« ELLE - Envie de parking | Page d'accueil | ELLE - En avoir ou pas ? »
mercredi, 28 novembre 2007
ELLE - Presque rien
Il suffit parfois de peu de choses pour rendre une femme heureuse.
Alors que l'heure d'avant elle s'ingéniait à s'oublier, là voilà qui sourit maintenant, métamorphosée, la coquille de Calimero foulée à ses pieds, trépignant de bonheur enfantin.
Mais que s'est-il passé ?
Dans ses moments de doutes profonds, la femme, petit animal fragile que souvent vous méconnaissez, se réfugie dans son appartement calfeutré en tanière citadine où elle se terre, enfouissant sous des couches de vêtements confortables et surtout informes et repoussants les idées sombres qui l'accablent.
A coups de Nutella, de rillettes-mayonnaise et autre gloubiboulga infâme, elle tartine son âme blessée et lèche ses plaies. Vautrée sur le canapé, elle visionne pour la énième fois "Love Actually" ou relit en reniflant "Le Rêve" de Zola. Et quand elle a bien touché le fond gluant de son mélodrame, elle donne un grand coup de talon, car elle a vu aussi de multiples fois "le Père Noel..." et remonte à la surface pour constater que l'air y est plus frais. L'oxygène faisant son office d'oxygénation, elle se souvient subitement qu'il lui est sur terre des petits bonheurs que vous, les mâles, ne connaîtrez jamais à moins de rejouer dans votre salle de bain, enfermé à double tour, Mel et "Ce que veulent les femmes".
Elle décide qu'il est grand temps de sortir de son marécage de déprime nauséabonde. Elle se souvient que tout ce dont elle a besoin pour de vilaine chenille devenir papillon chatoyant c'est une petite carte plastifiée de 45 cm2, bien alimentée et de préférence dans les tons dorés. Platine c'est pas mal non plus, les limites sont plus grandes mais la couleur plus rare. Je ne parlerai pas de la tant convoitée, l'illimitée, celle de sa prochaine vie, j'ai nommée la Noire. En attendant doré fera l'affaire pour ses petites affaires.
Alors, dans une frénésie que même l'attente de l'amant désiré n'a jamais provoqué, j'enfile à la hâte quelques vêtements saillants. Je me farde à peine pour ne pas outrager plus avant mon visage marqué par les larmes et je me rue vers ma boutique préférée.
J'y entre comme on entre dans une église dont le saint vénéré serait celui par Eros désigné. Tout y
est joliment présenté, tentant à souhait et mes yeux papillotent, mes neurones pétillent aux couleurs étalées, là, devant moi, sur tous les mannequins aux courbes parfaites. Les appliques halogènes diffusent une lumière chaleureuse rose poudrée qui unifie mon teint mieux que le dernier fond de teint Guerlain. Evanouis les yeux rougis et la moue déprimée ! Les cabines sont cachées par des rideaux de velours rouge théâtrale derrière lesquels le mystère opère.
Et je m'imagine déjà en train de soulever son enthousiasme, d'empoisonner son existence, et de précipiter sa chute... mes mains, comme des colibris sous cocaïne, volettent de cintre en cintre, de portant en portant. Dans un joli panier doublé de satin rose de boudoir s'amoncellent comme des trophées de Venus des dentelles de Calais aériennes, des rubans satinés, des soieries et des voiles de tulle qui vont bientôt dévoiler mes humbles atours en les voilant pourtant.
Excitée comme au premier jour, je me glisse dans la cabine enfin et dans un tourbillon de boutons et de fermeture, de boucle et de chaussures, me voila nue. Je suis face au miroir. La cabine est douillette et la même lumière cajolante inonde le réduis et m'enduit de reflets dorés. Il ne s'agit pas là d'un vulgaire magasin, d'une vulgaire cabine H&M ou le néon planté au plafond comme une dague tombe sur les reliefs imparfaits de ma silhouette pour mieux la griffer au passage et la faire rougir de honte devant tant d'imperfection. Non, il s'agit d'une boutique ou seules Chantal, Simone, Aubade ou La Perla ont le droit de trôner comme des reines de volupté et de provoquer le chaland en lui donnant des visions frissonnantes de ce qui pourrait bien lui arriver...
De mes yeux interrogateurs je me scrute avec indulgence. Je ne me plais pas encore. Ma nudité me parait fade. Je veux la mettre en valeur. Alors, fébrile comme une vierge, je saisis les quelques grammes de dentelles qui vont habiller mes seins et mes reins à damner un saint. Me voilà qui pigeonne mes demi-pommes et qui cambre mes fesses. Le balconnet balconne et dans ces petites cages hémisphériques ma chair tendre comme un soufflé gourmand renfle timidement. Je fais des mines, je pince ma bouche en un baiser imaginaire. J'éclate de rire, espiègle en me tortillant comme un ver pour voir dans le miroir quelle est la pause la plus avantageuse avec telle guêpière ou tel serre-taille affriolant.
Je me déhanche sur mes hauts talons. Tout y passe, le profil gauche, le profil droit. Je rentre le ventre, relève le menton fière comme une torera, et mes seules banderilles sont mes jambes musclées, mes regards dardés vers celui qui bientôt va succomber. Je défie ma souplesse lombaire au risque d'attraper un lumbago pour voir de face, s'il se peut, le joli nœud qui orne maintenant le mitan de mes reins, accroché comme un appel au crime à la croisée des rubans qui soulignent mes rondeurs d'un Y assassin. De signe de paix et d'amour enfermé dans un cercle, il devient ici déclaration de guerre sensuelle jetée à la face de l'amant "ôte moi si tu l'oses !" Et devenant comme une devise tatouée sur ma peau moirée, je me campe sur mes jambes, la tête haute, le visage rayonnant de plaisir : la tempête est passée. Et mon regard défie déjà celui qui n'est pas encore là mais qui prochainement sous l'assaut de mes charmes cèdera.
Voyez comme une femme est simple ! Alors, bon enfant, laissez-vous assiéger, laissez-vous conquérir sans armes férir, et à ses arguments rendez-vous, acceptez votre chute !
Quelques fanfreluches à prix exorbitant et les soucis se vaporisent. Surprenant, non ! ....
09:50 Publié dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://gicerilla.hautetfort.com/trackback/1338829
Commentaires
vous êtes délicieusement femme chere gicerilla , j'ignorais le pouvoir gueriseur de ces boutiques , où l'on pratique à prix d'or l'homeopathie de l'habillage.
faut il quand on est male pour avoir la joie de se frotter au pouvoir des ces onguents y guetter devant la femme réssuscitée ?
Ecrit par : waid | mercredi, 28 novembre 2007
Calimero, dealer notoire, n’a pas que le colibri comme client. Conséquence directe : On a vu des toros aimer leur torero…
Ecrit par : ZORG | mercredi, 28 novembre 2007
Et ainsi naît une pensée pour Gi à chaque francheluches enfilées ou otées. Peut être même l'envie fugace de n'être qu'un Y assassin caressant vos rondeurs, étrange pouvoir des mots et d'Aubade.
Ecrit par : Bougrenette | mercredi, 28 novembre 2007
L'achat compulsif de lingerie a toujours été le meilleur anti-dépresseur pour moi aussi :)
Ecrit par : Bourgeon | mercredi, 28 novembre 2007
Presque rien qui fait presque tout... ;) Surprenant ? Non, féminin ! ;)
Ecrit par : am I wrong? | mercredi, 28 novembre 2007
Vêtue d'un rien frivole, elle avance voilée et masquée ...
Ecrit par : Quidam LAMBDA | mercredi, 28 novembre 2007
J'adore ce billet. Tout comme la vue d'une femme qui choisit sa tenue et s'habille pour le plaisir de nos yeux.
Par rapport au sous-titre "il suffit parfois de peu de choses...", il y a quand-même cet aphorisme (macho, je reconnais) qui dit que "to satisfy a woman, too much is mostly not enough". Je sais, rien à voir ;-) Merci pour ce billet tout plein de charme.
Ecrit par : Ex-mot | mercredi, 28 novembre 2007
.. fi de tout çà..
... je collectionne les tissus... suis fétichiste. j'aime les petits rien, les restes hauts du coeur... La nuit, lors de crises d' insomnie, j'ouvre les tiroirs et compte les petites culottes et soutiens- gorge... 324 petites culottes, 325 petites culottes, 326 petites culottes; 32.. tiens ? une petite grosse culotte...:)
Merci pour cette aubaine, les photos. Vive Aubade ! vive Gicerilla ! Vive le Roi !
Ecrit par : gilgamesh | mercredi, 28 novembre 2007
@ Ex-mot : j'adore vos incursions en territoire anglo-saxon, elles ne sont pas si éloignées du sujet que cela ! et puis votre aphorisme est si vrai, en tout cas je le revendique pour moi :-)
@ Gilgamesh : vous filez un mauvais coton... mais tant que ce n'est pas celui des culottes Petit-bateau, ça ira !
@ Waid : vous n'y pensez pas, vous allez passer pour un satyre ! Non, faites le niais, amoureux, rentrez dans la boutique, demandez conseils, paraissez perdu et vous verrez et les vendeuses et peut-être même les clientes y aller de leur recommandation ! C'est gagné d'avance, mais en finesse, Waid, en finesse...
@ Mesdames : savez-vous qu'un ensemble balconnet avec baleines et padding extravagant peèse 45 grammes. A 100 € l'ensemble cela fait 222 € les 100 grammes soit presque autant que 30 grammes de Sevruga de chez Kaspia... je crois que je vais changer de pécher mignon :-)
@ Zorg : et des toreras, ça arrive aussi ? Au fait, vous zêtes né quel mois, vous ?
@ Quidam Lambda : ... et n'est-ce pas là qu'elle est la plus dangereuse ?
Ecrit par : Gicerilla | jeudi, 29 novembre 2007
Ou la plus fragile ... Le voile et le masque ne protègent que des regards, et encore, des regards peu perçant ...
Ecrit par : Quidam LAMBDA | jeudi, 29 novembre 2007
Vous trichez, vous avez pris un padding... Quand on ramène le prix d'un joli string, de préférence "dentelé" (encore plus léger) au kilo, on se dit que la jolie lingerie est vraiment un luxe. Mais je la préfère quand même au caviar :p
Ecrit par : am I wrong? | vendredi, 30 novembre 2007
Lingerie quand tu nous tiens ... En effet des petits rien aux grands effets.
Dites vous nous montrerez vos rien a vous ;) J'adore cela les rien du tout de femmes portées sur les reins.
Ecrit par : X-Addict | vendredi, 30 novembre 2007
"homme d'airain" ?
Ecrit par : Gilgamesh | vendredi, 30 novembre 2007
Je découvre vos écrits et votre blog par ailleur que je trouve fort interessant. Vous êtes une femme de goût...J'adore aussi la lingerie et tout particulièrement Aubade...
Une petite déprime ne dure jamais longtemps, une visite chez Orcanta, dans la cabine, j'appelle le Monsieur qui m'a mis dans cet état, et je me console en le faisant rougir, par la description des petits tissus que j'essaie. :-))
Ecrit par : L'Impératrice | vendredi, 30 novembre 2007
@ X-addict : ... ce serait volontiers, mais il faudrait que j'ai la plastique d'Evea ! Mais vous le savez, depuis deux jours, j'y travaille, non de non, j'y travaille... Rendez-vous dans un an. Serez-vous toujours partant pour me mettre en boite ?
Ecrit par : Gicerilla | samedi, 01 décembre 2007
J'y passerais des heures...
Dans ces cabines capitonnées aux rideaux lourds...
D'abord, je me laisse séduire par les tissus, les dentelles, des pleins et les trous...
Et après je l'imagine. Son regard, envieux. Parfois même tellement qu'il aura à peine vu de quelles couleurs je m'étais parée, cette fois...
Mais comme le soin que je prends à l'emballage d'un cadeau, vite déchiré une fois offert, je m'amuse chaque fois à lui faire découvrir de nouveaux dessous...
Ecrit par : Fée d'Hiver | samedi, 01 décembre 2007
@ Impératrice : ma foi, je tremble, une impératrice :-)) Bienvenue chez moi. Sentez-vous ici comme dans une cabine et racontez-nous tout ça !!
@ Fée : ne sommes-nous pas toutes pareilles ! Le hic ici c'est que déchirer ces atours à prix exorbitant sans même les contempler c'est du gâchis, c'est presque un pécher ... éduquez-le :-)
@ Bourgeon : un peu comme un médicament avec les mêmes risques de dépendance mais sans les conséquences ! Au plaisir.
Ecrit par : Gicerilla | samedi, 01 décembre 2007
Je vous lis et moi qui ne fait que rêver devant ces vitrines magiques je me dis : ma fille ! oui un jour tu pousseras la porte ;-) d'un pas décidé, l'oeil brillant, avec un sourire banane et au regard étonné de la vendeuse je répondrais : désolé, c'est la faute de Gi et des autres.
Ecrit par : Bougrenette | samedi, 01 décembre 2007
Sans conteste: OUI.
Mais des a present je le suis, et davantage nous le sommes. La plastique n'est rien sans sensualité, et je vous crois déja excessivement sensuelle. Ce qui est le propre des belles femmes et non des barbies. :)
Ecrit par : X-Addict | lundi, 03 décembre 2007
Ah Aubade... de magnifiques photographes, de bien beaux modèles et de quoi vaporiser les soucis des femmes mais surtout de leurs hommes !
M.
Ecrit par : M. | mardi, 05 août 2008
Ecrire un commentaire