« ELLE - L'ile déserte | Page d'accueil | ELLE - La femme parfaite »
mercredi, 19 septembre 2007
ELLE - Un homme peut en cacher un autre
A une terrasse d'un café très bien fréquentée.
Assises à l'ombre tiède, nous sirotons notre Pepsi Light nettement moins bon que le Coca Cola Zéro, cela dit en passant pour les amateurs de cola allégé. Nous feuilletons force magazines intellectuels hautement fournis en articles de fond sur des problèmes sociétaux, économiques, écologiques et j'en passe. S'empilent en vrac sur le guéridon Elle, Marie-Claire, Cosmopolitan et Marianne enfin pour élever le débat.
Les hommes seuls sont nombreux en cet après-midi de septembre éclatant de soleil d'été, un régal pour les yeux. Pour une fois les femmes non accompagnées sont en minorité. Quelle riche ville que voilà où les mâles sont plus nombreux que les femelles, je ne suis pas prête de la quitter ! Mon amie et moi, par dessus nos lunettes de soleil zieutons l'air de ne pas y toucher les hommes attablés. Certains nous reluquent franchement sans vergogne et je m'amuse à soutenir leur regard fatigué, pour le plaisir du jeu sans enjeu. D'autres reluquent à la dérobée, pas sûrs d'eux. Serait-ce les mêmes que je croise au fitness suant, ahanant, soulevant la fonte en épiant en lousdé ? Non, ceux-là ne sont pas des fous de fitness, du muscle tendu qui saille sous le T-shirt moulant. Ce sont des Bobos à caser, ceux qui le portefeuille en bandoulière écument passé minuit les boites de nuit tels des vampires citadins en mal de chair fraiche. Ceux qui le dimanche venu, se lèvent tard, sortent du lit hagards les yeux bordés d'ennui violacé ou de satiété testostéronée bleu foncé ! Toujours en quête, ils guettent c'est évident. Sorte de rapaces dont le ramage déplumé est terni par les nuits de veille alcoolisée. Ils scrutent, ils évaluent, ils jaugent. J'aime bien cette guerre pacifique des regards qui se fuient, se rencontrent comme par hasard, s'affrontent un court instant et s'effarouchent à nouveau.
Nous rigolons fort. J'ai le rire tonitruant de Castafiore, le verbe haut d'Arletty, sans doute des restes de mon enfance, du temps où par dessus une table de trente personnes la petite-fille devait réclamer en hurlant ''passez-moi le sel !''
Mon rire ricoche de table en table, sur les pieds des parasols déployés, rebondit en pirouettes sur les toiles tendues en trampolines versicolores donnant à la terrasse un air de plage joyeux. L'air est brûlant et léger et les notes s'égrènent en chapelet de perles nacrées. Certains lèvent les yeux de leur journal prétendant être dérangés dans la lecture de leur canard préféré (''20 minutes''... je rigole !) mais évidemment profitent de ce rire qui fuse pour regarder. J'aime ces moments de jeu de cache-cache. Ce n'est qu'un jeu, les règles sont connues de tous et pourtant consignées nulle part, si ce n'est peut-être dans notre ADN ? Le soleil chauffe les peaux qui brillent de santé dorée. Les femmes ont de jolis décolletés et les jambes parfaitement épilées. Les femmes au soleil sont toujours plus belles.
Parmi les tables déambule un homme de belle allure, carrure d'athlète, la quarantaine en douce, blond, les cheveux brossés en arrière à la R. Valentino. des yeux bleus assortis à son polo Lacoste négligemment porté sur des jeans qui lui moulent avantageusement le postérieur. Ou serait-ce plutôt sa belle paire de fesses qui moule avantageusement la toile !
Le fait est qu'il suit à petits pas de chinoise une petite fille adorable. Incertaine sur ses petites jambes potelées, elle avance en dodelinant. Ses minuscules pieds son joliment chaussés dans des espadrilles de poupée en jeans fleuri. Elle est blonde comme son père, les mêmes yeux d'eau des calanques. Elle passe hésitante à côté de nous et s'arrête. Elle nous regarde curieuse des magazines étalés sur la table. L'homme s'approche ''Bonjour !'' dit-il, avenant. Le chœur des dindes répond ''bonjour !'' en gloussant un peu. Le type est vite scanné. Petite fille = maman = papa, donc on ne touche pas, donc inoffensif. Parler est autorisé.
La petite s'attarde, attrape ma main gauche et découvre avec des yeux pétillants la bague gigantesque enchâssée de diamants qui trône sur mon majeur. Elle la tripote, la triture et de ses petits ongles tentant de déloger les éclats de miroir qui font cligner ses yeux. ''Elle va vous coûter cher plus tard'' lancé-je taquine à son papa. ''Oh non, pas à moi, à son futur, oui ...'' Il n'a pas démenti, donc papa il est, soft nous serons. L'homme darde ses yeux dans les miens, un regard d'épervier turquoise. Il entame une conversation légère faite de plaisanteries et de double-entendre. Il en oublie sa fille qui se carapate. Il repart affolé, la rattrape et semble la guider dans notre direction. La revoilà qui pointe sa frimousse dodue. Elle chipe un magazine et nous, bonnes filles, nous le lui laissons à torturer tant nous sommes décider de la voir s'initier dès son plus jeune âge aux lectures saines ! L'homme reprend sa conversation et nous propose de s'assoir un instant. Nous acquiesçons, aucun danger! Et nous voilà à deviser gentiment. Il nous place quelques jeux de mots et douces allusions. Nous faisons mines de ne pas les comprendre avec renfort de papillotements des cils et autres gloussements. Quel drôle de père que celui-là ! Mais avant peu la petite l'entraine de nouveau sur une autre piste. Il se précipite à sa suite car elle manque de tomber aux pieds d'une autre femme attablée à côté, belle brune sculpturale au décolleté sans fond. Elle aussi tombe sous le charme du poupon et la voilà qui gazou-gazou, et voilà le papa qui la branche ! Pas farouche le papa... Il s'attarde et retient tant qu'il le peut l'enfant impatiente et vagabonde. A regret, nous le voyons abandonner notre zone, courant pratiquement derrière la fillette qui trisse en trissant des notes joyeuses.
Soudain, non loin de nous une voix de femme appelle ''Xavier, Xavier !'' Il se retourne et nous avec. Une très belle blonde arrive en poussant devant elle une poussette d'enfant, vide. Décidément c'est un après-midi blond ! ''Merci d'avoir garder la petite'' lui dit-elle en s'approchant des tables, un sourire Ultra Brite à la clé. ''J'espère qu'elle a été sage ?'' Ils échangent deux trois mots du même tonneau et la voilà qui claque deux bises sonnantes sur les joues de notre papa et part rejoindre, petite en main, un autre homme barbu qui l'attend à l'angle de la rue...
L'homme seul maintenant retourne vers la table où la brune pompe allègrement sur la paille de son soda, promesse de bien des plaisirs sans doute ! Nous nous regardons mon amie et moi, incrédules mais non point vexées. Ainsi donc ce n'était pas sa fille ! Pas mal comme technique d'approche. Nous connaissions déjà l'effet garanti du chien en laisse à 7 heures du matin dans la rue ou au bois, mais le coup du ''papa'' nous ne connaissions pas.... Que l'homme est roué ! Mais je vous pose la question : le voudrions-nous autrement ?
Alors Mesdames, méfiez-vous, un homme à bébé n'est peut-être pas ce qu'il parait !
06:25 Publié dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://gicerilla.hautetfort.com/trackback/1221185
Commentaires
Pour le coca cola zéro je suis totalement d'accord avec vous, et pour marianne je note dans le cahier ;)
L'homme est roué et ainsi va le monde car la femme dans un autre style l'est tout autant, je crois, et autrement cela serait moins agréable d'autant que cela m'offre le plaisir de lire, une fois encore, une note dans le plus pur style Gicerilla. Par contre pour l'ombre tiède, je vais devoir repasser, 4° au compteur ce matin, pas moyen de trainer en terrasse.
Ecrit par : Bougrenette | mercredi, 19 septembre 2007
Ah non, non et non ! Le Coca Cola Light est bien meilleur que le Coca Cola Zero auquel on a supprimé les calories mais aussi le goût.
Ecrit par : Kinky | mercredi, 19 septembre 2007
Coca Cola : Bon, non pas pour le goût, mais pour l'effet "mincissant". Gicerilla étant une obsédée de la ligne fluide, de la peau de bébé, une stakanoviste en salle de torture, je suppose que c'est de ce "bon" là qu'elle parle. ;)
Tandis que moi, j'aime le Coca qui dérouille... le Vrai !
L'homme "roué".. celui qui file la laine ? L'homme à la maison ? L'homme " roué" battu par plaisir ou par violence ?
Bref, je lirai le tout plus tard... à moi la galerie d'Art de Jacques Delbaz... ( ;( )
Ecrit par : gilgamesH | mercredi, 19 septembre 2007
Votre blog et vos textes sont des merveilles d'évasion ... C'est un plaisir à chaque fois.
Merci de votre passage chez moi et de vos coms ...
à trés bientôt. bizz
luz
Ecrit par : luz | mercredi, 19 septembre 2007
@ Bougrenette : svp n'en faites pas trop quand même, ils vont finir par comprendre que je vous ai payée !!
@ Kinky : on voit bien que vous ne buvez jamais ces ersatz pour nanas, sinon vous sauriez que le "Light" = le "Zéro", i.e. sans calories, mais différent de goût! :-)
@ Luz : merci et bienvenu, et... revenez souvent !
Ecrit par : Gicerilla | mercredi, 19 septembre 2007
Quel triste spectacle ce poulailler...quel triste sire faut-il être pour être attiré par tant de piétailles...
Ecrit par : passeakevin | mercredi, 19 septembre 2007
Figurez-vous que je parle en toute connaissance de cause. Une de mes amies est accro au Coca Cola Light, non pas pour sa basse teneur en calories mais pour le goût. Il m'arrivait donc souvent de partager une canette avec elle. Puis un jour elle a décidé de m'acheter du Coca Cola Zero qui est marketé comme une boisson d'homme. Et bien, j'ai été très déçu. Je préfére de loin le Light au Zero.
Mais ce n'est qu'un détail. J'ai oublié de vous dire que je me suis régalé à la lecture de votre récit.
Ecrit par : Kinky | jeudi, 20 septembre 2007
à passeakevin : pffffffffff...q uel rabat joie !! triste sire vous même, votre commentaire est la preuve que vous faites partie vous aussi de la basse cour...
Connaissez vous la légèreté , l'allegria , le commentaire positif, la bonne humeur ...
Est-ce que vous souriez parfois ;-))))
à gicerilla : vos textes sont toujours un agréable
"rafraîchissement" pour l'esprit... Merci
ciao
Ecrit par : doi2fé | jeudi, 20 septembre 2007
Mon Seigneur Passeakevin !!!..."Poulailler... Sire, piétaille..." Pff... franchement ! Seriez-vous jaloux du Triste Sire en question ? Cependant, à vous relire, je ne peux m'empêcher de penser qu'il doit y avoir de ces piétailles dont certainement Votre Majesté aurait aimé un jour faire son menu ! (vous ignoriez qu'une poule, çà volette à l'état naturel ?).
Mais bon, S'il vous plaît, Joyeux Sire, laissez-nous caqueter, battre des ailes, nous nourrir de tout et de rien, nous enrhumer notre soit-disant cerveau, ou le petit pois qui en tient compte, et ce à satiété.
Et si notre caquetage embarrasse un " aigle aigre " (répétez-le à haute voix 10 fois d'affilée, ce sera rigolo ! ) tel que vous, sachez que nous en sommes réellement bien désolés. Je ne sais pas, moi, ... euh...n'y a t'il pas quelque part un blog dédié aux croque-morts, afin que vous puissiez vous y sentir plus à l'aise et surtout en plus agréable compagnie ? Et revêtir alors cette apparence de condor qui devrait vous allez si bien ?
En tout cas, je me demande bien ce qui vous pousse encore à laisser ici vos commentaires. Cela doit vous ennuyer bien profondément ! Plus que nous encore. Quelle perte d'énergie pour vous, Seigneur, non ? A moins... à moins que finalement, vous en jouissiez ? ;)
Pour Gicerilla : je m'amuse bien souvent à lire vos textes, il s'agit là d'un divertissement agréable et léger !!! En tout cas, pour ma part, je ne me sens lié à vous par aucun rapport subalterne, loin de là. Enjoy and rock and roll !
Ecrit par : gilgamesh | jeudi, 20 septembre 2007
@ Passeakevin : la plume m'a démangée (normale pour une dinde) un court instant de vous écratigner d'un coup de calamus taillé en un biseau aigu ! Et puis j'ai abandonné l'idée en imaginant que renard vous étiez, à jouer au malin pour mieux me provoquer. Merci à mes héros improvisés, amateurs sans doute de galinacées :-)
Ecrit par : Gicerilla | jeudi, 20 septembre 2007
Gicerilla "ils vont finir par comprendre que je vous ai payée !!" croyez vous ? et quand bien même, quel "rapport" pourraient ils bien en tirer, je me le demande... Ceci dit, je constate qu'on se tire dans les plumes par ici (facile celle ci) :)
Ecrit par : Bougrenette | jeudi, 20 septembre 2007
"papa" + "maman" n'est pas toujours égal à "couple".
Mon fils profite toujours des moments où je suis avec lui au parc pour "draguer" les mamans qui sont là... ce n'est pas forcément la "faute" du papa :-)
M.
Ecrit par : M. | mardi, 05 août 2008
Ho ... M. Qui sait si ton fils n'a pas plus simplement un don inné pour la vie sociale et une certaine empathie pour les relations humaines ... De là à "draguer", ne serait-ce pas là, avancée masquée ou si peu, une interprétation toute paternelle ? MMhh ?
Quant au Coca-Cola, light ou pas, disons que ma religion qui ne dit pas son nom me l'interdit. Comme le Perrier. Non pas par dogme, mais par goût. Les bulles pour moi sont avec al-khôl. Mais on s'en fout un peu n'est-ce pas car l'objet du propos nous rappelle à cet ancien dicton : l'habit (ou quelle que soit l'orthographe que vous choisirez) ne fait pas le moine, les apparences sont trompeuses etc, etc.... Et puis à autre chose aussi sur la nature des femmes. A chaque fois il faut qu'on tombe dans le panneau de la séduction, même si ce n'est pas toujours celui auquel on aurait pu s'attendre de prime abord. Et je le reconnais, c'est parfois irrésistible en terrasse, sinon terrassant. Avouez quand même Gi : le nouveau né aventureux c'est plus original que celui qui demande l'heure avec une Rolex au poignet non ?
Ecrit par : celadon | mardi, 05 août 2008
Ecrire un commentaire