19 juin 2008

ELLE - Petite leçon d'arithmétique

chiffres.jpg
A bien y
réfléchir la vie n'est qu'une histoire de chiffres.

De tous temps on a mis en équations plus ou moins savantes, plus ou moins pénétrantes des faits de la vie. Les chiffres triturés pour leur faire dire leur science. Les chiffres additionnés, divisés, soustraits ou multipliés pour rationaliser des événements aléatoires, décrypter les mystères de la vie, expliquer des hasards comme s'ils n'en étaient pas, comme s'ils étaient en réalité le résultat d'opérations mathématiques mises au point par des Dieux espiègles ou cinglés. Formules magiques pour découvrir LA martingale, la prochaine éclipse de lune, les chiffres du loto, le prochain tremblement de terre...

Nous sommes cernés par les chiffres comme des sentinelles qui veillent sur nous ou ne serait-ce pas plutôt qu'ils nous emprisonnent ? Ils viennent facilement à nos lèvres pour exprimer des idées, étayer des concepts ou appuyer des théories comme des vérités imparables puisque 1 plus 1 sont deux ! On croit les manipuler, mais ils nous manipulent. On croit les faire parler mais, même sous la torture, ils ne font que dire ce que nous souhaitons lire en eux. Statistiques à l'infini, probabilités improbables...

Ils nous classifient, nous caractérisent. Organisateurs de listes sans fin, ils dévoilent aux yeux étrangers des points clé à l'instar du génome humain. 1 l'homme, 2 la femme. 2..0375114183. Treize chiffres qui disent tout de moi, même à des inconnus qui peuvent déchiffrer en un instant la catégorie dans laquelle je me situe, sans rien savoir de moi.

Et ce soir me voilà à suffoquer sous leur poids. Subitement ils s'imposent à moi et me font paniquer. Ils  me dessinent de leurs nombres infinis un futur sombre et sans espoir. Je ne les ai jamais beaucoup aimés. Ils minimisent de trop et ôtent rapidement notre part d'humanité. Combien tu gagnes ? Combien tu pèses ?  Combien de ci, combien de ça. Nous ne sommes que des sommes. Rien en somme, si la somme de ce que nous sommes ne vaut rien sur l'échelle de valeurs erronées de notre civilisation déjantée.

Grâce à eux toujours, comme des délateurs, je peux me diriger dans n'importe quel pays, dans n'importe quelle ville ou rue. Longitude, latitude, code postal, numéro de la rue, du bâtiment, de l'escalier, de l'étage... Ils ciblent, localisent, entourent, cernent. Ils nous investissent tels des détectives de clés chiffrées qui ouvrent toutes les voies et surtout celles de l'égarement astucieusement déguisées par ces fameux chiffres qui ne sauraient mentir puisqu'ils participent aux choses scientifiques. Des effluves de crédibilité inébranlable suintent de chacun d'eux et notre instinct est souvent, à tort, refoulé au profit de leur vérité. 

Et voilà les chiffres qui égrènent leurs chapelets.

815 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde.

28 mois que je n'aime plus.

2,3 millions d'enfants atteints du sida dans le monde.

854 nuits que je n'aime plus.

126 millions de £ pour le plus gros lot d'Euromillions.

20,496 heures que je n'aime plus.

3 330 espèces animales et végétales menacées d’extinction dans le monde.

1,229,670 minutes que je n'aime plus.

163,600,000,000 de tonnes de pétrole en réserve dans le monde.

7,377,600 secondes que je n'aime plus.

Litanie qui me vrille les oreilles, qui me tord les tripes et fait jaillir mes larmes. Prière chialée comme des incantations qui mêlent tour à tour "combien" et "sans".  Combien de mois, de jours, d'heures, de minutes ou de secondes sans le souffle doux de l'homme dans ma nuque. Sans ses mains fermes qui enserrent ma taille. Sans sa jambe velue qui frôle la mienne dans le lit pour s'assurer que je suis bien là. Sans ses lèvres gourmandes qui croquent dans la tartine beurrée du matin. Sans la mousse à raser que j'étale sur ses joues pour me damner de leur douceur. Sans ses bras puissants pour me soutenir quand je défaille. Sans ses sourcils froncés quand je dis une ânerie patentée avec aplomb. Sans son humour qui me fait glousser comme une dinde en basse-cour. Combien de sans encore ? Mon sang se glace car je perçois combien de combien encore je pourrais prononcer si rien dans ma vie ne vient à changer.

Et pour finir, mourir noyée de chiffres enchevêtrés à tous ces combien qui seront restés des interrogations sans réponse. Née le ..... Morte le .....

21 grammes, enfin,  le poids de mon âme quand elle me quittera...

 

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://gicerilla.hautetfort.com/trackback/1664415

Commentaires

Quand on aime on ne compte pas. Quand on aime plus -qu'on dit qu'on aime plus ; si.
7.000.000 chinois ; et moi, et moi, et moi...
1 foie, 2 reins, 3 raisons de boire Contrexeville...
On pourrait commencer un jeu de citations :
1,2,3 je m'en vais au bois ; 4,5,6 cueillir des cerises... Mais il ne s'agit pas jeu ; mais d'un long cri, d'une plainte, d'un gémissement. Comme vous le criez bien ce cri.

Ecrit par : imago | 19 juin 2008

Gi ... voyons ... Preuve s'il en est que tu comptes pour nous tous ici réunis dans ce cénacle, où personne je dis bien personne ne mesure tout à fait la portée de son propos, n'est-il pas ? Toute la différence est là. Savoir ce qui compte avant ce qui se compte.
Le nombre infini et omniprésent nous écrase. Quelle invention. L'homme avait besoin de points de repère face à l'inconnu. Pas sûr que ça le rende plus heureux. Quand on te regarde Gi et que l'on te parle et que l'on te sourit, ce ne sont ni tes mensurations ni ton revenu ni ton âge ni le nombre de pas qui nous conduisent à toi que l'on a en tête. Juste le désir. Quel est le nombre du désir ? Combien pèse-t-il ? Quelle est sa taille ? Et l'amour dans tout ça ? Est ce fondamentalement une question de taille, de distance, de chiffres alignés ou de temps mesuré ? L'amour est un besoin, un moteur, une énergie inépuisable et renouvelable à souhait. Fort écologique aussi. C'est un vert qui te parle avec douceur non mesurée. Allez, je ne compte pas mes baisers.

Ecrit par : celadon | 19 juin 2008

Aimons nous ? Rires, moi aussi je compte mais dans l'autre sens, je compte vers l'infini et je ne sais pas jusqu'à quand ?!! Belle Gi que vous êtes, je pense que vous ne tarderez pas à retrouver le coeur d'un homme, moi j'ai l'impression que la route va être encore longue. Je vous embrasse. @ +++

Ecrit par : Pierre-Jean | 19 juin 2008

Savez-vous qu'une théorie circule comme quoi bien avant le big bang et toute notion d'espace et de temps, il y avait ... les mathématiques !
Tout semble être né de la création du 0, puis du 1, et enfin des mathématiques qui se sont emballées jusqu'à l'infini pour créer l'énergie nécessaire au fameux big bang. Une masse infinie de nombres qui sont devenus matière ...
Il y a donc toujours eu une étroite relation entre notre vie et les chiffres qui la composent.
Nous ne pouvons y échapper ...
Je ne rebondirai pas sur les propos de Celadon et la mesure de notre désir, ce serait bien trop tentant ;)
Bises Gi.

Ecrit par : Philo | 19 juin 2008

déjà 3 mn sans nutella.....je craque....mon 54 fillette...

Ecrit par : dom | 19 juin 2008

J'avancerai que vos propos, dont la mesure fait la portée, sont l'exact produit - appelons-le mélodie -, pour partie, de la somme de vos non-dits. D'où se retranche - puisqu'il est dit - celui de l'air que vous nous jouez, qui, lui-même, partout, au premier fait écho. Le multipliant, donc. Et qui est égal au plaisir que l'on en tire.
Je vais me coucher.

Ecrit par : martin | 19 juin 2008

1,2,3 soleil...

Ecrit par : passeakevin | 20 juin 2008

J'ai jeté ma calculette à la poubelle. Je ne fais plus les comptes. Ils étaient toujours faux.
Je crois que maintenant, je suis dans le vrai.

Les carrés ont 5 cotés.
La terre a 2 lunes.
Je mets du 34.
J'ai 15 ans.
Ma paie est de 8 000 euros.
Et tous les hommes m'aiment.
Voilà ma vérité!

Ecrit par : Arthémisia | 20 juin 2008

Je vous envoie un remède arithmétique : 1 000 bisous.
Normalement, les 0 et les 1 qui constituent la trame numérique de nos ordinateurs et bidules électroniques devraient vous les transmettre en un temps record. ;-)

Ecrit par : Alex | 20 juin 2008

@ Imago : c'est vrai que je suis un peu geignarde, limite pleurnicheuse ! A-t-on idée. Merci Imago. J'ai cru un instant que seul le sarcasme montait à vos lèvres en me lisant, mais non...

@ Celadon : chez vous, vous parlez en "nous" c'est peut-être un peu beaucoup ! Mais je sais que vous pensez chaque mot que vous me dites, alors cette satanée l'arithmétique en devient moins pesante.

@ Pierre-Jean : j'aime bien quand pour moi vous jouez au devin. Je vous dirai bientôt j'espère si la lecture du futur est une reconversion possible pour vous :-)

@ Philo : vous, résister à la tentation ? Ah, non, on vous a transformé. Nommez-moi immédiatement le coupable !!

@ Dom : toujours aussi taquin. Vous avez raison, j'ai tendance à faire dans le mélodrame ! La prochaine fois, je n'écrirai pas, je tremperai mes doigts dans le Nutella. Vous les lécheriez un à un alors ? :-)

@ Martin : j'aime bien votre réponse de mélomane poète qui l'air de rien est finement tournée ! Non, je ne flagorne pas, je le pense. Il y a ici des hommes à la plume bien taillée. J'aime.

@ Passeakevin : en cherchant bien, vous devriez en trouver d'autres...

@ Arthi : voilà la solution ! Ca c'est bien le pragmatisme des femmes. Merci. Je suis en train de sauter à pieds joints sur toutes les calculettes qui trainent ici. Et puis, pour couronner le tout, une 'tite lobotomie ça aiderait sûrement. J'adopte la recette, Arthi, sans restriction et je réforme cette fichue arithmétique à votre sauce !

@ Alex : mais au rythme de l'informatique, vos milles bisous n'ont fait que m'effleurer et les voilà partis déjà. On recommence ?

Ecrit par : Gicerilla | 21 juin 2008

Nous ... pour dire le multiple qui se terre en chacun d'entre nous (soi), nos faces cachées. Nous, pour dire le nombre plutôt que le nombril, se tunnel qui fait écran à l'approche des autres. La seule arithmétique qui me parle, ce pourrait être celle d'Arthémisia ou encore la mélodie de Martin mélomane chez qui je devine, en dépit de sa conclusion, un bémol insomniaque ... silence, silence ... ou encore la composition aléatoire des chiffres qui ouvre le sésame de votre voix à entendre.

Ecrit par : celadon | 21 juin 2008

4,2,1...yes !!!

Ecrit par : passeakevin | 21 juin 2008

Pardon, je trouve la juxtaposition des nombres indécents. Je comprends pourtant bien l'intensité comparée d'un malheur intime et d'une catastrophe humanitaire. Je fais moi-même ce genre de comparaisons indécentes (http://ppm00.canalblog.com/archives/2008/03/29/8529698.html) et du coup ça m'interpelle. Désolé, je ne sais pas quoi dire de plus devant ma propre contradiction :)

Ecrit par : ppm00 | 22 juin 2008

j'ai toujours été fâchée avec les chiffres :-) et ça fait un bail que j'ai jeté mes montres ... du coup je ne compte pas mes pensées et mes bisous vers vous

Ecrit par : Bougrenette | 22 juin 2008

et si l'on utilisait le signe -

- x secondes avant le bruit de ses pas
- x secondes avant le souffle de sa voix
- x secondes avant le contact de sa peau
- x secondes avant la chaleur de ses baisers
- x secondes avant le X de votre nuit

Ecrit par : waid | 23 juin 2008

Bonne idée le compte à rebours avant l'allumage !
Encore faut il avoir le choix dans la date :)

Ecrit par : ppm00 | 23 juin 2008

@ Celadon : là, je comprends mieux le nous.

@ Passeakevin : je le savais ! Quel sens de l'à-propos.

@ PPM00 : limite de l'écrit ppm00, car il n'y a pas de parallèle indécent si ce n'est un parallèle tout court qui prouve que les chiffres nous cernent, nous coincent en étaux, qu'ils sont partout et qu'on peut leur faire dire n'importe quoi. J'aurais pu aussi bien faire un parallèle entre les proportions chiffrées d'une recette de cuisine et ma pauvre vie pleine de "sans" ...

@ Bougrenette : ne comptez surtout pas, car moi, je prends tout et vous en donne autant :-)

@ Waid : j'adoooore votre point de vue. Je vais tenter de l'appliquer mais le problème reste entier. Commencerai-je aujourd'hui ou demain ?

@ ppm00 : oh, vous alors ! Une telle contrepetrie ici, oooohhhh ...

Ecrit par : Gicerilla | 23 juin 2008

En fait sur ce blog licencieux, seul 69 est de mise.

Ecrit par : passeakevin | 23 juin 2008

@ Passeakevin : licencieux ? Mais vous me flattez, car il y a encore peu vous trouviez mon blog "gentillet" ! Merci, merci ...

Ecrit par : Gicerilla | 23 juin 2008

Oui, les nombres sont des ennemis, et ils servent surtout à nous assommer.
On peut aussi les juxtaposer en normalisation, pour exprimer un compromis socio-économique, et mettre un prix à chaque cancer induit d'après les statistiques, afin de fixer une norme admissible par exemple.
Mort aux chiffres !

Amusant, Cette contrepétrie fait habituellement sortir des aaaahhhh plus que des oooohhhh

Ecrit par : ppm00 | 24 juin 2008

belle note Gi
j'aime aussi la foule de commentaires et celui mystérieux de ppm00 , je me suis cassée la tête pour trouver la contrepète-rie mais ne l'ai pas trouvée...
:)

Ecrit par : if6 | 24 janvier 2009

hum...voilà pourqoi je ne fais jamais mes comptes...

Ecrit par : anne | 30 mars 2009

@ Anne : et vous avez raison ! Depuis cette note là, je ne compte plus. La somme de tous ces chiffres serait aujourd'hui insupportable. Bienvenue ici :-)

Ecrit par : Gicerilla | 31 mars 2009

Ecrire un commentaire