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lundi, 24 décembre 2007

ELLE - La bonne soupe

6250141957ddd79ca21c5fc8524105f4.jpgMa mère a toujours été pour moi une source intarissable de sagesse.

Depuis toute petite, je me suis baignée à sa source pour mon plus grand plaisir et mon bénéfice. Dès mon adolescence, en femme de son siècle et responsable, elle s'est attelée à faire mon éducation sentimentale en m'inculquant des principes décapants mais si plein de vécu ancestral. Alors que j'étais vierge et rêvais au Prince Charmant, car hélas la maladie m'a prise très tôt, elle m'expliqua un jour comment faire pour me forger une vie sans souci, ni matériel, ni ménager.


"Ma chérie" me disait-elle "il te faut trouver un homme âgé. Un homme qui a bien vécu et qui saura apprécier en toi toutes ces qualités qu'un jeune fringant risquerait d'ignorer par manque d'expérience". Je fronçais les sourcils, incrédule et rebelle. "Ah, non, tu es folle. A mon âge ! Non, je le veux beau, intelligent, bien fait. Je ne saurais baiser les lèvres fripées d'un vieillard !" Pourtant, elle insistait et généralement elle continuait ainsi "mais es-tu bête ma fille, écoute-moi donc jusqu'au bout. Fais confiance à ta mère. Choisis le bien mûr, de préférence à la santé bancale. Un cardiaque ou un épileptique ferait très bien l'affaire... "

Alors là, je m'insurgeais, me barricadais derrières des arguments outragés et résistais. Elle bombardait ses raisons au rythme de son plan de bataille "mais écoute donc, bécasse. Choisis le sur la fin, libidineux peut-être et tout cas bien attaché aux plaisirs de la chair. Tu te maries avec tout en restant vierge, car il est hors de question que tu te donnes avant qu'il ne t'épouse. Il te fera la cour à l'ancienne. Tu verras les avantages, ma belle. Des faveurs, des cadeaux, tout heureux qu'il sera en bon pécheur d'avoir attrapée dans ses filets une limande si jolie. Tu feras ta coquette, tu bouderas. Il deviendra fou, fera tous tes caprices. Lorsqu’il sera fin prêt à t'épouser en dépit des grands cris de ses enfants de ton âge, tu passeras devant monsieur le Maire...."

A ce stade, en général, je m'effarouchais. Quoi, moi, me marier avec un vieux ! Elle poursuivait, imperturbable, sûre de son fait comme un vieux sage "attends, laisse moi finir veux-tu. Le soir des noces, tu te refuseras à lui sous n'importe quel prétexte : la lune, la migraine... Et puis une fois en ménage, tu souffleras doucement sur la braise de ses fantasmes pour le faire rougir à blanc, mais surtout, surtout tu ne cèderas pas et aucune eau froide tu ne lui jetteras sinon il se renforcera comme le métal du forgeron, ce que tu ne veux pas. Tu feras chambre à part sous prétexte qu'il ronfle. De honte il ne te blâmera pas. Tu t'assureras d'être toujours disponible et pimpante jusqu'à ce qu'il te couche sur son testament. Et puis, ma chérie, ne t'inquiète pas, tu prendras des amants, tu verras !" Ce type de réflexion me faisait roucouler de plaisir. Un amant !! Voilà que je rougissais, mon hymen palpitait de plaisir par anticipation !

Elle continuait "Enfin, au bout de quelques mois de ce traitement là, tu décideras de ne plus faire chambre à part. Tu le rejoindras dans sa chambre et tu danseras la danse des sept voiles. Dans une pénombre favorable, doucement tu dégageras une épaule, tu glisseras hors de ton déshabillé une jambe à le damner. Son cœur s'emballera. Lentement tu dévoileras à son regard halluciné tous tes charmes et c'est bien le diable si avant la fin de l'effeuillage il ne craque pas ! Son cœur comme l'élastique de la fronde trop tendu claquera et le pauvre homme rejoindra St Pierre heureux comme jamais il ne l'aura été sur la terre !"

Voilà donc les principes que je me suis évertuée à appliquer depuis trente ans... sans succès ! 

Pourtant, dès mon plus jeune âge j'ai plu aux vieux Messieurs mais seuls les jeunes hommes attiraient mon regard noir et curieux. En bonne fille de sa mère, je faisais mes devoirs et répétais sans grande conviction des lignes d'écriture "Choisis le bien mûr, de préférence à la santé bancale...”. Mais je n'avais d'yeux que pour les beaux, les biens balancés. En dépit de tous mes efforts, je n'ai jamais pu coucher pour
l'être en retour sur la feuille de papier convoitée chez le notaire. De toute façon, ce que ma mère ignorait c'est que les vieux barbons ne sont plus depuis longtemps les jars blancs qui servaient de dindon aux farces de Labiche et aimer sans toucher, se languir sans goûter, mettre à nos pieds le monde sans palper, il y a bien longtemps que cela ne marchait plus.

Le temps passant je me suis mise à questionner, ô blasphème suprême, le bien-fondé de la sagesse de ma mère et puis tout simplement je l'ai oubliée. Et maintenant, par les force des choses ou plutôt par la force du temps me voilà convoitée par des hommes plus vieux que moi, voire bien plus vieux, mais hélas l'envie ne vient toujours pas. Car plus les jours défilent et plus mes yeux sont attirés par les jeunes hommes fringants. Bizarre, non ? Il faut dire, je ne suis pas aidée car plus ça va et plus d'hommes jeunes me prêtent de l'intérêt. D'ailleurs, cela m'étonne toujours et cette interrogation planquée dans un coin de mon cerveau vient vicieusement me chatouiller "serait-ce la légende de du vieux pot et de la bonne soupe ?"  Cela n'est pas très flatteur, mais peu importe leurs motivations, je plais !

Alors qu'est-ce qui me retient ? Mais la conscience de l'opprobre de la société qui me fait détourner le regard de peur d'être tentée. Car notre société est impitoyable ! Prenez un vieux bonhomme, cacochyme de préférence, avec une jeunesse de trente ans sa cadette et c'est un Dom Juan, c'est normal ! Il peut même et c'est souhaitable lui faire des mouflets. Alors qu'une vieille dame avec un homme jeune, c'est pitoyable et condamnable. Alors, résignée je ferme les yeux et accueille les avances de ces Messieurs avec autant de bienveillance qu'on accueille l'huissier ! Quelle mijaurée ! Si ma mère le savait. Elle me tancerait vertement et me rappellerait ses vieux principes sûrement.

Je rêvais à cela lorsque négligemment je pris l'édition N°3232 du ELLE et consultai le sommaire. Et là, comme toujours, un don du ciel, une révélation qui me dit en souriant "ne désespère pas Gicerilla, regarde ..." Je saute sur la page 103, ô merveille, lisez un peu "La fin d'un tabou : Mon mec est plus jeune, et alors ?" Et voilà étalés sous mes yeux Demi et Ashton, Westwood et Kronthaler, Madonna et Guy sans parler de Chazal et de Lemaire ! Mes cellules sautillent excitées, mes yeux pétillent, mes mains tremblent. Je dévore l'article, yesssss, ça y est, c'est reconnu, c'est autorisé, je peux...

A moi les chairs fermes, les muscles saillants, les mentons anguleux et les gueules d'ange. La publicité Gaultier** défile en surimpression sur les pages du magazine et un peu de bave carnassière vient mousser sur mes lèvres gourmandes. Je m'imagine enfin autoriser à dire ouiiiii à tous ceux qui le voudraient sans plus jamais me soucier de leur âge. Plus de rebuffades à leur infliger mais des roucoulements flattés.

A moi les ébats interminables dans les bras de débutants adorables. A moi la joie d'initier aux mystères de la femme tous ces éphèbes lisses et fermes comme des vierges. La fin de l'année s'annonce chaude à souhait et avec les frimas, je ne vais pas m'en priver !

C'est Noël Mesdames, profitez-en, tout est autorisé !

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Trackbacks

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Commentaires

Sympa, ceci dit, j'ai des réserves, faut super bien porter les années pour s'offrir le luxe de la jeunesse. Je dis ca rapport à Demi, Madonna and co.
Comment ça je suis rabas-joie, mais non mais non, Joyeux Noël, Je vous embrasse Gi, j'espère que vous trouverez muscles saillants sous le sapin ;-)

Ecrit par : Bougrenette | lundi, 24 décembre 2007

Et dire que j'ai failli être présenté à madame votre mère, shocking !

Ecrit par : puck | mardi, 25 décembre 2007

Conte de Noël..:) why not ?
Bon, à part cela, j'ai souvent pensé qu'en dessous de trente ans, " elles " ne sont que de petites agneaux de lait.. Mais par contre, qu'est ce que j'apprécie la maturité des quarantenaires !

Profitez aussi, Gicerilla, de ce que je ne sois que le troisième commentateur de votre texte pour corriger cette affreuse faute ; tout tout en bas de votre billet. Si vous voulez une piste, je vous autorise à me téléphoner pour m'entendre vous souhaiter de bonnes fêtes.. oui, je vous y autorise...:)

Ecrit par : Gilgamesh | mardi, 25 décembre 2007

...bien vu :)

Ecrit par : GILGAMESH | mardi, 25 décembre 2007

Alors le jeune fou débutant qui ne sait pas se maîtriser, qui est gauche, plein de fougue, qui vous prend, vous retourne et ne pense qu'à son plaisir, celui à qui il faut tout apprendre, ah non !!! Pas pour moi !!!

Vive l'expérience, les hommes qui savent où ils vont (et où ils doivent aller !), qui sont plus sûrs d'eux (même s'il y a toujours une part d'angoisse, celle-ci est beaucoup mieux gérée...)

Je crois que maman Gi a bien vu ...

Enfin, jeune ou vieux, je vous le souhaite attentionné, drôle, tendre, fougueux, inventif, souriant... Je dois sans doute en oublier..

(je vois déjà la tête de quelques uns de vos lecteurs se disant en lisant : "tiens, mais c'est de moi dont elle parle" ... Alors je précise : toute ressemblance avec une personne ayant existé ici est purement fortuite)

Ecrit par : Fée d'Hiver | jeudi, 27 décembre 2007

@ Bougrenette : allons donc, belle fleur, quel défaitisme ! Pourquoi croyez-vous que je hante salle de fitness et salons d'esthétique ? :-)

@ Puck : vous revoilà ? En voilà des sornettes, vous savez bien, cela n'arrivera pas !

@ Fée : allez, j'avoue, je dois admettre que les jeunes éphèbes ne m'intéressent pas vraiment ... si ce n'est pour le plaisir de faire une note ! Merci pour vos souhaits, ils seront sûrement entendus quelque part par quelqu'un et, qui sait, exaucés ? :-)

Ecrit par : Gicerilla | jeudi, 27 décembre 2007

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