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mercredi, 23 avril 2008
ELLE - Cravate noire pour chemise blanche
Je lui avais dit "Je ne sais si je serai qualifiée...."
Il m'avait répondu, charmant, discrètement enjôleur comme le camelot qui vient vendre des rubans à la belle qui n'ose les toucher tant ils sont beaux, bien trop beaux pour elle, petite villageoise. "Je ne fais aucune discrimination, alors j'attends de voir bientôt votre autoportrait blacktie chère Gicerilla". Et la villageoise que je suis se laissa tenter par ces mots-là sans beaucoup de résistance, car les filles des campagnes sont des femmes bonnefemmes (féminisation paritaire de "bonhomme") et accueillantes, qui ont à cœur de faire plaisir à l'étranger qui passe.
Il m'avait donné du "chère". Instantanément je m'étais rengorgée, j'avais gonflé le torse (je n'ose dire la poitrine car cela serait clairement une usurpation, un abus de langage), soudainement excitée comme un enfant qui va sûrement faire un coup pendable. Bon, d'accord, pendable est un peu fort, disons fouettable. Oui, fouettable, c'est cela. Car fouettable a de ces connotations qui rendraient presque souhaitable la punition. D'ailleurs, l'Enfer ne m'a-t-il pas récemment révélé ce que recèlent comme plaisirs certains de ses flagellants secrets ? Aïe, je m'égare. Je suis incorrigible moi qui ne demande qu'à l'être. Ah, imagination quand tu nous tiens...
Bref. Depuis ce moment là, je n'eus de cesse d'imaginer des scenarii pour que ma production soit honnête et différente. Sui generis dirait un juriste de mes connaissances. Quoi de plus insupportable pour moi, en effet, dont l'égo boursouflé se targue d'originalité, d'être mise dans une case. Réclamation d'une singularité qui prévient tout classement dans une catégorie déjà répertoriée. Je ne serai pas un onglet du répertoire. Hors des sentiers battus je prétends arpenter le monde. Horreur des consensus mous, comme dirait un rascal de mes dilections. Horreur des moutons de Panurge même si leader du groupe sans doute je serais.
Inquiète, je me confiai à ma grande amie qui se laissa immédiatement tenter par le projet. Car elle aussi est joueuse et ce jeu ne présente-t-il pas tous les caractères qui rendent un jeu aimable ? Gratuit, ludique, faisant appel à la créativité, le sens de la mise en scène et, si possible, une certaine idée de l'esthétisme. Et voilà deux cerveaux de femmes en ébullition. Impossible d'imaginer ce que peuvent créer deux cerveaux de femmes en ébullition, lorsque l'une est brune et l'autre blonde ! Rendez-vous est pris chez elle. Les chemises sont sorties du placard. Toile immaculée de coton blanc repassée de frais, aux pliures craquant comme les neiges des glaciers d'été. Cravate noire de soie à la toile ottomane, taillée dans la diagonale.
Nous sommes plantées devant les objets du crime... Deux poules qui ont trouvé un couteau. Le blanc total, ou serait-ce le noir total ? Rien. Aucune idée. Affligeant. Désespérant. Contournons le problème. Direction la salle de bain. Fardons un peu nos visages pour cacher notre manque d'inspiration. Une fois nos yeux charbonnés et nos bouches dessinées au crayon repulpant (si, si ça existe) nous revenons dans la chambre toujours aussi peu inspirées. Nues ou habillées ? Autour du cou, la cravate, ou autour du chignon ? Et pourquoi pas en serre-taille, en cache-tétons ? "Tu crois qu'il acceptera ?" "Non, Blacktie n'est pas un projet de cabaret. Cahier des charges strict. C'est un projet modeux ne l'oublions pas !" Ah, zut, pas facile, tout semble déjà avoir été fait. Tant pis. Essayons tout. Les jeans valsent. Les pulls et les chaussettes tombent tour à tour sur le parquet. Puis sans pitié, les soutiens-gorge suivent, sourdes que nous sommes à la bienséance qui nous crie "ah non, PJ White ne pourra pas cautionner..." Tant pis pour PJ White, nous voilà effrénées. Devant, derrière, la chemise éventre ses pans sur des chairs nues, frémissantes. La cravate noue des boucles impossibles, des nœuds boursouflés qui coulissent entre nos mains expertes.
La cravate se plie à toutes nos volontés et la soie s'échauffe sous nos doigts. Elle devient plus souple, plus docile et semble accepter d'épouser la moindre de nos courbes. Les rires fusent. Nous sommes, selon le moment, sages ou déraisonnables et le coton et la soie se mêlent sans broncher à la folie de nos envies. "Non, oh non pas ça !" ponctue régulièrement nos essais que le bon goût déserte parfois tant il est offusqué par notre audace.
Finalement, les zygomatiques au bord de la rupture, nous nous décidons pour de sages poses qui respectent gentiment les critères du projet.
Les photos brutes, sans retouches, sont ensuite envoyées au directeur du projet, tremblant un peu à l'idée d'être recalées. Et si cela était, si la censure du grand-maître devait tomber, voici ce que vous auriez pu voir !
06:24 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blacktie, mode, hall of fame
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Commentaires
Je ne saurais trop dire en fait...
Ecrit par : Mamancelib | mercredi, 23 avril 2008
je suis admiratif ...de cette photo
c'est sexy en diable ..
vous connaissez le loup de Tex Avery ...
bises à vous
luz alias bozyeux
Ecrit par : luz | mercredi, 23 avril 2008
J'adoooore :)
Belle réussite !
Dites, des fois je reste une soirée entière pour trouver LA photo pour les blablas chez moi... Je peux vous passer commande ???
Ecrit par : Faits Divers | mercredi, 23 avril 2008
Le directeur de projet est lui aussi un bon campagnard malgré un coeur urbanisé, mais je ne regrette absolument pas cette contradiction, je ne pourrais pas me passer de mon cher soleil ma chère.
Merci pour tout et j'imagine bien que je ne verrai pas toutes les photos qui ont été prises, ce qui est génial c'est que j'avais très envie de mettre votre photo sélectionnée et mise au regard de tous, je voulais préserver un peu de mystère vous concernant, mes lecteurs auront donc le plaisir de vous découvrir, découverte (mais chez vous).
Je suis très touché de toutes vos attentions et je vais devoir compléter mon post qui sera publié demain, pour me mettre à votre niveau d'engagement. Je suis impatient comme un enfant à Noël, de recevoir la deuxième photo...
Que les prochains participants du projet puissent se montrer aussi bons que vous. Merci encore troublante Gicerilla. @ +++
Ps : l'attitude cabaret vous va à ravir et dénote une bonne dose d'originalité. Je sais quand je dois censurer et là nullement besoin.
Ecrit par : Pierre-Jean | mercredi, 23 avril 2008
L'Europe, l'Europe, l'Europe .... se fait et se défait aussi dans un noeud de cravatte. Le tissu de soie suspendu au cou (et quel cou !...), port souple et nonchalant et so, so, so ... british. On appelle cela de l'élégance. Oh, cher, très cher noeud de soie,... on irait volontiers s'y faire p(r)endre. Cette élégance là s'habille d'un rien, suivez le guide tout en contraste black & white qui lui sied à merveille. Chapeau l'artiste. L'artiste ? Oui, en français dans le texte. D'ailleurs, j'ai cravaté un petit scénario que je vous soumets intitulé "projet Septième Ciel", qui met aussi en scène une cravate de 5ème étage, je ne vous en dis pas plus.
http://tuttifrutti.video.free.fr/Projet_Septieme_ciel.htm
Ah, puis si finalement. Je vous suggère de vous defaire de cette cravate que vous portez si magnifiquement pour ouvrir pleinement votre gosier rieur et lui proposer quelques lampées de ce Black Tie, de Pfaffenheim qui associe deux fortes personnalités, le "yin" et le yang".
http://www.pfaffenheim.com/html_dyn/black-tie.php
Je me noue à tous les éloges
Ecrit par : celadon | mercredi, 23 avril 2008
Je suis légèrement confus, la tenue 'Black Tie' exigeant un noeud papillon... Ah. Je n'ai pas compris...? Le papillon, c'est donc vous!... En tenue légère...
(Excellent note, super la photo - même en cravate!)
PS (pour la confusion) Avec un chapeau buse, c'est "White Tie"... D'accord, je sors !
Ecrit par : Un mot passant | mercredi, 23 avril 2008
Wow ! Je deviens un inconditionnel de votre plume.
"les poules qui viennent de trouver un couteau"... me donnent l'impression que vous êtes normande, du Caux, seul endroit où il m'a été donné d'entendre cette délicieuse expression.
Je me laisserais bien tenter (par le projet au moins) mais j'ai comme le sentiment que les critères d'éligibilité n'ont pas été fait pour moi.
Ecrit par : 502 | mercredi, 23 avril 2008
Et je fais des fautes si je veux !
Ecrit par : 502 | mercredi, 23 avril 2008
@ 502 : pourquoi ne serais tu pas éligible ?
Ecrit par : Pierre-Jean | mercredi, 23 avril 2008
Le thème de la cravache... euh, cravate noire (encore en Enfer, qu'il est cruel de s'en extraire !) ne laissera sans doute d'en convaincre encore d'autres, juste parées de la plus humble chemise qu'un bourgeois de Calais pourrait convoiter.
Mais quel corps exquis s'offre ici aux conquérants de ces pages !
Est-il un pan de sensualité qui ne vous échappe ? De la plume à la peau, votre présence, toujours, participe d’une volupté élégante triomphante. J’en ai le nœud qui se ressert, le gosier enflammé, le souffle court.
Ecrit par : Alex | mercredi, 23 avril 2008
En effet, j'avais encore tout compris de travers.
Je suis un cancre en fait.
Ecrit par : 502 | jeudi, 24 avril 2008
@ Mamancelib : mais si, laissez-vous donc tenter ! Ca ne coûte rien si ce n'est la plaisir qu'on peut y prendre !
@ Luz : voir langue après vos pieds, vos mains et vos yeux ? Chiche...
@ Fée : mieux encore Fée, appelez-moi et pour vous je ferai la mise en scène et la photographe.
@ Celadon : autant le premier lien était à mes yeux moyennement pertinent (scuzé moi, j'comprends qu'les commentaires directs) le deuxième en revanche me plait bien. Je ne connaissais pas. Objectif pour samedi (deuxième séance) : dégoter une bouteille de Black tie et la déguster au rythme du déclencheur de l'appareil... Hum, celle là, elle va être rapidement torchée !
@ Mot Passant : ouh la la, Mister M, on ne vous la fait pas ! Zut, PJ White se serait trompé ? Merci pour le papillon, moi j'aurais plutôt pensé sauterelle !
@ 502 : si je vous avoue que je suis parisienne aux champs, je vais vous décevoir ? Cela dit devenez adepte de mes plumes, elles sont d'une poule de luxe.
@ Alex : oh, Alex, là vraiment, c'est trop ! Mais bon, j'accepte vos hommages, les rejeter serait gâcher :-)
Ecrit par : Gicerilla | jeudi, 24 avril 2008
hey j'adore la chemise ils font le modèle homme ?
Ecrit par : waid | jeudi, 24 avril 2008
Bon ... je reconnais que le premier lien était tiré par la cravate et pas forcément aux quatre épingles correspondant à vos points cardinaux. Quant au second, sachant ce que vous savez me concernant, c'est dire l'extrême tolérance dont je puis faire preuve envers mon prochain. Vous m'en direz des nouvelles ... sauf à ce que je sorte les verres à pied de leur état d'immobilisme où j'ai un peu tendance à les laisser en ce moment. Quand j'y pense, les vins de mon terroir ont lgtps eu pour symbole un noeud pap bien "torché" comme vous dites. Entre le cravate et le torchon, je ne saurais dire ... maintenant on sait comment vous portez avec ravissement la première mais ... que feriez vous du second ? Un emballage tendance style retour vers la nature ou une forme de négligé vaporeux ambiance après boisson ? J'attends le ... dénouement.
Ecrit par : celadon | jeudi, 24 avril 2008
@ Waid : et non, Waid, pas de chance, modèle féminin seulement...
@ Celadon : tiens, vous me donnez une idée là, que ferais-je donc avec un torchon ?
Ecrit par : Gicerilla | vendredi, 25 avril 2008
Je distingue déjà votre regard entre malice et introspection : que pourrais-je suggérer munie d'un misérable torchon ?
Du black tie au black cambouis, style mécanique bien huilée ? Ou maculé de terre noircie à l'humus dans le genre plus rupestre ? Ou bien encore, tendance littéraire, le tissu imprimé de formes mystérieuse à l'encre de chine, épousant les formes paysagères à la surface de soie ?
Du torchon au tord boyau, il n'y a qu'une trajectoire abécédaire. Je m'épenche dans un verre au bouquet très tourbé où j'incline de très douces pensées.
Ecrit par : celadon | vendredi, 25 avril 2008
je ne regarderais plus ma chemise blanche et ma cravate noire de la même façon... D'ailleurs je vais acquérir dès aujourd'hui un borsalino ...
Votre pose est à l'image de votre écriture, un tantinet coquine ... j'apprécie.
Merci pour votre passage dans mon monde
Selig
Ecrit par : selig | samedi, 26 avril 2008
Et voila une fois encore vous m'etonnez et je suis en admiration totale, à vos pieds, fascinée ... superbe.
Ecrit par : bougrenette | samedi, 26 avril 2008
les zygomatiques au bord de la rupture ... voilà qui suffit à trouver la vie belle, non ?
Ecrit par : Bo | samedi, 26 avril 2008
@ Selig : tant mieux si à compter de maintenant une pensée fugace du projet "Blacktie" vous revient en mémoire en passant cette jolie chemise de coton blanc empesé... Au plaisir
@ Bougrenouillette : Heureuse de vous retrouver saine et sauve... J'avais peur pour vous avec toutes ces cigales et ces grillons sauvages ! Hi, hi, à mes pieds... Comme vous y aller :-)
@ Bo : mais bien sûr, Boris, vous avez raison. Mais parfois, l'épaisseur des nuages noirs qui passent au dessus de ma tête est telle, que plus aucun rai de lumière ne filtre. Alors, il faut juste de la patience. J'attends donc qu'un Cupidon musclé dissipe de ses petits bras potelés ces vilaines nuées ...
Ecrit par : Gicerilla | dimanche, 27 avril 2008
Musclé ? Zut, si j'avais su, j'aurais fait le CREPS au lieu de Sciences-Po ...
Ecrit par : Bo | dimanche, 27 avril 2008
J'aimerais tant être à la place de la cravate... Je suis trèèès souple...
hmmmm
Ecrit par : dom | dimanche, 27 avril 2008
Celle-ci en tout cas est plutôt réussie
Ecrit par : kinky | lundi, 28 avril 2008
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