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dimanche, 25 novembre 2007

ELLE - Envie de parking

613a903fc38c2dfd3c2adf385bec8b8b.jpgElle court comme une cinglée dans les couloirs où la touffeur pestilentielle donne le meilleur d'elle-même.

Elle court mais elle ne sait même pas pourquoi, vieux réflexe du temps où elle était parisienne et qu'elle le passait à lui courir après. Elle attrape la rame qui sonne l'alarme stridente du départ. Le wagon est déjà plein, en plein après-midi. C'est comme le périphérique, il n'y a plus d'heures creuses. Station Rivoli, un homme monte et se glisse comme il peut au milieu de la foule pour se poster à côté d’elle et saisir la barre sur laquelle repose déjà sa main.

Il est grand, un mètre quatre-vingt, le crâne rasé, les yeux noisette aux pépites dorées que la lumière blafarde des plafonniers accroche en milliers d'éclats à croquer. Il a le teint très hâlé, un nez droit mais pas fin et des lèvres très ourlées, pulpeuses à souhait, appel au baiser caractérisé. Il plante ses yeux dans les siens. Il lui sourit et elle reçoit son regard avec défiance. Elle, les types dans le métro, elle s'en méfie. Le ronronnement du moteur fait un bruit assourdissant et il doit presque se perdre dans son cou pour lui dire avec simplicité "vous avez de belles mains " elle ne peut s'empêcher de sourire et de le remercier. Il enchaîne persévérant " ... et de beaux yeux !". Encore un merci qui fuse, car rien dans son attitude n'est pesant. A dire le vrai, sa présence lui parait familière, comme si elle le connaissait.

Il lui dit être de passage dans la capitale pour des raisons professionnelles alors qu'elle y est pour le plaisir. A Concorde, ils descendent et spontané comme un enfant il lui propose de boire un café. Pourquoi pas ? Il est charmant, l'humour à fleur de peau et un sourire si blanc qu'il éclabousse sa peau bronzée, irrésistible. Elle l'entraîne chez Angelina et dans un coin douillet ils font connaissance.

Il habite à l'étranger pour peu de temps encore et elle aussi, comme c'est étonnant. Lui au soleil, elle au froid. Les voilà à parler de voyages, de guides et, l'air de rien, de littérature et musique. Plus ils discutent, plus elle est assaillie par l'intuition que elle l’a déjà croisé. Il est tard et c'est presque à regret qu’elle doit partir. Le spectacle est donné dans une heure et elle doit se dépêcher.

"Oserais-je vous inviter à déjeuner demain ?" propose-t-il hésitant. Et elle de penser "est-ce qu'un sourd veut entendre ?" Bien sûr, a-t-elle envie de crier, cela fait si longtemps qu’elle n’a pas ressenti un élan vers un homme. Elle ne va pas faire ma mijaurée. Elle accepte et lui communique le numéro de téléphone de son hôtel...

Un soleil blanc se lève sur Paris. Elle s'est offert le meilleur du meilleur, un lever de soleil sur la Concorde et l'obélisque érige vers le ciel son dard étincelant. Elle n’a pas cessé de penser à l'inconnu du métro. Il l'occupe toute et elle attend, désœuvrée, son appel. C'est incompréhensible les sentiments qui l'envahissent. Elle les refoule comme irrationnels mais ils reviennent encore plus forts la suffoquer. Se rendre à l'évidence, cet homme lui plaît, la trouble, l'inquiète car il bouleverse son petit confort tranquille obtenu au prix de tant d'efforts. Il ne tarde pas et ils conviennent de se retrouver dans le hall à 12h30. Le peu d'heures qui les séparent encore passent avec la légèreté des ailes du Sphinx colibri.

Il est déjà à la réception lorsque, palpitante d'anticipation, elle sort de l'ascenseur. Plus que la veille, son bronzage ressort. La blancheur de sa chemise de lin, négligemment portée sur des khakis, souligne sa peau de bédouin et ses yeux mordorés pétillent comme le champagne rosé. Il a garé sa voiture devant l'hôtel sous le regard bienveillant du portier. Rien de remarquable, une berline de location très confortable.

"Où m'emmenez-vous ?" Il ne répond que par la pose de son index sur ses lèvres, un air de gamin joueur s'accroche aux fossettes de son sourire. Les notes de "One " de U2 envahissent subitement l'habitacle lorsqu'il met le moteur en marche l'empêchant de le questionner plus avant. Il semble bien connaître Paris et se faufile par les petites rues de la ville pour arriver sans encombre à sa destination. Il décide de garer la voiture au parking souterrain le plus proche pour lui éviter de devoir trop marcher avec ses hauts talons. En tout cas, c'est ce qu'il lui dit et elle est étonnée et du geste et de sa capacité de noter des détails que d'autres n'auraient même pas remarqués.

Elle porte en effet une paire d'escarpins Jimmy Choo dont les talons sont des défis à l'équilibre et pourtant si saillants. Lorsque elle porte ces hauts talons elle a l'impression de dominer les choses et les événements et, dernière raison mais pas des moindres, elle se prend à rêver que grâce à eux elle joue dans la même cour qu'Adriana *. Bon ce n'est que pour le plaisir de la comparaison, car le reste ne suit pas, mais c'est un bon début déjà.

Il l'emmène dans un restaurant que sa gourmandise convoitait depuis longtemps et elle finit par se demander s'il n'est par devin. Pourtant, elle se garde bien de le lui dire, dès fois qu'il se fasse des idées. La table est excellente et, bien que les pensées qui depuis hier l'habitent la rendent timide, l'appétit est là et les mets charment autant ses yeux que son palais. Elle le regarde certainement avec un air niais affiché. Plus que les mets, lui l'intéresse. Il lui raconte sa vie dans son pays d'élection, comment il en découvre la rudesse et la beauté, comment pour se fondre il a étudié la langue et il saupoudre sa conversation de quelques mots savamment choisis dans la langue d'Avicène. Ces mots et quelques poètes triés sur le volet participent à leur dialogue comme des convives inattendus mais de bonne compagnie.

Elle est charmée et ne veut surtout pas s'en défendre. C'est trop bon, cela fait trop longtemps. Et sans le vouloir elle frémit. Hélas, le déjeuner est terminé et elle a un train à prendre bientôt. Il se propose de l'accompagner à la gare en voiture. Elle ne sait refuser et d'abord pourquoi le fera-t-elle ? Tout, mais faire durer ce moment béni et jouir de cette sensation intense du désir de lui qui incroyablement est né hier. Ils rejoignent le sous-sol et ils montent dans la voiture. L'odeur du cuir inonde ses narines d'une odeur animale. Comment a-t-elle pu la manquer à l'aller ?

Il met le contact, enclenche la radio et tripote des boutons. A sa grande surprise ce n'est plus U2 mais la mélodie troublante "C'est extra". Elle le regarde, incrédule, alors qu'il sort de sa poche une feuille de papier pliée. Il la lui tend sans parler et elle y lit " Cher Bush, jeudi prochain je vais à Paris voir un spectacle. Tu imagines aisément comment je me réjouis à l'avance. Comme toujours je prendrai le train de 13h40 car alors je n'arrive pas encore dans les embouteillages. J'ai hâte d'y être déjà. Me croiras-tu si je te dis que je vais au Crillon ? Si, si, la folie, je sais, mais tu commences à me connaître, non ? Si nous nous connaissions je te dirais "viens", mais je sais que rien ne le permet. Je t'embrasse de loin. Donne-moi de tes nouvelles bientôt."


C'est un coup de poing dans le ventre et le cœur battant à tout rompre qui accueillent ces mots. Elle se sent ravagée comme la terre après la pluie de mousson, détrempée, bouillonnante. Elle articule avec difficulté "mais comment ?" et pour faire taire ses questions bousculées il vient coller ses lèvres sur les siennes. Son corps est comme le trou noir. Toutes les particules de son être en son centre sont happées et ce grand tourbillon fait danser son sang et ses sens. Alors qu'il l'embrasse avidement et que leur langues se mêlent, tout s'imbrique dans son cerveau paniqué. Il savait son déplacement, les dates, l'hôtel. Il l'a guettée, il l'a suivie et l'a abordée. Il a tout orchestré, de hasard point. Et alors que ses belles mains d'homme amoureux des femmes glissent avec délicatesse sur ses seins et son ventre, elle repense à tout ce qu'ils se sont écrit. Son envie de lui n'a pas de borne et lorsqu'il lui dit "viens" c'est une évidence.

Il coupe le moteur, sort, contourne la voiture et ouvre sa portière. Il saisit sa main pour mieux l'attirer à lui. Elle tient difficilement debout tant son désir scie ses jambes incertaines, merci Jimmy ! Il l'enlace fortement et leurs bouches se lient encore dans un baiser qui l'enivre. Il est chaud contre sa peau. Elle ne peut imaginer que c'est lui, enfin, qui la tient dans ses bras, lui dont elle a tant rêvé sans y croire. Qui a dit que le net restait du virtuel ? Foutaise, le net c'est aussi de la chair et du sang, des hommes des femmes désirants et vivants. Il suffit juste de vouloir.

Et sa présence à lui la bouleverse comme un rêve qui ne devait jamais arriver. Et elle a envie de lui avec la force de l'eau torrentielle qui détruit les barrages. Elle a une envie animale que le monde cesse de tourner, maintenant, pour figer pour toujours cette étreinte digne des fables. Il se défait d’elle et plante ses yeux dans les siens. Elle veut être sa chose, être à lui, il le sait, il le voit, il le sent. Il la guide vers le capot et lui fait lui tourner le dos. En un flash éblouissant lui revient en mémoire un texte de lui. Soudain elle sait. Soudain elle comprend où il veut l'emmener. Réaliser pour elle la scène interdite. "Penche-toi" lui souffle-t-il, délicat. "Mets tes deux mains sur le capot". Elle s'exécute vibrante, son excitation décuplée par le fantasme qui lui revient en lettres rougeoyantes sur l'écran de ses yeux fermés par le plaisir.

Il remonte alors sa jupe légère sur ses reins et apparaît, impudique, l'arche d'amour de ses deux longues jambes couronnées de ses fesses rondes et fendu de son sillon, faille dans la clé de voûte. A son tour il se penche et se plaque contre elle, enlaçant son ventre. Ses doigts savants investissent le jardin inondé et découvrent en gémissant l'ampleur de son désir... "Prend-moi" murmure-t-elle haletante et son sexe fièrement dressé, étendard de son désir d'elle, doucement la pénètre. Elle faiblit, il la soutient plaquant ses fesses contre ses cuisses fermes. Et dans un ballet rythmé par les notes de Leo Ferré il lui offre enfin ce dont elle a rêvé. Et la plainte de plaisir qui sort de leur gorge à l'unisson est le seul témoin du bonheur qui les lie...

 * * *

Trackbacks

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Commentaires

Texte magnifiquement accrocheur !!! Très jolie , cette histoire !!!

Ecrit par : Manue | dimanche, 25 novembre 2007

"un lever de soleil sur la Concorde et l'obélisque érige vers le ciel son dard étincelant"

A GI vous êtes une sorciére des mots et des ambiences , depuis rive droite rive gauche , je reve de voir le soleil se coucher d'une chambre de cet hotel avec une femme rencontrée quelques heures plus tôt.

A noter sur mes A FAIRE , mais il y en a tellement.

Ecrit par : waid | dimanche, 25 novembre 2007

des jimmy choo à paris nous ne sommes pas à londres à paris on porte des roger vivien , la boutique est derriere l'hotel

Ecrit par : sans | dimanche, 25 novembre 2007

Magique, troublant une rencontre qu'on imagine sans vouloir y croire et la voila ici dans toute sa splendeur.

Ecrit par : Bougrenette | dimanche, 25 novembre 2007

la voiture... quelle couleur ?:) le capot était - il encore chaud ? et quels reflets dans le pare -brise ? pour écouter Léo Ferré, les portes étaient elles ouvertes, ou seulement une vitre abaissée, ou encore le toit ouvrant ouvert? ou bien la sono était -elle à fond ? la voiture devait vibrer, le moteur tournant, les feux de détresse clignotants rythmaient -ils le dit-ballet ?


non, je plaisante.

quoique, j'aime relever et me souvenir de détails décalés dans ce genre de situation...

Bien fluide, ce texte. je dirais même qu'il sentirait bien le vécu. Pourquoi pas ? :)
J'ai vraiment aimé le lire.. j'ai glissé à fond dans le fantasme..
Après Paris, Lisbonne? j'opte pour Cascaï et cet hôtel, casé dans ce magnifique club de golf racheté il y a quinze ans par des investisseurs japonais.:)

Ecrit par : Gilgamesh | dimanche, 25 novembre 2007

Si vous saviez à quel point je rêve...
Quel transport...

Si j'osais, je vous raconterais comment, lors de ma première rencontre de chair avec cet homme qui n'avait été qu'une succession de 0 et de 1, l'évidence était telle que ma bouche s'était emparée de son vit, là, dans la voiture, au beau milieu de ce parking (d'une avenue très connue de Paris) très fréquenté...

Ecrit par : Fée d'Hiver | dimanche, 25 novembre 2007

Evident... magique... Une rencontre comme dans les films...

Ecrit par : Nivalane | dimanche, 25 novembre 2007

damned, fée d' hiver !!!


vous y étiez, vous aussi ?:)

Ecrit par : gilgamesh | dimanche, 25 novembre 2007

Bah oui !!! Vous aussi ? Arff les cha.. El...

Ecrit par : Fée d'Hiver | dimanche, 25 novembre 2007

hummm !!!le Q majuscule est quand même bien la plus belle lettre sur l'alphabet de la vie ,à mon petit avis ! Merci G pour ce texte impulsif et très bandant !

Ecrit par : losslaid | lundi, 26 novembre 2007

euh.. fée d'hiver, oui..


voulez vous parler des charnelles de capot ?

Ecrit par : gilgamesh | lundi, 26 novembre 2007

Des mots, Des si on …
Que d’émotion !!!

Ecrit par : ZORG | lundi, 26 novembre 2007

@ Manue : bienvenue et merci...

@ Waid : sur votre "to do list" quelle chic idée, j'peux m'inscrire moi aussi ?

@ Sans : zêtes connaisseurs, vous, mais Louboutin je préfère de loin... serait-ce la semelle qui me fait cet effet comme la muleta au taureau ?

@ Gilgamesh : si, je m'y attache mais après... Seulement là mes souvenirs se brouillent. Intensité des sensations ?

@ Fée : oh, oui Fée, racontez, allez, racontez avec force émotions et vibrato !

@ Losslaid : sur le registre de l'alphabet, je vous suis, et bêtement m'enorgueillis de mon G qui dans le champ d'action du Q n'est pas mal non plus :-)

@ Zorg : des mots, oui, mais pas seulement !

Ecrit par : Gicerilla | lundi, 26 novembre 2007

Je suis toujour sous de charme des personalités de talents comme toi fée, qui simplement nous font rêver, sans attendre de retour, merci les rencontres sur le net

Ecrit par : Jori | mardi, 27 novembre 2007

@ Jori : oh, un nouveau, youpi ! Bienvenu mais... j'ai un gros doute, là ! Fée, dites-vous, mais de laquelle parlez-vous ?
Car Fée existe déjà et passe par là parfois. Hum, j'imagine que vous voulez parler de Fée-rilla :-)) Merci beaucoup ! Au plaisir

Ecrit par : Gicerilla | mardi, 27 novembre 2007

Désolé pour ce commentaire tardif. J'ai mis du temps à trouver un parking. Si j'avais su qu'il y avait celui-ci. Discret en plus.

Ecrit par : Ex-mot | mardi, 27 novembre 2007

@ Ex-mot : et tant mieux que vous ne le découvriez qu'aujourd'hui car imaginez l'embarras de vous y croiser !
Et puis je me dis qu'en ce jour particulier, un peu de légèreté prélevée chez moi comme un onguent sur vos maux n'est pas de trop. Revenez quand vous voudrez, en avance, à l'heure, en retard, peu importe. Mes pensées solidaires vous accompagnent...

Ecrit par : Gicerilla | mercredi, 28 novembre 2007

Un détour sur ce blog qui montre qu'un copyright aurait du etre apposé sur mon histoire, dont je retrouve de pâles copies ici.

Ecrit par : LUI | jeudi, 29 novembre 2007

@ LUI : tiens, vous aussi vous vous offrez à la tentation, dans un parking parisien, perchée sur des hauts talons dans la lumière des phares ?

Ecrit par : Gicerilla | jeudi, 29 novembre 2007

pâles copies, pâles copies.. Lui sous estime le bronzage de Gicerilla..;)
je me dis que les histoires de parking sont bien multiples, qui n'en a pas vécu ? Bon, avec l'arrivée des parkings payants, j'imagine que c'est un peu moins courant qu'avant. Une taxe sur l' amour et l'érotisme déguisée ?

Ecrit par : Gilgamesh | jeudi, 29 novembre 2007

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