12 juillet 2008

ELLE - Le paradoxe du suffixe

Insecticide.jpg

La curiosité est un vilain défaut !

Qui n'a pas entendu ce refrain là au moins une fois ? Pourtant, comme je l'ai écrit récemment ici, il me semble que sans elle ma vie n'aurait pas la même saveur.  Conspuée comme un défaut, je l'érige moi, en qualité voire, si j'osais, en vertu puisqu'elle motive mon ouverture d'esprit, mon intérêt pour les choses futiles ou graves et m'enrichit.

Parmi les sujets qui captivent ma curiosité il y a évidemment ce mystère qu'est la langue. Au sens idiome bien sûr ! Qu’elles soient maternelles ou étrangères, elles me passionnent toutes mais je joue avec celle que je connais le mieux : le français.


Et voilà que les affixes reviennent chatouiller ma réflexion, gourmands qu'ils sont de mon attention. Je leur avais pourtant déjà dédié une note mais il semble que leur richesse justifie qu'ici encore une fois je les cite à comparaître. Il ne s'agit pas de faire leur procès, quoique peut-être je le devrais car ce qu'ils induisent parfois mériterait un bon procès en révision. N'arrive-t-il pas en effet, je ne sais par quel effet de l'évolution de la langue, que quelques uns agrémentent avec la même constance des mots dont pourtant le sens nous parait tout à tour abjecte ou aimable ? N'y a-t-il pas là de leur part une certaine complaisance ? Ne devraient-ils pas s'insurger et susciter par pétition la création des suffixes nouveaux pour leur ôter enfin leur part d'ambiguïté ?

Vous n'y comprenez rien ? Laissez-moi illustrer.

Prenons le suffixe
"cide". Associé au mot insecte ou au mot peste, il nomme un produit dont les agriculteurs à grande échelle sont friands  et qui ne connait pas la fameuse prière "Notre Begon qui êtes aux cieux donnez-nous notre insecticide quotidien..." de la ménagère en furie devant l'invasion de fourmis. Et le jardinier paresseux de se débarrasser rapidement des mauvaises herbes grâce à ... l'herbicide. Bravo !  Pourtant, accolé avec ou sans voyelle mobile à geno, fratri, enfant, il rend exécrable le mot qu'il accompagne. Schrizophrénisation du suffixe qui ne sait plus le rôle, bon ou mauvais, qu'il doit jouer. Plus sûrement qu'un autre sur le sofa du psychiatre il finira.

Il y a aussi
"phile" ennemi juré de "phobe", ou serait-ce phobe de phile ? Oui, ce ne peut être que cela. Phobe l'est de phile mais il n'est pas dit que phile le soit de phobe. ! Quoiqu'il en soit, considérons "phile" dont l'intention est plus conforme aux dispositions de mon âme. Apposé à hydro, il l'attire pour mieux la canaliser voir nous en débarrasser lorsqu'elle devient envahissante. Tous les mots qu'il agrémente se félicitent en général d'être si bien escortés. Et se joignent à la cohorte des bienheureux les cinéphiles, bibliophiles et autres colombophiles. En revanche, considérez un moment pédophile et immédiatement votre estomac se révulse alors que des envies de vengeur masqué serrent violemment vos poings. Évoquons encore nécrophile et un haut le cœur vous saisit ainsi que l'effroi par le biais d'un zeugma qui passe. Voyez un peu cette bizarrerie qui rend ces cinq lettres aimables un instant, exécrables le suivant.

N'en va-t-il pas de même avec son frère maudit ? Tout ce qui en phobe se termine nous effraie au point qu'il suffit d'un pour faire perdre toute contenance au plus téméraire des mercenaires, mais heureusement sans grande conséquence si ce n'est pour le sujet qui l'a provoqué. L'arachnophobe deviendra arachnocide et personne ne s'en émouvra. Pourtant, qu'homophobe ou xénophobe se portent volontaire à l'analyse et un haro crié en chœur s'élèvera pour conspuer un tel choix de pensée.

La liste est encore longue mais je ne peux laisser parler ici tous ceux qui le voulaient sans perdre l'attention du lecteur, par nature impatient et volage. Alors, me direz-vous, quelle conclusion tirer qui justifiera l'existence d'une telle note ? Tout simplement que les suffixes à l'instar des femmes sont versatiles et que l'on ne peut aveuglément s'y fier puisqu'il suffit parfois d'un mot pour de camp les faire changer.

Souvent perception de suffixe varie, bien fol qui s'y fie !

 

 

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Commentaires

Moi je suis de type "phile" bien sûr, "qui aime bien les chevaux"( pas plus que ça d'ailleurs ... ).
Je me souviens d'un test professionnel, QI et diverses connaissances, où il fallait chasser l'intrus dans une liste de mots. Au bout d'un moment, on ne le repère plus vraiment si l'on a pas de bonnes bases grecques et latines. Alors je me suis acheté un dictionnaire éthymologique et j'ai trouvé le contenu passionnant ...
Bises Gi.

Ecrit par : Philo | 12 juillet 2008

Alors le philophobe (ou le phobophile) il est gentil ou méchant ?

Ecrit par : macaron | 12 juillet 2008

Mais ces pauvres suffixes, ne sont-ils pas finalement à l'image de nos semblables, à qui l'on prête souvent plus qu'ils n'ont, de fait ...

Tel le messager que l'on embrasse ou honnit selon la nature de la nouvelle, le suffixe n'est que porteur d'un sens, en humble travailleur lingiste qu'il est ... ;-)

Et donc pour le mot, comme l'humain, c'est bien l'âme, la racine qui compte ... Plus que l'habillage, non ? :-))

Ecrit par : Quidam LAMBDA | 12 juillet 2008

guerilla, aussi ?

Ecrit par : choule[bnkr] | 13 juillet 2008

Il me semble que dans les exemples cités, les suffixes n'ont qu'un rôle purement technique - mécanique- par rapport au langage, celui d'indiquer l'attirance ou la répulsion, c'est-à-dire indépendant de tout jugement de valeur. Ou alors plein d'ambiguïté ; comme "pédophile" par exemple. Qui n'aime les enfants ? En l'occurrence c'est l'excès qui es suspect et condamnable. Nécrophile - boeuurkk ; mais nécrophobe n'est pas mieux surtout le jour de la Toussaint, on les aime nous nos morts !... Mais de là à devenir nécrophage (boeuurkk, boeuurkk, boeuurkk.... )

Ecrit par : imago | 13 juillet 2008

@ Philo : hum, vous voilà sûrement plus savant que moi. Vous latiniserez avec moi j'espère !

@ Macaron : exactement, c'est comme cela qu'il faut jouer avec les mots... S'amuser à les distordre pour le plaisir, pour leur faire dire ce qu'ils ne disent pas ! N'est-ce pas ce que nous faisons tous, tous les jours sans nous en rendre compte, avec les mots de l'autre ?

@ Quidam Lambda : oui, bien sûr, seule la racine compte, bien plus que l'habillage et n'est-ce pas par elle que nous ne perdons pas pied ?

@ Choule [bkrn] : aaah, je me sens bête. Que voulez-vous dire par là ?

@ Imago : grâce au suffixe, une racine sans connotation particulière peut devenir, tour à tour, exécrable ou aimable. Et c'est cela qui me fascine. Comment la langue s'est construite au fil du temps et comment nous oublions chaque jour, en les utilisant pourtant, le sens de tous ces mots...

Ecrit par : Gicerilla | 14 juillet 2008

ben disons que j'ai manqué d'inspiration avec mon mot. C'était pour associer ton message avec ton surnom ;
Gicerilla / guerilla. Même suffixe, non ? Mais y-a-t-il pour autant un rapport ? Seule toi le sait.

Ecrit par : choule[bnkr] | 15 juillet 2008

j'ai eu à 1 époque 1 "phile" à la patte : je l'ai renvoyé

Ecrit par : Eric LOW | 17 juillet 2008

@ Choule[bnkr] : ils se ressemblent et l'on pourrait penser qu'ils suffixent... et bien non. Je ne suis pas en guerre ou plutôt si, contre bien des choses. Serais-je en guerre contre moi ? Tiens, pourquoi subitement cette question me trouble-t-elle ?

@ Eric LOW : ...et vous avez bien fait !

Ecrit par : gicerilla | 17 juillet 2008

Cet article est, Ô combien, féminin, peut-être même féminiphile. J'en ai compris tous les mots, toutes les phrases, tous les paragraphes et pas le sens.

Quant aux divagations nécrophiliques ou xénophobiques il ne s'agit que de mots, pas de quoi lever le coeur !

Vous avez tout de même oublié de citer la flexibilité des affixes dans la création des néologismes et autres barbarismes. Que de beauté derrière un "botanophobe", un "confortophobe" ou un "aéroportophile" !

Ecrit par : Nico - Merveilleux | 13 août 2008

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