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samedi, 29 mars 2008

ELLE - A jamais absent

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Mon bel amour,

Je viens de recevoir le paquet que tu m'as envoyé. Je l'ai récupéré dès que j'ai pu et je l'ai ramené dans notre alcôve avec plus de précaution que si je portais une châsse avec les reliques d'un dieu. Tu as fait tant de mystères que je l'ai serré tout contre moi et tremblais un peu. Une peur idiote de casser ce qui pouvait se trouver à l'intérieur. Et puis j'étais toute excitée, le ventre frémissant à l'idée de ce qu'il renfermait. Il faut dire que tu m'as habituée à tellement de surprises ces derniers temps que je ne sais pas où tu vas t'arrêter. Il semble que tu prends un malin plaisir de loin à exciter mon imagination. Et puis, j'ai dévoré ta lettre. Où vas-tu donc chercher des mots pareils, mon bel amour ? Jamais aucun homme n'a su exprimer comme toi le désir que tu as de moi. Jamais je n'ai ressenti autant d'émotions rien qu'à lire tes mots. Chaque lettre palpitait sur le papier comme des caresses interrompues et ma peau frissonnait, assoiffée de toi.

J'ai gravi comme j'ai pu les escaliers. Plus le temps passe et plus cela me pèse. Les trois étages n'en finissaient pas mais grâce à cette boite dans mes mains j'ai eu l'impression qu'ils étaient moins hauts, moins ardus. Je ressens de telles douleurs ces derniers temps que je m'inquiète, même si tout va bien. Souvent je repense à tes yeux sur moi, pinceaux qui me dessinent avec envie et je m'étonne constamment des témoignages vigoureux que tu me donnes de ton désir de moi. Pourtant, il y a bien longtemps que je ne ressemble plus à Blandine. Serait-ce le Lion, sous le signe duquel tu es né, qui manifeste ses instincts ? Tu ne sembles jamais rassasié bien que ces derniers mois le plat soit devenu plus roboratif qu'appétissant. Heureusement que les parfums et les saveurs sont toujours là pour aiguiser tes sens. Je ris quand je repense à ta gourmandise jamais satisfaite qui me donne à penser que je suis désirable à un moment où plus que jamais le doute s'installe.

Une fois au calme de l'appartement, je me suis calée sur le canapé, la boite sur les genoux. Je savourais de la contempler enrubannée comme un œuf pascal sous son papier doré. Puis, n'y tenant plus, j'ai arraché tout d'un coup le ruban qui résistait et, en rigolant, j'ai déchiré le papier brillant. Quand j'ai soulevé le couvercle de la jolie boite rose mon cœur à fait un bond. Comme une intuition, j'ai su avant même de déplier l'objet. Cet amas de dentelles de calais et de rubans blancs ne pouvait me tromper. Oh, mon bel amour, toi l'insoumis, toi le rebelle tu veux te lier à moi ? Pour une fois tes intentions me paraissent floues. J'ai peur de me tromper. Réponds-moi vite. Dis-moi que je t'ai compris et que bientôt tu seras là ?
Baisers fiévreux.

Ma chérie,

Je t'ai imaginée avec ce petit paquet si léger, si anodin en apparence. Je savais que tu n'y croirais pas ! Après tout ce que je t'ai dit sur le sujet, cet anneau là a dû bien te surprendre. Pour une fois, ma princesse, tu ne devras pas céder à mes jeux lubriques. Et non, tu vois finalement je suis un romantique. Je me dépêche de te répondre pour effacer tes doutes. Tu la passeras à ta cuisse gauche mardi prochain, juste avant que je n'arrive. L'avion devrait atterrir vers 19h00, cela dépendra du plan de vol. Je t'enverrai un SMS pour confirmer lorsque je serai sûr de l'heure du départ. Fais-toi belle, ma princesse, mon ange. Parfume-toi à peine et surtout n'oublie pas de la glisser sous ta jupe. Je l'enlèverai lentement en la faisant descendre avec les dents avant de l'ôter devant tous, officiellement. Il faudra que je m'entraine à remonter ta jupe sur ta cuisse et à faire glisser la dentelle sur ta peau soyeuse. Je m'y vois déjà, je n'y tiens plus...
Je t'aime.


Mon Bel Amour,

Je n'y crois toujours pas.  Il va falloir que tu m'expliques ce revirement. Je vous soupçonne d'oublier vos angoisses en fumant autre chose que du tabac ! Aurais-tu reçu une révélation comme au mont Sinai ?  Cela dit, je ne ferai pas ma pimbêche et cèderai volontiers à ton souhait si tu l'exprimes avec... fermeté. Surtout, sois au rendez-vous, j'ai toujours tellement peur de ne pouvoir te voir selon nos plans. Sois à l'heure mon bel amour. Je n'en peux plus de patienter. Viens vite, je t'attends. Ma cuisse sera accueillante.
Baisers

Mardi c'est aujourd’hui. Il est 19H00 mais il n'est pas là. Il est 20H00 et toujours pas de nouvelles. Il est 20h10 et le téléphone sonne, lugubre. Encore ces satanés pressentiments, ceux qui ne la quittent plus depuis des mois. Elle a crié ? Non, elle a hurlé, elle a vomi ses tripes. Elle s'est accrochée au chambranle, mais ses jambes se sont dérobées. Son ventre s'est révolté. Des grands coups venant de l'intérieur comme un dément enfermé. Etait-ce lui ou la violence des mots à peine écoutés. Elle a glissé le long du mur, incapable de soutenir la peine qui l'envahissait, augmentant le poids de son fardeau vivant. Et dans ce geste d'une lenteur mortelle, la jupe s'est enroulée révélant dans le vacarme de ses sanglots une jarretière de mariée aux dentelles aériennes à sa cuisse passée...


Ils sont des centaines, ils sont des milliers, en Afghanistan, en Irak ou ailleurs à ne jamais rentrer.
Elles sont des centaines, elles sont des milliers, à porter le deuil blanc, à bercer seules l'enfant...

A tous ceux que la folie des hommes tue, pour la paix !

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Commentaires

Quelle gifle !!
Je parle de celle du lecteur ...
Tout d'abord je me suis dit : " Ayééééé, Gireilla est entre de bonnes mains ! ", et puis cette suite improbable, quelle merveille ! Quelle atrocité également ...
Mais quel plaisir de venir vous lire !
Bises, Gi.

Ecrit par : Philo | samedi, 29 mars 2008

Sinistrose ardente déposée au devant des portes des bouchers… Vivre est décidemment la chapelle ardente des étouffements des cœurs. Crue, la chair que le boucher s’évertue à découper en fines lamelles. Crue la ouate déchirée, crue le vibrant de l’onde qui se cogne aux tranchants des réalités absurdes.
Rêves, rêves encore d’insouciance et de légèreté. Vas, cours, voles et t’insinues aux myriades des contemplations et ouvres ta poitrine aux enivrements.

Ecrit par : B | samedi, 29 mars 2008

L'encre des sentiments jamais ne s'efface. Sur eux la mort n'a pas de prise, tant ils laissent leurs racines hors de portée du temps. L'amour s'incruste dans l'immensité du vide. Cette étincelle dans l'océan de noir. Jamais elle ne brille autant que dans la noirceur. Un éclat de rires sur les cris d'horreur, un écrin d'innocence sur la terreur des guerres. Il y a mille ans de ça, un prince inventait l'art du trobar ... celui des troubadours, ces soldats de l'amour. Ce prince était Guilhem IX comte de Poitiers et duc d'aquitaine. La seule guerre qui vaille vraiment que l'on se batte, c'est celle de l'amour. Celle des sourires sur les lèvres des femmes aimées.
L'amour comme seul passage obligé, seule drogue licite. Qui fait que l'on invente des poèmes, des romans, des histoires à ne plus dormir debout, des folies à n'en plus que faire, des promesses impossibles à tenir, des rêves à faite tourner les têtes, des étoiles en plein jour, de l'ivresse avec ou sans alcool, des pays imaginaires sans aucun passeport, des îles pas si désertes, des musiques à ressors, des chansons pour le dire autrement... tiens où suis-je ? Ici. En paix.

Ecrit par : celadon | samedi, 29 mars 2008

On vous écrira
Forcément un jour
Une lettre qui commencera
Par Ma belle amante
Par Mon bel Amour
Ne soyez pas absente
A votre tour ...

Ecrit par : Bo | dimanche, 30 mars 2008

Votre plume est trop belle Gi pour la tremper dans l'encre de thanatos.
Allez à votre table, prenez-la , séchez-la avec votre mouchoir blanc , ouvrez cette fiole marquée Eros, plongez la pointe et déflorez cette page vierge qui attend que vous couchiez vos lubriques mots en une danse de la vie et de l'espoir.

Ecrit par : waid | dimanche, 30 mars 2008

Le noir va si bien à la beautée de vos mots, à la profondeur de vos émotions. Sublime, qui ne pourra que mettre en valeur ce qui reste à venir.

Ecrit par : Bougrenette | dimanche, 30 mars 2008

G...

Que vous dire, sinon d'essayer de lier la tête, le coeur et le corps. Parfois nous partons, flottant vers les étoiles, mais larguant les amarres. Malheureusement nous ne sommes pas tous nés pour être des montgolfières livrées à elles mêmes et aux vents divers. Et tant mieux. Une liaison avec le sol, avec le réel, peut nous être salutaire. Sans perdre de vue que ce lien ne nous empêchera jamais d'être admiratif du Beau...

Ecrit par : Gilgamesh | dimanche, 30 mars 2008

Et tant, et tant de dentelles de fer accrochées
Depuis tant et tant de temps dans le coeur des aimées...
Quand cela saura - t - il cesser?
Tant qu'on aime pour tuer...

Ecrit par : Arthémisia | lundi, 31 mars 2008

A relire, je me rends compte qu 'il aurait été préférable que j'écrive "relier la tête au coeur et au corps". Car "lier" est de toute évidence "étranglant", ce qui ne me convient pas...

"Tant qu'on aime pour tuer". Oui, oui. Parfois aussi, cela ressemble à une mise à mort mutuelle. Et n'oublions l'origine de l'expression "la petite mort".

Ecrit par : Gilgamesh | lundi, 31 mars 2008

@ Philo : tant mieux si je vous ai surpris. J'espèrais que ce texte choquerait un peu par sa chute et par ce qu'elle dit. Merci.

@ B. : c'est comme un envoûtement ce que vous me dites là et j'ai envie de suivre l'injonction.

@ Celadon : Vos mots sont toujours beaux. Vous allez finir par me faire de l'ombre :-) Cela dit, je souscris, oui seul l'amour vaut que l'on se batte pour lui, mais toujours à armes égales et à la loyale !

@ Bo : je vous revois avec plaisir chez moi, Bo. Si seulement vous aviez raison...

@ Bougrenette : que dire ? que vous répondre ? Que votre voeux s'avère...

@ Gilgamesh : vous avez raison, relier le tout, être un tout, mais... pour quoi faire ?

@ Arthi : "Tant qu'on aime pour tuer" me laisse perpeplexe. On tue au nom de la paix, au nom des religions et autres croyances toutes puissantes, mais tue-t-on par amour ? Ou ne serait-ce pas plutôt par égoïsme, égocentrisme, dépit, colère ?

Ecrit par : Gicerilla | lundi, 31 mars 2008

Disons qu'on emploie le mot Amour à toutes les sauces...à commencer les religieuses...Oui, aujourd'hui on tue pas amour de son Dieu.

Ecrit par : Arthémisia | lundi, 31 mars 2008

@ Waid : bien sûr vous avez raison, faire un hymne à la vie et pied de nez à la mort. Je dois d'abord retrouver mon encrier, celui qui renferme le rose incandescent des chairs qui se frôlent... Merci du compliment, vraiment !

Ecrit par : Gicerilla | lundi, 31 mars 2008

A la loyale ? A armes égales ? Mais qui parle de combat ? Ne faut-il jamais que songer à se battre pour "conquérir" des coeurs, fussent-ils muselés ? Si ce n'était que cela, les armes je les dépose en un bouquet de roses. Je crains cependant qu'elles ne sèchent si on ne les ar-rose. Voilà que j'en oublie la prose. J'en profite pour saluer votre joli coup de dé d'à côté. Qu'est-ce que vous attendez ? Allez y, jetez vous donc dans les bras de cet homme ! Mieux vaut cela que de se griller les neurones à freiner à tout va. Vous l'attendez ? Précédez le donc et advienne que pourra

Ecrit par : celadon | mardi, 01 avril 2008

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