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lundi, 29 octobre 2007

ELLE - Envie à deux mains


1ff11a3ff62c5e1c2fe21a5eab9d043e.jpgElle ne dormait plus depuis quelques minutes.

Il avait juste fallu sentir le matelas s'alléger à peine pour que son inconscient lui dise "attention, il s'en va..."Les sens en éveil mais les yeux toujours fermés, elle écoutait attentivement chaque latte du parquet qui craque pour deviner s'il se rhabillait, s'il allait à la cuisine ou la salle de bain, si elle entendait le son d'une porte doucement refermée sur un départ irréversible. Elle retenait son souffle anxieux qui s'emballait dans sa poitrine. La peur de son départ, comme quelque chose d'inéluctable lui tenaillait le ventre comme les pinces rougeoyantes d'un tortionnaire du moyen-âge qui charcute les chairs de la belle pour lui faire avouer son hérésie d'amour...

Elle est couchée sur le côté, presque sur le ventre, le visage à moitié enfoui dans l'oreiller et les mains glissées dessous comme pour protéger son visage des mauvais rêves qu’elle ne cesse de faire éveillée. Ses odeurs à lui comme un philtre d'amour protecteur, bouclier de ses démons. Elle l'inspire, elle l'expire, elle le respire. Elle le veut tant. Il l'a tellement émue lors de cette nuit d'amour unique. Il lui a tellement donné avec désintéressement et prodigalité. Aucun homme à ce jour n'avait su bouleverser sa chair, faire surgir au creux de son ventre une source si fluide, quasi intarissable. Chacune de ses caresses avait été une marche gravie vers le paradis et il lui avait semblé que le paradis était perché à des hauteurs vertigineuses tant son plaisir avait été grand.

Son ventre maintenant lui faisait revivre comme hier les émotions de ses sens affolés par lui et de nouveau au mitan de ses cuisses, elle sent un ru calme et constant poindre et son sang battre son sexe. Cachées sous les draps, ses cuisses se serrent, mues par un mouvement incontrôlable. Ses oreilles aux aguets comme un fauve à la chasse, elle le sent bouger dans la pièce et elle lutte tant pour que ses sens la laissent en paix et qu'elle puisse suivre ses mouvements sans le lui montrer. Un grincement typique et un coulis d'air doux sur sa nuque lui font comprendre qu'il est toujours là, sûrement face à la fenêtre grande ouverte à contempler au travers des persiennes entrebâillées le jardin magnifique de conifères qui orne la propriété. Une bouffée de résine mêlée à la lavande s'engouffre et fait frémir ses narines. Il ne bouge plus, le parquet s'est tu. Elle l'imagine planté là, les yeux perdus sur l'horizon verdoyant, espérant que les pensées qui l'animent sont celles de leur rencontre de la veille. Elle prie pour qu'il revienne vers elle, qu'il soulève lentement, très lentement le drap qui la recouvre et que lui soient dévoilées dans la pénombre du petit matin les courbes de femmes qu'elle sculpte au fil des jours. Qu'il découvre avec gourmandise son corps de femme imparfait mais si féminin dans ses défauts. Qu'un élan incoercible le pousse à poser ses mains sur sa peau déjà frémissante. Sentir sa chaleur pénétrer ses chairs, glisser le long de ses jambes et ses fesses en un va et vient lancinant. Qu'il s'arrête enfin au haut de ses cuisses et qu'impudique il se fraie un chemin entre ses fesses et que ses doigts se troublent de sentir son désir glissant et chaud, là, bouillonnant comme une source.

Il l'a entendu car elle sent le matelas s'enfoncer à nouveau sous son poids. Il est à ses pieds et une décharge électrique la fait gémir. Il a arraché le drap sans ménagement et ses mains légères et douces remontent le long de ses jambes, s'attardent au creux de ses genoux, nid à frissons voluptueux assuré. Elle feint de dormir mais son cœur s'emballe et elle domine comme elle peut sa respiration pour ne rien révéler, mais son sang circule dans son corps en rythme torrentiel et elle se sent déborder. Déborder d'envie, déborder d'amour, déborder de désirs. Ses mains sont sur ses fesses et elle soupire. Ses mains sont entre ses cuisses, sur son sexe, et elle se mord les lèvres en gémissant encore. Ses doigts sont curieux, aventureux, ils la flattent et font monter en elle des vagues de plaisir à se pâmer. Son bassin s'anime sous ses mains. Elle suit le mouvement, l'accentue, l'appuie et elle s'approche du gouffre. Dans elle souffle elle crie "non, attend !". Alors il cesse. Il la déplace à peine et l'allonge sur le ventre avec force caresses et précaution. Il la recouvre de son corps bouillant et dur d'homme puissant. Au creux de ses fesses elle sent son sexe dressé suivre docilement la courbe de son sillon inondé. Il coulisse gentiment à la faire hurler et chuchote à son oreille "retiens-toi..." Elle essaie de toute son âme, sa volonté bandée comme son sexe à lui, mais il est trop savant. "Prends moi je t'en prie" est sa seule réponse et lui, bienveillant, la prend là, subitement, avec violence. Elle se cabre, tend ses fesses vers son ventre, en redemande et l'accompagne. Et l'extase les saisit dans un cri...

Un cri rauque, profond, un cri presque guttural. Elle tremble comme une feuille dans le vent automnal. Il reste en elle profitant de la moiteur accueillante dont elle le gratifie et au sein de laquelle il a répandu sa substance de vie.
En appui sur les épaules à hauteur de son épaule, le corps tendu, il tente lentement de reprendre son souffle. Il regarde le dos fin de celle qui vient de lui offrir sa chair. Elle a toujours les mains fermées, crispées... Les draps ne pourront oublier la puissance avec laquelle elle les a serrés pendant que l'ouragan du plaisir la submergeait. Elle tente de les relâcher, doucement. Reprendre possession de son corps. Retrouver le calme.

Elle le sent toujours profondément ancré en elle, et pourtant elle sait que cela ne pourra durer. Elle se prépare mentalement à la séparation des corps, au vide qu'elle va ressentir, comme chaque fois. Il la regarde toujours, la caresse des yeux, l'enveloppe de son regard de velours. Il sent encore les palpitations de sa belle autour de son sexe qui se réduit doucement comme une peau de chagrin. Il sent leurs semences se répandre sur les draps. Il n'ose bouger, il sait qu'il aura froid dés qu'il quittera l'antre du plaisir, et pourtant...

Alors, lentement, dans un mouvement à peine perceptible, il se retire. Elle reste allongée sur le ventre, ses doigts se crispent à nouveau mais cette fois-ci dans un élan de frustration. Le contact est rompu.

Il se couche à côté d'elle, sur le ventre, dans un grognement, dans la même frustration qu'elle. Alors, dans un élan commun pour combler ce vide soudain autant que douloureux, ils se font face et s'étreignent comme des condamnés à morts qui ne verront pas le soleil de midi. Ils restent ainsi l'un dans l'autre, imbriqués, soudés, comme voulant fusionner. Ils ne se regardent plus, ils ont fermé les yeux. Leurs sens en éveil, ils profitent du silence, de l'odeur de lavande, du chant des cigales et du contact de leurs peaux.

Ils ont froid, ils s'aiment, ils sont beaux.

Et le rossignol qui vient de se poser sur la branche de l'autre côté de la fenêtre détourne le regard pour ne pas troubler leur intimité.

****

Note inédite parce qu'écrite à deux mains, association fugace de deux inspirations en passant...

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Commentaires

Un très beau moment, une belle tempête de plaisirs, des mots qui caressent des émotions, des sensations, une photo, image de fond incrustée, complément pour le décor, pour un rebondissement, j'adore. Le moment de la séparation si bien décrit, cet instant si difficile après la jouissance qui n'ose envisager que cela puisse s'arrêter. Gicerilla je me répète encore et encore mais vos mots aiment superbement.

Ecrit par : Bougrenette | dimanche, 28 octobre 2007

Je crois reconnaire les deux inspirations , elles forment un très beau texte.
touché

Ecrit par : waid | lundi, 29 octobre 2007

Magnifique, ce texte... J'ai du mal à reprendre mon souffle, ouf... ;-)

Ecrit par : am I wrong? | lundi, 29 octobre 2007

J'ai hésité à laisser un commentaire sur cette note... les mots... certains mots ne trouvaient pas d'écho en moi... ne résonnaient pas...

Et puis grâce à un ami, j'ai compris... j'ai réussi à me voir dans ce texte... sourire...

Ce qui me "gêne" ici ce sont les termes qui décrivent un moment dur, pénible même... Ce vide que je ne comprenais pas au début... cette déchirure. Je n'avais jamais vécu cela ainsi... et en y réfléchissant bien si... à un unique moment... lors d'une rupture...

Ecrit par : Nivalane | lundi, 29 octobre 2007

Très beau texte. Vous m'avez donné chaud, très chaud. Et l'envie de me glissez sous la couette, sentir qu'il est encore là.

Belle osmose de vos deux plumes, de vos deux mains. Rencontre avec un bel écrivain, tout comme vous. Il vous a rejoint et vous nous avez emmené dans les délices de ces ébats, complices et témoins attentifs de vos gestes, vos souffles, vos caresses.

Ecrit par : Fée d'Hiver | mercredi, 31 octobre 2007

@ Vous qui avez aimé, vous qui avez deviné : oui, étonnante association inattendue et surtout pas préméditée... Elle a pour moi un goût de revienzy cette rencontre du hasard mais peut-être que sa beauté ne vaut que parce qu'elle restera unique ? Sait-on jamais ?...

Ecrit par : Gicerilla | mercredi, 31 octobre 2007

Je dois être la seule à ne pas avoir deviné qui est le Monsieur Mystère... :(

Ecrit par : am I wrong? | mercredi, 31 octobre 2007

@ Am I wrong : mais non, vous n'êtes pas la seule, et leur perspicacité est due au fait que nous fréquentons certains memes lieux. Ils sont observateurs... Errez un peu chez ceux et vous saurez :-)

Ecrit par : gicerilla | vendredi, 02 novembre 2007

J'ai cru échapper enfin à la moiteur du hammam, mais ce sont bien d'autres délices qui m'attendaient ici ...
Je rejoins certains avis sur cette superbe description de l'après et la frustration qui en découle ( sans mauvais jeu de mot ).
Il est parfois possible de reprendre le chemin d'une nouvelle étreinte, mais à nos âges, ma pôvre dame :) ...
Bises Gi.

Ecrit par : Philo | mercredi, 18 juin 2008

@ Philo : ts, ts Philo, vous faites l'âne pour avoir du son, car on sait bien de quoi vous êtes capable si j'en crois ce qu'on peut lire chez vous :-)

Ecrit par : Gicerilla | mercredi, 18 juin 2008

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