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vendredi, 04 avril 2008

ELLE - Descente en Enfer

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J'avais prévu mon week-end rien que pour elle.

II y avait quelques semaines déjà qu'elle m'avait fait de l'œil dans le "ELLE" et sa proposition de m'emmener en enfer était irrésistible. Comment ne pas se laisser tenter par cette offre de descente dans des antres brûlants sans y griller sa peau, sans y perdre son âme. Et puis, cette expédition n'était-elle pas organisée par une entreprise dont le nom à lui seul était garant de qualité et le parfait prétexte pour nourrir mes turpitudes sous un sceau culturel indiscutable
"L'Enfer de la bibliothèque, Eros au secret".

Enfin révélés au monde des profanes, des interdits de l'Enfer, la collection la plus inavouable, 350 ouvrages parmi 2000 répertoriés.

Nous arrivons à la Bibliothèque Nationale qui offre à mes premiers regards son profil décevant. J'avais imaginé me retrouver sur une esplanade encadrée de livres ouverts offrant, sans distinction de classes, leur contenu érudit à la masse. Et bien non. De pauvres bâtiments rectilignes sans fantaisie servent de frontière à une place bétonnée livrée aux vents. Mon enthousiasme pourtant, galvanisé par ma curiosité, ne se laisse pas abattre et nous entrons dans ce temple où la débauche, pour une fois, occupe la place d'honneur. Des lumières tamisées, dignes d'un bordel, éclairent comme des reliques de multiples ouvrages éventrés sous des vitrines pour révéler à nos yeux ébahis leur audace érotique. Le rose prédomine. Il faut le croire maîtresse de l'alcôve et des choses de l'amour à l'instar de cette chair fendue si convoitée qui tourne la tête des hommes depuis la naissance du monde.

Un silence religieux règne dans la salle mais ce qui en impose ici ce n'est pas Dieu. Ou, si bien sûr, c'est le Dieu de l'amour qui rend le présent bien plus cérémonieux que les ors et la liturgie dans une cathédrale. Les sourcils sont froncées, les mines sont graves. La curiosité est discrète mais opiniâtre et aucune vitrine n’est délaissée par les visiteurs assoiffés de savoir. C'est fou ce que le cul passionne et provoque comme vocations d'étudiants studieux chez quiconque à le courage d'afficher en public son intérêt pour la chose.

Je perçois sur les visages une tension qui n'est pas due à l'intensité de la réflexion en cours. Non, imperceptiblement les mots lus, les images dévoilées, les photos exhibées pénètrent dans le cortex et une tension sexuelle monte aux visages, voile de luxure vainement caché sous des airs de concentration hypocrite.

Mon visage quant à lui resplendit j'en suis sûre. Un sourire esquissé ne quitte pas mes lèvres. L'étonnement m'habite et le désir aussi. Comment le renierai-je ? Mon ventre je le sens, s'émeut à ces lectures. Et ces visions volées d'amour dans tous les sens bouleversent les miens à m'en faire languir. Et je découvre toujours plus incrédule ce que le sexe et l'amour ont pu susciter comme création à toutes les époques et sur tous les continents.
Gravures arétines (XVIe) illustrant des amours mythiques n'ayant rien à envier au kamasoutra, estampes japonaises dénonçant un certain complexe de nos amis nippons partagés par bien de leurs congénères européens, photographies ou daguerréotypes, film noirs et blanc projetant les ébats de donzelles dans une fabrique, peintures, dessins de toutes sortes. Liste de prêtres pris en flagrant délit chez les filles publiques, almanach des adresses de demoiselles de Paris, tarif des filles du Palais Royal, etc... Toute la luxure du peuple étalée !

Mais la lecture est la forme artistique la plus représentée et jusqu'à la fin de la visite je ne cesserai de m'ébaubir devant tant de créativité. Le vulgaire le dispute au discret. La poésie lutte pied à pied pour ne pas perdre face à la grossière prose. Et j'avance comme un funambule ivre sur la corde tendue de mes émotions qui ne se cachent plus.

Pour les curieux, je ne peux résister à vous confier quelques expressions colorées issues du "Dictionnaire érotique moderne par un professeur de langue verte" (Alfred Delvau) :

- Affront (faire un) : Débander juste au moment où il faut bander plus roide - seule impertinence que les femmes ne pardonnent pas.
- Aller trop vite à l'offrande et faire choir le curé : Décharger au moment où l'on va baiser une femme que l'on a désirée trop longtemps, et débander immédiatement.
- Avoir toujours l'anneau ou la bague au doigt : Passer sa vie à branler les femmes, le con étant pris pour un anneau - depuis celui de la femme de Hans Carvel (sic).
- Politesse (faire une) : Décalotter son prépuce en bandant devant une femme, et le lui introduire dans le vagin pour lui prouver tout son respect - et la faire jouir par la même.

Enfin, comment ne pas clôturer cette note par ce poème incandescent et si vivant par le rythme imposé de ses mots qui miment à la perfection et la belle qui agit et l'objet qui subit. Merci Aragon. 

« L'a prise dans ses mains
La belle
L'a prise dans ses mains
La bite

L'a mise entre ses seins
La belle
L'a mise entre ses seins
La bite
 

Quand elle fut bien rouge
La bite
L'a plongée en sa bouche
La belle

L'a plongée en sa bouche
La bite
Et bouge bouge bouge
La belle
 

La belle et la bite
Habile habile habile
La bête, la grosse bête
La bite et la belle
 

Dit Bite ah bite habite
Moi vite
L'a montrée au bouton
La bite
 

L'a frottée au bouton
La belle
Elle rentre dans le con
La bite
 

La belle la belle la belle
Bite

 

Trackbacks

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Commentaires

Comment vous n'aimez pas l'architecture de la TGB , dominique perrault a signé pourtant là un trés beau batiment mais il n'est pas mis en valeur par l'environnement.

Je dois vous confesser que j'ai depuis 20 ans un ouvrage intitulé Enfer qui est une anthologie de l'enfer à la BNF , il m'a procuré beaucoup de plaisir dans les moments de solitudes.

Mais une expo peut-elle se visiter avec une seule main ?

Ecrit par : puck | vendredi, 04 avril 2008

L'Enfer de la Bibliothèque Nationale !!
Avez-vous remarqué durant cette visite, au détour d'un rayonnage, que parfois Satan l'habite ?...
Bonne journée Gi,
Je vous embrasse.

Ecrit par : Philo | vendredi, 04 avril 2008

Je ne sais si l'enfer décrit de la TGB/BNF est la porte des ténèbres ou la clé du paradis... le pire n'est pas celui qui toujours s'affiche.
Regardez : cette sirène prise dans une tempête, ballotée par les vagues sentimentales, assommée par le fracas intérieur, existentiel... la jouissance comme succédané de l'amour ? Autant d'esquifs à portée de vue, de rochers glissants ou tranchants auxquels on peut s'agripper mais non sans risques ou difficultés. Mais elle rêve d'un lagon aux eaux claires et d'une mer apaisée. Ce lagon, il existe, forcément quelque part. Même sous les tempêtes. Dans l'enfer, la porte du paradis est une lumière visible. Trouver la clé. Celle du bonheur toujours possible. "I have a dream ..." disait le roi Martin Luther. La liberté, l'affranchissement, l'épanouissement et non l'enfer-mement, la dépendance ou le repli sur soi. L'enfer nous ment, est-il celui qu'on croit, qui brûle de tous ses feux, ou bien plutôt celui qui fige dans la plus dure des glaces ? Aragon ? Changer de lit, changer de corps, à quoi bon puisque c'est encor', moi qui me traine et m'éparpille, et mon ombre se déshabille dans les bras semblables des filles où j'ai cru trouver un pays ... Est ce ainsi que les hommes vivent ?
Non assurément cela ne suffit. Ni la seule attirance thermique des plages douces sur la peau. Ni les seules vagues de baisers. Ni la seule ascension du plaisir au moment de l'orgasme. Le lagon est un tout, avec ses blessures, ses failles, ses couleurs admirables, ... ce tout qui fait la profondeur de l'émotion et de l'attirance, cette part de mystère qui subsiste ou qui surprend, la part révélée et cachée de l'autre dans son paysage intime. C'est alors qu'on allume mille feux sur une plage accueillante, dans la chaleur de bras ouverts qui enlacent les coeurs. Alors tout le reste, tout le reste peut aller au diable

Ecrit par : celadon | vendredi, 04 avril 2008

Personnellement j'aime assez la B.N. Le petit provincial est impressionné par ce temple du savoir. Ce n'est pas la "bibliothèque de Babel" décrite par Borges, mais ça m'y fait penser.
Pour en revenir aux choses - plus - sérieuses : "ont-ils prévu des "coins câlins" ?...

Ecrit par : imago | samedi, 05 avril 2008

J'irai sans doute voir celle-ci :

http://www.bnf.fr/PAGES/cultpubl/exposition_825.htm

Chère Gi, prenez soin de vous...

Ecrit par : Faits Divers | samedi, 05 avril 2008

Bon allez j'avoue. Au début je me suis dit "Mais c'est qui cette intello qui ne montre même pas ses seins sous tous les angles ?" et je suis vite reparti vers des blogs vraiment fait pour les blaireaux de mon espèce. Et puis pour des raisons que la morale réprouve, je suis finalement revenu et j'ai pris le temps de vous lire, ce qui pour un pauvre diable de mon espèce, représente un effort supérieur encore à la mise au propre des écuries d'Augias et je fais des phrases trop longues si je veux, et donc, je suis revenu et je vous ai lu... et votre texte m'a rappelé quelques minuscules lignes que Calvino a écrit sur les gravures érotiques japonaises... Je m'en vais le chercher de ce pas et j'ignore vraiment pourquoi je vous dis tout ça, peut-être pour décrocher la palme du commentaire le plus totalement inintéressant.

Ecrit par : 502 | samedi, 05 avril 2008

Et je fais des fautes d'orthographe dans les commentaires que je vous laisse si je veux !

Bon sans blague, c'est bien ici.

Ecrit par : 502 | samedi, 05 avril 2008

Je croyais que l'enfer, c'était les autres...

Ecrit par : Alex | samedi, 05 avril 2008

Non monsieur,
l'enfer, c'est par ici (ou quand 502 écrit un comm inintéressant et plein de fautes):

http://touteatoi.canalblog.com/archives/2008/04/04/8610902.html#comments

chez Gicerilla par contre, c'est le paradis !

Ecrit par : vallisneria | dimanche, 06 avril 2008

Chère Gicerilla, je te mets seulement maintenant en lien sur mon blog !
Et tu sais pourquoi ?????? Parce que je suis une épouvantable incorrigible étourdie ! Comme dirait mon fils, "tu es comme les très jeunes enfants, à peine t'as parlé de quelque chose, deux secondes après tu oublies !"
Je vous (te) décidément j'ai du mal avec le tutoiement... vouvoiement..
Je te remercie de ton commentaire sur mon blog. Et de ta franchise car la superficalité ne m'intéresse pas. ahahahah ! c'est moi qui dit çà ! Moi qui adore les surfaces ! Velues de préférence. Qu'est-ce que je raconte encore ?
Ah, oui je disais, merci.
Je vais mm en tenir compte au point d'essayer de supprimer mon MIAM. Je dis bien essayer, car mon blog se ligue souvent contre moi, à n'en faire qu'à sa tête. Il est là, tout tranquille, alors quand je le re-édite pour le re-poster, j'ai dérangé monsieur et il se met dans tous les sens ! Et après çà, on va parler de la supériorité de l'homme et accessoirement de la femme, sur la machine !
Bon dimanche à toi, à vous et à ta horde d'admirateurs !

Ecrit par : vallisneria | dimanche, 06 avril 2008

@ Puck : amateur d'architecture moderne ? moi aussi mais là j'aimerais vraiment que vous me montriez en quoi ces bâtiments sont beaux, audacieux dans leurs lignes, différents etc..

@ Philo : une petit faiblesse, là ! Hi hi zêtes assez mauvais sur ce coup-là !

@ Celadon : ce que vous dites est beau, comme souvent, comme toujours ? Mais la sirène n'est pas en péril lorsqu'elle visite une expo qui l'initie aux troubles de l'humanité auxquels elle n'est pas étrangère sans que cela fasse d'elle une âme en perdition :-)

@ Imago : Oh, Imago vous voilà bien coquin ! Non il n'y avait pas de doux sofa mais je ne doute pas un seul instant qu'il aurait alors fallu prendre un ticket comme à la boucherie ! Car je vous assure, les oeuvres exposées ne pouvaient laisser personne indifférent sauf celui qui feignait de l'être !

@ Fée : Ah, elle a su tirer partie de sa douleur cette femme là et pas forcément dans un but mercantile. Quelle maestria que de faire d'une souffrance un support artistique. Vous me direz si cela vaut le coup, hein Fée, n'oubliez pas. Peut-être un petit billet chez vous ?

@ 502 : Je ne m'étais pas trompée, vous n'êtes pas celui que vous affichez. Merci de votre impertinence, et mon plagiat est mérité ! J'espère que vous m'avez pardonnée mais je dis toujours ce que je pense. Au plaisir, toujours.

@ Vallisneria : Le paradis ? Oh, non... Mais du moment que l'on se sente bien ici, que l'on y croise la luxure ou la culture... Merci.

@ Alex : Oui cela n'a jamais été démenti mais en l'occurence, l'Enfer était acceuillant et aucun autre n'est venu de sa présence en ternir le plaisir !

Ecrit par : Gicerilla | dimanche, 06 avril 2008

Je l'avais déjà fait pour son livre "prenez soin de vous" qui est une véritable merveille.
http://feedhiverenete.hautetfort.com/archive/2008/01/20/it-s-a-little-bit-ironic.html#comments
Alors en refaire une note... peut-être pas ! On pourrait dire que je radotte :)
Mais je vous tiendrai au courrant, par un biais ou un autre.

Ecrit par : Faits Divers | lundi, 07 avril 2008

Cette illustration, enfin je sais pas, elle illustre ... ;-) toujours un régal de vivre par vos mots, vos découvertes que vous partagez à l'envi. Merci.

Ecrit par : Bougrenette | lundi, 07 avril 2008

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