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lundi, 25 février 2008

ELLE - Emerveillement en passant

93e68bb5ac8923d14559dfda3948a6cd.jpgUn jour, guidée par la main de l'homme,

mi-pygmalion, mi-démon, mi-tortionnaire, mi-adoré, j'ai pénétré sans en rien savoir, un monde nouveau, sorte de terra incognita que j'allais découvrir au gré du temps qui passe et des hasards.


Je me suis toujours demandée si le hasard existait. Plusieurs hypothèses ont été faites sur le sujet et je n'arrive toujours pas à me faire une religion. L'irrationnelle en moi me dit de sa voix douce mais convaincante "le hasard n'existe pas pour qui sait voir, pour qui veut voir ! Ouvre grand tes yeux Gicerilla et tu comprendras...." Et cette voix si tenace et persévérante au fil des années a fait son ouvrage. Je doute du hasard comme d'un fait hasardeux, je crois au hasard comme à un chef d'orchestre merveilleux qui associe, tour à tour et à son gré, les cordes, les cuivres, le vent et les percutions pour jouer la partition de la vie de chacun. Quelle est donc ma vie ? J'ouvre tout grand les yeux et je ne vois rien. Je suis aveuglée par une cécité qui voile les événements de cet écran bleuâtre du regard qui se meurt. Je ne vois rien, j'avance à tâtons. Je trébuche, je me foule une cheville, je me tords un pied, je ne comprends rien mais j'avance.

Et lorsque la main de l'homme m'a guidée ici, dans le monde des blogs je n'ai pas cru au hasard. Je me suis dit "tu n'as pas tout perdu. Tu le voulais lui, il n'a su que te donner cela !" Quoi me direz-vous ? Mais vous ! Oui, vous qui peuplez le monde des blogs où j'erre sans boussole mais pas déboussolée. Sa main m'a abandonnée, sa parole m'a quittée en me disant "s'il vous plait, pour que tout ne soit pas perdu !" Et doucement, larme après larme, sourire après sourire, j'ai construit ce petit théâtre comme un havre de paix où je viens souvent me ressourcer. Petit théâtre dont je vous offre à votre guise et les fauteuils d'orchestre, et les strapontins du poulailler ou simplement les coulisses, à vous qui voulez voir par ma lorgnette la vie comme je la vois, les humains comme je les observe avec tout ma bienveillance et mon sens critique.

Et depuis lors, je me perds volontiers sans jamais me perdre tout à fait. Je vais de lien en lien et je suis un chemin de Petit Poucet qui m'amène chez vous et je m'émerveille de découvrir sur cette terre vierge tant de fruits inconnus. Il y en a de bien fades qui ne valent même pas la peine que l'on se donne de les éplucher pour les goûter. A peine égratignée la peau, l'on sait déjà que de goût point et qu'il faut mieux continuer plus loin pour sustenter sa faim. Il y en a des épicés où les mots drus, puissants, osés rendent la chair corsée et succulente. Mais hélas, parfois, les mots basculent dans la crudité écoeurante car il y en a qui confonde truculence et vulgarité, volupté et obscénité
et se prennent pour des Sades ou des Appolinaire sans pour autant en avoir la verve et l'artistique perversité. Pourtant, de ce pêle-mêle parfois jaillissent des perles au milieu d'immondices.  Il faut savoir les savourer.

Il y a aussi ceux qui étalent en couleurs ou en noir et blanc des plastiques à me damner. Quelques fois ils manient la plume avec autant de dextérité que l'objectif et cela donne un cocktail étourdissant que je bois à petites gorgées, excitée, rougissante mais enivrée ! Il y a des fruits colorés aux formes improbables de tous ces artistes inconnus qui, de leurs coups de crayon, de leurs caresses de pinceaux ou au gré de leurs photos, expriment des émotions anonymes et poignantes qu'autrement ils garderaient silencieuses et peut-être douloureuses.

Il y ceux qui hébergent de belles nymphes à la peau douce et sucrée, qui se montrent dans leur plus beaux atours, de nuit comme de jour. Elles sont nues ou à peine voilées. Elles sont désirables et convoitées par un parterre d'admirateurs fidèles, présents toutes les fois qu'un nouveau cliché les publie sur la toile. Je reste étonnée car je ne sais jamais si ceux là sont des fruits généreux, gorgés de soleil, offerts gracieusement à la gourmandise du chaland ou si ce sont des fruits aigre-doux dont le jus, parfois acide, exprime le doute existentiel de ces belles qui s'affichent pour que l'amateur horticole les rassure. Moissonnent-elles les commentaires reçus comme des hommages valorisants ou comme l'obole indispensable qui enrichit leur existence... qui la justifie ? 

Enfin, il a des fruits nourrissants, à la chair dense dont les saveurs nécessitent un palais éduqué pour les goûter. Ces fruits-là ne se laissent pas croquer facilement. Non, il faut de la réflexion, un minimum de culture et d'érudition pour qu'ils acceptent de s'ouvrir à nous. Il faut les décortiquer avec patience pour atteindre enfin la substance qui va nourrir notre esprit. Ces blogs-là sont discrets et ils ne disséminent pas leur pollen sur la toile. Il suffit juste de les trouver pour s'en nourrir à satiété.

Je suis ébahie par la profusion et la richesse des blogs rencontrés lors de mes balades. Ils me renvoient souvent à l'humilité dont je ne devrais jamais me déparer, car il y en a de forts bons qui me font pâlir d'envie, et de chez eux je ressors toute petite, avec l'envie de tout arrêter, imprégnée de l'idée que ce que je fais n'est rien au regard de leurs créations. Car, et je le dis sans aucune emphase, il y a parmi vous tous des personnes qui valent le détour, qui valent qu'on s'arrête chez elles un long moment pour tout fouiller. Retourner les archives car invariablement il y a des pépites cachées. Et je me transforme volontiers en archéologue, la brosse à la main, pour épousseter ces trésors oubliés qui brillent de tous leurs feux une fois dépoussiérés. Et s'il y avait un Guide Michelin des blogs (d'ailleurs de quel couleur serait-il ?) certains recevraient certainement de ma main les trois étoiles de la consécration !  

Ma tentation est grande d'en citer ici quelques uns même s'il est rare que j'en aime intégralement la production. Pourtant, je n'en ferai rien car cela serait faire injustice à tous les autres que je ne connais pas encore. C'est que je n'ai pas encore visité dans sa totalité cette terre si étendue que, même la main en visière sur mon front, je n'en vois pas la fin. 

J'avais envie ce soir de faire une note sur vous et sur eux pour changer un peu. Et bien que mon refrain préféré soit la rengaine de Guy et Jeanne "Parlez moi d'moi, ya qu'ça qui m'intéresse..." j'ai voulu un instant oublier à votre profit mon nombril même s'il est fort joli, car vraiment il y a parmi vous des gens formidables, des gens étonnants.

Et ceux qui me connaissent vous le dirons sûrement, venant de moi c'est un vrai compliment !

Trackbacks

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Commentaires

Là vous nous coincez un peu car nous serions tentés de vous dire merci ...
La réflexion est partagée bien sûr et dans l'immensité du monde merveilleux des blogs, il y a des points d'ancrage, des ports d'attache, où il fait bon venir se ressourcer un peu, que ce soit au niveau du neurone ou des glandes ...
Je tente un merci collectif pour les lieux que vous aimez visiter et ceux que j'aime également découvrir !
Bonne journée Gi,
Je vous embrasse.

Ecrit par : Philo | lundi, 25 février 2008

Ô combien de fois j'ai ressenti tous ces sentiments que vous décrivez si bien.
De l'envie à l'écoeurement, de la joie de découvrir un pépite au dégoût d'un texte ou d'une photo trop... Trop ou pas assez...
Continuer parfois de fouiller, même si maintenant, j'ai mes "incontournables" ;-) !!!!

Oui, un peu présomptueuse peut-être mais envie de vous dire merci aussi !!!

Ecrit par : Faits Divers | lundi, 25 février 2008

Etonnant ! J'écris depuis un ou deux jours un commentaire là-dessus. Sans oser le publier.

Encore une fois, le votre me surprend par la justesse et la précision de l'écriture, du propos.

Je vous l'avoue, sans flatterie aucune, votre blog est l'un de ceux qui me font revenir sur la toile, rester, y croire encore. Qui me rendent humble aussi. Et m'obligent à plus de rigueur, au risque de taire mes mots.

Alors merci.

B

Ecrit par : Petite fr@ncaise | lundi, 25 février 2008

C'est quoi un blog ?

Ecrit par : Alex | lundi, 25 février 2008

Pour répondre à Alex qui connaît probablement la réponse, le blog vient de l'anglais weblog !
Web comme la toile de l'araignée, pas la toile cirée ...
Et log comme le journal de bord !
Voilà, c'était la minute utile du docteur Philo :))

Ecrit par : Philo | lundi, 25 février 2008

"Merci de tout coeur", Chère Gicerilla, pour tous ces billets toujours plaisants à lire. Si les sujets varient de la petite larme au grand sourire, du sérieux au plaisir, de l'observation au ressenti, du vécu à la fiction, du doute aux certitudes, de la culture à la révolte, je pense qu'une constante marque votre blog : la qualité et la beauté de votre écriture. Elle rend la visite de "votre pays théâtre" un vrai must, un vrai bijou.

Ecrit par : Un Ex-mot passant | lundi, 25 février 2008

Super bien écrit ! en vous oubliant un peu , vous en devenez encore plus brillante ! Peut être une idée à creuser pour attirer L'HOMME !!! Bon vent chère GI

Ecrit par : losslaid | lundi, 25 février 2008

Oui ce monde des blogs démontre que beaucoup de personnes ont du talent et que ce talent peut maintenant grâce à la technique être partagé entre inconnus d'hier.

Et puis ce talent crée des liens et une petite communauté , je crois toutefois qu'ils ne faut pas non plus s'y perdre et oublier le vrai monde.

Ecrit par : waid | mardi, 26 février 2008

Des endroits lumineux, d'autres sombres, certains qui pétillent et d'autres qui serrent le coeur, chaque blog est une porte ouverte sur l'intimité d'un inconnu...en le parcourant on découvre des choses qui nous plaisent ou pas... Mais on ne revient jamais blasé d'une plongée dans le monde des Blogs.
Des baisers...

Ecrit par : Elly | mardi, 26 février 2008

Je méditais depuis longtemps d'écrire un tel billet... Mais vous le faites vous-même avec un tel talent que j'en suis admiratif et jaloux à la fois ! Dame, quel ton, quelle plume ! Et quelle envie de vous lire jusqu'à plus soif...

Ecrit par : L'Eronaute | mercredi, 27 février 2008

G...
Mais bien sûr, que nous t'aimons. Encore faut il savoir l'accepter ! ;)

Ecrit par : Gilgamesh | mercredi, 27 février 2008

Il n' y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous" disait Eluard. Autant je n'aime guère citer dans un com., autant cette phrase convient à votre début de texte et à mon esprit vous lisant.
Je me réjoui aussi de votre humanité à vous dire en référence à l'humilité. C'est bon, c'est chaud et cela fait du bien de lire les mots qui s'y réfèrent.
Merci de votre accueil, de votre autonome projet à être, de votre plaisir offert aux yeux qui les voient, les sentent et s'en nourrissent.
Pour terminer, quoi de plus fantastique que l’émerveillement (là aussi, Nathanael se rappelle à moi : « qu’importe que mes pieds brûlent sur le sable chaud du désert, l’essentiel est qu’ils sentent que le sable est brûlant… ».
Bref, séduits, je reviendrais vous lire encore. Merci

Ecrit par : B | mercredi, 27 février 2008

désolé mademoiselle, mais vous êtes tagué ( c'est pas pire que jacques a dit ...)

http://unjourlalumiere.hautetfort.com/archive/2008/02/26/tague.html

bises

luz

Ecrit par : luz | mercredi, 27 février 2008

@ Tous : si nous continuons à nous congratuler comme cela, cela va fini en miel gluant et nous serons tout empruntés ! Mais je suis heureuse, vraiment, qu'il y ait cette richesse sur la toile à partager avec vous tous, et merci au passage à vos encouragements, car si le but de cette note était de vous saluer et surtout pas de glâner des compliments, je ne crache pas dans la soupe non plus ! :-)

Merci à vous tous. De quoi ? Ben, euh, d'exister... Au plaisir

Ecrit par : Gicerilla | jeudi, 28 février 2008

@ Luz : vous m'avez "taguée" ? Ah, je devrais me fâcher, mais contre vous le puis-je ? Cela fait deux fois que je suis la cible, il va falloir m'exécuter et sacrifier à cet exercice ... Mais vous verrez, beaux zieux, j'aurais ma revanche :-)

Ecrit par : Gicerilla | jeudi, 28 février 2008

C'est très agréable ce texte sur la blogosphère, ce monde qui ne tourne pas rond !!! Je voulais aussi te dire que je te trouve très mais alors vraiment très (trop) modeste. @ +++

Ecrit par : Pierre-Jean | jeudi, 28 février 2008

Merci pour ce billet, un écho (plein d'une verve inimitable que j'ai déjà pu apprécier) de mon propre ressenti, de celui de beaucoup de voyageurs à ce que je constate.

Ecrit par : Cara Mia | samedi, 01 mars 2008

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