13 mai 2009

ELLE - Incompatibilité de milieu

Adélaïde.jpg

Elle m'avait asséné son argument comme une vérité incontestable.

Il y avait quelques années déjà mais je ne l'avais jamais oublié et ce que je vivais maintenant rendait comme un devoir le fait de lui écrire pour le lui dire. Le facteur allait passer à 10h00. Il me restait une heure pour rédiger ma lettre. Le facteur l'emporterait et, dans deux ou trois jours, elle la recevrait. Je pris le plus riche vélin dont je disposais et je m'attablais à mon écritoire.

"Très chère Adelaïde,

Tu te souviendras sûrement de cette soirée de juillet, il y a trois ans alors que tu passais l'été chez nous, et de cette discussion enflammée que nous avions eue. Avec la condescendance de celle qui croit que son expérience lui confère une supériorité, j'avais contesté cette affirmation qui me choquait. Je mettais sur le compte de ta jeunesse cette sentence, d'autant que tu n'avais alors guère plus de 22 ans. "Je te le dis, il est impossible de construire une relation durable avec un homme qui n'est pas de son milieu !" Tu avais lancé le mot avec une forme de défi dans la voix "essaie un peu de me dire le contraire si tu l'oses !"

Ton assurance juvénile et péremptoire m'avait agacée tout autant que le propos avancé. Quoi, nous étions issu d'un milieu dont il ne fallait surtout pas s'émanciper au risque de courir à l'échec ? Ne pas fréquenter hors d'un périmètre socioculturel bien défini faute de quoi nous serions assurément mal appareillés et la relation alors ne saurait durer ?

L'idée que tu avais évoquée m'avait été instantanément abjecte et je l'avais combattue pas à pas. Toi, la petite "morveuse" pensais-je tout bas, prétendait que n'importe quel amour, quelles que soient sa puissance et son authenticité, ne saurait dépasser les différences sociales et autoriser deux êtres mus par ce sentiment de s'associer pour la vie, sans déconvenues. Tu avais mis ainsi en avant le fait que nous étions indissociables du milieu où nous avions été élevés, où nous avions été éduqués, milieu qui nous avait irrémédiablement formatés. Ce propos avait offensé ma conception de la valeur humaine intrinsèque qui me disait qu'un individu ne valait pas uniquement pas son instruction mais surtout par son éducation et son adhésion à des valeurs partagées. A l'époque, je croyais encore que l'homme, terme générique, avait en lui cette richesse humaine qui le rendait forcément intéressant et fréquentable par n'importe quel autre être humain, qu'ils fussent issus ou non du même milieu social. Je le croyais et je tentais de te prôner, mécréante, afin que tu t'ouvres à des idées d'égalité humanitaire et non d'égalité sociale. Je n'avais pas réussis pas à te convaincre, tu avais tenu bon le cap, et j'étais restée seule à divaguer sur une mer d'idéalisme.

Hélas, Adélaïde, voilà que récemment, la vérité de ta vérité m'est apparue, bien réelle, trop réelle et trop cruelle. Voilà cet homme qui me plait. Je l'appelle mon garde du corps et il le garde en effet, il en prend soin avec délicatesse et assiduité. Il n'est pas né sous la même étoile que la mienne et alors que mon parcours fut doux, sans être toutefois dénué d'efforts, d'échecs et de victoires, le sien fut rude. Nous partageons beaucoup de principes de vie et de valeurs, y compris celle que le travail quel qu'il soit, s'il n'est pas vil, rend l'homme digne. Pourtant, au fil du temps, je constate avec une forme de dépit que nous ne saurions rien construire ensemble. Oui, avec dépit car notre association me fait maintenant mentir a posteriori et renier ce que je pensais sur le sujet.

Nous sommes mal assortis, quoi qu'il m'en coûte de le reconnaitre. Les conversations que nous partageons sont pauvres car nous n'avons en commun aucun centre d'intérêt. Je sens dans mes tripes, et je m'en horrifie, que jamais rien de durable ne pourra être par nous construit car surgira toujours, tel un spectre effrayant, son sentiment d'infériorité devant moi. Il m'a mise sur un piédestal que je ne mérite pas et me regarde d'en bas, les yeux émerveillés qu'une femme "comme moi" accepte de le fréquenter. Le poids de la société pèse sur ses épaules, qui dit que l'instruction que l'on n'a pas est un handicap à vie et qu'il empêche, comme le boulet de fonte au pied du condamné, de prétendre un jour à s'élever. Et au fond de moi, même si je lutte contre cet a priori, je sais qu'il a raison. Bientôt je m'ennuierai et le bien être ressenti dans ses bras n'y suffira pas.

Pourtant, au mitan de ses bras je suis si bien. Le désir puissant qu'il a de moi est comme un antidote au poison qu'est le doute qui m'étouffe parfois. Sa lucidité et la mienne viennent quelque fois ternir le repos de nos ébats car lui et moi savons, sans nous le dire, que demain ne sera pas. Nous vivons sans réfléchir, tentant d'oublier le fossé qui, hélas, existe et que l'on franchit le temps d'une nuit mais qui ne saurait l'être le temps d'une vie. L'autre fois ne m'a-t-il pas dit "tu vois, entre ces draps, là, nous sommes à égalité !"

Tout a été dit. Aveu de son impuissance devant un fait que je ne peux plus nier. Oui, on vient bien d'un milieu socioculturel et c'est un leurre de croire que l'on peut aisément s'en éloigner. Il est difficile de trouver un terrain neutre où se rejoindre pour construire à deux, en mélangeant harmonieusement nos individualités, si ce qui nous compose est par trop différent. La reconnaissance de cet état de fait m'est insupportable mais elle s'impose à moi et je ne sais pas si je possède les ressources nécessaires pour tout à fait m'en affranchir.

Je suis esclave de cette société, mais avant tout, je suis esclave du milieu où je suis née et je sais maintenant qu'il est inutile de frayer dans des eaux qui sont, par nature, contraires à mon épanouissement. Il en va de même pour lui, évidemment. Une relation doit apporter du bien être au-delà des draps et non pas des interrogations dont les réponses blessent et apparaissent comme une muraille infranchissable.
Ce constat m'afflige mais tu avais raison et, aujourd'hui, je voulais par cette lettre t'en faire part. J'aurais pourtant aimé que la vie te fasse mentir.

Je t'embrasse.

Colette. "

 

 

Trackbacks

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Commentaires

Je reste partagé...

Moi aussi, j'ai été choqué qu'un ami me dise une telle chose (des couples mixtes en l'occurrence) et moi aussi, quand 10 ans après je me suis séparé de la mère de mon fils je n'en ai été que plus amer.

Ceci dit, je crois que les différences culturelles, de milieu, de parcours, ne sont que des exemples de ce qui peut faire échouer (ou au contraire marcher) une relation... On peut venir du même milieu et n'avoir aucune entente sexuelle, venirt du même pays et avoir des valeurs, religieuses ou politiques par exemple, opposées, etc.

Alors... au fond l'amour est la rencontre de deux individus qui arrivent à se compléter, il y a forcément des différences (quelle que soit leur nature) mais ils en font une force. C'est là le miracle.

M. (nippophile mais moins nippone-phile ?)

Écrit par : M. | 13 mai 2009

Le monde est petit. La lettre fut postée de Trith-Saint-Léger (Nord) en mai 1940, deux jours après le début des hostilités. J'aimerai bien savoir ce que disait réellement la lettre !
J'ai bien connu cet endroit proche de la ville où j'habitais (bien des années plus tard, rassurez vous ! ) . Tous les soirs, de ma chambre d'enfant, je voyais le ciel rougir quand ils "coulaient" la fonte des haut-fourneaux. Bref, c'était une cité ouvrière et des plus rudes. La vie n'y était douce pour personne, je ne pense pas que les "maîtres de forges" même y habitaient.
Mais nous embête avec ces détails !... Sur le fond je crois que la différence de milieu, de culture et d'éducation est un handicap très difficile à surmonter. Mais il y a des exceptions.

Écrit par : imago | 13 mai 2009

Sans trop vouloir m'avancer, il me semble qu'il n'y a pas si longtemps justement dans "la société" les gens se mariaient entre eux pour garder titres et terres.

Mais n'est-ce pas non plus pour cela qu'il y avait des amants pour laisser s'épanouir sentimentalement et sexuellement la plupart des ses dames de la haute qui s'ennuyait avec leur égos d'époux ?

Colette aurait du rester bien blottie dans les bras de cette homme, au file du temps ils auraient pus s’apporter beaucoup et se compléter parfaitement, de son piédestal elle serait descendue et placé son amour à ses cotés. Ainsi ils auraient construire leur vie ensemble !
Oui je sais, je suis très fleur bleue !

Écrit par : Isis | 13 mai 2009

Nous évoluons tous dans un certain milieu socio-culturel et notre cercle d'ami(e)s dépasse rarement les limites de ce périmètre tracé dans notre inconscient.
Quand on semble faire fi du social, c'est le culturel qui revient à la charge ...
La toile permet de briser quelques barrières et faire se rencontrer des personnes qui n'auraient jamais pu imaginer le faire autrement ( ma présence ici par exemple )...
Cela me fait un peu penser au service militaire. Ce qu'il y avait de bien et de surtout passionnant ethnologiquement parlant, c'est que le diplômé parisien pouvait se retrouver dans la même chambrée que l'agriculteur breton. Moi j'ai eu la chance de la partager avec un viticulteur du beaujolais, entre autre ...
Ce choc des cultures permettait de prendre conscience que le reste du monde n'est pas forcément à notre image, et que la différence et souvent synonyme de richesse ...
Bref, tenter d'intégrer l'idée de tolérance !
Je veux bien croire que dans le rapport homme-femme, cette différence ne vienne immanquablement remettre en cause le lien établi !
Il y a heureusement des exceptions, mais lequel des deux a dû faire des concessions ?...
Vaste sujet encore une fois ! ;)
Bises.

Écrit par : Philo | 13 mai 2009

hum, ce n'est pas parce que l'on trouve un exemple qui confirme la règle que la règle n'a pas ses exceptions...
je n'ai d'ailleurs pas à aller loin pour chercher un contre-exemple: mes parents viennent de différents continents et de différents milieux socio-culturels. ma mère (française) vient d'un milieu modeste et a fait des études, mais moins que mon père (étranger) qui lui vient d'un milieu aisé et a fait une grande école. on peut venir d' un milieu socio-culturel modeste mais s'être cultivé à l'égal (ou mieux) que quelqu'un qui vient d'un milieu aisé. auquel cas on peut avoir plein de choses à partager.
à l'inverse, combien de gens qui viennent du même milieu sans pour autant avoir des choses à partager? beaucoup il me semble...
je pense que d'être du même milieu culturel est en effet important, je laisserais personnellement tomber le "socio" car je pense que le "socio" n'est pas un gage ni dans un sens ni dans l'autre...du moins au 21e siècle en France

Écrit par : columbine | 13 mai 2009

au fait Gi, je trouve original et élégant de votre part de poser une question, lancer un débat sous la forme d'une petite histoire. on ne peut pas appeler ces fables parce qu' il n'y a pas de morale. quelqu'un sait si cela correspond à un "genre" défini en littérature?

Écrit par : columbine | 13 mai 2009

J'ai mis du temps et de l'ardeur pour combattre ce qui me semble aujourd'hui une évidence...

Écrit par : nana de noailles | 13 mai 2009

Je ne saurai pas répondre.
Je ne sais pas. je ne suis même pas sûre d'avoir une idée sur la question.
Je n'ai pas vécu d'expériences qui..., je n'ai pas d'exemples sous les yeux.
Mais j'aime ce texte, la réalité, votre vérité sur la situation et cet attachement si troublant à cet homme.

Écrit par : Cloudy | 13 mai 2009

Pour répondre à Columbine, qui fait une remarque pleine d'à propos, ce genre littéraire est souvent nommé "conte philosophique".
Et je suis bien d'accord pour dire que celui-ci est joliment présenté et pose une question bien intéressante.

Écrit par : Libertin_123 | 13 mai 2009

Quant à répondre maintenant à la question de notre hôte, deux angles d’attaque sont possibles et également intéressants.
Le discours didactique comprenant l’énoncé des critères qui compromettent la durée d’une relation,
ou les exemples vécus, n’ayant pas force de preuve mais toujours plus impliquants.
Penchons pour le second.
Pour ma part, je viens d’un milieu fort modeste et de parents n’ayant pas atteint le baccalauréat. Je suis depuis plus de vingt belles années avec une femme issue d’un milieu que l’on qualifiait alors de notables de province après un mariage où le consentement des parents de la mariée fit défaut, mais pas obstacle. Alors qu’en déduire ?
A vous de me le dire, chère Gi.

Écrit par : Libertin_123 | 13 mai 2009

ah oui, conte philosophique, cela me plaît bien :- )

petite précision de vocabulaire: quand je dis même milieu culturel, je ne parle pas de même culture au sens de même nation etc. si on s'intéresse aux mêmes choses (enfin un dénominateur commun), le milieu social n'a pas d'importance.

Écrit par : columbine | 13 mai 2009

Quelle belle lettre... Colette!!!

Comme c'est malheureusement, souvent, vrai... aujourd'hui comme hier, n'est-ce pas?

Mais le monde d'aujourd'hui est tout de même un univers dans lequel l'ascenseur social a sa place. On peut "s'élever" et ainsi, atteindre par choix un milieu dans lequel on peut, en plus, tomber amoureux. (L'inverse est moins vrai. Quoique...) Ainsi je partage ma vie avec un homme d'origine paysanne alors que je viens d'un milieu très bourgeois. Mais nos professions nous rapprochent et nous ont donné une culture commune.

Écrit par : Magda | 13 mai 2009

La morveuse a grandi et vit sa 25° année...

Aux lecteurs de ce conte philosophique je veux dire que je maintiens ma position, le temps m'a enseigné à être moins catégorique parfois, mais concernant ce sujet je continue de penser que la différence de milieu sociale est un obstacle insurmontable. Cependant je veux préciser que c'est de mon point de vue, à savoir celui d'une femme, et que je pense que la réciproque n'est pas valable.

En effet, une femme de nos classes sociales ne peuvent pas il me semble avoir une relation avec un ouvrier par exemple, car l'homme a souvent bien trop de fierté et donc entretient avec la femme son complexe d'infériorité, en revanche je pense qu'on peut parfaitement concevoir l'inverse, c'est même assez fréquent finalement.

A Gi: je suis terriblement déçue d'apprendre que mes opinions parfois péremptoires ne sont pas que le reflet de mon pessimisme et semblent vraies.

Écrit par : gaius | 13 mai 2009

Ah.. toutes ces pesanteurs crasses qui nous rivent à notre petite condition...

Gageons qu'il existe quelques virtuoses capables de s'en affranchir.

Des paillettes dans la fange.

Écrit par : 502 | 13 mai 2009

Vous soulevez là un vrai problème dans la déclinaison des sentiments dans une relation amoureuse, c'est que les sentiments de l'autre remettent forcément en cause l'image que l'on a (que l'on veut) pour soi. Et là pas de miracle. On est capable d'assumer, voir de se remettre en cause à chaque fois, ou pas. Et comme il n' y a rien de vraiment définitif dans ce que l'on est, on ne peut rien attendre d'une personne qui choisit la facilité égoïste, comme Colette. La fatalité n'existe pas, ni les chemins tout tracés...
Colette qui dit : "Une relation doit apporter du bien être au-delà des draps et non pas des interrogations dont les réponses blessent et apparaissent comme une muraille infranchissable."
Je suis bien d'accord, peut-être Colette doit-elle s'interroger si elle même peut franchir ses propres murailles. Si elle a vraiment envie pour l'autre, ou si finalement ce n'est pas plus facile pour elle même de rester comme elle est, quitte à se que l'autre (les autres) souffrent...
C'est valable pour le milieu social, pour l'éducation, c'est valable pour tout et même souvent pour sa propre philosophie de la vie. Mais voilà, tenir compte des sentiments de l'autre c'est forcément se remettre en question soi même, et surtout les situations qui en valent la peine, et là il faut le vouloir... Je vous bizz...

Écrit par : Valmont | 14 mai 2009

Superbement bien écrit, comme toujours, à mon avis. Sur le sujet je n'ai pas grand chose à dire, "incompatibilité" se niche partout. Bises ma Gi

Écrit par : Bougrenette | 14 mai 2009

Allez zou, j'y fais d’une de mes opprobres préférées : « l’amour toujours ».

Les plus belles amours ne sont pas forcément celles qui durent. Que vit elle, la Colette dans les bras, dans les draps de cet homme ? N’est ce pas de l’amour ? Et peu importe qu'il dure ou qu'il passe. L'important c'est qu'il existe. Une seconde, une heure, un mois ou une vie...

Évidemment que le fossé existe. Qui faire ? S’en révolter ? Je n’ai pas l’âme d’un Che.
Par contre je sais que grâce à l’amour, grâce au sexe, les passerelles existent. Et ça, cela illumine ma vie. Car sans le sexe qui réunit, qui exalte et fait parler, il n’y aurait de passerelles que d’affrontement, et là, pour le coup, je deviendrai Guevara….

« Nous vivons sans réfléchir, tentant d'oublier le fossé qui, hélas, existe et que l'on franchit le temps d'une nuit mais qui ne saurait l'être le temps d'une vie. »

C’est l’histoire de la bouteille à moitié vide ou bien à moitié pleine. Faut il se désoler de ne pas franchir le fossé pour une vie ou bien se réjouir de l’avoir franchit pour une nuit ? Pour ma part, ma réponse et sans équivoque…

Écrit par : ZORG | 14 mai 2009

Bien parlé, Zorg !
Avec cette nuance tout de même : j'espère que vous parlez de passerelles qui se parcourent depuis les deux rives, et qu'il n'y a pas que vous que la vie illumine en les franchissant ?

Écrit par : Artémis | 14 mai 2009

L'incompatibilité de milieu, que ce soit les origines, l'éducation, la culture, la strate sociale, ... Elle existe. C'est un constat. Il faut une bonne dose d'intelligence de vie pour s'en accommoder, la surmonter ou bien tout simplement la rejeter. Même dans ce cas-là, quand on chasse le naturel, même dans la durée, tôt ou tard il revient au galop.

Écrit par : Lynx | 14 mai 2009

Votre lettre, signée non innocemment Colette, m'a fait penser à ce livre de Pierre Bourdieu : "La Distinction", dans lequel il montre comment les habitudes sociales sont des barrières destinées à tenir les uns éloignés des autres.

Joli conte philosophique, oui, car certains osent briser les barrières, souvent à leurs risques et périls.

La littérature épistolaire (Valmont...) sera-t-elle remplacée par celle dite internautique ? On aimerait recevoir des lettres aussi bien écrites !

Écrit par : Dominique Hasselmann | 15 mai 2009

Ce n'est pas le milieu d'où l'on vient qui compte : c'est la plus ou moins grande aptitude que l'on possède à en changer ...

Écrit par : JC | 15 mai 2009

Joliement tournée, votre lettre. Certains murs peuvent-ils se transformer en ponts ? Je ne me risquerai pas à répondre...

Écrit par : gballand | 15 mai 2009

On peut le regretter mais les statistiques sont cruelles : les personnes ont tendance à se marier (ou s'installer en couple) à l'intérieur du même milieu social...

Écrit par : Madame kévin | 15 mai 2009

Un couple ne survit à la passion fusionnelle première que s'il est capable de fabriquer et re-fabriquer en permanence du projet commun, se dotant par là d'une mémoire commune autre que celle des premiers émois.
Rien au départ, ni la communauté ni les différences socio-culturelles ne permettent d'en prédire l'avenir. Tout au plus peut-on estimer que plus les écarts seront grands, plus difficile sera le chemin.

Écrit par : Jef | 15 mai 2009

La différence socio-culturelle entre une femme et un homme serait-elle un tue-l'amour ? Quelle sorte de lien peut s'établir au-delà du lit et à ce qui nous y attache, qui tienne assez solidement pour résister à cette sorte de différence entre deux êtres aux univers dissemblables ?
L'attirance physique et l'acte sexuel mis bout à bout (enfin ce que j'en dis) n'y suffisent pas. Sinon pour un plaisir chapardé sur le sentier de la vie. Mais inscrire une relation d'amour durable exige plus que cela. Seulement ce constat ne vaut-il pas autant pour deux êtres qui seraient issus et évolueraient dans le même monde social et cérébral ?
Alors quoi ? Une telle différence serait donc une Loi s'imposant comme une forme d'inné inévitable de la relation ?
Non. Cela renvoie comme l'indique Valmont à l'image. l'image que l'on a de soi, celle que l'on idéalise aussi, ce à quoi on aspire ou on essaie de tendre consciemment à force de volonté, d'autoconviction. Seulement voilà, l'amour en tant que sentiment puise son énergie dans une pulsion (vitale ou sexuelle), qui n'a que faire de l'image sociale et de l'air du temps. D'où conflit, d'où défenses, résistances. Une bataille se joue. Entre nos pulsions inconscientes et nos aspirations conscientes, entre notre désir de reconnaissance et la reconnaissance de nos désirs ... Bien sûr, il y a peu de chances que cela tienne, pour peu en outre que l'Autre en face nous renvoie aussi l'image de celle ou celui conscient de ses limites et du décalage. Alors les liens se délient, sans haine, sans agressivité, simplement par déliaison ou destructivité.
Pourtant il arrive que certain(e)s passent outre cette apparente impasse, en partie imposée de l'exterieur, par la pression sociale et le besoin que l'on peut naturellement ressentir d'avoir à ne pas trop la subir, donc à s'y conformer par le haut.
Certains arrivent à nourrir ce lien entre deux différences, entre deux univers de pensée et de désirs conjugués, qui arrivent à trouver un solide terrain de communauté. Cela passe par la volonté, l'engagement, donc par une forme de conscience qui concilie la pulsion et le choix de vivre à deux, avec ce que cela implique d'envie d'être et de faire ensemble.
Alors mission impossible ou pas ? Quelle image acceptée et acceptable se fait-on de soi et de ce l'autre nous renvoie pour décider ou non que, malgré tout, cela en vaut la peine ?

Écrit par : celadon | 15 mai 2009

Zut de zut... voilà que Zorg et Celadon, 502 me piquent mes mots...tss j'aurais dû revenir réagir plus tôt.
Bref, les différences sociales,clturelles sont bien souvent une excuse pour ne pas sortir d'un certain conformisme et ne pas se remettre en question.
B

Écrit par : petite française | 15 mai 2009

Avec ma maigre expérience et je l'ai dit quelques fois ici ou ailleurs, tout est question d'équilibre... donc.
Bises Gi. @ +++

Ps : je passe toujours mais je m'excuse de ne pas laisser souvent de commentaires en ce moment. Quand est ce que vous venez ?

Écrit par : Pierre-Jean | 16 mai 2009

Les commentaires que vous avez faits, tous, avec votre sensibilité, vos idéaux, votre vécu, vos a-priori ont certainement enrichi la note de départ.

Il en ressort en gros deux catégories : ceux qui pense que Colette fait l'expérience de quelque chose qui est, inéluctable, insurmontable, et il y a ceux qui pense que cela n'existe que par la faute des protagonistes, et que Colette, peut-être, seule est à blâmer. Personne n'a tort ou raison car il y a dans ce type de réflexion bien trop de subjectivité, renforcée aussi par le vécu de chacun qui forcément donne une teinte ou une autre au questionnement de Colette.

Elle s'appelle Colette non pas par manque de modestie, comme une usurpation d'identité, non. Elle s'appelle Colette vraiment, et je la connais personnellement. Elle pourrait s'appeler Michel, Christine, Jean-Luc ou Marie-Chantal... Peu importe finalement son prénom, ce qui reste c'est l'humain confronté à une réalité haissable mais qui est. Et ce que je retiens en synthèse de ce qui a été dit et que me parait la clé c'est : il faut parler de différence culturelle et non pas socioculturelle. Enfin jusqu'à un certain point. En effet, le fossé entre deux milieux sociaux peut facilement s'effacer si les deux êtres qui s'aiment partagent un même niveau de culture (connaissances générales, curiosité de la vie, savoir littéraire, savoir empirique, savoir scientifique etc...) car alors il existe un terrain ou le couple se retrouve, se comprend et partage. Tout peut être construit sur des bases partagées et peu importe que l'un soit vert et l'autre bleu, que l'un soit paysan ou mineur et l'autre PDG ou instituteur. L'échange peut exister et des projets peuvent être élaborés, voir le jour et (per)durer.

En revanche quand le milieu social crée a priori un écart culturel, et qu'au niveau culturel en effet les deux amants ne partagent rien, n'ont rien en commun, alors, oui, le milieu social devient un frein, voir une muraille infranchissable, car ledit milieu social est à l'origine de l'écart et aucune culture individuelle (culture au sens le plus large possible du terme) ne devient commune et les deux être finalement ne se "rencontrent" jamais. Dans ces conditions qu'y a-t-il à construire si ce n'est un quotidien ou se partagent seulement un mode de vie, des tâches ménagères et un lit ? Pour moi, il n'y a rien à construire, qui dure ou pas. Seul peut-être, sur la proposition de Zorg, le partage d'un plaisir fugace qui se décline au présent, et jamais au futur. C'est une philosophie de vie comme une autre, mais quel être humain peut vivre sans projet ?

Merci à tous, encore. Continuons à nous remuer les méninges, continuons à ne pas être d'accord et à partager. J'aime ça ! :-)

Écrit par : Gicerilla | 17 mai 2009

c'est quand même cruel, faut il le dire. Qui d'entre nous, homme ou femme, n'a été confronté un jour à cette situation. Personnellement, je m'entends encore dire ce que mon amoureuse de ce moment m'avait dit: " Nous ne vivrons jamais ensemble, nous ne sommes pas du même monde". Elle s'appelait Barbara de S. J'ai été lâche ce jour là, car j'ai abdiqué. Aujourd'hui il n'en serait de même. Une autre fois, je me suis senti " jouet", mais un peu tard, dans les mais d'Alexandra, Baronne de ...;)

Mais franchement, ce n'est pas grave. "Une de perdue, ... une de perdue". Plus sérieusement, par contre, je me dis que: Oui, ces ensembles de barrières furent jugées nécessaires et étaient d'application dans un monde aujourd'hui presque révolu. Que oui, nous le vivons encore, parfois même entre des milieux peu distincts, mais où la petit distinction tient lieu de gouffre. Qu'aujourd'hui, nous n'avons plus le droit d'abdiquer. Qu'au contraire, il est quasi de notre devoir, de part et d'autre du pseudo fossé, de conscientiser le fait, et de pousser en première ligne les vraies qualités qui nous unissent: celles du coeur, qui sous tend celles du partage, de l'intimité, du devenir aussi de ce que sera l'Humain. Si nous voulons rester encore au stade de l'Homo Bagarrus, de la lutte entre hordes animales pour la survie, ok, abdiquons. Mais si je veux garder encore confiance en l'Humanité et son devenir, je lutterai dorénavant pour que ce genre de remarques ne trouve plus son terreau pour grandir. Alors:non: ce n'est pas une philosophie de vie comme une autre. Et si le monde ne peut changer du tout au tout ( ne soyons pas gourmands et rêveurs), qu'au moins chacun de nous dans son coin pense ne fussent que cinq minutes à ce qu'il a fait, ou pourrait faire pour que ce machin disparaisse, ainsi qu'en ses conséquences. Pour Elle, pour Lui,et pour les gamins vivants aujourd'hui.

Désir, Volonté. ET Passage à l'Acte...

Écrit par : GILGAMESH | 04 août 2009

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