13 février 2008

ELLE - Envie de diamants

24f79fec950549665d5c0aa36a942619.jpgUn bruit sec de bois brisé la fait crier.  

Elle se réveille d'un coup, affolée, le cœur fuyant en cavalcade. Était-ce un rêve ? Elle se concentre dans le noir. Ne respire plus pour scruter la nuit de ses ouïes animales, les yeux fermés fort pour entendre le moindre souffle du parquet. Le vent secoue les volets. Les cimes chantent en frottant leurs feuillages. Elle a rêvé. Elle se recouche et les yeux grands ouverts cette fois elle scrute l'obscurité pour retrouver, au rythme de son souffle contrôlé, le calme du sommeil.

Alors qu'elle se rendort, subitement, sur sa bouche le contact froid d'un gant. Une main ferme appuie sur ses lèvres. Elle hurle à l'intérieur, son crie résonne à ses oreilles mais le silence reste imperturbable. Elle se débat, panique. Une autre main la plaque au matelas. La sueur inonde ses tempes. On l'attaque. "Si tu cries, je te tue ! Laisse-toi faire et tout ira bien." Il est sur la couette maintenant, à cheval il la maintient de tout son poids. "Tais-toi et je libère ta bouche !" Elle fait oui de la tête. Il ôte sa main et elle aspire l'air désespérément alors que ses mains gantées de cuir aux odeurs neuves attrapent ses deux mains et les emprisonnent. Elle est statufiée. "Je ne te ferai pas de mal si tu restes silencieuse et si tu coopères." Elle fait oui de la tête même s'il ne la voit pas.

Il relâche la pression et brusquement en plein visage un rond jaune aveuglant lui fait cligner les yeux. Elle ne devine qu'une silhouette noire, une cagoule noire, des gants noirs. La lampe torche la torture des ses éclats aveuglants. "Où sont tes bijoux ? Je te préviens, ne pense même pas à crier sinon je t'occis. Où sont-ils, vas-y, dis le moi, vite..." Sa bouche est sèche et difficilement elle articule "là, dans le tiroir..." Est-il armé, va-t-il la laisser en paix une fois dérobés ses bijoux ?  "Je te lâche mais tu ne bouges pas d'un iota, tu entends ?" La voix est grave, très grave, trop même, visiblement forcée. Un baryton enroué. Elle ne bronche pas, hésite toujours à respirer mais suffoque sous le rythme dément de son cœur terrorisé.

Il trouve la table de chevet, allume la liseuse qui libère d'un coup la vision de son agresseur. Un homme noir de la tête au pied, grand, carré, évidemment musclé portant cagoule et gants. Il fouille le tiroir et en sort sa jolie boite de velours rouge. Il la vide d'un coup de main agacée sur la couette où tout s'étale. Elle est gisante, glacée, tremblante. "Lève-toi. Ou plutôt non, mets toi à genoux, assieds toi sur tes talons... " "Oh, non ! Vous avez mes bijoux. Je vous en prie, laissez-moi, partez, je vous en prie...." Elle remarque son regard se durcir au travers des orifices de la cagoule. "Fais ce que je te dis sinon..." Ses mots résonnent sinistrement dans la chambre. Elle s'exécute, soulève la couette et se met à genoux. Elle lui fait face, et il la toise dans son caraco de dentelles blanches et son slip taille basse de coton bordé de dentelle, tout simple. Elle se souvient incongrûment de son nom "hot pants". Elle se voudrait dans une armure en pilou-pilou informe et large, sans courbes, sans reliefs. "Passe ce collier en diamants, là, oui, passe-le, t'as bien entendu. Et puis ces boucles-d'oreilles aussi, et ces deux bagues, passe-les à chacun de tes majeurs. C'est ça, c'est bien !" 

- "Caresse-toi !"
Son injonction est tombée comme une guillotine.
- "Mais vous êtes un grand malade. Partez maintenant, partez,
   je vous en prie..." 
- "Si tu ne le fais pas, je le fais ! Je veux voir tes bijoux scintiller
   sur ta peau alors que tu te caresses en me regardant !
   Je veux te voir jouir..."
- "Mais je ne peux pas !"
- "Ne discute pas !"
lui répond-il en s'asseyant sur le fauteuil club qui trône en face du lit. Elle se dit qu'elle va faire semblant, qu'elle simulera, tout plutôt qu'il ne la touche. Elle glisse, hésitante, sa main entre ses cuisses et, sous le coton, ses doigts entament un simulacre de ballet.

"Je te préviens, ne fais pas semblant, sinon je m'y mets..." Elle panique mais aucune envie sensuelle ne l'inonde et alors qu'elle glisse ses doigts dans son sexe serré elle sent, rougissante, sa corolle mouillée. Une honte immense lui fait fermer les yeux et involontairement ses doigts la caressent et déclenchent des sensations voluptueuses qu'elle voudrait ignorer.

- "Ouvre les yeux, je veux que tu me fixes. 
   Je veux que tu voies mon envie dans mes yeux.
   Fais-toi jouir en me regardant !"
- "Mais c'est impossible, laissez-moi au moins penser à lui,
   sinon comment ferai-je ?"
- "Et bien je vais te montrer..."

Et doucement, alors qu'elle continue son ballet qui l'échauffe à sa grande vergogne, il déboutonne lentement la braguette de son jean noir pour en extraire son sexe déjà bandé. Elle étouffe un cri. Elle a peur, pourvu qu'il ne veuille pas mon dieu, non, pas ça ! Il a lu la terreur dans ses yeux. "N'aies pas peur je t'ai dit. Fais ce que je te dis, regarde-moi, regarde-le, vois dans quel état tu me mets. Continues, branle-toi comme je me branle..." Son sexe est maintenant trempé et son sang s'affole dans ses veines et elles voient les veines de son sexe gonfler sous la caresse qu'il s'impose. Sa main gantée le gêne et il ôte le gant pour mieux se caresser. Sa main l'hypnotise malgré elle, elle qui sent son ventre se contracter.

Mais là subitement, un choc. Un grain de beauté sur sa hampe. Une mouche brune à la silhouette familière. Mais ce n'est pas possible, non, elle doit halluciner. Un espoir dément fait son désir décupler. C'est lui ! Ah, tu veux jouer et bien nous allons jouer.

"Ah, comme ça tu veux que je me masturbe pour mieux te faire bander, espèce d'impuissant ! Mais je ne veux plus moi. Baise-moi si t'es un homme ! Pff, aucun courage, tu n'en es même pas capable !" Sa main s'est arrêtée net, médusée. Ses yeux sont braqués sur elle qui le défie. Quoi, elle est folle, elle le provoque. Mais sait-elle seulement ce dont il est capable. La peur la fait délirer. Il faut que cela cesse. "Allez, prends moi, fais-moi jouir comme jamais tu n'as fait jouir aucune femme. Regarde mes seins tendus par mon envie, regarde l'état dans lequel ton petit jeu d'eunuque m'a mise ! Allez, du courage, j'attends...." Il est tétanisé à son tour, il ne peut même pas parler lorsqu'elle quitte le lit et vient se planter devant de lui. Il ne bouge toujours pas lorsqu'elle arrache ses maigres vêtements et le chevauche hardiment en glissant sa queue dressée dans sa fente ruisselant de liqueur.

Et alors qu'elle le monte telle une amazone en furie, les diamants à son cou brillent, étincelants, et les pendants à ses oreilles oscillent et scintillent. Elle lui crie "salaud, mais j'y ai cru. Je te hais. Tu entends, je te hais. Tu me feras mourir, idiot ! Tu es complètement fou, j'ai failli en crever..." Et elle tambourine son torse de ses poings énervés. Elle s'agrippe à ses épaules et plante violemment ses dents dans la chair tendre de son cou pour se venger. Et alors qu'ensemble ils ondulent au rythme de son plaisir qui monte comme une marée, il arrache sa cagoule et lui dévoile ses traits tant aimés, ses yeux enamourés, et sa bouche la dévore, lui mange ses petits seins gonflés. Et ses mains la palpent et la caressent et s'immiscent dans tous ses recoins secrets. Et ses doigts glissent entre ses fesses dont chaque assaut le cloue de plaisir. Et tandis qu'elle pleure de soulagement et gémit son plaisir, il lui dit dans un souffle "mais ma chérie, mon amour, souviens-toi, c'est toi, un jour, tu m'avais dit..." 

Et elle lui répond "oui, mon amour, oui, mon amour, oui, oui, ouiii !

06:30 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://gicerilla.hautetfort.com/trackback/1456550

Commentaires

Mais c'est chaud bouillant ici! Et que voilà une belle partie de "tel est pris qui croyait prendre".
Personnellement j'ai toujours cru à la valeur des bijoux de famille....
Belle journée adamantine Gicerilla.
Bises
Arthi

Ecrit par : Arthémisia | 13 février 2008

Mmmmm ... Quelle histoire !
Pour moi aussi les bijoux de famille ont de la valeur. Il ne faudrait surtout pas les abîmer ...
Bonne journée à vous Gi.
Bises.

Ecrit par : Philo | 13 février 2008

J'adore la narration de vos fantasmes (à moins que ...) Ca me fait monter des idées et pas que des idées ...
bises
luz

Ecrit par : luz | 13 février 2008

"...ses fesses dont chaque assaut le cloue de plaisir."
C'est un plaisir de gourmet que de vous lire à la fois si fragile , conquérante et débridée.
Quel mélange délicieusement déroutant ... ;-)

Ecrit par : MarieM | 13 février 2008

Je suis un fidèle lecteur et vos histoires me mettent a chaque fois la tête à l'envers. Tournez manège Ficerilla vous êtes dangereuse, vous avez déposé Anais Nin à la bibliothèque rose.
nono de la rochelle

Ecrit par : bruno | 13 février 2008

Souvent, très souvent, j'attends d'être à la maison, pour vous lire tranquillement, prendre le temps... Et puis aujourd'hui, voir une nouvelle note et se dire tient, pourquoi pas la lire maintenant (oui, je sais, pas très pro tout ça, mais bon, une fois n'est pas coutûme)...
Bah, voyez-vous, si j'avais su, j'aurais pas lu ! Pas là tout de suite... Faut que je travaille et ma concentration, pffuittt, partie !!!

Ecrit par : Fée d'Hiver | 13 février 2008

C'est une belle histoire pour demain. @ +++

Ecrit par : Pierre-Jean | 13 février 2008

Se retenir, se retenir, et puis arrive le moment où, plus possible, il faut le lui dire, comme on aime ses pages.
Comme vous lire est du plaisir.

Ecrit par : Slevtar | 13 février 2008

c'est vrai que vous n'êtes plus la même quand vous portez des diamants,mais le grain de beauté sacré culot ou appétit je ne sais , je ne m'en plaindrai pas.

A L

gentleman culbuteur

Ecrit par : Arsene lupin | 13 février 2008

Je voulais commenter, oui, et puis finalement, no comment ... Mais vous savez ce que j'en pense, c'est l'essentiel.

Ecrit par : Bo | 13 février 2008

@ Arthémisia : J'espère bien que la température de votre sang s'est élevée d'un degré ou deux ! Par les froids qui courent, quoi de mieux ? Laissez-vous envahir Arthé, faites-moi donc plaisir...

@ Philo : Pas de risque avec moi ! Les bijoux de famille, j'adore ça ! Je les astique toujours avec douceur pour leur donner de l'éclat et les porte volontiers à ma bouche pour que, grâce à mon haleine chaude, ils deviennent plus ardents...

@ Luz : chuuuut, fantasmes ! De toutes façons, je n'ai plus de diamants... Mais à toute chose. malheur est bon, puisque du vol m'est venue l'inspiration !

@ MarieM : c'est fou ce qu'un cambriolage peut-être stimulant ! Des comme cela, j'en voudrais plus souvent :-)

@ Bruno : vous me flattez, et tant mieux si vous avez le sang à l'envers et la tête tournée... euh non, c'est le contraire ! Je m'y perds. Allez, laissez-vous aller !

@ Fée : oh, si, continuez j'aime bien l'idée de vous toute troublée et déconcentrée :-)

@ Pierre-Jean : pour demain ? Pour ce soir ?

@ Slevtar : merci beaucoup ! Ainsi vous me lisiez ? Mais dites-moi donc, pourquoi vous retenir ? Quelles qu'aient été vos raisons, je suis heureuse d'entendre votre voix maintenant. Et je vous en prie ne restez plus jamais muet...

@ Arsène L. : si seulement ...

@ Bo : non, hélas, je ne vous connais pas assez ! Je vous laisse le temps, vous me le direz un jour peut-être ?

Ecrit par : Gicerilla | 14 février 2008

Je ne me suis pas méfié. Ce soir là, la lune brillait comme jamais. Je suis sorti pour la contempler. Elle ressemblait à une énorme pierre précieuse. Plus je la fixais, plus je sentais monter en moi une force quasi surnaturelle, bestiale, primaire. Et puis plus rien ... du moins plus rien de moi à cet instant là, un instant qui me semble comme une porte ouverte sur l'éternité.
Il ne me reste que des images et une délicieuse sensation mêlée de doute et de surprise. Images d'une femme ou d'une source incandescente, je ne sais plus trop ... sensation douce, suave dont le seul souvenir déclenche une stimulation incontrolable du bas ventre. Imparable. Tout en moi se tend rien qu'à ce souvenir fugace. Depuis, je fais des rêves où je me découvre une face de loup, des yeux de loup, un désir de chair, de sucs. Et puis il y a ces bijoux ... je ne sais encore comment m'en débarrasser. D'où viennent-ils, comment sont ils arrivés là ? Ce matin là, migraineux et courbaturé, l'esprit vidé et encore plus nu que le corps, je me suis éraflé la peau sur un caillou ou un bout de ferraille, une clé pensais-je. Tu parles : des bijoux, des pierres colorées enchâssées dans du métal précieux, de l'or, une brôche diamantée ... Il m'a fallu plusieur douches froides, une cafetière entière et bouillante pour retrouver un semblant de lucidité. Qui étais je au juste ? Que s'est-il passé cette nuit là ? D'où sortait cet étal de bijoutier ? Et puis là, roulé dans une bague, ce morceau de papier et ces mots "Pourquoi toi ?" signé Cassiopée. Aujourd'hui, j'hésite encore de regarder la lune et les étoiles trop fixement. Cette nuit là reste un mystère.

Ecrit par : il se fait tard | 15 février 2008

Quelle outrecuidance ! "Il se fait tard" est un halluciné irrécupérable.
Portier de bijouterie et loup de mon état : je prends. Tout. absolument tout. Inutile de fermer les yeux. Je ne sais ce qui brille le plus des bijoux ou de cette égérie dans son écrin de soie. Et de plus elle chante en do-ré et pourtant si sol si sol ... Les babines me chauffent dans le sens du poil de la bête dont je ne peux me défaire.
Je vous le dis, moi qui suis à la fois craint, haï, chassé, sujet de fables ou de récits à faire frémir, je peux oui je peux déchaîner de la tendresse chez les âmes curieuses. Mes yeux brillent pour mieux voir les courbes de celle que je caresse du regard dans la nuit. Si mes dents sont aussi acérées, ce n'est que pour transpercer les murailles et faire céder les résistances avant que les mots prononcés ne basculent dans l'univers d'une jouissance à peine esquissée. Mes oreilles n'écoutent que ce souffle, ce cri du coeur qui dit son tout en silence. Brille ma belle, brille dans ta nuit dépossédée

Ecrit par : Ysengrin | 15 février 2008

@ Il se fait tard : tiens, voilà qu'avec Ysengrin vous joutez. Quel en est l'enjeu, quelle sera la chute ? Vous seul certainement le savez. Merci en passant pour ces mots qui, s'ils restent mystérieux pour moi, sont de jolis attribus au sujet ! Si le coeur vous en dit, mes coulisses vous sont ouvertes...

Ecrit par : Gicerilla | 16 février 2008

Plusieurs lectures, pour le plaisir ;-) Superbe, un rien vicieux, le plaisir qui surfe sur la peur, faut oser, le résultat est superbe. Ceci dit, Gi j'admire votre vue, arriver à voir le grain de beauté, j'applaudis et je vous embrasse. Merci.

Ecrit par : Bougrenette | 16 février 2008

je vous découvre; vous dévore. Ma cave se remplit de fantaisies érotiques.
Bien à vous
Belami.

Ecrit par : belami | 27 février 2008

@ Belami : vous vous êtes égaré(e) chez moi par quel hasard ? En tout cas, bienvenu(e) ici et restez y autant que vous voudrez si vous trouvez l'endroit douillet, confortable, divertissant, excitant...

Ecrit par : Gicerilla | 28 février 2008

Ecrire un commentaire