19 août 2007

ELLE - Envie de bouchon

323adb3361285e29b396497977486145.jpg Ca y est, les vacances, enfin !


Je vais enfin partir au soleil, dans le Luberon exactement, me faire dorer la peau, me faire briller les yeux, me détendre et profiter. Oui, je sais c'est d'un banal le Luberon mais c'est tellement beau, attirant comme le péché. Et puis, trop peu pour moi les vacances dans un gîte, même quatre épis. Non, moi je suis une petite bourgeoise aux goûts prévisibles qui ne savoure rien tant que des amours moelleuses partagées sur un matelas grand confort latex avec sommier à lattes en bois pour assurer le silence des ébats, un petit-déjeuner servi sur un plateau d'argent avec une jolie nappe de lin blanc brodé de dentelles faites main par les vieilles du coin, il faut bien faire travailler les gens de la région à des tarifs d'esclavagiste, non ? Et puis de jolis pots de confiture maison préparées par des mitrons suant sang et eau sur ces chaudrons de cuivre à l'ancienne car sinon n'appelez pas cela de la confiture ! Enfin des viennoiseries en tout genre, des feuilletés à pleurer de bonheur qui vous inondent les papilles de beurre, Echiré si possible, et vous transportent dans un monde de volupté légère ...

Alors j'ai réservé au Mas des Blanches une chambre supérieure, avec un lit queen size et petite terrasse privée donnant sur une nature rocailleuse, quasi hostile, habillée seulement de quelques arbustes noueux comme les vieux en Provence et quelques oliviers dont les feuilles vert tendre luisent comme de l'argent liquide au soleil couchant. Je connais l'endroit, petit paradis sur terre et situé à deux pas de villages magnifiques à visiter.  J'anticipe tant de petits plaisirs simples que je suis toute excitée.  

Je charge le coffre de ma 206 avec enthousiasme.  Une petite valise robe fuchsia que toutes les hôtesses de l'air m'envient, si si, remplie de jolies tenues légères dans des transparences de rose pâle, de blanc, de bleu turquoise à faire virevolter au vent du sud. Un autre sac à main rose assorti, une vraie Barbie, avec force bouquins, mais attention par n'importe quoi. Non, des livres pour nourrir l'esprit, alimenter l'âme, rôtir les neurones par une réflexion intense car sous des apparences de brune sans cervelle je suis curieuse de tout et surtout affamée de savoir !

Je mets la clé dans le contact mais une toux violente déchire les entrailles métalliques de ma voiture. Je recommence, embrayage bien enfoncé des fois que cela y change quelque chose. Autre quinte qui zèbre mes oreilles telle la pointe aigüe du fleuret. Je cesse. Elle ne veut rien entendre... Et mes vacances alors ! Décidément, depuis mon accident sur l'autoroute et la rencontre avec le camionneur, ma voiture n'est plus la même. Aurait-elle, elle aussi, été envoûtée ? En tout cas, je pars aujourd'hui et tant pis pour les embouteillages ! Je dis cela comme une petite fille qui voudrait conjurer un sort mais que faire si mon assurance n'a pas de véhicule. Je les appelle avec autant de stress qu'une vierge qui va à son premier rendez-vous d'amour. Ils peuvent me fournir un véhicule facilement. Il me suffit de contacter le premier loueur agréé près de chez moi et choisir une classe A, les frais seront entièrement pris en charge jusqu'à mon retour. Je bénie la fille, surprise de tant d'amabilité, et appelle vite fait Europcar. Ils me proposent une Twingo ou une Clio... Une Renault,  jamais ! Alors je questionne ''qu'avez-vous donc de plus amusant ?'' L'employé est disert, il aime les voitures et commence à me vanter les mérites de tel coupé ou telle autre berline. Tiens, un coupé, cela me tente bien. Quitte à être prévisible, soyons-le jusque dans le choix de la voiture et puis pourquoi ne pas transformer en opportunité cette tuile agaçante. Il me parle d'un coupé nippon Mazda MX 5 roadster ? Ca sonne bien. Je n'y connais rien mais il m'assure que la voiture est sacrément carrossée et qu'elle en a sous le capot. Je souris, c'est tout moi ! ''Allez, je la prends. Ah, c'est une classe C !'' Pff, peu importe, ce sont mes vacances après tout et je sens que je vais vraiment m'amuser.

J'ai pris du retard. Je pars avec deux heures de plus sur le planning et le Bison m'a bien prévenue : évitez à tout prix les environs de Lyon vers 14h00. Tant pis ! Avec mon coupé le temps passera bien plus vite et puis il y a l'air conditionné et les 30 ° au volant d'un tel bolide,  je ne les sentirai même pas. Je me glisse sur le siège baquet recouvert de cuir noir. Je suis assise très près du sol avec la sensation désagréable que mes fesses vont bientôt sentir la chaleur de l'asphalte tant l'assise est basse. Je redresse un peu le dossier pour me sentir plus à l'aise dans cette voiture de frimeur. L'assistant d'Europcar ne m'a pas menti. La ligne est fort belle, le toit rétractable ne casse en rien la fluidité de ses courbes et j'ai l'impression jubilatoire d'avoir dans mes mains une voiture de course, moi qui ne fréquente habituellement que des petites voitures de ville insignifiantes. Je me sens devenir une autre femme alors que j'ajuste ma jupe de coton blanc sous mes fesses prises soudainement de pudeur. La sensation du cuir sous mes cuisses y serait-elle pour quelque chose ? Enfin je me saisis du volant comme du manche d'un avion. Pourquoi dit-on le manche ?  C'est fou ce qu'une voiture peut faire d'effet, même à moi que tout laisse froide. Un sourire féroce vient éclore sur mes lèvres alors que je fais vrombir crânement les chevaux sous mon pied droit. Image excitante d'un joli pied cambré dans un escarpin délicat qui appuie à toute force sur la pédale de l'enfer ! Je comprends mieux pourquoi un homme au volant d'un tel engin peut se croire le maitre de la route, sa puissance projetée en avant comme un sexe bandé. Oui, je crois que je comprends enfin cette sensation... étonnant !

J'entame mon itinéraire. Je dois rejoindre l'autoroute A40 par une route de montagne qui sinue. Cette route est trépidante, route de montagne déformée par les intempéries. Je tressaute tant et plus sur le siège conducteur et je sens tout mon corps chahuté. A chaque relief le coupé branle, sursaute, me secoue et sans y prendre garde se saisit de mon sexe, soudain émoustillé ! Si cela continue, je serai incapable de conduire tant les vibrations vrillent mon échine d'un plaisir sournois. Enfin arrive l'embranchement de l'autoroute. Je l'enfile avec un soulagement certain. Mon petit string de coton blanc tente d'écoper en vain le flot de miel qui s'écoule vivement comme la source neuve tout juste révélée par le sourcier. J'essaie de me concentrer sur la circulation très dense et zigzagante, sur le compteur aux aiguilles bleues hypnotisantes, mais rien n'y fait, le désir est né au creux de mes cuisses et des images indécentes se superposent sur l'écran de mon pare-brise. J'ouvre grand les fenêtres pour voir si la température extérieure pourrait faire chuter la température intérieure. Le vent chaud et doux fait voleter mes cheveux, assèche à peine mon front moite. La circulation se densifie, je vois au loin les clignotants de toutes les voitures fulgurer dans l'air troublé par la chaleur du macadam. Oh non, un bouchon, un vrai, un sérieux. Un 36 tonnes est devant moi qui freine et m'empêche de voir la gravité du bouchon. Zut, je ne supporte pas les embouteillages, le Bison aurait-il vu juste ? Dans le rétroviseur, un gros 4x4 allemand bloque ma vue. Je me sens prise en sandwich. Plus de vision frontale. J'étouffe. Heureusement que sur les files de gauche ne se trouvent que des voitures de taille standard. La bande d'arrêt d'urgence sur ma droite est vide et empêche une crise de claustrophobie. Nous sommes maintenant à l'arrêt complet. Aucun mouvement, c'est incompréhensible. Un accident ? Je baisse les vitres entièrement, coupe la climatisation inutile et mets en sourdine le lecteur de CD. Des musiques langoureuses de Bouddha Bar égrènent leurs notes faciles en des rythmes orientaux.

J'ai très chaud et des gouttelettes de sueur perlent à mes tempes. Je relève un peu ma jupe cherchant désespérément à tempérer mon corps. Et subitement, sans que nulle baguette de noisetier ne vienne titiller la source, celle-ci se remet à couler ! La chaleur sans doute. Je suis gênée et pourtant une envie impérieuse guide ma main sur mes cuisses dorées. Personne ne peut me voir. Je ne sais résister à l'appel de mon corps. Doucement je glisse ma main droite sur ma cuisse et remonte, du plat de la main, la toile légère de ma jupe de plus en plus haut. Je me laisse couler sur le siège et détends mes deux jambes qui mouillent un peu le cuir sous elles. Le contact du cuir est plaisant. Ma main nonchalamment flatte ma cuisse et s'aventure chaque seconde un peu plus avant sur le haut, sur l'adducteur bien ferme sous mes doigts.

Subitement, mon cœur se gèle. Je sens un regard sur mes jambes. Pourtant il n'y a personne. C'est alors que je tourne la tête sur la droite et découvre, sorti de nulle part, un motard tout de noir vêtu garé juste à ma hauteur qui chevauche une moto monstrueuse. Je ne vois pas son visage complètement caché par la vitre teintée de son casque intégral, mais la direction de la visière ne laisse aucun doute, il m'observe. Mon cœur manque un battement, je me sens prise en flagrant délit de plaisir solitaire. Ma main s'est pétrifiée au mitant de ma cuisse alors que l'homme fait remonter la visière de son casque. Son visage est comprimé entre les protections de mousse donnant à ses traits une physionomie grotesque mais ce qui me frappe c'est le vert intense de ses yeux clairs. Il semble esquisser un sourire entendu mais allez savoir, avec son casque...

Il me fait un petit signe de la tête. Alors j'articule aussi désinvolte que possible ''Pardon, je vous gêne ?''. '' Que non. Enfin, dans quel sens l'entendez-vous ?''  Je suis le mouvement de son regard qui atterrit de nouveau sur mes jambes. Je souris à mon tour. Ses émeraudes me pénètrent et je sens une chaleur intenable m'inonder et le petit string blanc ne peut plus retenir la source qui s'écoule. Alors, mes yeux noirs plantés dans les siens, ma main reprend sa course, remonte un peu plus ma jupe du côté droit libérant à sa vue le triangle blanc minuscule. Ma main glisse vers mon sexe comme aimantée. Je le défie toujours, il semble se troubler et l'esquisse de sourire a disparu. Mes doigts se faufilent sous cette maigre protection et s'immiscent dans les replis de mon intimité. Le contact est foudroyant. Je suis si excitée que mes doigts dérapent, se perdent, s'agacent sur cette chair si chaude, si tendre et si lubrifiée. Le plaisir est intense et bien que je tente de fixer toujours mon motard ahuri, je sens mes paupières se fermer sous la puissance du plaisir.

Je les rouvre pourtant pour découvrir que mon motard à ôter son casque. Il me montre un visage rouge, brillant de sueur et visiblement troublé. Ses yeux magnifiques dardent leur regard aigu sur mes jambes, mon sexe, ma main. Il ne parle par mais le sérieux de ses traits et l'air inquiet qu'il affiche trahissent bien l'émotion qui l'a saisi. Il a calé sa moto pour être plus à l'aise mais reste pourtant rigide sur le siège comme si tout les muscles de son corps étaient tendus. Je le regarde entre mes cils si lourds et je sais qu'il est fasciné par mes doigts qui gigotent sous le coton blanc comme le corps de deux amants sous les draps. Tout peut s'imaginer et pourtant rien n'est révélé. Ma main, indépendante, entame une valse enivrante de plus en plus rapide sur la perle rosée qui se tend vers mes doigts, impudique. Mon cœur s'emballe, et sur mes tempes je sens la sueur en gouttelettes dégouliner. Mon sexe s'anime, je le sens palpiter, le plaisir grimpe irrésistiblement tel l'alpiniste sur la montagne. A chaque étape franchit les sensations s'intensifient et bientôt, je le sens, je vais me dissoudre dans l'éther. Le motard ne me quitte pas des yeux et cela m'excite et décuple mon émoi. Il semble fasciné par mon audace, par mon plaisir et ma main l'hypnotise autant qu'elle me procure de frémissements divins.

Subitement, je vois ses lèvres bouger et je crois déchiffrer ''Jouissez...''. Ce mirage m'assassine et telle une dague brûlante le plaisir traverse mon sexe et mon ventre en milliers de frissons et de palpitations. Je serre mes cuisses tentant en vain de retenir ce plaisir qui déjà s'enfuit. Un gémissement s'échappe de mes lèvres entrouvertes  et vient se noyer dans les notes orientales du CD. Chant inéditqui s'enroulent autour de mon motard évidemment désorienté. Je ferme les yeux un court instant, et lorsque je les rouvre je constate qu'il a remis son casque, et seuls ses yeux inoubliables qu’il cligne une fois me remercient du spectacle et dans un ronronnement de gros chat, il repart et se faufile entre le camion et moi...

Et dire qu'il y a encore des crétins qui n'aiment pas les bouchons. Et dire qu'il y a encore des bisons qui se croient futés ...

http://www.herbesblanches.com/

A BBM...

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Commentaires

Là, c’est écrit, il vous guettera au prochain péage, embusqué derrière une caravane ou une voiture obèse. Car autant vous l’avouer, vous lui avez donné un réel plaisir. Même en fermant ses yeux verts, dont il se demande bien où vous avez capté l’ info, même en fermant les yeux, il vous voyait. Il a senti son propre corps réagir à la vue de votre caresse, son ventre grouiller de désir. Il veut revoir vos jambes, revoir une telle scène. Mieux, il veut vous toucher, vous caresser de ses yeux, les promener sur vous, pour aller chercher où votre plaisir se terre. Sa seule crainte, qu’il n’en ait pas le droit, et que vous ayez quitté l’autoroute avant ce péage …

Ecrit par : Boris | 19 août 2007

... peut-être qu'au péage la même Envie m'y retiendra ! Peut-être que bientôt une autre Envie naîtra ! les Envies, vous le savez bien, ça va, ça vient...

Ecrit par : Gicerilla | 19 août 2007

quand j'ai lu le titre je me suis dit tiens une histoire de pêcheur...puis non plutôt de viticulteur...ou alors de restaurateur...finalement je me suis plongé dans ce texte humide pour décourvrir que c'était une histoire de motard.
Je suis déçu parce que ça ne rime pas.

Ecrit par : passeakevin | 19 août 2007

Plongé... humide... J'espère qu'après la lecture, vous avez refait surface tel un bouchon, un peu étourdi, un peu grisé malgré tout...

Ecrit par : Gicerilla | 19 août 2007

hum..ne vous méprenez pas G.
Passeakevin ne rime pas avec vagin !

Ecrit par : passeakevin | 19 août 2007

Un coupé nippon Mazda MX 5 roadster ... je note, un tel plaisir ne peut être ignoré. J'aime lire vos histoires qui coupent le souffle et laissent planer l'envie.

Ecrit par : Bougrenette | 19 août 2007

Ne soyez pas jaloux, est-ce la faute de Boris si Passeakevin ne rime avec rien ! Vous lui avez trouvé une rime bien audacieuse mais pas disgracieuse pourtant car elle rime avec le plaisir !

Changer vite de pseudo et je le ferai rimer avec Envie, avec humour, avec sérieux, avec volupté, avec... A moins que vous préfériez ne rimer à rien ?

Ecrit par : Gicerilla | 19 août 2007

Votre sagacité me réjouit, Bougrenette, vous ne retenez que les choses les plus importantes : le Cheval blanc 89, le un roadster nippon, en somme tout ce qui procure de vraies sensations :-)

Ecrit par : Gicerilla | 19 août 2007

vous plaisantez, ça rime avec aspirine...

Ecrit par : passeakevin | 19 août 2007

Oh non ! Vous pouvez sûrement faire mieux ! Ce n'est qu'une rime ''pauvre''... De vous j'en aurais attendu au moins une ''suffisante'' voir une ''riche'' !

Sinon, laissez moi vous aider !

Ecrit par : Gicerilla | 20 août 2007

Tout serait tellement triste sans ces choses importantes qui font que le plaisir reste source de surprises, encore et encore, evitons de mourrir d'ennui cela serait trop horrible.

Ecrit par : Bougrenette | 20 août 2007

J'achète, Bougrenette, tous vos mots et n'en retranche aucun ! Au plaisir donc...

Ecrit par : Gicerilla | 20 août 2007

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