions ou d'interêt dans ce rendez vous où l'Homme avait décidé à l'avance qu'il ne se passerait rien .L'homme savait tout cela puisqu'il l'avait préméditer , on voit là toute la perversité du personnage et non le Prince .Beaucoup d'Homme ( et des femmes aussi, certes! )sur le net ne cherchent qu'à satisfaire leur ego ou tester leur pouvoir de seduction.Gicerilla vous etes tombée sur un de ceux là...
Ecrit par : doi2fé | dimanche, 17 juin 2007
C'est vrai qu'Il ne s'est pas montré à la hauteur du rdv, en plus après tous ces échanges... Sans pour autant changer son "statut" ou la conduite qu'il s'était fixé jusqu'à présent, un peu plus d'humanité ou de sensibilité (pas d'hypocrisie bien sûr ni de mièvreries) de sa part ne lui aurait pas été fatal !
Ce n'est pas non plus faire preuve de faiblesse... Ou encore donner de faux espoirs.
J'ai envie de dire quelque part, tant pis, par pour toi non ! Ou plutôt tant mieux, tu l'as peut être échappé belle finalement car une telle femme avec cette qualité de coeur et d'hônneteté envers les autres et soi même mérite le Meilleur... Des Princes ou du Prince ? Tout simplement Celui qui saura prendre si bien soin d'Elle au fil du temps, de la vie.
Ecrit par : Margot | lundi, 18 juin 2007
C'est drôle comme vous les femmes réagissez. Pour moi pourtant cet homme est plus une femme dans l'âme. un vrai homme n'aurait pas agi ainsi. Mais tout cela n'est il pas que fiction ?
Ecrit par : Passeakevin | lundi, 18 juin 2007
Cet homme, une femme ? Non, on voit que vous ne le connaissez pas. C'est un homme, je le sais: Et effectivement j'aurais aimé qu'il use et abuse de l'occasion car cet homme m'a troublée, vraiment...
Et puis, contrairement à d'autres textes, celui-ci n'est pas une fiction. C'est autobiographique ! La réalité, médiocre ou merveilleuse, dépasse souvent la fiction !
Ecrit par : Gicerilla | lundi, 18 juin 2007
vous avez peut etre découvert qu'internet n'est qu'une interpretation pixelisée de la réalité. Comment croire que l'on connait quelqu'un sans l'avoir rencontré ? Vous n'etiez que fantasme, evasion virtuelle d'un quotidien certainement trop fade. Il ne vous a pas trouvé attirante, c'est tout.
Ecrit par : bob | mardi, 19 juin 2007
Bien sûr que l'on peut connaitre quelqu'un sans l'avoir rencontré, au travers de tous ses écrits, à condition que l'autre ait été honnête.
Si votre point de vue est juste, il aurait constamment menti comme le démontrent tous ses emails consignés sur ce Blog dans lesquels il disait qu'il me trouvait jolie.
Alors il serait le plus machiavélique des manipulateurs que la terre ait porté ? Je me refuse à le croire, tant de duplicité n'est pas concevable.
Mais ce que je ne m'explique pas c'est son indifférence voire son mépris pendant notre rencontre alors qu'il avait l'option de dire "vous ne me plaisez pas, restons-en là".
Vous qui êtes un homme et qui prenez la liberté de me donnez brutalement votre opinion ("il ne vous a pas trouvé attirante"), pouvez-vous m'expliquer pourquoi lui n'a pas su faire preuve, avec tact, d'autant de franchise avec moi ?
Ecrit par : Gicerilla | mardi, 19 juin 2007
...mais parce que justement que c'était un prince !!!
Ecrit par : passeakevin | mercredi, 20 juin 2007
HUm... Il ne faut pas confondre noblesse et couardise. Je trouve qu'il y a de la noblesse à ne jamais tricher, à toujours dire les choses telles qu'elles sont, même si elles font mal, plutôt que de tromper. C'est être pusillanime que de ne pas savoir affronter l'autre de peur de ternir sa propre image ou sous prétexte de le protéger. L'autre n'est plus un enfant et il a plus de chance de s'en sortir si on lui dit le vrai !
Quoiqu'il en soit, et ce sera mon dernier commentaire : j'ai aimé cet homme. Le fait est, que cela plaise ou pas, que cela soit rationnel ou pas, c'EST. Je ne comprends pas cette ligue masculine que mon texte a déclenchée... L'Homme objet de mon désir fou n'a jamais été par moi conspué, insulté, condamné. On ne maltraite pas ceux qu'on aime, même par dépit !
Ecrit par : Gicerilla | mercredi, 20 juin 2007
Bonjour. Touchant, bien écrit, ce texte s'impose ... et la droiture des réponses aux comms confirme. Clean, Gicerilla, clean ...
Justement, voilà qui m'étonne ... chercher un homme sur le net, soit à la rigueur, y chercher l'Homme, voilà qui est déroutant.
Il n'a pas trouvé sa BM toute neuve dans une casse ?
Amitiés, respect ...
Banane Blog Man
Ecrit par : BBM | mercredi, 20 juin 2007
Nous avons le récit d'ELLE. Il aurait été intéressant d'avoir le récit de LUI. Probablement qu'il eût été différent. Comment supposer que le romantisme d'une relation virtuelle puisse être rompue ainsi par un homme sans égard ? vous embrasser à pleine bouche en sortant de voiture n'aurait été que le geste d'un homme sans éducation. Ne vous vous êtes point égarée et finalement n'êtes vous pas la seule responsable de cette rencontre gâchée ?
Ecrit par : Passeakevin | mercredi, 20 juin 2007
Gicerilla est restée égale à elle même jusqu'au bout, il ne faut pas caricaturer et bafouer ainsi ce qu'elle pouvait attendre de cette rencontre.
Un brin de prévenance ou de chaleur humaine de sa part à Lui, en somme bien peu de chose, auraient juste été de mise.
Dommage.
Ecrit par : Margot | lundi, 25 juin 2007
6 janvier 2007..
un fait d'hiver...
Ecrit par : GILGAMESH | mercredi, 27 juin 2007
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