08 novembre 2007

ELLE - Plaisir solitaire

a346a2438dd26f8510e39e0a06f97c3c.jpgSix heures sur le Bosphore, l'heure du thé quelque part dans le monde.

Journée fatigante à cavaler à la découverte des Sultans, de leurs palais, des églises et des mosquées. Une envie irrésistible de confort moelleux, de douceurs caressantes et de thé bouillant guident mes pas, de ma chambre au salon de thé.

Je repère un fauteuil profond aux accoudoirs accueillants et je m'y vautre en écoutant, anachronisme absolu, un chant de l'Armée Rouge en musique de fond exécuté comme par automatisme par un trio de cordes et piano. Le serveur affable prend ma commande et j'attends à moitié évaporée qu'il satisfasse mon envie pressante.

Le voilà qui arrive, tout pimpant dans sa livrée dorée. Il installe sur la table basse un festin digne de l'odalisque préférée.

J'attaque par le Söbyiet en forme de demi-lune et le plaisir instantané sur mes papilles me fait fermer les yeux comme ceux de la chatte sous la caresse. Je ronronne presque en appuyant la pâte aérienne entre ma langue et mon palais pour en faire doucement gicler le miel que mon haleine réchauffe. Il descend lentement comme une liqueur divine en libérant tout ces arômes des mille fleurs d'Anatolie. Le croquant de la pâte craque comme du verre sous la pression et le beurre fond, mêlé à un concassé de noix. Je m'avachie soudain tant le plaisir m'inonde.

Mais que c'est bon ! Je ne saurais m'arrêter là. Je continue par le Fistikli Sarma dont la forme suggestive appelle ma gourmandise. Un goût moins doux en bouche me fait tiquer et me déçois. Comme si la révélation ce de qui est rond et long n'est pas toujours promesse de volupté. Mais passée la première impression, sur mes papilles éclate la saveur puissante des pistaches concassées étroitement liées au miel liquide qui les adoucit. Et comble de douceur, la pointe de crème fraîche extra fraîche qui vient enrober les miettes de pâtisserie qui fondent alors sur ma langue lubrifiée de lipides lactées.

Je ferme les yeux, me concentre. Les rouvre pour m'assurer que le plaisir va encore durer. Et oui, l'assiette n'est qu'à moitié dévorée. Je succombe maintenant au Findikli à la noisette et à celui à la noix. Petits bonheurs rectangulaires en vis-à-vis qui jouent à cache-cache avec la quenelle de crème fraîche. Légèreté étonnante de la pâte feuilletée et des noix emmêlées en un mille-feuille brillant. A chaque bouchée qui suavement glisse de mon palais reconnaissant vers mon estomac, je sens mes formes s'alourdir pleine de culpabilité sucrée en priant que mon décolleté puisse au passage en profiter. Et je sens mon âme s'élever aux cieux, toujours plus près du paradis.
Je n'entends plus la musique d'ascenseur, je n'entends plus les conversations. Je monte les marches du plaisir une à une, lentement, très lentement. Je fais durer. Pas de Turc appétissant en vue, pas grave ! De chair ottomane je ne me délecterai pas ce soir, mais de nourritures terrestres, oui. De nourritures amoureusement préparées par un mitron dans la helvahane la plus réputée du quartier selon la recette ancestrale qui ravissait déjà tout le Harem.

Et chaque bouchée dégustée me rend plus philosophe. Mais qui a dit "rien ne vaut le sexe dans la vie" ? Ânerie patentée. Moi, je vous dis, rien ne vaut un Skespare tout rond dont l'oeil cyclopéen cligne de joie quand des dents de goulue animées d'une envie carnassière attaquent avec entrain sa rondeur mammaire et font craquer sans ménagement son téton de pistache grillée.

Quelques gorgées de thé, un soupçon de crème par gourmandise pure, pour laisser sur la langue un voile agréablement acidulé qui contrebalance la douceur brûlante de tous ces miels mélangés. Ça y est, je suis à la droite de St Pierre, un sourire de bienheureuse fleurit sur mes lèvres. Comme Ste Thérèse, je connais l'extase sans qu'aucun homme n'y ait eu la main !

Je sens mon corps replet étaler ses chairs en expansion. Et alors que mes yeux se repaissent de la silhouette de Ste Sophie et de la Mosquée Bleue dont les minarets de lumière dorés sont comme des appels à Dieu, je sens mon coeur faire du bungy-jumping ou ne serait-ce pas plutôt mon estomac qui se révolte de trop de calories englouties en une seule fois ? Mes oreilles se réveillent à la musique écœurante du piano. Les fonctions physiologiques me rappellent à leur dure réalité et mon foi aussi je crois. Oh, non, ça ne va pas ! Trop c'est trop, il faut que je cesse l'orgie, là. Je vais être malade ... 

Je reviens sur ce que j'ai dit, j'ai dû m'égarer.

Qui a dit qu'il n'y avait pas que le sexe dans la vie ?

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Commentaires

J'imaginais en vous lisant, la scène dans un endroit différent.
J'imaginais un grand lit circulaire. Vous étiez accompagnée d'un amant des mille et une nuits. Un de ceux dont rêvent les jeunes filles avec ce côté charnel et sexuel en plus.
Et je me laissais divaguer à l'association des plaisirs.. Peut on vraiment faire une indigestion de plaisir?

Ecrit par : LuJ | 08 novembre 2007

Merci pour ce joli voyage par procuration.

Ecrit par : Kinky | 08 novembre 2007

Passons du Perse à l'Arabe : En arabe, le sucré et le sexe sont associé. Le mot "gâteau" Est quasiment synonyme de sexe. Il est si connoté sexuellement qu'une jeune femme ne saurait prononcer la phrase "je veux un gâteau" sans immédiatement rougir.

Quand à l’expression « je meurs dans le sucre », je te laisse imaginer à quelle moment une femme la prononce !!

Alors belle G. veux tu une corne de gazelle ?

Ecrit par : ZORG | 08 novembre 2007

Et comme par magie, une de mes collègues me rapporte aujourd'hui une assiette remplies de ces délices dont vous nous avez narré si adroitement les goûts, les plaisirs et les sensations...
(A croire qu'elle sait pour mon manque de sexe!!!)

Mais comme je vous comprends ! Je m'en vais de ce pas déguster la Merveilleuse arrondie, blanche, pommelée et charnue à souhait, telle la courbe d'une fesse élégante.

Ecrit par : Fée d'Hiver | 08 novembre 2007

@ LuJ : évidemment, présentée comme cela votre option est appétissante... Il faudra que j'y retourne bientôt. Ne seriez-vous pas guide à vos heures ?

@ Kinky : my pleasure !

@ Zorg : tentateur... Je veux bien un gâteau et dans le sucre mourir ! Huumm

@ Fée : c'est amusant comme ce 8 là, nos idées sur le net se sont croisées :-)

Ecrit par : Gicerilla | 09 novembre 2007

Peut-on aimer l'un sans aimer l'autre ? Plaisirs de la chair, plaisirs de bouche, ils sont cousins. Germains.
Je vous laisse : c'est l'heure de satisfaire mes appétits.

Ecrit par : STV. | 02 novembre 2009

Quant à moi, je risque le contrepet foireux de préférer prendre mon pied avec une ottomane que prendre mon thé avec une opiomane.
Les produits, tout comme les fantasmes ne sont que des substituts du bon orgasme.

Ecrit par : ppm00 | 03 novembre 2009

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