08 février 2008

ELLE - Tristesse du soir

be50ed573aa30a925169b94bf255f11b.jpg Je n'imaginais pas que cela puisse m'arriver un jour.

Pourtant, ce soir, quand la sonnerie "I think you're crazy" de mon téléphone a sonné à mon bureau, je ne pensais pas entendre les mots qui m'ont choquée. "Allo, Gi, c'est Véronique, nous venons d'être cambriolés ! Nous sommes allés voir ta maison, la porte-fenêtre du salon est ouverte..."

Comment expliquer alors l'incrédulité qui m'a saisie comme-ci un voile de gel gluant glissait sur ma peau, dégoulinant doucement et glaçant au passage toutes les cellules de mon épiderme. Et puis, la panique, une sensation d'urgence m'a agrippée les bras, les mains, me faisant trembler à tel point  que je ne pouvais fermer mon ordinateur. Des larmes acides de désespérance ont fusé dans mes yeux qui se troublaient et ne voyaient plus rien... J'ai tout planté. Des pensées de deuil se jetaient à mon visage. "Qu'aurai-je perdu dans cet événement ...." et bizarrement, alors que je conduisais, involontairement trois choses me sont venues à l'esprit "Oh, non, pas la bague de Maman ni la croix de ma grand-mère ! Non, pas mon ordinateur tout neuf avec tous mes fichiers, toutes mes photos, ma vie en concentré ! Et puis mon I-pod, non, surtout pas, je vous en prie, pas mon I-pod ..." C'est fou comme l'on peut prier le panthéon entier lorsque l'on est accablée. Moi la mécréante, je me suis surprise à prier.

Je suis calmée maintenant, la tempête est passée.

Je me souviens avoir ouvert la porte comme une condamnée. Quelle allait être la gravité, la dureté de ma sentence. Serai-je dépouillée de tout. J'ai déboulé comme une folle pour constater tout sens dessus-dessous. Le pire m'attendait dans la chambre. Les tiroirs des tables de nuit renversés, comme lardés par un couteau de boucher. Tout pêle-mêle sur le lit. Les bijoux disparus, tous. La bague de ma Mère aussi. Les larmes qui redoublent. Larmes de tristesse, un bout de ma famille envolée. Un objet si précieux à mes yeux disparu à jamais. Je suis contre le chambranle de la porte. Je m'appuie, secouée de sanglots. Ils ont retourné mes oreillers de leurs mains sales. Avec elles encore ils ont vidé la commode. Sur la jolie statue qui l'orne, en guise de chapeau, un joli string en dentelle a été posé. Puis un autre accroché à la poignée de la porte ? Ils ont pris leur temps les salauds. Facétieux, joueurs, ils ont tout vidé puis ils se sont amusés avec mes affaires. Béantes les boites de foulard Hermès que je me suis offerts années après années en forçant mon budget. Plus rien des bijoux de mes ex-amants. Plus aucuns témoignages brillants de l'amour qu'un jour on m'a portée. Plus rien. Annihilée je suis. Un pan de ma vie écroulé, là, en vrac au milieu de mes pulls et de mes rubans.

Doucement je repasse en un scénario lent mes découvertes macabres. Quoi, ils ont même emporté, sans le bocal, toutes mes capsules Nespresso. Mais c'est un gag, c'est un canular ! Des capsules Nespresso ? Et puis dans la salle de bain, le même charnier de placards éventrés, de fioles renversées. Et pourtant, en écrivant ici mes sensations pour mieux m'en exorciser, je n'ai à aucun moment ressenti cette sensation de viol que certains éprouvent en sachant leur maison pénétrée de force. Là, rien, juste de la tristesse immense pour cette bague et cette croix irremplaçables et tous ces cadeaux d'amoureux qui ne reviendront plus.

Non, pas de viol ici. Je suis peu matérialiste, pour ne pas dire pas du tout. Et puis de cette maison, n'en ai-je  pas déjà divorcé il y a deux ans lorsqu'il est parti ? Alors ces voleurs d'âme n'ont rien pris de la mienne si ce n'est qu’ils m’ont dépossédée d'une partie de mon passé qui fait que je suis celle qui écrit aujourd'hui. Cela me changera-t-il ? Non. Je ne veux pas avoir peur en rentrant maintenant, je ne vais pas vivre barricadée. Je continuerai à les braver. De toute façon, ils ne pourront plus rien m'ôter !

Ce qui est incroyable, au delà de leur mise en scène dans l'alcôve et du vol des bijoux, c'est qu'ils n'ont pas volé mes deux ordinateurs, mon I-Pod, l'argenterie, les foulards Hermès...

Drôles de voleurs vraiment qui s'encombrent de capsules de café mais ne s'emparent pas de ce qui est facile à écouler sur E-Bay ou au marché noir !

Suis-je complètement fêlée d'avoir envie d'en parler, et même pire, de le relater ? Suis-je si détachée de tout que rien ne peut m'atteindre, plus rien, jamais ? Et ce recul, ce détachement, ne sont-ils pas symptomatiques de ma difficulté à ouvrir mon coeur ?

Je ne sais pas mais étrangement, je me suis posée la question...

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Commentaires

G, soit heureuse de ne pas avoir été confrontée à eux..

Ecrit par : Gilgamesh | 08 février 2008

Quoiqu'il ( ils ?) semble t être homme de goût ? ce cambrioleur? vous avez peut être là raté l la rencontre que vous attendez depuis si longtemps , non ? : l a regardé, fouillé, choisi ce qu'i était de valeur ( facile chez vous, puis que justement c'est votre " chez vous", même si votre âme n'y est plus.. Il sinon qu'emporter les bijoux de vos ex-amants. Qu'est ce que leurs bijoux de famille faisaient dans votre tiroir ? Vous avez de drôles de moeurs !!!!

En fait , je penche plus pour une cambrioleuse. Sérieusement. Et une pro: elle a évité justement ce qui peutt être repérable ( n° d série des PC, I Pod etc. Et comme dans la pub, elle préfère Nespresso à tout !

tiens, je vais prendre une tasse de café, du coup..

Ecrit par : Gilgamesh | 08 février 2008

Cette expérience que vous vivez je l'ai subit aussi ; il y avait dans leur butins des bijoux offerts par les êtres qui m'aimaient ; j'ai ressenti leurs vols comme autant de déchirures.
Mais ma version officielle était la suivante :
"Quand je suis rentrée de l'aéroport, ma voisine d'en face m’attendait, pour m'informer du vol dont nous avions été victimes ; chez elle ils avaient tout retourné, mis un désordre désolant, elle ressentait cela comme un viol, je la plaignais, sincèrement.
Ensuite nous sommes allées chez moi, constater les dégâts, ils avaient volé les bijoux offerts par ma famille, mes amis, les chiens !
Elle était aussi choquée par le mess qu’ils avaient mis, mais ce que je n'ai pas osé lui dire, c'est qu'il n'avaient pas rajouté beaucoup de désordre dans ma tanière, car j'étais en période de blues, et chez moi dans ces cas là, c'est pas vraiment Versailles Lola ..."
En réalité j'avais beau essayé de me raisonner, de me dire que ce n'était que des objets...Que l'amour que l'on s'était porté, que je ressens encore au plus profond de mon coeur, n'allait pas pâlir avec la perte d’objets, quand bien même leur signification était importante pour eux et pour moi.
Rien n'y faisait, je portais ma main à mon cou pour toucher le petit dé que ma grand mère m'avait transmis , que j'avais l'habitude de faire tourner , dont je regardais les pierres scintiller , quand j'avais l'angoisse , comme pour invoquer sa présence, son soutien ...Il n'y était plus , et j'avais envie de pleurer..
Alors, si les larmes montent laissez les couler,
Si vous avez envie de fanfaronner, de vous montrer plus dure que vous ne l’êtes, faites le ; les vrais amis sauront de toute façon deviner la peine qui est en vous.

Ecrit par : MarieM | 08 février 2008

Une expérience que je ne me souhaite pas, ceci dit rien a prendre chez moi. Vous fêlée ? j'y crois pas, le besoin de relater et d'en parler est naturel, ça vous a j'espère aidé a passer ce moment. Et je ne suis pas sur qu'il faille a tout pris ouvrir son coeur et que le recul et le détachement soit en soit quelque chose qu'il faille reprocher. Je vous souhaite Gi le miracle des retrouvailles, un beau policier mettra peut être la main sur les coupables et vous retrouverez cette partie du passé qui vous a été volé. Bises

Ecrit par : Bougrenette | 08 février 2008

A part des vols d'autoradios, je n'ai rien connu de semblable jusqu'à présent.
Je crois que je serais bien embêté dans un premier temps si on me volait mes ordinateurs car ce sont les centres nerveux de la famille.
Pour le reste, je n'ai pas de bijoux à part l'anneau que je porte au doigt et tout est remplaçable. J'ai déjà perdu mes vieux disques, bouquins et autres souvenirs dans l'incendie de mon grenier, alors ...
Je pense que je serais plus affecté par ce sentiment de viol si tout était retourné dans la maison.
Mais vous avez raison d'en parler, je trouve tout ceci bien naturel, comme l'ont été vos réactions en apprenant la nouvelle ...

Ecrit par : Philo | 08 février 2008

Fêlée, il me semble, mais c'est de cette fêlure que sortent vos plus beaux cris, surtout ne la réparez pas ;-)
Votre détachement, je le connais, c'est mon humour, ma dérision, l'armure que vous vous êtes forgée pour que votre coeur ouvert, avide d'amour, d'amitiés , de partages ne s'écorche pas trop souvent aux épines du vécu.
Mais l'avez-vous forgée si efficace ? Si cela était , ressentirions-nous si fort les émotions que vous partagez avec nous ici ? Comment nous renverraient-elles si sûrement à nos vécus personnels ?
Alors, au risque de choquer j'ai envie de vous écrire :
"faites chier ! Ne soyez pas si dure avec vous ,
raz le bol de suivre une certaine morale qui nous fait croire que nous avons toujours quelque chose à expier ! Regretter oui, demander pardon si l'on a blessé, s'interroger sur ses manquements ...
Mais faites-vous la grâce d'être consciente de votre valeur, de votre sensibilté qui transparaît partout ici.
Laissez parler votre esprit que je ressens si libre et bienveillant et qui m'a souvent chamboulé en lisant vos pages.

Ecrit par : MarieM | 08 février 2008

Ah mais non ! Ce recul, ce détachement sont plutôt une marque de supplément d'âme, de force de caractère et d'une sagesse de bonze.
Le cambrioleur a cette vertu de nous rappeller la valeur de l'éphémère. Trop d'attachement conduit à un enfermement, une forme de dépendance ; la liberté, au contraire, est le sourire rendu à un rai de soleil matinal.

Ecrit par : Alex | 08 février 2008

vous portez des strings en dentelle !

Faut il que nous soyons devenus des amis pour nous le dire , merci.

Ecrit par : sans | 08 février 2008

Détachée de tout !!! Que nenni : attachée à l’essentiel d’une vie : les émotions. C’est surprenant mais en lisant tes angoisses, je te vois comme je t’imagine : de cœur et d’âme.
Or toi tu en arrives à la conclusion inverse. Cherchez l’erreur ?
Tu n’as eu aucune angoisse à la perte de ton micro-onde turbo-compressé, ni de ton manteau en poil de porc-épic dernier cri acheté une fortune chez Pradès. Non, tes craintes vont aux choses de grande valeur sentimentale : ce qui te rappelle ta famille, tes amis, tes amours. Cet attachement là est celui d’un sage.
Et rien de plus naturel que de nous l’avouer, à nous tes lecteurs. C’est ça aussi qui fait l’interet d’un blog.
Décidemment, tu n’as rien d’une fêlée, ni d’une détachée. Tout en toi donne envie de t’aimer. Et on sent bien à travers tes attachements, que tu as aimé. Tu as donc déjà ouvert ton cœur. Et si tu l’as fait, tu le feras encore…
Et je te répète une nouvelle fois une de mes phrases fétiches : les plus belles amours ne sont pas forcément les plus longues..

Bon courage quand même

ZORG

PS : J’ai pris un coffre à la banque depuis quelques années, à la suite d’un scratch de disque dur, et une fois par semestre, je vais y déposer ma fortune : un disque dur (en fait deux) avec toutes mes photos et toutes les lettres écrites et reçue sauvegardées.

Ecrit par : ZORG | 08 février 2008

@ Gilgamesh : je me suis blessée au début, cher G., car impossible de rigoler pour moi de cette affaire. Aujourd'hui, cela va mieux, même si régulièrement les larmes affluent comme au temps des moussons puis redescendent subitement, ravalées par ma raison qui dit "ce n'est pas grave, tu n'iras pas au trou avec, ce ne sont que des objets..." Pourtant, j'ai quand même du mal. Ils ont réussis leur forfait. Ils m'ont touchée au seul endroit qui me fait mal... L'affectif !

@ MarieM : merci de votre témoignage. Cela n'arrive pas qu'aux autres, mais cela arrive aux autres aussi. Je me suis sentie seule, là, sans recours, sans ressource. Vous avez surmonté l'épreuve. Je devrais y arriver aussi.
Et puis vous revenez MarieM pour me secouer les puces. J'aime vos façons rudes et amicales. Vos mots me touchent bien sûr. Je m'étonne de tant de bienveillance à mon égard et apprécie sincèrement vos encouragements. Merci !

@ Bougrenette : un beau policier, n'est-ce pas là un oximoron ? Il s'agissait de gendarmes, je les préfère. Et je dois avouer que le responsable est belle bête ! Mais je n'y crois pas. Les receleurs de nos jours sont en Lithuanie, Roumanie ou ailleurs. Je ne les retrouverai pas. Mais, optimiste toujours, je prie quand même Ste Rita. On ne sait jamais...

@ Philo : je crois que la méthode de Zorg est à retenir. Je vais immédiatement acheter un disc dur à part pour y transférer tout ce qui m'est précieux pour ne pas risquer de perdre encore des choses qui me touchent. Si ce n'est déjà fait, faites-en autant Philo.

@ Alex : hum, je crois que vous me voyez meilleure que je ne suis, et vous me prêtez des qualités que je n'ai pas. Mais je prends le compliment plutôt deux fois qu'une car, en ce moment, j'ai besoin de me remonter le moral comme le ressort de ma montre qu'ils n'ont pas volée, pour repartir ! Merci Alex, j'adore votre "objectivité" ! :-)

@ Sans : ben oui, il faut dire que vous le valez bien !

@ Zorg : peut-être avez-vous raison comme MarieM. Il faudrait que je m'achète enfin un vrai miroir. De ceux qui reflètent, lorsqu'on s'y mire, le sujet qui y est tel qu'il est... Des lunettes aussi seraient peut-être une autre piste ? D'ailleurs à propos de lunettes, il y aurait des trucs à dire. Merci Zorg. Zavez pas un frère des fois ? :-)

Ecrit par : Gicerilla | 09 février 2008

Le côté positif est que le vol a fait le ménage dans vos souvenirs...
Je penserais plus à des enfants qui se sont amusés qu'à une femme..
pkoi ne pas déménager maintenant et se refaire un peu de présent et d'avenir ailleurs ?

Bon courage nénamoins à vous.

Ecrit par : francouas | 11 février 2008

@ Francouas : comme vous y allez ! Le ménage dans mes souvenirs, pourquoi ? Ceux que j'avais et que j'ai encore me vont très bien, font partie de moi, et de balayage ou dépoussiérage en l'occurence point n'étaient nécessaires. Déménager ? Mais c'est bien là l'ironie du sort, car vingt jours plus tard je déménage... La vie n'est-elle pas bizarre ?

Ecrit par : Gicerilla | 11 février 2008

Une crémaillère ! Formidable, il y aura de l'alcool , de belle femmes, je me précipite.

Je brûle de rencontrer callypige.

Ecrit par : puck | 11 février 2008

lL vie est bizarre par définition car elle ne répond à rien de prévu. Mais là le destin veut vous dire quelque chose ;-)

Ecrit par : francouas | 12 février 2008

Oui, je suis triste pour vous Gi moi qui n'ai rien, qui garde tous mes souvenirs dans un saving account cérébral sur lequel je fais des retraits de temps en temps. Il a l'air absent, non il fait un retrait !
Réellement, je sais ce que représentait pour vous ces bijoux. Tout ceci fait de vous une femme ô combien attirante et sensible.
nonoloco

Ecrit par : bruno | 12 février 2008

Une longue route celle de votre vie,
Une longue expérience, celle de votre coeur....

Voilà ce que j'en médite...

Je vous embrasse ma belle

Angélique

Ecrit par : Angélique | 12 février 2008

@ Francouas : savez-vous que depuis hier, à cause de (ou grâce à ?) votre réflexion qui m'a un peu choquée au départ, je me suis mise à réfléchir en me disant "et si jamais il avait raison, si jamais cette vacherie avait un sens ?" La vie prend souvent des détours bizarres, souvent tortueux, parfois douloureux pour nous amener là où on espérait plus ! Alors je veux rêver que toute cette brutalité ne sera pas gratuite...

@ Puck : des jolies filles, oh oui, et plus que ça ! Callipyge certainement, mais vous savez, elle est en mains ! Au pire, y'aura moi aussi !! Ca ira ?

@ Bruno : franchement Bruno, une femme sans bijoux, n'est-ce pas bien triste ? Les bijoux n'ont-ils pas été inventés pour nous parer ? Je suis sans parure maintenant, mais sans parure je veux me croire toujours aussi riche ! Avis aux prétendants, je n'ai plus un sou vaillant !

@ Angélique : merci de passer par ici alors que les vents violents de ma tempête s'apaisent tout juste ! Je méditerai à mon tour repensant à vos mots. Merci

Ecrit par : Gicerilla | 12 février 2008

@ Tous : ce matin les capsules Nespresso m'ont vraiment manquée ! Pas de petit noir mousseux, savoureux, pour inonder mes papilles. Rien... Le désespoir qui revient au galop en deux mots "les salauds..." et puis un clin d'oeil d'un de mes visiteurs. Un email tout simple, sans dissertation sur le pourquoi du comment de cette vacherie qui m'a cueillie. Non, juste un lien. Et quel lien. Merci à cet inconnu si bienveillant : en visionnant son cadeau, le sourire m'est revenu, parce que je le vaux bien... Euh, non parce que What Else !

Regardez un peu, c'est malin, mais je ne garantis pas le résultat : http://www.dailymotion.com/video/x1antw_faire-ses-propres-capsules-nespress

Ecrit par : Gicerilla | 16 février 2008

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