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mercredi, 31 octobre 2007

ELLE - Qui sommes nous ?

40897fa422f2e82a260744125ca376f0.jpgCe soir je ne sais plus écrire.

Mes yeux sont noyés de larmes. Impudeur patentée. S'exhiber sur la toile. Ennuyer par mes état d'âme ceux qui passaient par là espérant se divertir, car chez moi, on ne s'ennuie pas ! Ne pas étaler sans vergogne des émotions intenses que la bienséance voudrait occulter car cela ne se fait pas ! Se ficher des mauvais coucheurs, des durs à cuire dont le cuir bouilli ne se laisse pas aisément pénétrer par les traits de la nudité de l'âme ! Décider de ne rien déguiser, ce soir. Ne pas faire du joli, du léché. Non...

Mais d'où viennent donc ces larmes qui ne cessent de couler sur mon visage, diluant au passage le rimmel qui orne mes cils de charbon africain et me brûlent les yeux à les fermer ? Ces larmes comme des torrents jamais endigués, cette eau d'un puits sans fond qui inonderait enfin les Danaïdes pour leur offrir la paix ? Mais de l'amour. Mais des blessures de l'enfance. Mais des douleurs de femme. Mais des regrets d'adolescente. Mais des peines de petite fille. Tout cela en vrac, sens dessus-dessous. Le désordre des mots, la chronologie à l'envers traduisant mon chaos. Ce soir, je suis heureuse et je pleure. Mais suis-je heureuse, suis-je soulagée ? Les mots peuvent-ils vraiment cautériser les plaies. Même chauffés à blanc, peuvent-ils sceller des chairs qui ont saigné tant d'années. Mêmes ciselés dans l'or le plus pur par la main de l'orfèvre le plus sûr, peuvent-ils comme un onguent magique tout effacer ? Non !

Qui sommes-nous ? Nous croyons tous nous être fièrement construits au travers d'une éducation, d'une scolarité, de hautes études ou pas. Nous croyons que nous sommes le fruit de ce que la vie nous a donné, de ce que nous lui avons pris à force d'acharnement et de volonté. A force d'y croire. Nous croyons que ce que nous sommes est le résultat de nos choix plus ou moins éclairés. Que nous façonnons notre parcours comme le peintre sa toile. Nous croyons tous être des adultes capables de diriger nos vies comme nous l'entendons. Libres dans nos décisions. Nous sommes tous une image bien polie à coups d'efforts permanents, de tentatives ratées, d'essais transformés. Beaux ou laids, peu importe, nous essayons de contrôler ce que nous sommes aux yeux des hommes alors que dans le secret de l'alcôve ou de la salle de bain, accablés par les doutes, les douleurs, les manques, nous redevenons bambin.

Et le PDG comme l'éboueur, le chirurgien comme le caissier, l'archéologue comme le jardinier lorsqu'il se retrouve seul, sait-il vraiment qui il est ? L'un de nous peut-il sans trembler, sans douter, affirmer haut et fort comme un tribun à la face du sénat que, qui il est maintenant c'est vraiment lui ? Lui, absolument, sous toutes ses facettes et que rien en lui n'appartient à ses ancêtres et à leur passé ? Que l'équilibre qu'il croit avoir atteint est inébranlable ? Qu'il campe ferme sur ses pieds sans quelques fois désespérer, sans sentir se dérober sous ses pieds le sol de ses certitudes qui se meut en sable mouvant, le laissant faible et doutant ?

Je ne crois pas que la terre ait jamais porté un tel être, et si un, seulement, devait exister, je l'envierais vraiment car telle je ne suis pas. Et ce soir je pleure car enfin, après tant d'année de manque mon père a entendu l’appel. Et de ses mots à lui il a tissé sous mes yeux la toile de ma vie. Il m'a montré tout ce que j'avais oublié. Tous les bonheurs vécus, tous les élans de son cœur tant de fois contenus parce que cela ne se faisait pas. Etaler ses sentiments ou simplement les accepter pour les vivre, les ressentir et enfin les exprimer. Ce soir, cette lettre frêle comme les quelques feuilles flétries qui s’accrochent encore fermes face à la bise coupante, tremble dans mes mains. Ou serait-ce mes mains qui tremblent ? Peut-on se reconstruire un passé ? Peut-on revenir en arrière à la lumière de nouveaux faits, de nouveaux mots d'amour et "se recommencer" ? Se déliter comme le golem de poussière et se reconstruire complet et serein à partir d’une nouvelle argile imprimée du sceau de ses mots comme d'un verset biblique ? Je ne sais.

Ce que je sais, c'est qu'une joie douloureuse et incroyable m'inonde ce soir. J'ai envie de réveiller ma mémoire. Essayer de l'invoquer, elle qui fait sa rebelle et me résiste. La faire parler coûte que coûte. La ramener à la vie par un bouche à bouche forcené, elle qui ne veut pas se souvenir. Fermer les yeux et qu'enfin le film de mon passé défile sur mon front telle un parade multicolore d'épisodes heureux. Que je ressente enfin la chaleur d'un amour tu, d'un amour contenu mais si fort, silencieux mais si présent comme le serait un serviteur discret et muet. Disponible toujours lorsque l'on tend la main mais pas envahissant. Non, retenu dans le coin, dans l'ombre de la pièce pour ne pas déranger mais pourtant attentif.


Alors ce soir je remercie mes mots d'avoir su fracasser à coup de pourquoi la carapace de celui qui toujours se taisait. Je le remercie aussi car ses mots à lui font harmonieusement écho aux miens comme les notes de la lyre aux cieux.

Et je vous dis, n'attendez pas demain, n'attendez pas qu'ils soient partis...

Trackbacks

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Commentaires

Je vous ai écoutée, j'ai écrit ce soir à la passion de ma vie, perdue un triste soir de novembre, il y a longtemps. Vous m'avez donné ce courage là...je vous en remercie.

Ecrit par : passeakevin | mercredi, 31 octobre 2007

Vos mots m'ont touchés, le trouble que je lis en vous et paradoxalement aussi votre force.
Nous avons tous des cadavres dans nos tiroirs, des complexes inavoués, et malgré cela nous avançons, et ne perdons pas espoir !!

Ecrit par : Evéa | mercredi, 31 octobre 2007

Même si le geste n'est que virtuel, posez votre tête sur mon épaule et pleurez, pleurez de tout, de tristesse et de joie. J'accueillerai vos larmes et je vous lirai mil fois. La vie, ce n'est pas ce qu'elle a été et encore moins ce que l'on a. La vie, c'est ces instants partagés faits de hauts et de bas. Merci pour vos mots de cette note émouvante et si joliment écrits, tout comme ceux qui les précèdent. A vous lire, la vie donne envie.

Ecrit par : Ex-mot | mercredi, 31 octobre 2007

@ Passeakevin : je fais le voeu que cette entreprise connaisse le dénouement que vous souhaitez. Pourtant, comme un avertissement amical, je vous renvoie sur cette note d'un blog que j'aime et vous enjoins à lire certains commentaires qui pourraient vous éclairer... si jamais !

http://remainsoftheday.hautetfort.com/archive/2007/10/29/post-deception.html

Ecrit par : Gicerilla | jeudi, 01 novembre 2007

Un jour
le courage
peut-être

Ecrit par : LuJ | jeudi, 01 novembre 2007

On ne devient jamais que ce qu'on a été !
Tu as de la chance, belle Gicerilla !
Alors pleure ton bonheur, et regarde le soleil se lever à travers tes larmes.
Et cours, cours à perdre haleine !

La vie est belle.

Ecrit par : ZORG | jeudi, 01 novembre 2007

un jour une femme m'a dit en pleurs qu'elle n'avait jamais parlé à son pére , elle ne pourra plus le faire.

tu as de la chance de le faire

Ecrit par : waid | jeudi, 01 novembre 2007

Les larmes, les mots comme exutoire aux maux, ancrés et profonds.
Qui sommes-nous? Des êtres de chair, emplis de désirs, d'illusions, de raison, de passions, de courage, de désespoir, d'élans, de fantasmagorie.
Et nous vivons avec le poids de l'hérédité et le poids des autres, la peur de reconduire certains schémas familiaux, l'espoir d'être libre face aux autres.

Souvenez-vous, oui, laissez vous submerger par vos souvenirs, bons ou moins bons, ils vous aideront à continuez d'avancer.

Et parlons, oui, partageons ces mots, avec ceux que l'on aime, ceux que qui nous sont proches, mais aussi avec ceux, qui au détour d'une visite semblent vous comprendre, sans vraiment vous connaitre. Magique.

Oui, ZORG, le vie est belle, triste ou gaie, difficile ou limpide, tornade ou courant doux, elle est belle.

Ecrit par : Fée d'Hiver | jeudi, 01 novembre 2007

Et bien Gicerilla, c'est ainsi que j'aime vous lire quand votre encre est rouge sang et votre plume "scalpel" vous êtes la chirurgienne de la littérature, puisse celle- ci vous apporter plus qu'un cachet d'aspirine !

Ecrit par : losslaid | jeudi, 01 novembre 2007

Le titre m'a interpellé "Qui sommes nous ?" et le reste m'a remué, un peu trop.

Ecrit par : Bougrenette | vendredi, 02 novembre 2007

@ Ex-mot : j'accepte votre epaule si galamment pretee, et je m'y love jusqu'a ce que la tempete soit passee ! Et merci pour vos compliments, ils sont comme un baume...

@ Evea : quel plaisir de vous lire vous qui etes si discrete. Je tenterai de vous faire parler a nouveau mais sur un sujet plus leger peut-etre ?

@ Fee : vous avez tout dit ou presque la...

@ Bougrenette : laissez parler mes mots a votre ame et puissiez-vous avec moi partager des emotions aussi bouleversantes...

Ecrit par : gicerilla | vendredi, 02 novembre 2007

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