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mardi, 23 octobre 2007

ELLE - Nightshade

d5cdef549d529f3874dbfff693bd51a6.jpgJ'avais trouvé la carte par hasard.

Elle ressortait, singulière, là, parmi d'autres étalées sur un porte-cartes comme il y en a tant maintenant dans les bars et les restaurant de la capitale ou d'ailleurs. Provocante, le cul tourné, elle mettait en scène un chat Sphynx avec pour sous-titre un mot "Nightshade." Mon œil étonné s'arrêta net et je me saisis d'un exemplaire, qu'était-ce donc ? Poésie immédiate à mes oreilles et l'anglophone que vous êtes sûrement aura traduit ''l'ombre de la nuit''. Mais cela pouvait être aussi, tons ou nuances de la nuit (night shades), et pourquoi pas un soupçon de nuit (shade of night) et je me prenais à rêver de ce spectacle donné à la Villette avec un menu surprenant "Pin-up, beauté fatale ou chippendale : l’ombre des peep-shows plane sur la Villette.  7 solos où l’érotisme se soumet à l’art pour provoquer votre imaginaire. 7 chorégraphes réputés ont accepté le jeu proposé par le collectif belge Victoria : dépasser les clichés, et offrir un regard neuf sur le strip-tease. Venez vous-même découvrir le meilleur du strip-tease, et ce que l’art a de plus provoquant. "

Je suis, sous mes dehors émancipés et superficiels, une femme timide surtout quand il s'agit de s'effeuiller, et l'art de ces dames m'a toujours bluffée. Y a-t-il quelque chose de plus difficile à réussir qu'un strip-tease élégant et excitant ? Combien ne faut-il pas à une femme s'aimer et aimer aussi pour se donner en spectacle à son homme dans le secret ombré de l'alcôve.  J'en ai souvent rêvé mais, vous l'avouerai-je ici, impossible de m'y résoudre et loin d'égaler Kim dans THE film, ce n'est pas "You can leave your hat on" que je fredonnais alors mais plutôt une plainte "May I keep all clothes on ?" tant ma maladresse et ma timidité finissaient par l'emporter. Alors, vous pensez, lorsque j'ai découvert ce spectacle programmé dans un lieu respectable  (La cité des sciences de la Villette, Grande Halle, Espace Charlie Parker, quelle caution de qualité !) je n'ai pas résisté !

J'arrive à Paris en retard, satanés embouteillages parisiens. Quel que soit le jour maintenant, la capitale est engorgée. Le taxi me dépose devant le parc et j'y retrouve mon amie. Elle s'est laissée tentée par moi, car après l'épisode des parfums, cela aussi elle voulait bien le découvrir avec moi. Je suis impatiente comme une adolescente à un premier rendez-vous et inquiète aussi. Pourvu que cela nous plaise, pourvu que le spectacle ne soit pas graveleux ni odieux.

La salle est remplie jusqu'au dernier rang. Il faut croire que l'effeuillage, ça titille les jeunes comme les vieux, les hommes comme les femmes, les hétéros comme les gays et de voir cette assemblage hétéroclite d'humains me rassure. Je ne suis pas la perverse que le choix du spectacle aurait pu donner à penser. Et puis, ne soyons pas hypocrites, qui n'a pas souhaité un jour de sa vie en Basinger ou en Rourke se transformer ? Acteur ou voyeur ? 

Le noir tombe aux sons lancinants, enveloppants du hautbois et de la flûte traversière. Les notes piquantes percent mélodieusement les tympans alors qu'une percussion, comme un cœur qui bat, scande un appel tribal. L'ambiance est rapidement installée et le chat nu, tiens nu !, symbole du spectacle est projeté en noir et blanc sur les rideaux noirs, écran improvisé. Il nous regarde et à son tour se fait voyeur des voyeurs. Nous n'avons qu'à bien nous tenir, nous seront tout le long surveillés. Gardien muet de ce qui va se passer et de sa taille titanesque il nous toise, mystérieux, dérangeant. Nous retenons notre souffle lorsqu'enfin il disparait au rythme des rideaux qui s'éventrent lentement.

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Elle est là, allongée dans le bouillard qui crache des volutes blanches tout droit sorties de Brocéliande au crépuscule. Sur le dos, sa tête rejetée en arrière comme une femme tordue de plaisir, ses deux seins provoquent le ciel comme deux monts vaillants. Ses jambes levées à l'équerre, joliment galbées et dorées, pointent leurs petits pieds habillés de chaussettes écolières. Elles se frottent et se tortillent comme deux êtres découvrant pour la première fois le contact de l'autre. Ses dentelles noires choquent le blanc virginal des socquettes. Plus ses jambes, fille et garçon simulés, s'enlacent, se touchent et se détachent, plus elle se dévêt en des mouvements de vipère sensuelle sur le sol alanguie. Et la voilà nue qui se redresse fièrement dans les fumées opalines et, assise les jambes sur le côté, la voilà figure de proue qui défie de ses seins lourds et ronds le monde qui la regarde. Elle est magnifique et nue, totalement, et pourtant habillée de lumière et d'arabesques de fumée et la beauté de la belle et du geste sont tels que je suis subjuguée. Le rideau tombe et bien que tout ait été dévoilé, rien n'a été exhibé. Je suis raide sur mon siège, tension sensorielle involontaire, et suis comme propulsée dans ce monde onirique. Je n'en ressortirai que lorsque le spectacle sera terminé.

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Tiens, voilà une dodue qui invective l'assemblée. Une dodue ? Non, une femme grosse, disons les choses comme elles sont. Je ne vais pas, sous couvert d'un respect affecté, déguiser ce qu'elle est. Elle est charnue, pire que les donzelles de Rubens et pourtant elle est à l'aise. Comme je l'envie. Pléthore de chairs dans un corset bien trop serré. L'humour en bannière, elle tourne en ridicule et le sexe et notre société qui jamais ne sait se placer sur un terrain sain. Conspué comme une chose de bordel au début du siècle dernier, l'amour physique a été depuis revendiqué, utilisé à des fins commerciales, étalé, galvaudé, porno-chiqué, réinventé jusqu'à l'écœurement. Et pendant qu'elle nous faire sourire et grincer des dents, elle fait tomber une à une ses dentelles jusqu'à se trouver nue devant nous médusés devant tant de chairs débordantes mais, incroyablement, tendues et tentantes. Des monts et des vallées profonds, féminine jusqu'au bout de ses seins volumineux comme ceux de la Déesse de la fécondité. Et moi de me dire que le désir peut se nicher n'importe où et de comprendre pourquoi un homme peut aimer une femme qui foule au pied les diktats de la minceur et de la norme !

Les numéros se suivent et m'émeuvent, me choquent, me crispent sur mon siège. La nudité dans tous ses états. Nudité offerte, nudité volée, nudité burlesque, nudité déjantée, nudité théâtrale, nudité violée ! Comme un seul poumon la salle respire, retient son souffle, soupire. Je sens, tangibles dans l'air, les désirs, les peurs, les dégoûts, les envies. La tension palpite comme le sang dans les veines de mes voisins. Et mon sang à moi vit et me brûle lorsqu'enfin arrive sur la scène une poupée de porcelaine dans un robe de soie noire.
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"Je vais et je viens" aux accents langoureux bercent ses mouvements et en cadence chaloupée elle avance à pas lents, à pas comptés. Ses jambes interminables dominent le tapis rouge sur lequel, nonchalante, elle déambule. Est-ce possible des talons de cette hauteur, vernis vermillon comme le sang d'une vierge qui hypnotise les yeux à chaque pas ? Les rideaux noirs comme un encadrement de porte mouvant la suivent et la précèdent. Ils se déplacent à son rythme et simulent habilement la porte de l'alcôve où la belle va s'effeuiller. Et avec une lenteur criante elle se devêt en va-et-vient, en aller-retour, pour se retrouver nue, hiératique en bas noirs et escarpins assassins.

J'en ai pris plein les yeux, c'est de loin le plus beau des strip-tease jamais vu. Pas besoin de se tortiller à la Jamie-Lee pour émoustiller. Pas besoin de torsions improbables de la taille et des reins. Non, juste ce petit rien, ce va-et-vient lancinant comme le désir qui bat au ventre. Juste ces pas cadencés qui piétinent avec suavité les voiles et les dentelles qui s'abandonnent. Comme c'est beau et je suis subjuguée !

C'est déjà la fin. Je reprends mes esprits et m'ébroue pour chasser les miasmes du show qui m'ont choquée et ne garder sur moi que les parfums de cet effeuillage rouge et noir divin !

A moi les va-et-vient, à moi les aller-retour. J'ai du boulot, je m'y mets demain ...


Pour les curieux, pour les amateurs : http://www.villette.com/manif/manif.aspx?id=1055

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Commentaires

Mais dites nous... Aucun homme n'a donc participé au spectacle? Aucun homme ne vous a empli les yeux et les sens de son effeuillage habile et sensuel???

Ecrit par : LuJ | mardi, 23 octobre 2007

Cela ressemble à un début de dévergondage , un petit effort et .......

Ecrit par : waid | mardi, 23 octobre 2007

Si tu t'achètes un chapeau, je met un costume sombre et j'accours avec des fraises et des glaçons (clin d'oeil et sourire) !!

Ecrit par : ZORG | mardi, 23 octobre 2007

J'adore.

(Cela me vient à l'esprit: pour la femme, c'est parfois difficile de se déshabiller. Pour l'homme de se rhabiller.)

Ecrit par : Ex-mot | mardi, 23 octobre 2007

Je confirme pour les "satanés embouteillages parisiens". L'art délicat et difficile du stip-tease, faire tomber un à un ses vêtements tout en restant suggestive et sensuelle, peut-être pas tant la manière mais plutôt la bonne personne à qui l'offrir, celui qui fera que cela devient soudain facile. Encore une note qui donne envie.

Ecrit par : Bougrenette | mardi, 23 octobre 2007

L'art de la suggestion. Sans vulgarité, dans la sensualité et la douceur... Comme votre texte.
"onde furtive, j'aime les femmes lassives..." (Alexis HK)

(et vos essais??? Tenez-nous au courrant!)

Ecrit par : Fée d'Hiver | mercredi, 24 octobre 2007

@ LuJ : si, il en avait un, mais en dépit de ma grande ouverture d'esprit, son show n'était pas sexy, aucun frisson dans le bas du dos... Décevant. S'effeuiller, je vous dis est un art (mieux que du Buren :-)) et l'homme lui aussi a du boulot...

@ Waid : je m'entraine comme une damnée, bientôt je devrais être au point, à point...

@ Zorg : même pas chiche !

@ Ex-mot : ce que j'aime, c'est votre sens de la formule. Et ce n'est pas la dernière fois que je vous le dis, je le crains ! Quoique, peut-être pas, car cela pourrait finir par vous tourner la tête :-)

Ecrit par : Gicerilla | jeudi, 25 octobre 2007

@ Fée d'Hiver et Bougrenette : et vous, belles dames, où en êtes-vous dans cet art là ! Excellez-vous déjà ou bien, comme moi, il faudrait vous mettre au travail ? :-)

Ecrit par : Gicerilla | jeudi, 25 octobre 2007

Rien du tout, que nenni... Je ne sais rien!
En attendant, je bouge désormais mon corps au rythme des danses cubaines! Salsa ! Mambo ! Merengué ! C'est un début!

Ecrit par : Fée d'hiver | jeudi, 25 octobre 2007

Itou, je ne sais pas et aucune envie de me mettre au travail, c'est pas pour moi :)
Par contre les danses cubaines de Fée d'hiver m'inspirent, rythmes puissants pour, surement, de grands moments.

Ecrit par : Bougrenette | vendredi, 26 octobre 2007

Toutes les femmes, en tous cas beaucoup, je l'ai bien compris.
Peut-etre est-ce trop dans l'intime et la pudeur.
Brillantissime texte Gicerilla.

Ecrit par : X-Addict | vendredi, 26 octobre 2007

Bougrenette : je ne saurais que vous encourager à découvrir ce bonheur de danser sur des rythmes si chaleureux...
Je tourbillonne encore et encore...
C'est trop bon!

Ecrit par : Fée d'Hiver | vendredi, 26 octobre 2007

@ X-rated : je frétille, je frétille, encore !

@ Fée D'Hiver : Je m'y suis adonnée et m'y adonne encore quand j'ai le bon cavalier ...

Ecrit par : Gicerilla | vendredi, 26 octobre 2007

Ah, oui, le cavalier!!!
Fier, droit, beau, menant la danse...
Bon, je crois que je vais aller me coucher, parce que ces images me... !!!!

Ecrit par : Fée d'Hiver | samedi, 27 octobre 2007

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