« ELLE - Déconnade présidentielle | Page d'accueil | ELLE - Femme à lunettes »

mercredi, 05 mars 2008

ELLE - Le pouvoir insoupçonné de l'affixe

1602951865.jpg

Les yeux fermés, bercée par les mélodies de Corinne Bailey Rae, je me laisse doucement couler.

Je flotte entre deux eaux. Les saccades du TGV viennent ajouter leurs doux bercements hypnotiques. Des songes éveillés s'animent sur la toile des mes paupières fermées. Tout un petit monde onirique se met en scène dans mon crâne devenu amphithéâtre. Une idée saugrenue surgit subitement comme un Scapin facétieux jaillissant de son propre sac. Son prénom rime avec rascal. A-t-on idée ? Un sourire incongru cisaille mon visage. Je le réprime car il n'est pas là pour se défendre. A-t-il mérité tant de sarcasme de ma part ? Je me tance. Je tente de me reprendre mais la trouvaille est trop plaisante ! Une toute petite lettre changée au radical qui, avec son ventre rond monté sur ses pattes d'échassier, le fait passer du sacré au profane. Changement de monde radical, lequel est préférable ?

Et un jeu aux règles silencieuses, inspiré par ce principe simple, vient chatouiller mes méninges. Comment faire un petit billet pour le plaisir de jongler avec les radicaux et les affixes. Profiterai-je de ce pied de nez de mon cerveau joueur pour lui dire ce qu'il n'a jamais voulu entendre. Et dans la famille affixe, les préfixes sont me semble-t-il les plus faciles à dompter. Sauront-ils se plier à ma volonté, avec ou sans fouet ? Mais non. Ils sont dociles, ils affluent précipitamment, ils font gentiment la queue en attendant que ma main leste les transcrive, excitée, sur les pages de mon carnet à spirales. Il ne reste plus qu'à trouver le radical qui convient. Celui qui saura combiner le plus généreusement tout ces préfixes à la queue leu leu. Il arrive bonnement. Il est si évident que je ne tergiverse pas.

Quelques lettres de plus, devant, judicieusement posées et le mot change, évolue, s'étoffe de sens, en perd un et en acquière un autre. Et s'élaborent autour de mon rascal convoité des pensées de lui qui ne me quittent jamais. Entreposés dans mon cerveau tous les souvenirs de lui qui se superposent à ceux imaginés. Des sentiments contradictoires s'opposent et m'indisposent. Ma raison s'interpose en vain. J'appose mes mains comme des baumes inefficaces sur mes yeux embués. Je suppose qu'il m'a oubliée depuis longtemps et je prie pour qu'enfin reposent dans un silence de mort les élans de mon cœur qui m'imposent pourtant de ne penser qu'à lui. Je dépose les armes, lasse de lutter contre une passion qui n'accepte pas de dire son nom, et je laisse mes regrets d'un amour impossible exposer à mon âme torturée toutes les belles choses que nous aurions pu juxtaposer comme autant de notes sur la portée pour composer un chant d'amour ineffable.

Je souris légèrement. Satisfaction simplette d'un exercice de style qui me fait raconter en quatorze verbes, frères par la racine mais différents pourtant, comment un homme improbable assiège mon âme. Ce jeu n'a pas de fin pour celui qui aime observer comment la langue française est organisée. Je me réjouis déjà à l'idée de dégoter le prochain verbe radical avec lequel décliner toutes mes pensées, les plus secrètes, les plus osées. Ils sont nombreux et déjà volontaires à l'entrée théâtrale de mon imagination. Ils attendent, sans billet, indisciplinés "moi ! Non, moi ! Non, ne l'écoute pas, prends moi d'abord ..."

Alors lequel sera-ce ?

En attendant, quel est donc celui qui ici trône comme un roi ?

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://gicerilla.hautetfort.com/trackback/1492396

Commentaires

Comment ? Il y aurait une pause à prendre ? Oui. Au plus près et la moins fixe possible. Ce n'est pas forcément être posé que se trouver planté là, tel un quidam ligneux qui débite sa sève. Le voilà donc sur son trône, autant dire sur un siège éjectable, puisqu'à peine l'a-t-on habillé de ses atours, qu'il se retrouve congédié de sa composition toute en variations grammaticales. De quoi indisposer vous avouerez le rascal insoupçonnable mais lascarisé.

Ecrit par : celadon | mercredi, 05 mars 2008

Tant qu'à tirailler les mamelles de la languette, moi j'serais plutôt branchouillé dérivations lexicales, néolologismes hémovalises.

Mais l'homme propose, la femme dispose...

Ecrit par : Alex | mercredi, 05 mars 2008

J'admire l'exercice, vos jeux de mots sont un délice, que ce soit dans l'introduction, le développement ou la conclusion, Ma Gi, ma pause plaisir sans modération ;-)

Ecrit par : bougrenette | mercredi, 05 mars 2008

G. L'affixe peut encore se poser où il veut. Devant ou derrière votre porte. Mais de celle-ci vous tenez seule la clé. Alors, pour jouer, divertir, créer un point d'inflexion sur cette belle courbe créée de vos mots, venant de et allant vers l'infini , voici une définition d' affixe toute autre que celle dont vous venez de jouir Ici cependant je la dépose, à vos pieds, ou selon, devant eux: Comme une peau de banane ! :

L'affixe est un "nom de famille" qui indique les origines de votre animal. Il s'agit de l'appellation officielle d'un élevage qui s'il est réputé, peut même devenir un label de qualité...

Qu'est-ce qu'un affixe ?

Qu'est-ce que l'affixe ?

Un nom de famille!!
C'est un véritable "nom de famille" qui indique les origines d'un animal. L'affixe est en fait l'appellation officielle d'un élevage (un peu comme la marque d'un produit) et permet d'en désigner la provenance.

Cette dénomination précède, suit ou entoure le nom usuel de tous les chiots nés dans un élevage déterminé. Ainsi, si les éleveurs français optent le plus souvent pour des suffixes (xxx du Grand Arbre...), des préfixes sont aussi utilisés, surtout pour les races d'origine anglo-saxonnes (oak's xxx). D'autres éleveurs optent pour un affixe qui peut se placer indifféremment avant ou après le nom ou qui sont composés d'un préfixe et d'un suffixe (Gentle xxx du Grand Arbre).

Un label de qualité
Ils sont délivrés aux éleveurs sur dossier par la Société Centrale Canine. L'éleveur doit alors honorer certains engagements, l'affixe devenant l'équivalent d'un label de qualité si votre chien est issu d'un élevage réputé (Cf. page suivante).

L'affixe est unique
L'éleveur qui fait une demande peut choisir celui qui lui convient, à l'exclusion des noms de famille ou des noms de villes et doit s'assurer qu'il n'est pas déjà utilisé par un autre éleveur, y compris dans un autre pays.

donc, là, je suis un AAAAAgicerilla, ou un GicerillAAAAAA!
Vous serez mon éleveur, et moi votre chien ! :)

MMM

Ecrit par : GILGAMESH | mercredi, 05 mars 2008

Alors là ... je me retrouve en arrêt, babines retroussées et la queue frétillante, genre Idéfix. Eh, Gilgamesh, ton propos a du chien. Racé en diable. Autant le dire de suite, à quelle sorte d'engagements canins l'éleveur est-il tenu d'honorer, mmmhhh ? Entre le ci-devant ou le ci-derrière de celui qui est nommé, comment obtenir le fameux césame familial qui ouvre la porte de ce royaume à l'élégance toute canine ? Label de qualité ou la belle de qualité ? Que nous offre-t-on au juste au bout de la nouvelle branche ainsi créée de l'arbre généalogique ? Les chiens les plus racés seraient-ils aussi les plus fidèles ? Ne faut-il pas plutôt crier au loup ? (tiens où est passé Ysengrin ?)
Serait-ce du toutou rien ?... Bon j'aboie, j'aboie ... ne me jetez pas le bâton.

Ecrit par : celadon | jeudi, 06 mars 2008

Votre affixe fait des ravages
voyez comme il a engendré une Idéfix
être élevé au rang de roi ou de toutou G
au propre ou figurer dans votre carnet à spirale

Au sinon,

chez les motards , un rascal: un motard que l'on n'arrive pas à semer.

en vous lisant une ritournelle a envahi mon esprit :

"J'ai encore perdu ton amour tu sais
J'peux pas m'souvenir de ce que j'en ai fait
Je l'ai pourtant rangé comme il fallait
C'est pas croyable comme tout disparaît

Mais j'ai trouvé dans mon Carnet à Spirale
Tout mon bonheur en lettres capitales
A l'encre bleue aux vertus sympathiques
Sous des collages à la gomme arabique...

Ecrit par : MarieM | jeudi, 06 mars 2008

Lorsque que le « a » fixe le « b », l’alphabet peut suivre…

Ecrit par : B | jeudi, 06 mars 2008

@ Celadon & Gilgamesh : ben tiens, on s'entend déjà comme larron en foire ? Ok ok je vais ouvrir un chenil, c'est dit !!

@ Alex : Bravo, bien vu, je les avais oubliés. Dites, quand nous faites-vous une démonstration magistrale de vos tortures de la langue française ?

@ Grenouillette : j'adore votre manque d'objectivité à mon égard. Surtout, ne changez rien :-)

@ MarieM : oui, des ravages sérieux, et même il semblerait irréversibles. Ils sont tous fous ! L'allusion à Sheller est bienvenue, il fait partie de ceux dont on parle peu maintenant mais qui pourtant ont créé de fort belles choses. Et puis, MarieM, je ne savais pas ce sens de "rascal" et c'est ici tellement vrai. Impossible de le semer :-)

@ B. : toujours le sens de la répartie en finesse...

Ecrit par : Gicerilla | vendredi, 07 mars 2008

Ecrire un commentaire