24 septembre 2007
ELLE - Luxe ou luxure, j'hésite ...

Je suis une femme de luxe !
Dans le salon business, en correspondance entre Singapour et Genève je feuillète négligemment des magasines no-brainer (c'est fou comme nos amis les anglo-saxons ont le chic pour inventer des formules lapidaires qui en disent tellement long !).
Madame Figaro *, voilà de la littérature à la hauteur de mes capacités intellectuelles en ce petit matin gris sur Paris. La dernière édition affiche un programme au goût de mon cerveau ramolli "spécial bijoux - robes d'orfèvres - parures miraculeuses". Je tourne les pages. Pas besoin de lire, les photos parlent d'elles mêmes.
Le choc des photos... tiens, il manque quelque chose ! Le poids des mots ? Mais là, nul n'en est besoin croyez moi ! Des bijoux incroyables déploient, rutilants, leur fulgurance émeraude, rubis, saphir. Les diamants étincellent, réverbèrent la lumière et aveuglent mes pupilles épuisées par 13 heures de vol sans sommeil. Puis s'étalent sans pudeur des robes bijoux portées par une nymphe à peine pubère... et l'on voudrait que nous, pauvres femmes défectueuses, nous nous identifions à ces beautés tout juste esquissées ?
Quoiqu'il en soit, en soie elle est là, cheveux soyeux dignes d'une ondine qui dégoulinent sur des épaules soulignées de perles et de sequins moirés, qui dégoulinent sur un décolleté modeste mais magnifié, sur des cuisses si lisses qu'elles paraissent inhumaines. Femme enfant, fardée, déguisée de perles multicolores, de strass et de paillettes...
Et je me prends a rêver. La fatigue du voyage est propice aux rêveries surtout chez moi, petite fille planquée dans un corps de femme que seul l'état civil ramène de temps en temps à la réalité.
L'évidence jaillit : j'étais faite pour être une femme de harem, pour être la préférée, la favorite aux pieds de laquelle le Calife énamouré aurait déposé des soieries luxueuses, des pierreries ramenées des confins de la terre. Femme opulente vautrée sur des coussins moelleux tissés de fils d'or et d'argent, alanguie sur des étoffes aux couleurs flamboyantes, écrin de ma paresse et de ma frivolité. Frivole je veux être, détachée des contingences matérielles de cette société si dure encore aux femmes. Je veux un Calife amoureux, généreux, sensuel, fin d'esprit et de goût, qui ferait de mon bonheur son seul but et qui me baignerait dans la légèreté des bulles d'un Dom Ruinart rosé, cuvée 1988 ...
Foin des factures en tout genre et des responsabilités. Je veux être bête, jolie idiote maquillée de khôl ténébreux, soucieuse de ses rides et non pas de ses engagements.
Non, en fait, ce n'est pas vrai ! Oui, femme éthérée je veux être, libérée des contraintes triviales de ce monde mais ce n'est pas pour autant d'un esclave dévoué à moi corps et âme (quoique !) dont j'ai envie. J'ai besoin d'un Calife, un vrai. Un homme de pouvoir et de décisions. Je veux d'un homme aux neurones aiguisés, fascinant par sa capacité à analyser les situations, à déterminer des actions, à affronter ses responsabilités avec une autorité charismatique que nul ne saurait contester. Mais je veux aussi d'un Calife qui connaitrait la douceur des mots de miel sussurés dans l'oreille de l'aimée, la portée d'un petit poulet glissé à l'improviste dans le sac à main de l'adorée. Un Calife qui pourrait tailler sans ridicule un rosier pour en faire jaillir en bouquets bigarrés des inflorescences merveilleuses juste pour elle. Un Calife qui saurait préparer amoureusement une tarte au coeur saupoudrée de rêves. Un Calife juste et bon dont je serais la seule faiblesse. Homme à la poigne en acier trempée fondant sur le soyeux de ma peau. Homme aux volontés forgées par Vulcain dont le coeur s'amollirait au moindre de mes regards. Il réussirait tout ce qu'il entreprendrait mais deviendrait comme un enfant timide et hésitant devant la grandeur de mon âme, la puissance de mon amour pour lui fléchirait sa dureté naturelle. Il serait gourmand, curieux, intuitif, animal dans ses pulsions avec toute la maitrise pourtant qu'apportent l'âge, l'expérience et le discernement. Il serait cultivé, érudit sans pédanterie, pratiquerait l'humour et la dérision comme d'autres manient le fleuret ou le fouet... Il serait mon Idole, je serais sa Déesse et ensemble nous commettrions tous les péchés véniels et ... mortels !
Alors si parmi vous, lecteurs assidus, lecteurs de passage, il y a un Calife au profil adéquate n'hésitez pas un seul instant, contactez-moi et nous ferons affaire.
Et pour anticiper toute question légitime que vous vous poseriez quant à votre avantage dans cette affaire, je dirais que je suis une geisha dans l'âme, raffinée jusqu'au bout des ongles. Que tout homme que j'aimerai et qui m'aimera ne pourra que jouir de ma finesse d'esprit, de ma culture légère mais non point suffisante, de mon humour déjanté, de ma fantaisie de Marie Poppins, de mon imagination débridée, de mon corps de déesse, de ma blonditude, de mon don pour la cuisine et enfin de mon goût pour les choses de l'amour... bien fait !
Là, si je n'ai pas suscité de vocation de Calife chez l'un d'entre vous, je rends mon tablier ...
Et je vous en prie ne me dites pas comme ma mère ''Mais tu mets la barre bien trop haut !...''
* http://madame.lefigaro.fr/mode/
07:00 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : http://madame.lefigaro.fr/mode/

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Commentaires
Et bien, c'est raté..:) Personnellement je ne sens pousser en moi aucune vocation a être Calife.., vous pouvez donc rendre votre tablier.Très bien écrit, (mais cela devient tellement habituel ! ) le fond me laisse penser à cette sempiternelle quête du Prince Charmant, celle avez un grand p et un grand c ) , celle qui me fâche à chaque fois que je la croise, autant que la quête de " ma moitié ! ) .Mais à la sauce orientale. Faites un test: remplacez à chaque fois " Calife" "par Prince Charmant".. et voyez ce que cela donne.
Moins de bijoux du côté occidental, plus de loukoum côté Orient?
Mais ne vous en faites pas, Gicerilla, j'ai bien noté qu'il ne s'agissait que d'un rêve de petite fille..:)
chhhuuut , elle dort encore...:)
Ecrit par : gilgamesh | 24 septembre 2007
Allons belle G..., tu sais bien que lire le Figaro peut atteindre à la santé mentale !!
tss tss : "la portée d'un petit poulet glissé à l'improviste dans le sac à main de l'adorée". J'en ai pour une semaine à essayer de comprendre cette phrase. Doit il être cru ou cuit le poulet ?
Mais bon, je suis moi-même un peu chevalier blanc (c’est un animal de la même race que le prince charmant, la geisha et la belle de harem) et j’ai pondu des posts qui était de la même veine en masculin, alors je compatis.
Et comme en matière de Harem, je suis bien placé !-), je me vais examiner le dossier en détail…
Mais lire le Figaro, même dans un vol business alors ça : non !!
Ecrit par : ZORG | 24 septembre 2007
calife, nom masculin ... je passe mon tour ;)aucun resultat pour "califette" dans le dico, mais je n'en reste pas moins une lectrice assidue.
Ecrit par : Bougrenette | 24 septembre 2007
mais tu mets la barre bien trop haut...
Ecrit par : passeakevin | 24 septembre 2007
Comment hésiter entre "luxe et luxure" qui ne sont pas des notions mutuellement exclusives même si l'exclusivité est une connotation du luxe et que la luxure vise rarement l'exclusivité?
Cela étant, ma geisha étant exclusive, j'exclus toute vocation de jouer au Calife ;-)
Ecrit par : ex-mot | 25 septembre 2007
Que de paradoxes !
Ecrit par : Boris | 25 septembre 2007
@ Gilgamesh : souvenez-vous un jour vous m'avez dit ''dessinez-le pour voir''. Je me suis prise au jeu, pour le plaisir des mots. Et puis qui sait, si tant est que le verbe est créateur, alors peut-être qu'un jour...
Ecrit par : Gicerilla | 29 septembre 2007
Ah Passeakevin, si vous n'aviez pas saisi cette perche là, vous m'auriez déçue. Dommage que vous n'apportiez pas à mon moulin un eau plus personnelle, plus riche, plus divertissante ou impertinente comme vous savez si bien le faire...
Ecrit par : Gicerilla | 29 septembre 2007
@ Ex-mot : j'aime votre sens de la formule qui ne se contente pas de n'être qu'une formule, elle est juste ! Vous avez raison, les deux viennent du même mot ''luxus'' il n'y a donc pas à hésiter si ce n'est pour le plaisir d'écrire. Je laisse aux curieux le soin d'approfondir le sujet.
Et contrairement à ce que pense Boris, aucun paradoxe ici (''chose contraire à l'opinion commune, qui contredit les idées reçues, l'opinion courante, les préjugés''). Juste l'envie de dessiner au fil des mots un idéal qui, comme chacun sait, n'existe pas...
Ecrit par : Gicerilla | 29 septembre 2007
Luxe ou luxure ? Mais pourquoi diable choisir ?
Ecrit par : Chroniques du Plaisir | 03 octobre 2007
Vous avez raison, il s'agit bien du Diable ! Mon hésitation est toute épistolaire croyez-moi. Epicurienne hédoniste je suis, on ne se refait pas :-)
Ecrit par : Gicerilla | 03 octobre 2007
Il faut être exigeant, avec les autres et avec soi-même. Rêver car personne ne peut le faire pour nous.
Quant à mettre la "barre" haut, c'est un préliminaire essentiel à ces "choses de l'amour".
J'avoue par contre une certaine déception dans le "faisons affaire", que voulez-vous je suis exigeant moi aussi ;)
M.
Ecrit par : M. | 05 août 2008
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