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vendredi, 24 août 2007
ELLE - L'escarpin fuchsia
Le mystère
Comme chaque jour j'attrape à la volée mon sac de sport et fonce, encore en retard, à mon club de fitness. Pas question de manquer mon cours préréré de bodypump, exutoire vital à toutes ces tensions que mon travail m'offre quotidiennement.
Aujourd'hui je porte un pantalon noir, un chemisier rose fuchsia brodé, par-ci, par-là de sequins qui lui donnent un vague air de sari à l'européenne très féminin. Et pour parachever le tout, des escarpins aux talons échassiers couleur fuchsia, escarpins préférés d'un des traders qui me le volerait bien. Fétichiste, celui-là ? En tout cas, cette alternance de noir et de rose fait de moi une jolie femme à regarder c'est sûre de moi que j'accélère le pas, direction la salle de gym.
Vite arrivée, vite déshabillée, je suis la reine de l'effeuillage, j'enfile chaussures, pantalon et petit top au soutien-gorge intégré qui met si bien en valeur le néant de mon décolleté, mes bras et mes épaules sculptées à prix d'or. Ce n'est pas parce que pendant une heure on manie de la fonte enfilée sur des barres tels des débardeurs façon majorettes que l'on doit être vilaine ! Et puis, sait-on jamais, si mon Calife était dans la salle ?
Comme du papier à musique, le prof enchaine les exercices qui façonneront nos corps, renforceront nos muscles, maitriseront des formes plus ou moins harmonieuses et équilibrées. Je nous regarde dans les miroirs. Nous formons un bel ensemble. Quelle émulation que de voir cette bande de volontés hétérogènes réunies dans un même projet, soulever en rythme, tel un ballet improvisé, ces rondelles noires si peu poétiques. Magie de l'effort qui fédère, l'espace d'une heure, un monde de différences. De la grâce dans la sueur, de l'harmonie dans l'effort, de l'enthousiasme dans la douleur. Nous ne formons qu'un seul homme et c'est grisant !
Je sors du cours, rincée ! Les filles se précipitent dans les douches. Moi, je traine, je prends mon temps. J'aime être seule pour m'adonner à mon péché préféré, l'orgueil. Celui qui me rassure quand les lèvres d'un homme n'articulent pas les mots qui le feraient. Ôter un à un, sans précipitation, les vêtements trempés qui collent à ma peau moite et révéler aux miroirs qui m'entourent la courbe d'une épaule, le creux de mon dos qui glisse en toboggan sur mes fesses qui s'arrondissent, enfin, et approchent à petit pas, trop petits pas, de la rotondité africaine tant convoitée. Dévoiler mon ventre douillet mais ferme surmonté de deux petits seins arrogants défiants les glaces comme une nique au sort qui ne les a pas voulu bien renflés.
Les filles sont rapides et me voilà seule dans le vestiaire avec une autre femme. Je prends ma douche, instant voluptueux qui fait jaillir des volutes de vapeur. L’eau tambourine mes muscles endoloris mais je suis satisfaite car ces douleurs dessinent mon corps, le délimitent dans l'espace et me donnent l'impression jouissive que je vis, que je vibre et que j'occupe une jolie place dans ce monde de vanités.
Je retourne au vestiaire et me vêts. Je suis en sous-vêtement, moment où j'aime chausser mes escarpins car alors, perchée sur leur hauteur vertigineuse, je me plais !
Tiens, il ne reste que l'escarpin gauche ? Partout je cherche le droit. Il n'est nulle part. Je m'inquiète, mes chaussures préférées... Je demande à la dame qui s'habille à côté de moi si elle n'a pas vue l'autre ? ''Non, je ne l'ai pas vu'' et nous voilà en chœur en train de chercher la chaussure droite.
Partout nous fouillons, dessus les casiers, dessous, dans les poubelles, dans le sauna, dans tous les recoins, rien ! Moi de m'exclamer ''Soit l'on veut me nuire, soit l'une d'entre elles va faire bientôt son coming out !'' Oui, cela ne peut en être autrement car ces vestiaires sont exclusivement féminins et aucun homme ne pourrait y entrer sans qu'alors des cris hystériques et outrés ne l'en chassent !
Aurais-je sans faire attention lésé celle-ci? Aurais-je reluqué un mâle qui appartenait à celle-là ? Je cherche à dédramatiser une situation troublante. Imaginez-vous un seul instant à ma place. Comment rentrer au bureau, vais-je toute la journée faire le flamand ? Et puis zut, qui a pu me prendre un soulier. Qu'on me vole les deux, soit, mais un ! C'est incompréhensible et surréaliste. Cela me mettrait presque mal à l'aise.
Je m'habille fissa, chausse mes baskets et je vais en trombe à l'accueil. La responsable, telle un capitaine de cavalerie, file au vestiaire au pas de charge. ‘‘Allons donc, nous allons bien le retrouver.'' Nous revoilà arpentant les vestiaires, scrutant le moindre coin, rien ! Alors, dépitée, je garde mes trainings aux pieds et retourne travailler, le précieux escarpin survivant du massacre remisé dans mon sac.
Quelques jours plus tard, le scénario recommence. Je sors de la douche, le vestiaire est déserté. Je m'avance vers les casiers et reste figée par la stupeur. Là, au milieu du couloir, devant mon casier ouvert trône telle une révélation divine l'escarpin fuschia droit ! Je regarde de toute part le vestiaire est absolument vide. Un rien inquiète je m'approche du soulier qui m'effraierait presque tant il est majestueux au milieu du rien qui l'entoure. Je le saisis, fébrile, comme l'on sortirait de sa châsse une relique vénérée et l'ausculte du regard. Pas de trace d'envoutement, de maltraitance, de souillure. Il est le même que la semaine passée, arborant élégamment son joli cuir rose foncé. Pourtant, entre la première de propreté et la semelle un interstice a été créé et je vois, glissé entre les deux, ce qui semble être un morceau de papier plié...
La suite, moi seule la connait et je vous la livrerai plus tard car, entretemps j'adorerais que vous toutes et tous qui me lisez et qui, au fil des mois m'avez prouvé que vous savez manier la plume avec humour avec cynisme, avec intelligence, avec créativité, avec poésie même, inventiez avec vos mots et votre imaginaire ce qui à bien pu se passer après...
Alors faites-moi plaisir, je vous défie, imaginez ! Ecrivez-moi la suite et je vous publierai sans censure une fois toutes les suites rassemblées : Gicerilla@voila.fr
Un blog inter-actif au-delà des simples commentaires, voila qui m'enchanterait !
07:25 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Commentaires
Un escarpin fuschia ... je me suis offert un p'tit cahier à spirales, grands carreaux, du beau papier qui brille et où la plume glisse, pour noter ...
"Alors faites-moi plaisir, je vous défie ..." quelle provocation ! ;)
Ecrit par : Bougrenette | vendredi, 24 août 2007
J'adore les cahiers au papier bien blanc et bien lisse qui glisse sous la tranche de la main... ça inspire ! ''je vous défie...'' mais seulement si ça vous fait plaisir ! Vous savez bien, le plaisir... toujours !
Ecrit par : Gicerilla | vendredi, 24 août 2007
Je me ferais ce plaisir, je vais prendre le temps de faire grandir le fantasme né de ta belle histoire.
Je vais ajouter que "me donnent l'impression jouissive que je vis, que je vibre et que j'occupe une jolie place dans ce monde de vanités." tu me fais un peu cette impression. J'explique pas encore ... mais je vais trouver.
Ecrit par : Bougrenette | vendredi, 24 août 2007
Je relève evidemment ce défi. Je kiffe quand la censure est absente...
Ecrit par : passeakevin | vendredi, 24 août 2007
Dommage ...
Ecrit par : Georges Sami | vendredi, 24 août 2007
Dommage ? Pourquoi ?
Ecrit par : Gicerilla | vendredi, 24 août 2007
Sais pas ... une envie, et à lire les comms, pfff, elle est passée. Pas grave.
Ecrit par : Georges Sami | vendredi, 24 août 2007
sont ce vos escarpins ? je crois reconnaître vos chevilles...mais je doute sur vos escarpins...
Ecrit par : passeakevin | samedi, 25 août 2007
Georges, vous me voyez désolée ! Ne laissez pas passer si facilement vos envies... Au plaisir, j'espère !
PS : votre lien URL ne mène nulle part ? problème ?
Ecrit par : Gicerilla | samedi, 25 août 2007
Comment, vous doutez ?! Evidemment oui ce sont et mes chevilles et mes escapins fuschia ... :-)
Ecrit par : Gicerilla | samedi, 25 août 2007
La suite écrite ne pourrait qu’appartenir au secret et n’être lu que pas soi dans une intimité rêveuse...
L’histoire me fait cependant songer à une faute de l’hypothétique prétendant, un vol pour ravir… La fougue de Zeus pour enlever Europe empreinte une ruse, certes, mais qui consiste à se métamorphoser pour conquérir la belle et l’emmener se son bon gré vers un rivage où la surprise sera encore plus grisante. Tandis qu’ôter à l’être convoité un précieux accessoire revient à s’offrir par la force ce qui n’est pas acquis et dénote une faiblesse quelque peu inquiétante.
Ecrit par : Alex | dimanche, 26 août 2007
"... dans un intimité rêveuse." Voilà quelques mots simples qui m'inspire, présage favorable de ce qu'aurait pu être sous votre plume la suite ?
J'aime l'association inattendue de la ruse de Zeus à cette histoire vraie ! L'homme est rusé, mais depuis les Dieux Grecs, il n'a pas vraiment su innover...
Et finalement ce que vous soulevez, n'est-ce pas simplement l'éternelle question "la fin justifie-t-elle les moyens" ?
Merci pour ce commentaire Alex, il est différent, il me plait !
Ecrit par : Gicerilla | dimanche, 26 août 2007
La fin justifie les moyens, si les moyens sont nobles et la fin bienveillante.
Merci à vous.
Ecrit par : Alex | lundi, 27 août 2007
joliment dit ...
Ecrit par : gilgamesH | mercredi, 05 septembre 2007
j'en sais plus , comment devient on trader fétichiste ?
Ecrit par : waid | mardi, 23 octobre 2007
Huuumm Waid je vois... vous épluchez, carnet et crayon à la main ! Vous êtes curieux, je me réjouis car vous ressuscitez de vieux textes que je relis avec plaisir mais... quel portrait allez-vous dresser ? Je suis inquiète de votre coup de crayon !
Trader fétichiste ? Il vous faut une Gicerilla et des escarpins fuchsia ! :-)
Ecrit par : Gicerilla | mardi, 23 octobre 2007
je termine femme parfaite j'éructe , mon intuition était la bonne
Ecrit par : waid | mardi, 23 octobre 2007
En écrivant ma lettre ;) j'ai repensé à "L'escarpin fuschia" avez vous de nouvelles suites à nous faire découvrir Gi ? ou aurons nous bientôt le plaisir de lire la suite que vous seule connaissez ? et puis en parlant de ça, passeamachin nous avait offert un p'tit bijou, telle une femme et sur injonction ... enfin ce que j'en dis moi.
Ecrit par : Bougrenette | vendredi, 09 novembre 2007
@ Bougrenette : vous savez que je vous adore ! Quelle lectrice pertinente ! Oui, passeamachin a la mémoire courte il semble... quand cela l'arrange ! En tout cas d'autres suites, non, je le regrette ! La vraie fin je vous la livrerai avant la fin de l'année !
Merci ma lectrice attentive, ne changez pas...
Ecrit par : Gicerilla | vendredi, 09 novembre 2007
passeamachin !!!!! vous écorchez ainsi non seulement mon nom mais aussi une des plus célèbres répliques du cinéma mondial !!!
Ecrit par : passeakevin | vendredi, 09 novembre 2007
Pas d'autres ?, dommage ;)bon j'attendrais donc mais c'est cruel. Et je changerais rien, ça me colle à la peau. et entre nous je vous adore aussi.
Bon ceci dit, passeamachin, nous ne sommes pas ici pour parler de cinéma mondial.
Ecrit par : Bougrenette | samedi, 10 novembre 2007
Bougre de nénette !
Ecrit par : passeakevin | samedi, 10 novembre 2007
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