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jeudi, 10 janvier 2008
ELLE - Haute thérapie
Vous les hommes, vous ne connaitrez jamais hélas, le plaisir enivrant de dominer.
Quel dommage lorsque j'y pense et, à moins d'avoir des passe-temps inavouables, chausser votre pied dans des chaussures cambrées qui allongent la jambe, affinent la cheville, fusellent la cuisse et confèrent une démarche chaloupée jamais vous ne connaîtrez.
Hier encore, atteinte par l'un des mouvements de mon âme qui me laissent affligée sur mon canapé pire que Cendrillon au coin de la cheminée, je me laissais doucement couler dans une mer de cendres. Les questionnements habituels du pourquoi, du comment, assaillaient mon encéphale jamais fatigué de ressasser ces énigmes sans réponse. Je glissais doucement dans le désespoir de ne jamais savoir pourquoi je choisis toujours telle voie qui me mène inévitablement à l'échec et pourquoi mon cœur s'évertue avec une constance de nonne en prière à élire celui qui le maltraitera.
J'en vins à m'interroger pour la énième fois sur le rôle de la génétique qui programme nos cerveaux et nos cœurs. Et le débat jamais tranché de la part de l'acquis et de l'inné me prenait en étau et chacun des postulats, comme une des mâchoires mues par la vis sans fin, m'écrasait doucement mais sûrement au point de me faire perdre mon latin. Je devenais dingue ! Hier encore, je m'étais infligée une défaite comme pour mieux me prouver que je ne vaux rien.
Pourtant aujourd'hui, il fait un temps resplendissant et le bleu azuréen tranche étrangement sur le fond gris de mon humeur. Je fixe, vautrée sur le canapé du salon, ce ciel immaculé de janvier dont les transparences de glacier envahissent peu à peu mon être et subitement, par le biais de quelques nuages hallucinatoires, sorte de message christique, se révélent à moi les lettres J et C esquissées, solution à ma mélancolie. Je réfléchis un moment, éberluée, car les messages divins ne sont pas mon quotidien.
Puis, l'évidence quasi scientifique s'impose à moi : lorsque tout nous écrase, il s'agit de s'élever au-dessus du marasme. Mettre autant de distance que possible entre ses préoccupations et soi. Alors, dans un élan de foi salvatrice, je décide de partir sur le champ à Paris pour mener à bien mon projet de petite bourgeoise névrosée qui n'a d'autres soucis que de s'occuper de soigner ses petits bobos existentiels. Me voilà partie, pied au plancher, vers le 34 avenue Montaigne rejoindre le temple où je pourrai enfin me rapprocher d'un des derniers dieux du design. Jimmy Choo m'y attend et jamais nom de marque prononcé à l'anglaise n'aura aussi bien collée à une activité.
J'arrive presque essoufflée tant j'ai conduit comme une trombe. Le magasin est là, devant moi, comme une planche de salut. Les lumières tamisées de la vitrine me laisse entrevoir entre deux reflets des modèles à damner une sainte. J'entre en inspirant profondément l'odeur de cuir riche qui baigne le lieu, apaisant comme de l'eau bénite. Les vendeuses tirées à quatre épingles me regardent un air contrarié sur le visage "qui est cette folle qui fait irruption, décoiffée et hagarde". Mais je les ignore et les toise de ma superbe comme je sais si bien le faire. Comme elles, je peux être snob et comme elles, je peux faire preuve de morgue.
Je scanne le magasin des yeux et là, un choc ! Elle trône telle une relique sur sa châsse, LA paire qui va me sauver. Elles sont étincelantes sous les spots halogènes et je approche tremblante comme une croyante devant la grotte sacrée. Rose fuchsia, la couleur de la fragilité, la couleur de mon âme maintenant. Je m'assoie et la vendeuse dévoile à mes yeux émerveillés cette paire d'escarpin aux talons vertigineux. Je les passe religieusement à mes pieds et mieux qu'avec des pantoufles de vair me voilà en princesse transformée. Un sentiment de puissance incompréhensible m'envahit et brusquement, je me sens à la hauteur. Je me mets debout, géante aux jambes interminables, et je me poste devant le miroir.
Instinctivement, je redresse les épaules, je relève le menton, plus aucunes ombres ne m'accablent. Elles sont faites pour moi. Mon coup de pied devient cambrure de danseuse, mes jambes longues se tendent avec difficulté comme la corde d'un arc et les muscles se font plus saillants, plus sculpturaux. La peau brille sous la lumière artificielle et je m'admire et me mire sans fin, convaincue que je suis que sur moi les idées noires n'ont plus de prise. Je me décide enfin à faire quelques pas pour, de ma démarche de reine, en imposer à toute l'assemblée qui me regarde. A moi la démarche chaloupée de mannequins professionnelles sur le cat-walk. A moi les regards affamés des mâles sur mon passage.
Je plie légèrement le genou, lance ma jambe en avant et repose le pied chancelant. Je suis instable et dois enchaîner immédiatement un autre pas au risque de tomber. Mes chevilles branlent, mes jambes flageolent. Ma démarche ressemble plus à celle d'une Anglaise à la sortie d'un pub qu'à celle d'une princesse élevée par Nadine, un bottin sur la tête et pourtant droite et digne. Je me ressaisis, le rouge au front, non mais, je vais y arriver. Je ne suis pas la belle Kate Moss et des frasques titubantes au bras d'un Doherty ne sont pas acceptables ! Je recommence le manège, allez on y croit, plie le genou, avance la jambe, repose le pied. Zut, il semblerait qu'il soit impossible à ces hauteurs là de tendre tout à fait la jambe. Horreur, je marche les jambes arquées et de profil il semble que je sois en semi génuflexion permanente. Je redresse le buste, cambre mes reins en espérant insuffler de la rectitude à mes jambes, mais impossible, mes genoux restent imperturbablement pliés ! Quelle honte !
Les vendeuses me regardent, goguenardes, mais d'où sort-elle celle là qui ne sait pas marcher avec des talons de 10 centimètres ? Mon orgueil est atteint au point le plus sensible. Il faut que j'y arrive. Une dernière fois je recommence et après bien des efforts vains, je marche soit, mais je marche sans classe. Alors de dépit je les invective "elles sont un peu serrées, n'auriez-vous pas de demi pointure ?" Le non qui fuse me sauve la vie car je peux alors répondre en souriant "Dommage, elles sont vraiment jolies mais trop inconfortables. On voit bien que le concepteur n'essaie jamais les modèles qu'il crée !" et dédaigneuse je laisse les escarpins en vrac sur le parquet.
Je ressors, vexée comme un pou femelle ! A-t-on idée de faire des chaussures avec de telles hauteurs ?
Ah bon, les ballerines sont à la mode ?
06:20 Publié dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (25) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

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Commentaires
Après la lingerie fine voila les chaussures, j'avoue un sourire, cela semble moins bien fonctionner mais 10 cm, vous avez visé une altitude pour le moins dangereuse. L'humour vous va bien.
Vous vous laissiez couler et vous en ressortez "vexée" ... belle leçon pour les mals embouchés.
Ecrit par : Bougrenette | jeudi, 10 janvier 2008
Si tu veux, je viens leur écraser un petit doigt, par inadvertance, en essayant des talons aiguilles ! ;-))
Ma puce ...plaisirs futiles, mais siiii …..
Je kiffe aussi les caracos en soie ou en dentelles, les bas, les guêpières et.. les Escarpins à talons...
Attention! J’ai pas dit les échasses! on n’est pas des bergers landais, m'enfin, grrrr!
Mais les talons fins, ceux qui ont le charme discret du raffinement, avec lesquels tu te sens devenir elfe,
qui prolongent en sensualité ta ligne, rhoooo...
En petit talons j'ai la sensation d'être l'albatros de la poésie, mais en symétrie inversée (Sauf pour courir, j'ai des ailes, pieds nus sur le sable c'est encore plus divin (snif, mes plages de sable de la Marana, j'en rêve...)
Quelques fois, je me sens fragile,
j'enfile mes escarpins,ils s'enfoncent sur la moquette, mais, étrangement, j'ai l'impression de survoler les petites viscicitudes de mon existence, de les prends à bras le corps, je fais face à mes angoisses.
Je sors de chez moi, bien droite, respirant l'air frais du crépuscule..
Rien de tel que le déclic du "Tak, Tak"
de talons aiguilles résonnants sur le sol,
pour repartir, Conquérante...
Ecrit par : MarieM | jeudi, 10 janvier 2008
Me voici, simple homme, écarté.
Ecrit par : GILGAMESH | jeudi, 10 janvier 2008
Comme quoi, les ballerines, c'est nettement mieux pour s'en sortir avec une pirouette ! Voilà une belle chute inattendue. Bravo !
(Cela n'a rien à voir mais quand elle perd 10cm en les enlevant devant moi, cela me fait toujours de l'effet...Surtout qu'elle mesure 1m78...)
Ecrit par : Ex-mot | jeudi, 10 janvier 2008
@ Bougrenette : si au moins je vous ai fait sourir. Ne vous inquiétez pas, chère B., je n'ai pas l'intention d'écrire sur toute la penderie ! Quoique...
@ MarieM : ah, Marie, Marie, comme je sais ce dont vous parlez. C'est bête mais je connais tout cela aussi...
@ Gilgamesh : oh que non ! Vous pourriez vous proposer de lentement nous déchausser, non ?
@ Ex-mot : au risque de me répéter, j'adore votre sens de l'a-propos et de la répartie ! 1,78 m gosh ! Mais dites-moi donc, quel effet ?
Ecrit par : Gicerilla | jeudi, 10 janvier 2008
Que non..
J'ai eu une amie, Isabelle, le siècle dernier, qui adorait faire l'amour ne gardant que ses escarpins. je dois avouer, encore aujourd'hui; que cela était très troublant. Pourquoi ?
je ne sais pas.. mais c' était..
Ecrit par : gilgamesh | jeudi, 10 janvier 2008
Chère Gi, je ne m'inquiète pas, au contraire, "quoique ..." me convient parfaitement. Je suis sûre que vous pourrez tirer de la penderie mille sources de plaisirs que vous aurez à coeur de partager ici avec nous ;-)
Ecrit par : Bougrenette | jeudi, 10 janvier 2008
Quel est donc ce pays où le catalogue Autumn / Winter présente de telles tenues ?
Ecrit par : Boris | vendredi, 11 janvier 2008
9h30 station P... les porterez-vous ?
Ecrit par : sans | vendredi, 11 janvier 2008
quel hachis !;)
Ecrit par : GILGAMESH | vendredi, 11 janvier 2008
Je partage votre goût pour les belles , les très belles chaussures .
Je ne saurais trop vous conseiller un ouvrage qui je pense vous ravira : "Talon aiguille" de Caroline COX
Ecrit par : Gengis | vendredi, 11 janvier 2008
J'adore les talons hauts. On peut y mettre un plus grand estomac. Dominer ? Bof ...
Ecrit par : Bo | samedi, 12 janvier 2008
@ Boris : ... le pays où tout est permis, y compris nos envies les plus folles.
@ Sans : hélas, hélas, ils n'avaient pas ma taille (concentrez-vous tudieu quand vous me lisez !) mais vous ne serez pas déçu, vous verrez.
@ Gengis : suis allée sur Internet et cela m'a donné immédiatement envie. A défaut d'une paire de Jimmy Choo, ce sera avec un livre de C.Cox que je repartirai. Merci beaaucoup, vous me faites découvrir une artiste que je ne connaissais pas !
@ Bo : y'a un jeu de mots ? Je me gratte le crâne.
Un conseil, passez donc une paire de stilettos et vous verrez si dominer est un vain mot !!! :-)
Ecrit par : gicerilla | samedi, 12 janvier 2008
Les talons...l'estomac dans les talons...G vous êtes décevante, parfois...
Ecrit par : LUI | samedi, 12 janvier 2008
G. Le meilleur des sports qui pourrait vous aller à ravir, c'est bien lee 110 mètres haie...ne l'oubliez pas...:)
et je pense à vous, je réfléchis à un rdv devant le zoo des diamantaires...
Ecrit par : GILGAMESH | samedi, 12 janvier 2008
Désolé, ma mie, à l'image du beau Serge, je préfère les Repetto ...
Ecrit par : Bo | samedi, 12 janvier 2008
Je ne peux que te recommander les Louboutin qui sont pour moi beaucoup plus chic que les Jimmy Choo. @ +++
Ecrit par : Pierre-Jean | dimanche, 13 janvier 2008
@ Lui : aïe... mais bon sang ! Décevante, ben oui, mais j'peux pas être performante tout le temps !
@ Gilgamesh : faudra développer off the records car encore une fois, avec l'humour mâle, j'ai du mal.
@ Bo : y'avait des ballerines dans le Beau Serge ? Aïe, j'entends déjà Lui et Gilgamesh y allant de leurs réflexions goguenardes... Gloups !
@ Pierre-Jean : Ah très cher, ne m'en parlez pas, je suis déjà fan mais leurs hauteurs me font chavirer. Hélàs, je ne fais que les contempler dans la boutique et de leur semelle comme la muletta elles excitent ma convoitise !
@ Sans : finalement, ce fut 16h00 station R.
Alors, déçu ou pas ... des chaussures bien sûr ?!
Ecrit par : gicerilla | dimanche, 13 janvier 2008
Ce n'était pas des Jimmy Choo , mais des boots noirs. Déçu ? surtout pas c'est bien les boots noirs !
Ecrit par : sans | mardi, 15 janvier 2008
À vouloir jouer la grue, en somme, vous retrouvâtes votre naturel de bécasse ?
En déployant vos plumes ici, vous regagnez la grâce que vous perdez parfois sur les ponts des galères...
Promis, j'arrête de filer la métaphore ornithologique.
Ecrit par : Jimi (marin d'eau douce) | jeudi, 17 janvier 2008
@ Jimi : on se connait à peine que déjà vous me taquinez ! Mon naturel de bécasse dites-vous ? Mais je pourrais prendre la mouche ! Grue ? Comme vous y allez. Grue oh non, mais plutôt un beau flamand gracile, rose jusqu'au bout des pieds... Mais vous avez raison, la tentative fut ratée :-)
Ecrit par : Gicerilla | jeudi, 17 janvier 2008
Prenez la mouche, seulement ! non pas comme une bécasse, encore moins qu'un flamand rose si peu gracile sur ses échasses flageolantes, mais bien comme un vulgaire rascasse. Et pour passer de l'ornithologie à l'ornithorynque; oui décidemment, vous êtes la reine de ces lieux !
Votre texte au ramage si superficiel manque une fois de plus de cette profondeur qui vous fait si cruellement défaut.
Ecrit par : Passeakevin | vendredi, 18 janvier 2008
@Passeakevin : Je ne souhaite pas ici créer de polémique, mais votre commentaire me semble en appeler un. Gicerilla sera bien assez grande, même sans talons, pour savoir se défendre seule. Mais je me sens pris à partie puisque vous rebondissez indirectement sur mes commentaires, avec une réception un rien maladroite.
Je taquinais, et je finissais en tentant d'évoquer l'Albatros cher à Baudelaire qui perd de sa grâce quand il est contraint par des hommes mal intentionnés de quitter les cieux. Votre intervention, d'une certaine façon, évoque le même poème.
J'ouvrais sur l'élévation de l'esprit qui habite ses lieux, et vous fermez sur un soi-disant manque de profondeur...
Je ne crois pas trop m'avancer en affirmant que les spectateurs de ce théâtre se satisfont d'autant mieux de sa ponctuelle superficialité, parfaitement assumée, qu'ils en décèlent la réelle profondeur, tout aussi respectée.
Je jouais avec mes mots, à la limite de la maladresse certes, mais sans aucune intention de nuire.
Je ne vous invite pas à en jouer, avec maladresse, et mauvaise intention.
Ecrit par : Jimi | vendredi, 18 janvier 2008
@Passeakevin
Mr ,
Cet endroit est un lieu où l'on prend plaisir à lire, à commenter et à se rencontrer, vos propos sont déplacés et ne conviennent pas au ton de ce théatre.
Si vous êtes une personne éduquée, quittez le, cela ne vous causera d'ailleurs aucun grief eu égard aux commentaires qui démontrent votre déplaisir à la fréquentation de ces textes, à moins que vous ne soyez pervers alors là, votre place n'est pas non plus ici.
Si vous n'êtes pas une personne éduquée, quittez le aussi car ici il n'y que des gens qui respectent les autres.
A bon entendeur salut.
Ecrit par : sans | vendredi, 18 janvier 2008
bis repetita ? " je sors" :)
Ecrit par : Passeakevin | samedi, 19 janvier 2008
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