« ELLE - Ce qui aurait pu arriver N° 3 - Snooker academy | Page d'accueil | ELLE - L'éclat inaltérable de la mort »

mardi, 29 avril 2008

ELLE - Façon Bridget

690166923.jpg


Aujourd'hui je me sens très Bridget.


A première vue, on pourrait penser qu'un monde nous sépare. Elle est blonde, je suis brune. Elle est ronde, je suis mince. Elle se gave de douceur, je me gave de macadam. A chacune sa méthode. Elle se remplit pour combler ses manques. Je cours pour laisser derrière moi ce que je n'ai pas. Mais au final, la quête est la même. Elle attend, enfouie sous des pilous informes, l'amour qui ne vient pas et moi je cours au devant de celui-ci en une course effrénée qui elle seule sait faire battre mon cœur. Oui, elle et moi, même combat.

Mais elle, elle a pour elle l'humour anglais qui sait rendre risible le pire de ses drames et lorsqu'elle se mouche dans des tonnes de kleenex, elle devient presque jolie avec son nez rouge et morveux. Et moi, j'ai contre moi l'impétuosité méditerranéenne qui transforme tout en mélodrame et qui rend mes larmes risibles comme celles des pleureuses égyptiennes qui se lacéraient le visage. Elle pleure gaiement. Je pleure tragiquement. Ni Corneille ni Racine réunis ne sauraient retranscrire dans leur langue rimée les émois de mon âme et Bérénice et Andromaque sont de bien piètres tragédiennes au regard de mes drames. Et aujourd'hui encore, reine de la crise paroxysmique, me voilà à tomber sous le charme délétère des paroles de Brel.

Et pour que le compte y soit, je me passe en boucle ses chansons les plus poignantes, celles qui me laissent décomposée et haletante. Je ne crois pas avoir connu jamais homme capable de dire avec des mots, des mots simples, des mots taraudant comme une vrille qui doucement  perce le cœur, les regrets de l'amour, les élans de l'amour, les souffrances de l'amour, les beautés de l'amour...

Et me voilà buvant, tel un Socrate auto-sacrifié, toutes ces paroles qui me dépeignent à l'envi ce que je n'ai. Et comme toujours, je me noie dans mes propres larmes et je m'y complais. Complaisance avérée avec son propre malheur. Celui que l'on construit parce que tellement plus facile à bâtir que son bonheur. Complaisance insupportable mais pourtant indulgence nécessaire avec soi-même pour ne pas couler totalement. Je ne sais pas d'où me vient cette nature toute en extrêmes. Association maléfique de planètes à la naissance ? Sensibilité démesurée qui fricote avec la sensiblerie ?  Et je me prends à rêver que, artiste maudit, je sais enfin utiliser cette énergie pour créer des merveilles qui vous bouleverseraient plutôt que de proposer ici des notes radotantes qui ne font que geindre et se lamenter.

Voilà sur quoi je m'émeus. Voilà sur quoi je sombre. Mais comment résister aux émotions que de pareils cris peuvent susciter ?

La chanson des vieux amants

Bien sûr nous eûmes des orages
Vingt ans d'amour c'est l'amour folle
Mille fois tu pris ton bagage
Mille fois je pris mon envol
Et chaque meuble se souvient
Dans cette chambre sans berceau
Des éclats des vieilles tempêtes
Plus rien ne ressemblait à rien
Tu avais perdu le goût de l'eau
Et moi celui de la conquête

Mais mon amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime

(...)


Orly

Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu'eux deux
La pluie les a soudés
Semble-t-il l'un à l'autre
Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu'eux deux
Et je les sais qui parlent
Il doit lui dire: je t'aime
Elle doit lui dire: je t'aime
Je crois qu'ils sont en train
De ne rien se promettre
C'est deux-là sont trop maigres
Pour être malhonnêtes

Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu'eux deux
Et brusquement ils pleurent
Ils pleurent à gros bouillons
Tout entourés qu’ils sont
D'adipeux en sueur
Et de bouffeurs d'espoir
Qui les montrent du nez
Mais ces deux déchirés
Superbes de chagrin
Abandonnent aux chiens
L'exploit de les juger


(...)

Alors, suivant le conseil de Pierre Mortez, je me laisse couler au fond, tout au fond de mon marasme et quand je n'en pourrai plus de vibrer comme les cordes frottées par l'archet de ces mots, je donnerai enfin un grand coup de talon pour redécouvrir que l'amour n'est pas l'unique raison de vivre et qu'au lieu de pleurnicher, il serait peut-être temps de grandir, avec ou sans. Tenter une fois pour toute d'accepter que pour certains la vie est avec, et que pour d'autres la vie est sans... Quatre lettres qui s'opposent et qui changent tout. Quatre petites lettres qui pourtant ne sauraient régir ma vie.

Vous m'avez lue jusqu'ici ? Alors dites-moi que vous aussi, parfois, Bridget vous vous sentez !

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://gicerilla.hautetfort.com/trackback/1593322

Commentaires

Je me sens tout le temps Bridget ^_^

C'est d'ailleurs un peu "grâce " à elle que j'ai débuté mon blog, il y a plus d'un an...

Ecrit par : Mamancelib | mardi, 29 avril 2008

Quiconque n'est point atteint par des textes tels que ceux là, quiconque n'éprouve rien que de l'indifférence, du dédain, quiconque serait dépourvu de cette capacité à s'émouvoir face à quelque chose de beau, ne fussent que des mots .. ce quiconque là est un mort vivant, même plus une bête ... il est mais ne ressent pas. Qu'est ce qui nous touche, nous émeut ? Certes, il n'y a pas que l'amour. L'amour commence par l'amour de soi, l'acceptation de soi. Si l'amour n'était que cet emballement fulgurant ce serait encore simple. C'est bien plus que cela, ça bouffe plus au fond, dans la matrice de soi. L'amour est-il altruiste ou égoiste ? L'égoiste ne connait pas l'amour ? L'égoisme est un rempart, une défense qui enserre la capacité à aimer. L'amour est un muscle de l'esprit. Si on le laisse dépérir, il ne transporte pas. Mais il est là, toujours, enfoui dans sa gangue de sel. L'amour se dispute non pas à la haine mais à la peur. Brel et d'autres, tant d'autres, ont dit chacun à leur façon, avec cette puissance le lien incandescent qui forge les sentiments, l'univers des tempêtes avec ses îles paradisiaques ... oh, Marquises.

Ecrit par : celadon | mardi, 29 avril 2008

Bridget Jones ça ne me parle pas trop ...
par contre BREL ça cause trés fort à ma sensibilité ...
Pour moi, le plus talentueux des chanteurs de tous les temps

Bises à vous

Luz

Ecrit par : luz | mardi, 29 avril 2008

Oui :)
Définitivement un côté Bridget ...
Quand parfois on se dit qu'on finira seule, bouffée par des bergers allemands.
Quand se pose le cruel dilemme du choix de la grooosse culotte pas sexy (ou du pantalon, ou des collants ...) qui cache la misère et le petit string affriolant :)

Et les chansons... Elles sont un vrai refuge...
Moins ça va, plus je les écoute en boucle !
Et pour couronner le tout, un petit drame par dessus : "Sur la route de Madisson"... Un soir aux yeux tout rouge !

et puis :
"Oh, mon amour...
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime."

et puis :
"Et l'autre reste là, le meilleur ou le pire, le doux ou le sévère
Cela n'importe pas, celui des deux qui reste se retrouve en enfer
Vous le verrez peut-être, vous la verrez parfois en pluie et en chagrin
Traverser le présent en s'excusant déjà de n'être pas plus loin"


et puis :
"Ou terminer sa course
La nuit de ses mille ans
Vieillard tonitruant
Soulevé par quelques femmes
Cloué à la Grande Ourse
Cracher sa dernière dent
En chantant "Amsterdam""


et puis ...
"Et nos amours qui ont mal aux dents
Bien sûr le temps qui va trop vite
Ces métro remplis de noyés
La vérité qui nous évite
Mais voir un ami pleurer" ...

Mais il y va insconsciemment de l'exorcisme, j'en suis convaincue... Et parfois de belles larmes.

Ecrit par : Faits Divers | mardi, 29 avril 2008

Avec ou sans, s'inquiéter, s'émouvoir, pleurer, rire, partager, s'émerveiller.
c'est vivre !
L

Ecrit par : Libertin_123 | mardi, 29 avril 2008

"Le rire est dans le cœur, le mot dans le regard, le coeur est voyageur, l'avenir est au hasard...
Veux tu que je dise, gémir n'est pas de mise
aux Marquises."

(Brel, dernières paroles chantées)

No comment.

Ecrit par : Un mot passant | mardi, 29 avril 2008

L'amour n'est pas l'unique raison de vivre et qu'au lieu de pleurnicher, il serait peut-être temps de grandir, avec ou sans...

Voila peut être une clé?

Ecrit par : bruno | mardi, 29 avril 2008

Bridget, de haut en bas et tout autour aussi ;-) quand aux mots, il y a franchement de quoi sombrer, alors faut laisser couler, bises ma Gi

Ecrit par : Bougrenette | mardi, 29 avril 2008

Peut on se sentir bridget si on est un homme ? @ +++

Ecrit par : Pierre-Jean | mercredi, 30 avril 2008

@ Mamancelib : la preuve qu'à toute chose malheur est bon ? Bienvenue au club...

@ Celadon : vous mélangez savamment des concepts qui ne me sont pas étrangers. Comme toujours, j'apprécie ici vos mots...

@ Luz : évidemment, avec Brel, les superlatifs accourent aussi à mes lèvres. Mais je suis aussi sensible à certains Aznavour, Lama, Béart ... Brassens ne m'émeus pas de la même façon, mais ses mots m'imposent aussi le respect. Mais là on s'éloigne de Bridget et de ses malheurs !

@ Fée : ah, ma Fée, on se retrouve là, toutes les deux, sur un terrain connu. Et comme vous y allez avec ces mots qui me vrillent les tripes... Ce sont de véritables artistes ceux qui savent en peu de mots, sans mots vains, sans fioritures, nous émouvoir à ce point !

@ Libertin_123 : vous avez raison de répéter ici des évidences. J'ai tendance à tout oublier à cause de cet autre mot de quatre lettres au A tant convoité, qui lorsqu'il manque, me fait perdre de vue ce que vous me rappelez. Merci !

@ Mot passant : cher vous, vous le citez encore et je me tais. Je couds mes lèvres et refoule tous ces soupirs, même si aux Marquises je ne suis...

@ Bruno : une clé, dans mes propres mots ? Peut-être si je trouve la serrure où l'y glisser.

@ Bougredegrenouillette : ben voui, couler et laisser couler, ça, je sais faire :-)

@ Pierre-Jean : bien sûr, Mr White, et je vous le dis tout net : j'aurais aimé qu'ici d'autres mâles, mêmes des durs, des tatoués avouent du bout des lèvres se sentir eux aussi, parfois, Bridget !

Ecrit par : Gicerilla | mercredi, 30 avril 2008

Les kleenesc sont faits pour être jetés ? Les regrets itou, non ?Non ? Ah bon...
Une pleureuse à gros nez rouge: ma préférée!
baisers, Gi

Ecrit par : dom | mercredi, 30 avril 2008

Je ne dirai qu'un mot : "j'aime beaucoup ce que vous faites."

Et vous me répondrez : "moi aussi j'aime beaucoup ce que je fais"

Blague à part, bien que souvent dur mais nullement tatoué, je ne connais pas assez Bridget (pas du tout en fait) pour savoir si je peux m'identifier à elle.

Nous sommes donc dans une impasse.
Et je pèse mes mots.

Ecrit par : 502 | jeudi, 01 mai 2008

Entendrais-je hurler les loups ?
Dans le silence ces cris chantent l'orée à venir...

Ecrit par : B | jeudi, 01 mai 2008

@ Dom : ah, ben tant mieux. Alors vous veillerez à avoir à dispo un grosse boite de mouchoirs en papier, format famille nombreuse vous voyez... :-)

@ 502 : Dans une impasse avec vous, hum ! Je ne sais pas pourquoi mais cette remarque appelle un commentaire linguistico-culturel. Saviez-vous que nos amis les Anglais ont gardé dans leur vocabulaire l'expression "cul de sac". Alors à tout prendre faisons le à l'anglaise, non ?
PS : ne cherchez pas le lien de cause à effet, ou de logique ici. Je crois que j'ai besoin de congé :-)

@ B. : "...ces cris qui chantent..." ! Cela ne flirte-t-il pas avec l'oxymoron ? Et bien, qu'ils chantent, qu'il chantent, s'ils annoncent l'aube d'un jour plein de promesses.

Ecrit par : Gicerilla | vendredi, 02 mai 2008

"...pour redécouvrir que l'amour n'est pas l'unique raison de vivre et qu'au lieu de pleurnicher, il serait peut-être temps de grandir, avec ou sans."

Pas l'unique, soit, mais une raison majeure, non ?...
Et grandir, probablement, est beaucoup plus facile avec.
Je ne suis sûr de rien, ce sont juste des hypothèses :)

Bonsoir et bon week-end :)

Ecrit par : martin | vendredi, 02 mai 2008

Je ne regarde pas le machin avec Bridget à la Télé (j'ai essayé une fois mais ça m'a ennuyé... :-) )

Cela dit, je connais ce que vous racontez et je n'ai pas la sensation que cela puisse faire passer pour une gonzesse lorsqu'on est un monsieur. Au contraire, cela témoigne d'un caractère passionné, d'une implication puissante dans l'amour, au beau milieu de ces limaces des sentiments même pas foutu(e)s de saisir les extases transcendantes de l'amour !
Il y en a qui font semblant, qui jouent la comédie et alors nous, pauvres crédules, lorsqu'on s'en rend compte, nous voilà presque écoeurés de juste à cause de guignoles inconscient(e)s de leurs lacunes affectives....

Vive la passion, nom de Dieu, et que les ramollos du coeur aillent se faire des oeufs brouillés (c'est une texture qui leur convient) !

Ecrit par : Alex | dimanche, 04 mai 2008

ERRATUM:

A la place de "écoeurés de juste à cause de guignoles inconscient(e)s "

il fallait lire : "écoeurés de de presque toute l'humanité juste à cause de guignoles inconscient(e)s"

Désolé :-p

Ecrit par : Alex | dimanche, 04 mai 2008

@ Martin : on se file les coups de pied aux fesses que l'on peut, mais au fond je suis d'accord avec votre hypothese et c'est bien cela qui me désole... Que faire ? En tout cas, je crois vous voir ici pour la première fois, alors bienvenu :-)

@ Alex : oh, non j'aime bien les oeufs brouillés moi... Cela dit je me réjouis de votre diatribe... J'aime bien les hommes forts qui avouent leurs faiblesses, de celles qui ne les rendent pas faibles pour autant !

Ecrit par : gicerilla | dimanche, 04 mai 2008

aurais-tu omis la douloureuse Phèdre ou bien n'ai- je pas tout lu?! that is the question Belle Tragédienne! ;-)

Ecrit par : Rouge | mardi, 06 mai 2008

Ecrire un commentaire