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mercredi, 05 septembre 2007

ELLE - Gorilles dans la brume

9e14c443f9bfdbff3b94f6303ca2425f.jpgL'expédition punitive est bien ficelée, rien n'est laissé au hasard.

Défier la pesanteur, faire la nique à Newton, remonter cette chair blanche paresseuse, la photo de Naomi Campbell sur le réfrigérateur. Tonifier ces triceps, horreur de l'effet voile qui flotte au vent. Sculpter ces pectoraux, soutiens à la vie à la mort des jolies poitrines. Galber ces cuisses, fuseler ces mollets, arrondir ces épaules car, hum, quoi de plus sexy qu'une jolie épaule ronde dans un marcel de coton blanc ?

Le menu est copieux mais la donzelle volontaire et surtout curieuse. Curieuse ? Oui, des membres virils du club de fitness, source inaltérable de réjouissance, d'étonnement et d'enseignement. Quel bonheur de souffrir sous la fonte, de se faire subir force tortures dans une salle imprégnée d'odeurs chavirantes de mâles en sueur. Quel plaisir de pédaler mollement alors que paradent aux alentours des spécimens remarquables de la gent masculine. Et l'anthropologue en moi de se régaler par anticipation. Quel spécimen vais-je croiser aujourd'hui ? Je suis toute excitée et comme le savant qui herborise, j'ai préparé mon carnet de notes cérébral et me prépare à y consigner scrupuleusement toutes ces mœurs si divertissantes qui font de mon entrainement un moment à ne jamais rater.

Nul besoin de jumelles, de planques végétales, de matériel audio haute précision. Aucune attente transpirante embusquée dans un recoin malaisé pour saisir à la volée l'attitude révélatrice de tel grand primate velu à souhait, pour surprendre au détour d'un miroir la mimique de tel autre pleine de promesses pour celle qui voudra bien regarder. Non, il me suffit de me jucher en plein milieu de la salle, sur mon poste d'observation préféré, le rameur. Je suis perdue au milieu de cette jungle d'appareils dont l'ingéniosité ferait saliver d'envie Donatien-Alphonse-François. Dans cette forêt de machines infernales à poulies variées, à leviers, à ressorts, à contrepoids, garanties silencieuses de sensations intenses, je me sens devenir Dian Fossey espérant un meilleur avenir...

Je me sens observée. Les grands singes ont reconnu mon odeur, ils n'ont pas peur et me laissent approcher. Doucement, à pas félins, j'avance au centre et choisit le rameur du milieu. Leurs yeux sont rivés sur moi alors je procède avec circonspection. Surtout ne pas les effrayer, ne pas les affoler pour ne pas provoquer de colère qui risquerait de tout gâcher. Je m'assoie lentement sur la selle et ajuste la bride des repose-pieds. Mes gestes sont calculés. Je débute mes mouvements de va-et-vient tout en fluidité affichant un air de fausse indifférence.

Mon parfum se répand dans la salle. Je ne dégage aucune odeur de crainte. Les regards rassurés s'éloignent de moi pour se concentrer à nouveau sur leur vision favorite : l'homme qui s'échine devant la glace. Je réprime un sourire. Je suis comme une reine au milieu de sa cour. Je suis reluquée comme une proie alors que le prédateur c'est moi, mais ça, ils ne le savent pas. Le cerveau aux aguets, j'enregistre tout ce qui se passe. Rien n'échappe à mon regard affuté. Mon champ de vision couvre 180 degrés et je déniche dans les coins les plus reculés tel exemplaire étonnant de l'espèce.

Tiens, voilà qui est intéressant. Là, devant moi, un portique à poignées latérales largement espacées reliées à des poulies et au milieu un petit homme trapu, la trentaine bien avancée. Il a les jambes courtes et minces voire rachitiques vu l'ampleur de son torse exagérément long et développé. Ses deltoïdes énormes, telles des voiles attachées à sa colonne vertébrale, débordent de son T-shirt débardeur affreusement échancré. Ses avant-bras, ses aisselles et ses jambes sont recouverts d'un épais tapis noir et dru. Hum, un mâle un vrai, un testostéroné à bloc. La preuve, il a une calvitie précoce qu'il taille soigneusement. Bizarrement, son visage semble glabre et doux comme un galet. Ses petites mains trapues attrapent les poignées qui pendent nonchalamment sur leur câble. Il prend la pause et se toise de la tête aux pieds avec satisfaction. ''C'est moi cet homme puissant que je vois là devant moi ?'' Il tente négligemment de resserrer latéralement ses bras le long de son corps mais les poignées résistent et refusent de se rapprocher. Il insiste, se cabre sans résultat. La sueur commence à perler à son front, son visage par l'effort est déformé, les veines sur ses tempes saillent à l'excès et je crains une rupture soudaine et sanguinolente. Le type ne respire plus, Obélix il est devenu, et bandant des bras gros comme mes cuisses il réussit enfin à les rapprocher. Ah, c'est une machine pour pectoraux ! Mais, pensé-je incrédule, s'il continue comme cela une deuxième paire de fesses va lui pousser sur le torse avant la fin de la cession ! Mon dieu, quel horreur. Il est suant, il est heureux, ses mains sur le devant enfin se touchent. Un air jubilatoire vient éclairer son visage rubicond et dégoulinant il pousse des "han" à assourdir la salle.

Je l'observe en lousdé. Il se plait, c'est certain. Il se regarde amoureusement et à l'instar de ses muscles, sa jubilation bande. Un collègue se joint à lui pour lui expliquer qu'il a mis une charge bien trop lourde. Pourtant, à son tour il se saisit des poignées et lui montre le mouvement exact avec aisance. Avec une facilité déconcertante ses bras se rejoignent. Je vois l'autre pâlir sous le verni carmin de son visage. ''Quoi, il serait plus fort que moi !'' se dit-il in petto, et son cœur saigne de devoir reconnaitre qu'il y a plus fort que lui. Il croise mon regard par un jeu de miroirs. Je ne fléchis pas et le soutiens bien qu'il darde des éclairs de colère.

Son ami a ôté quelques poids qu'avec hargne il remet. Il se campe sur ses jambes, il s'arcboute, prêt à en découdre, et d'un mouvement brusque des deux bras, ses deux mains se rejoignent devant lui. Il recommence le geste une deuxième fois, une troisième fois péniblement. Il grimace affreusement et son sourire en blessure béante s'est transformé dégageant ses gencives de carnassier. Il ahane, il rugit, c'est sûr il va bientôt exploser. Il continue à me défier du regard et visiblement il jouit de son propre spectacle ''ah tu vois je suis aussi fort que lui, ça t'excite poulette, tu voudrais en tâter ?'' L'effort est si intense qu'il ne peut contenir les poulies sur le trajet retour et dans un fracas de fonte assourdissant les poignées valsent dans l'air et retrouvent leur position initiale, secouées en ricochets infinis par les trémulations du portique en métal. Le type est liquéfié et à ses pieds des taches immondes de sueur maculent le parquet. Il se tourne vers moi qui glisse et glisse encore en silence et il me sourit, provocateur ''alors, c'est qui le plus fort ?''. Dans un instant je ne serais pas étonner de le voir tambouriner de ses deux poings son torse épais comme un menhir et tel un gorille pousser le cri du mâle vainqueur. Il avance vers moi un sourire goguenard aux lèvres. Aie, non pas ça, ne me dites pas qu'il doit poser les mains par terre pour se déplacer ! J'adopte immédiatement la position de la femelle soumise, arrondis le haut de mon dos et détourne les yeux. Ouf, il s'arrête en chemin. Allez savoir jusqu'où il serait allé si j'avais continuer à le défier...

Grand bien me fait car sur la gauche un beau gars. Un mètre quatre-vingt cinq au bas mot il est vautré lascivement sur le ventre sur une espèce de couchette et exhibe sans pudeur son postérieur. Il est d'un blond angélique et chacun des muscles qui s'offre à ma vue est lisse, ciselé et fuselé. Sa peau est joliment dorée. Un éphèbe suisse, ça existe, ou plutôt un viking lacustre ? Les bras en avant, les mains accrochées à des poignées, le voilà qui glisse ses deux talons sous une barre rembourrée de mousse noire et le voilà de soulever par le biais de ses jambes un bras axé et muni lui aussi de poulies. Et dans le mouvement ses reins de se cambrer, ses mollets de ramener vers le creux de ses genoux la barre moussue provocant ainsi la contraction excitante de ses fessiers. Spectacle tellement plus affriolant que le grand singe dégoulinant ! Je le fixe fascinée et je suis du regard les aller et retour de ses mollets et la cambrure qui monte et qui descend en un mouvement évocateur. Et chaque seconde qui passe met mon cerveau en émoi. Le type a remarqué mon manège et entre deux grimaces me sourit. Ses yeux quasi émeraude me transpercent d'envie (tiens une envie !) et je lui rends son sourire, car il est plutôt à mon goût. Voilà un spécimen que je prendrais bien la peine d'étudier à fond. Surgissent en moi des envies de scientifique folle et de tenter sur lui bien des expériences. Il se lève et dirige vers le vestiaire des hommes non sans me lancer à la dérobée un regard d'invitation. Un sujet d'observation qui s'offre sans résister, cela ne se refuse pas ...

Décidément, la musculation que c'est bon !

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Commentaires

... Vu la conclusion, va falloir que j'y aille ... dans une salle de torture...

Mais à part cela Gicerilla, j'ai de plus en plus de plaisiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiirrrrr à vous lire ! ;)

HAN !

Ecrit par : GilgamesH | mercredi, 05 septembre 2007

Je n'ose imaginer ce que vous pourriez faire avec un titre comme "danse avec les loups" c'est ce qui me vient à l'esprit après cette lecture et aussi qu'il va falloir que je revois mon jugement sur la musculation en salle. Vous avez un talent fou pour trouver les détails qui touchent.

Ecrit par : Bougrenette | mercredi, 05 septembre 2007

Zut, je vais être obligé de changer le thème, enfin, le lieu de mon prochain post ...
Je vous invite à ne pas publier ce comm. J'aime les représailles.

Ecrit par : Boris | mercredi, 05 septembre 2007

et la prochaine fois, chasse à l'ours au supermarché...

Ecrit par : passeakevin | mercredi, 05 septembre 2007

@Bougrenette : venez avec moi, je vous initierai, vous verrez, vous y reviendrez, foi de Gicerilla ! Et puis vous me donnez une idée figurez-vous. Les ours, franchement non merci, aucune inspiration, alors que votre idée de loups, hum, intéressante...
A suivre.

Ecrit par : Gicerilla | mercredi, 05 septembre 2007

Au supermarché ? Il ont fait un lacher ?

Ecrit par : Boris | mercredi, 05 septembre 2007

Ne me tentez pas Gicerilla ;)

Ecrit par : Bougrenette | jeudi, 06 septembre 2007

Satanas, Gicerilla, même combat ? C'est vrai que le thème des Loups peut-être aussi abordé d'une manière plus fauve, plus animale, plus rude... Plus noble, peut-être, aussi plus tribale.

Ecrit par : GilgamesH | jeudi, 06 septembre 2007

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