25 janvier 2009

ELLE - Diane ou la bonté

Diane.jpgImpossible de faire un créneau décent, je suis si altérée.

L'après-midi d'entretiens, je le sens bien sans vouloir l'accepter, m'a laissée démunie, comme épuisée. Des entretiens parfois comme des duels. Faire valoir les arguments, faire contrepoids sur leur balance faussée. Convaincre ou, du moins, tenter de faire voir que par ces temps de crise, un peu d'objectivité serait de mise.

Je suis à cran. Mais je fais face, parce qu'il le faut, parce que la moindre faiblesse pourrait être reconnue comme une concession faite à leurs arguments. Non. Je reste forte mais à l'intérieur tout s'effrite, je suis sonnée. J'ai joué 26 rounds. Certains furent de simples formalités car le challenger n'en était pas un. Mais six d'entres eux furent particulièrement résistants et j'encaissai les coups sans pouvoir les rendre avec la même énergie, forcément. Montrer l'exemple toujours. Montrer la voie alternative, celle de la construction dans le vrai avec l'ego boursoufflé, mauvais conseillé grimaçant, pourrissant dans le bas-côté. Guider sans faille, patiemment, et tant pis si pour moi aussi le chemin est ardu.

Ce soir, mes ressources sont amenuisées et je suis déboussolée. Me suis-je perdue en chemin ? Je ne trouve pas ma voie, sauf celle de Diane.

Elle m'attend, souriante, et comme d'habitude me tend sa main rassurante à la poigne ferme. Elle ramène rapidement ses longs cheveux bruns en un chignon bâclé pour être libre de ses mouvements. C'est un Ange en blanc qui à partir de maintenant va s'occuper de moi. Diane c'est la bonté désintéressée, c'est la bienveillance incarnée. Le souci de son prochain l'anime et rien chez elle ne semble feint. Elle fait partie de ces êtres rares qui donnent sans compter et surtout sans attendre en retour. De ceux qui vivent mus par la croyance que l'autre est aussi important que soi.

Nous nous sommes rencontrées par hasard un soir de 2006 alors que j'essayais en vain de rassembler les morceaux éparpillés qui me constituaient. Il avait tout laminé. Je n'étais plus rien, je n'étais plus moi. Et Diane, de ses mains puissantes et aimantes, doucement ce soir là, rassembla les morceaux et à force de caresses et de soins appliqués, elle me réunit à nouveau. Sur le lit d'éponge douce, ses manipulations savantes dénouèrent un à un les nœuds qui faisaient de mon être un macramé informe et douloureux. Elle tritura mes chairs pour les faire revivre. Elle réactiva le sang dans mes veines pour oxygéner à nouveau mon cœur. Depuis, elle veille sur moi comme un Gardien bienveillant. Pleine de sollicitude, elle s'inquiète de mes silences et se réjouit toujours de me voir sourire par ses soins.

Et ce soir, je la retrouve comme un indigeant revoit sa bienfaitrice. Allongée sur le dos, les yeux fermés à double-tours comme volets pour empêcher le maelstrom de m'emporter, je me laisse bercer par sa musique hypnotique qui égrène des mantras. A peine a-t-elle posé ses mains sur moi que la marée, retenue par les frêles digues de ma dignité, se fissurent, s'effondrent et laissent monter le flot. Ses mains comme une apposition magique sur ma chair qui lui disent "aller, laisse-toi aller. Elle, elle ne sait pas lâcher. Elle contrôle tout, elle est bien trop forte pour céder. Alors, toi, lâche, lâche pour elle, laisse-toi aller à mes mains. Je vais te soulager." Et la bonté de Diane passe par ses mains pour irradier mes chairs endolories du boxeur épuisé. Elle malaxe, elle dénoue, elle caresse tour à tour avec douceur ou fermeté. "Laissez pleurer, c'est magnifique !" me dit-elle et je laisse pleurer.

Mes désespoirs mélangés qui ne savent plus se nommer sourdent avec mes larmes, et plus elle s'active, plus je me sens soulagée. Je n'ai plus d'âge, je n'ai plus de rôle à tenir, je ne suis plus que moi, juste un corps étouffé par une côte de maille de souffrances qu'elle détricote avec patience. Une maille à l'envers, une maille à l'endroit. Les pleurs lentement s'assèchent et Diane continue son œuvre apaisante. Silencieuse, elle officie avec efficacité. La musique se joint à ses efforts et les deux associées opèrent le miracle de me relaxer. Je m'enfonce dans un bien-être sans patrie d'où les sparring partners agressifs ont disparu et je ne rêve qu'aux gens magnifiques qui m'entourent et qui enrichissent ma vie.

Et grâce à Diane, je sombre enfin dans l'oubli tant convoité.

Pour Diane.

 

 

Trackbacks

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Commentaires

Que c'est beau, bon sang, que c'est beau, mais écrivez Gi, oui je sais vous le faites là, vous avez tant de choses en vous à dire, en dehors d'avoir à en donner aussi, et vous les exprimez avec un réel talent.
Je lis des publications chaques semaine qui en rougiraient... Vous pouvez me croire, d'ailleurs vous devriez...
Je suis sûr que Diane vous apprécie beaucoup aussi, moi je pense que celles et ceux qui ne vous ont pas "reconnu" avant ne vous méritait pas...
Bon dimanche...
Je vous embrasse...

Ecrit par : Valmont | 25 janvier 2009

"laissez pleurer" j'aime l'idée, et vos mots, vos émotions, comme toujours. Quelle chance vous avez d'avoir une Diane qui semble tellement habille à faire sombrer dans l'oubli.

Ecrit par : Bougrenette | 25 janvier 2009

Cette Diane miraculeuse... Vous ne pourriez pas me la présenter, mmmmh ?

Des baisers chastes pour vous Gicerilla.
Si si.

Ecrit par : 502 | 25 janvier 2009

Et dire que je pensais à une chasseresse, alors que ce sont les tensions ses seules victimes... tant mieux :-)

Au moins vous avez trouvé un moyen de vous ressourcer, c'est plus que beaucoup...

M.

Ecrit par : M. | 25 janvier 2009

ça m'a donné envie de renouer avec un contact étranger

très joli texte
très fort

Ecrit par : dan | 26 janvier 2009

Au jour d'hui, je vous trouve envoûtante, ; et encore plus avec la musique. Oui, Valmont a raison, vous êtes tout-à-fait publiable

Ecrit par : imago | 26 janvier 2009

Ah !
Les vertus du contact des peaux, le doux et lent pétrissage des muscles, la science des mouvements bienfaisants, la chaleur du toucher, l’absolue sincérité de la recherche du plaisir que la masseuse ou le masseur veut donner, les caresses bénéfiques et délicieuses…
Oui, un parfum de bonté plane...

Ecrit par : Libertin_123 | 26 janvier 2009

Des mains, des caresses ... Quand les mots ou les sentiments se braquent ou se figent, cristaux de plaies intérieures, seule une force bienfaisante et première peut venir à bout des tensions qu'ils provoquent.
Les caresses : pas de langage plus doux pour consoler, pour apaiser.
Aujourd'hui, je contemple les effets de caresses moins attentionnées, dévastatrices, qui ont mis à bas les efforts séculaires des hommes. Par centaines de milliers, des arbres vrillés, déchiquetés, torturés par les vents, lacérés et laissés gisants ... une nuit de vacarme hantée par la stridence des rafales, les grincements des troncs avant leur craquements ... et les hommes éberlués, les yeux rougis de fatigue, qui n'ont plus que des larmes pour tenir et dire leur douleur, devant un chaos de terres grises et ravagées.

Ecrit par : celadon | 26 janvier 2009

C'est un des grands mystères de la vie pour moi. Comment peut-on à ce point se trouver si souvent si loin de nous-mêmes ? Et oui, nous sommes aussi un corps. Et pour se ressourcer, se retrouver, être à nouveau en phase avec qui l'on est, ça passe par là, s'accorder le droit d'exister un temps, plus en pensée mais ailleurs, dans chacun de nos muscles, dans chaque parcelle de nos peaux, dans chacune de nos cellules. La relaxation, le sport, la danse ou l'art du massage peut nous offrir cela. Le désir, aussi, je le crois...

Diane est un démiurge de bonté qui nomme par ces mains, qui touche l'âme en reformant le corps. Tu le décris d'une si belle façon.

Une masseuse experte m'a un jour proposé un massage. Mince, il faut que je la rappelle !!!

Merci Gi

Ecrit par : Ile | 26 janvier 2009

Les massages ont de bien belles vertues...celle de l'abandon, déjà et tu le décris bien ;o)
Bises de papillon

Ecrit par : VéroPapillon | 26 janvier 2009

"je ne rêve qu'aux gens magnifiques qui m'entourent et qui enrichissent ma vie."

et j'espère en faire partie...

Très belle image que celle de la côte de maille... et je ne suis plus un rôle à tenir, plus d'âge, juste moi... et un corps souffrant... Je le ressens si souvent ainsi moi aussi parfois... mais l'amour est là et il nous sauvera tous....

Ecrit par : Gaius | 27 janvier 2009

je suis tombé sur ton site en "rebondissant" sur celui de Quine, que je visite régulièrement.
Ce que tu écris est très fort, et tes mots magnifiquement choisis.
Quant à la photo.... comment dirais-je... c'est un flash de douceur et de bien-être qui fait tant de bien...
Bizous

Ecrit par : Ibid Norio | 27 janvier 2009

Si vous pouviez me l'envoyer ne serait-ce qu'un jour, j'ai tant de noeuds à défaire, tant de portes à ouvrir sur mes tensions intérieures. Que les mots que nous écrivons ressemblent à nos maux...
Cette Diane, un personnage haut en couleur que l'on aimerait avoir dans son cercle proche.
Je me penche sur les autres billets mais ma fatigue ne me le fera pas commenter.

Ecrit par : muse | 27 janvier 2009

Je retiens "une côte de mailles de souffrances à détricoter"... évidemment, il n'y a pas que ça mais c'est une image forte qui me reste, comme la dernière note d'un parfum, celui qui reste dans le sillage de ta page une fois que je la tournerai...
Il est bon de lâcher prise ainsi, tu as de la chance de connaître des gens merveilleux... et du bon sens de te souvenir dans ces moments de ceux qui enrichissent la vie.
Belle journée à toi.

Ecrit par : Cara Mia | 27 janvier 2009

Je suis si émue par tant de gentillesse que des larmes sortent de mes yeux pour glisser le long de mes joues, jamais encore personne n’avait parlé de moi de mes mains avant tant de générosité. Je suis, je vous le dit GI très émue et vous remercie de votre délicatesse. Vous êtes une personne d'exception

Ecrit par : Diane | 27 janvier 2009

@ Valmont : oh, Vous, on va finir par penser que je vous ai payé. Humilité ou doute, ce n'est pas demain que je tenterai l'expérience de l'écriture, la vraie, celle qui mérite de figurer dans une reliure, dans la bibliothèque aux côtés d'auteurs reconnus... Mais merci, vraiment.

@ Bougrenette : si un jour vous venez dans mes contrées, je vous la ferai rencontrer et il ne vous faudra pas plus d'une heure pour être convaincue de ses bienfaits.

@ 502 : si c'est pour la bonne cause, mauvais sujet, avec plaisir. Mais il faudrait pour cela que vous vous rapprochiez de chez moi. Une façon discrète de vous demander où vous vivez ? Oh oui !!!!

@ M (30) : indeed. Une Diane devrait être remboursée par la sécu. :-)

@ Dan : étonnant effet que les massages de Diane. Avez-vous finalement "renoué" ?

@ Imago : décidément, avec vos compliments vous me gâtez. Attention à ne pas faire de moi une enfant gâtée. Je compte sur vous pour veiller sur moi et sur mon ego !

@ Libertin_123 : je retiendrai de votre propos "l'absolu sincérité". Oui, la sincérité du don est indispensable pour avoir cet effet là. C'est sûr !

@ Celadon : allez savoir, Celadon, si un massage de l'âme n'aurait pas des vertus apaisantes pour tous ces êtres marqués par les caprices de la nature. Fallait-il un tel déchaînement pour rappeler à l'homme qu'il n'est pas le plus fort ?

Ecrit par : Gicerilla | 27 janvier 2009

@ Ile : humm, une masseuse experte ? Pourquoi, sur ce coup là, je vous sens coquin ?

@ Véropapillon : oui l'abandon et la confiance totale. Pas de retenue pour vraiment profiter. Des bises.

@ Gaius : je sais, p'tite biche. Je sais tes souffrances. Raison de plus pour prendre soin de ton corps. Relis ce qu'en dit Ile. Il a tellement raison. Prends soin de toi.

@ Ibid Norio : bien heureuse que vous soyez tombée chez moi, en espèrant que vous n'en êtes pas toute talée :-)
Merci pour vos mots. Au plaisir.

@ Muse : ah, si seulement j'avais inventé la télétransportation ! Diane se ferait une obligation bien douce de vous soulager. Prenez bien soin de vous.

@ Cara Mia : tu dis quelque chose d'essentiel il me semble : tenter de ne jamais perdre de vu le bon qui nous entoure, d'en éprouver de la reconnaissance. Ne jamais se blaser et toujours voir les merveilles qui nous arrivent, parfois même au milieu de tempêtes douloureuses.

@ Diane : vous êtes passée ?! Vous méritez chaque mot écrit sur vous car sans vous, où en serais-je ? Merci à vous Diane. A bientôt !

Ecrit par : Gicerilla | 27 janvier 2009

Ma chère Gi, comme vous êtes touchante !
Je n'ai pas les talents de Diane hélas et ne pourrais donc vous en faire bénéficier, mais sachez que ma tendresse pour vous est sincère et entière.
Je me sens tout bête de ne pouvoir rien faire que vous adresser ces pauvres mots.
Je vous embrasse de tout mon coeur...

Ecrit par : martin | 27 janvier 2009

Je partage depuis longtemps l'avis de Valmont et je pense vous l'avoir déjà écrit dans un commentaire. Je sais cependant combien écrire pour être publié est une épreuve, une impudeur, une souffrance parfois.

Osez !

B

Ecrit par : petite française | 27 janvier 2009

Oh combien certains ici expriment cette évidence Gi. Oui. Ecrire. Ce que tu fais si bien. Tu en as la verve et la plume. Cet assemblage de légèreté et de profondeur, sinon parfois de gravité qui nous interpelle et nous émeut. Que n'oses-tu ? Nous serons tes agents très spéciaux pour promouvoir tes oeuvres. :-))

Ecrit par : celadon | 28 janvier 2009

Pas emballé par la musique mais je flotte après la lecture de ce texte, comme si vous m'aviez pris par la main pour vous accompagner, j'ai senti les coups reçus puis le bienfait des mains de Diane soulager mon dos rompu !

Ecrit par : Comme une image | 29 janvier 2009

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