02 septembre 2007
ELLE - Expérience mythique
Il faut que je vous fasse un aveu.
Sous des dehors dévergondés voire un peu pervers de démone aux yeux noirs, enfin ça ce sont les puritains bon teint qui vous le diront, je ne suis que romantisme de série B, dégoulinant de guimauve chaude, rose de préférence, siglée tout de même Chantal Thomass ou Sonia Rykiel, faut quand même pas exagérer. Niaise mais stylée...
Alors, lorsque je me suis faite plaquée, c'est comme cela qu'on dit n'est-ce pas ? D'ailleurs, plaquée je ne demande que cela, mais cela n'arrive plus... Bref, lorsque l'homme qui partageait mes nuits est parti pour une autre bien moins bien que moi, j'ai doucement glissé dans le doute. Suis-je assez belle, assez intelligente, assez ronde, assez mince, assez spirituelle, assez vive, assez brillante, assez douce, assez bandante ? Car si mon jules s'en va, c'est que chez moi quelque chose ne va plus, ou serait-ce chez lui ? Peu importe.
De femme resplendissante et pleine de vie je suis devenue une enveloppe sans âme, à l'âme torturée, aux chairs qui fondaient à vu d'œil et bientôt c'était certain j'allais devenir éthérée et me fondre dans le cosmos pour ne plus reparaitre. Dans ces cas là, vous savez lorsque l'on est au fond de la rivière les pieds lestés de béton, on se laisse gentiment flotter, plus rien importe.
Et comme dans un roman alors parait un être qui vous guide, qui vous envoie un message divin. Meetic ! Merci l'informatique, merci Marc Simoncini, merci les Français d'avoir inventé la toile. Merci à mon boulot de me payer suffisamment bien pour que je m'offre le dernier cri en matière de PC. Et me voilà surfant sur ce grand catalogue, mieux que les camions Outiror que j'adore. Par quel bout le prendre ? Mon Dieu, c'est merveilleux quel étalage, y'en a dans tous les coins, de toutes les couleurs. Ridiculisant les Galeries Lafayette, des hommes à tous les étages. Tous complètement disponibles, beaux ou laids, grands ou petits, minces, vieux ou jeunes... You name it !
Aucun dragueur, aucun baiseur en mal d'aventure. Non, des hommes bien, aux annonces alléchantes dont je me pourlèche. Voyez un peu ''L'idée douce du fumet délicieux d'un gratin dauphinois partagé avec amour au coin du feu, m'entraîne sur les traces de l'Amour Perdu. '', Ou bien encore ''La tête dans les étoiles mais les pieds bien sur terre, je préfère la séduction à l'illusion, l'échange à l'attente... Les longs échanges virtuels ne sont pas vraiment pour moi car rien ne remplace la petite lumière au fond d'un regard, celle qui révèle tant de choses et nous fait chavirer. Tout simplement, une grande envie de construire avec une personne qui aime la vie, sincère, complice et ... Motivée !''.
Vous imaginez mon émoi. Le monde est rempli d'hommes romantiques qui, comme moi, cherchent celle qui les fera vibrer de nouveau, et plus si affinités. Je prends un peu fébrile mon carnet à spirales et, armée de mon stylo favori comme les grands écrivains superstitieux, je commence à rédiger une annonce. Comme cela est difficile de dire en peu de mots des choses qui sont sensées nous définir et permettre au lecteur de se dire ''c'est elle !''. Exercice au-delà de mes forces. Alors je trace sans conviction quelques mots qui parlent de mon envie. Je recherche mon Homme, vous savez, le pour de vrai, le qui n'a pas peur de dire ''viens, je te veux. Je n'ai pas peur de toi, je n'ai pas peur de moi. Viens, essayons parce que tu me plais, parce que je te plais...'' ou quelque chose comme cela. Je vous avais bien prévenus, guimauve liquide vous ai-je dit. Celle qui colle bien au palais et qui écœure rapidement ! Hum, ceci explique cela ?
Quoiqu'il en soit, je crée certainement le texte le plus médiocre de toute ma carrière mais au moins je ne dis rien que je ne pense, c'est déjà ça. Les contacts affluent dès que ma photo est en ligne. Qui a dit que seule la beauté de l'âme importait ? Attention, ne vous emballez pas, je n'ai surtout pas dit que je suis belle mais disons pas vilaine et puis avec une retouche par-ci, par-là, le tour sera joué et l'homme comme coléoptère épinglé. Boris vous le dira mieux que moi, le virtuel offre bien des avantages (*). J'épingle à tour de doigts, ma boule de couturière n'y suffit pas.
Certains pour m'amuser, nous ne jouons pas dans la même cours alors un rien condescendante je l'avoue je descends vers eux car aucun d'eux n'est en-dessous de moi. Certains pour m'exciter, car ils sont beaux, jeunes et prêts à parcourir des centaines de kilomètres pour me rencontrer, pour me couvrir ou me découvrir, c'est selon ! Et c'est bon pour l'égo cela, croyez-moi. Surtout lorsque le mien a toujours les pieds dans le bloc de béton qui le retient au fond. Certains parce que simplement ils me plaisent, ils me touchent, et je voudrais qu'ils me touchent aussi. Et puis il y a l'inaccessible. L'inacessible me laisse en miettes, désirante mais vivante et vibrante. Alors quoi, dans ce bazard plus grand que le marché des épices à Istanboul, rien, pas la seule ombre de l'Homme ? N'existe-t-il pas ?
Il reste enfin les impossibles, et parmi eux il y en a un que j'adore. Pour un peu j'élèverais un autel à son pseudo tant il me fait mourir de rire. Il sait que je ne serai jamais sa veuve mais il sait aussi m'attirer dans ses filets parce que des hommes pleins d'humour brut de décoffrage (si, c'est un peu brut parfois !) et lucides, il n'y en a pas des kilos.
Il s'intéresse de près à mon cas. En fait, je suis pour lui une énigme plus impénétrable que celle du Sphinx. Il ne comprend pas, dit-il humblement incrédule, alors que je suis sûre qu'il a reçu un prix Nobel. Comment se fait-il qu'une belle plante chlorophyllée à point comme moi, intelligente et tout et tout, soit sur Meetic ? "Vous me cachez quelque chose Gicerilla. Un pied bot, un œil torve, enfin avouez !" "Non je vous jure, rien si ce n'est beaucoup de défauts, quelques perversités. Promis, juré je suis comme tout le monde, très équilibrée !"
Il doute, il veut me coacher, m'aider à trouver le gant à ma main. Il étudie la chose sous tous ses angles et enfin trouve mon talon à moi. Il consulte à droite, il consulte à gauche, il compulse force livres et encyclopédies (il est érudit !) et il me livre enfin la clé. ''Votre annonce est mal faite, Gicerilla, laisser moi vous montrer !''
Comme je suis une femme altruiste, je me suis dit que d'autres femmes dans le besoin pourraient peut-être en tirer quelque profit. Je vous préviens, que les prudes quittent immédiatement le terrain. La potion est solide, pour les gosiers blindés. Les bégueules effarouchées, fuyez aussi, il est encore temps. Mais si vous restez, appréciez jusqu'au dernier point de ponctuation ce petit Traité à l'usage des femmes délivré par un homme qui les connaît bien. Appréciez vraiment car je prends deux risques ce faisant. Le premier, c'est que l'auteur me colle un procès. Le second, c'est que ceux qui pensait que je n'étais que dentellière vont découvrir, avec horreur, que harengère je peux être aussi et m'en régaler.
Je vous le livre donc pour ce qu'il est : un texte truculent plein d'humour et de dérision à prendre, bien sûr, au deuxième degré !
********
Traité sur la sexualité masculine
Courtoisie prof. émérite M. Wxxx
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Tout le monde connaît la boutade :
« Les hommes sont prêts à tous pour baiser, même aimer. Les femmes sont prêtes à tout pour être aimées, même baiser ».
En parcourant les annonces féminines Meetic, rares celles qui ne portent pas une phrase dans le genre :
"... mais juste une petite précision. Les personnes qui ne s'intéressent qu'à la viande, il faut s'adresser à une boucherie, vous serez mieux servis…"
De réagir de cette façon est tout simplement ignorer qu’un homme produit environ 1 L de testostérone par jour (les bons, les vrais), une hormone d’une agressivité et d’une violence inimaginable et qui nous fait régulièrement déclencher des guerres. Sinon, à défaut, sauter sur tous ce qui bouge. Et vous avez beau gueuler, ça nous excitera encore davantage, c’est tout. Contre la testostérone, votre rôle est réduit à un combat de Don Quichotte, au mieux. Que faire alors ? Ecoutons notre ami Napoléon à ce sujet :
"S’il vous est impossible de battre un ennemi, alliez-vous."
Faites-vous donc copine de la testostérone de ces Messieurs. Comment ? Voilà comment rédiger votre nouvelle annonce :
"Je suis à la recherche d’un homme viril, obsédé comme moi-même et qui veuille bien me défoncer tous les soirs. Tant pis si ensuite je marche comme un canard."
"Je considérerais comme un privilège si un homme daigne de me prendre régulièrement en levrette, de préférence en public."
"Je recherche un gros noir avec un braquemart d’enfer, un véritable démonte-pneu et qui veuille bien me changer les quatre roues tous les soirs. Déchirez-moi, svp !"
"Moi, ce que j’adore faire à mon chéri, c’est des pipes. J’aime lui tirer les huiles 2 fois par jour, de préférence matin et soir. Pour les hommes qui ont horreur de ça, désolée, je ne peux rien pour vous. "
(Gicerilla, vous ne trouvez pas que là j’exagère un peu ? Matin et soir, ce n’est pas trop ? J’ai peur que vous ne soyez pas crédible)
Vous voulez des mecs sympas et qui, en l'espace de très peu de temps, seront et resteront à vos genoux et pas seulement pour la bonne cause ? Alors, voilà le genre de profil que vous devez composer pour Meetic :
«Belle femme cherche beau mec viril, bien sous tous rapports mais surtout pendant, pour plan cul uniquement. Pas d’abrutis ou d’analphabètes, que du lourd qui tienne la route. Le jury sera très sévère et ceci à tout point de vue. C’est gratuit, je ne suis pas une pute. Réponse uniquement si photo(s).»
Ai-je réussi à vous donner quelques idées ? Il sera impératif d’insérer vos photos. Le message doit être très clair :
« Vous ne me faite pas peur, bande de gentilles brutes ! J’ai très peu de testostérone, soit, mais je ne suis malgré cela pas très différente de vous. Moi aussi j’aime le cul. Et comment donc !»
Et voilà le boulot, pas besoin d’avoir fait Science Po. La réaction des mecs en lisant ce texte ? Incrédule, bouche bée, les yeux écarquillés, le souffle coupé. Panique à bord. Mais surtout, surtout impressionnés et beaucoup d’eux seront anéantis, détruits au sol, auront les pattes sciées, n’auront plus le courage de peur de ne pas pouvoir bander. Avec cela, vous fermez le clapet à toutes les grandes gueules et uniquement les meilleurs parmi eux oseront postuler.
Il faut aller sur leurs terrains et les battre avec leurs propres armes.
A part le quota habituel de cinglés (zap, zap, zap), vous n’aurez que la crème, des mecs sûrs d’eux-mêmes donc instruits, éduqués ayant réussi dans la vie. Bref, des « Alpha Tiere », des gagneurs, des meneurs. Ne vous détrompez pas, les bonnes baiseuses, nous on adore et il n’est pas question de les jeter, on garde. Un mec, il faut savoir aussi le tenir par le cul, c’est indispensable. Même si vous êtes un peu chiante, il vous pardonnera, car le cul, c’est trop bon. Et c’est chaque fois un demi-litre de testostérone que nous évacuons ! Pas d’accord ? Je veux bien, sauf que maintenant vous m’obligez de vous rappeler votre jeunesse. (...)
Et d’un coup d’un seul :
«Stop, je suis une oie blanche, Messieurs, sachez que je ne mange pas de ce pain là, c’est dégueulasse, comment peut-on, vous me prenez pour qui… »
Et vous ne comprenez pas pourquoi on gueule ? Mesdames, vous êtes sûr que vous avez horreur du cul comme vous avez l’air de nous le faire comprendre ? Si vous aimez, alors pourquoi ne le dites-vous pas ? La parité, c’est uniquement quand ça vous arrange ?
Pour finir, deux vérités à méditer :
L’amour n’est pas un aphrodisiaque, bien au contraire. Il empêche la « sauvagerie » dans les rapports. Ça nous excite quand vous vous débattez (mollement). C’est trop bon.
Si vous ne désirez plus avoir de rapports sexuels, mariez-vous. (Et vous avez beau gueuler qu’au début vous la déchiriez tous les soirs, la production de testostérone s’est arrêtée. Vous êtes cuite pour le restant de vos jours. Pas grave, il vous reste TF1).
FIN
(des rapports)
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M., pardonnez-moi, je n'ai pas su résister !
(*) http://vivrenvies.blogspot.com/2007/08/envie-de-virtuel.h...
http://www.dailymotion.com/video/x17a5c_pub-meetic
08:05 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

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Commentaires
''L'idée douce du fumet délicieux d'un gratin dauphinois partagé avec amour au coin du feu, m'entraîne sur les traces de l'Amour Perdu. ''
On aura rarement vu plus ridicule. N'étiez vous pas plutôt sur www.jecuisine.com, par hasard ?
Ecrit par : passeakevin | 02 septembre 2007
Il en faut pour tous les goûts ! Moi, cette annonce me met l'eau à la bouche. C'est bête, je ne résiste pas à un bon gratin saupoudré comme il faut de noix de muscade. J'en déduis que vous n'aimez pas le gratin dauphinois...
Ecrit par : Gicerilla | 02 septembre 2007
Ce petit Traité est pur délice, M. vous pardonnera j'en suis sur d'avoir partagé ici ces vérités trop souvent camouflées sous des couches et des couches de réserve mal placée ou des mots tellement tirés par les cheveux qu'ils en deviennent incompréhensibles. Le gratin est savoureux mais l'idée de retrouver un "amour perdu" un peu moins. Enfin ce que j'en dis moi ...
Ecrit par : Bougrenette | 02 septembre 2007
J'aime le gratin dauphinois, mais j'ai horreur des poètes de pacotille.
Ecrit par : passeakevin | 03 septembre 2007
Vous êtes gourmand mais vous avez la dent dure avec vos congénères. Zavez déjà essayé de rédiger une annonce, vous ? Non, c'est sûr. Essayez donc un peu et comme Cyrano étourdissez-nous de votre faconde.
''On pouvait dire... Oh ! Dieu !... bien des choses en somme...''
J'ai hâte de voir la finesse de votre plume, même si vous n'avez rien à vendre :-)
Ecrit par : Gicerilla | 03 septembre 2007
Je vous propose:
Homme multifaçons cherche femme multifacettes...
Ecrit par : Passeakevin | 03 septembre 2007
...et ce que j'ai à vendre fait partie de notre secret commun...
Ecrit par : Passeakevin | 03 septembre 2007
bof...
Mais qu'est ce qu'un couteau suisse ferait d'un rubikscube ? Cà y est.. c'est phallique !
.... Ce doit être à cause de l'heure tardive. Veuillez excuser mon passage... ;)
La suite est plus complexe à extirper de mon cerveau boueux : donc il ne peut vendre sans trahir le secret commun. Soumis alors à la permission de ? dépendant et menotté de surcroît ? Menotté, oui... çà fait bien dans le contexte. Du coup, je pense à Sade:" il serait faux de croire que c'est toujours le Maître qui tient le fouet".
Oui , mais s'il n'avait rien à vendre ? Ce serait qu'il n' y a pas de secret entre eux, ou même que ce qui s' y trouve ne le soit plus, secret ? wouw..
Sur ce, je vais dormir. Demain j'ai un escarpin à fouetter, moi ...:)
Ecrit par : GilgamesH | 04 septembre 2007
Drôle et bien écrit. Bravo. Il est tentant cet exercice qui consiste à se résumer en quelques mots pour attraper le bon morceau avec une pointe de dérision(Pfiou! C'est sorti tout seul).
Michaël (à ne pas confondre puisque je n'ai rien à pardonner... que je sache)
Ecrit par : ex-mot | 05 septembre 2007
@Michael
Merci, merci. Encore, encore ! Venant de vous dont j'ai goûté l'humour avec bonheur... je rosis !
Ecrit par : Gicerilla | 05 septembre 2007
Tiens, ils ont fait un nouveau truc, Meetic, avec de la psychologie dedans. Ce qui implique, je suppose, que l'un et l'autre sexe n'auront plus à faire d'efforts pour essayer de tâcher de tenter de comprendre un tout petit peu les rivages des âmes réciproques... Plus besoin de se tracasser, dès lors, pour bidouiller une anonce qui déchire !
C'est beau la science, quand même...
Ecrit par : Alex | 06 août 2008
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