18 juin 2009

ELLE - Escapade ibère

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 "Dis, tu m'emmèneras à Bilbao ?"

J'ai prononcé ces mots comme une enfant implorant un "oui" sans condition. Pas besoin de le prier car il est déjà d'accord. Il sera mon chauffeur, mon confident, mon souffre-douleur, mon réconfort le temps d'une virée en voiture. Je serai Thelma, il sera Louise au volant. Je ne le lui ai pas dit car, même si la comparaison avec Susan Sarandon est flatteuse, il n'a rien de cette rousse pulpeuse. Pourtant c'est avec cette idée de road-movie en tête que je lui ai proposé de devenir mon guide.

Le musée Guggenheim de Bilbao est notre destination. Découvrir enfin cette architecture incroyable qui défie les lois de l'équilibre tout en les respectant pourtant. Gerhy et ses audacieuses courbes faites de calcaire, verre et titane qui surplombent un plan d'eau transformant le bâtiment en un OFNI (objet flottant non identifié) aux yeux du rêveur qui le contemple au soleil couchant.

Passé l'émerveillement né de l'architecture étonnante, nous entrons dans ce temple de l'art moderne. Il est ici représenté en force et je crains en y entrant de ressortir dépitée comme c'est le cas souvent. J'ai en effet de l'art contemporain une bien piètre image comme j'ai l'ai déjà confié . En effet, je suis une instinctive, une émotive, une sensitive et devoir développer toute une thèse aux concepts pompeux devant une œuvre pour enfin lui trouver, au-delà de ses formes, du sens voire une forme de grâce est un exercice masturbatoire que je me refuse à faire. L'art doit enrichir ma vie, la rendre plus dense en apportant sa superfluité qui ne doit pas être dénuée de sens. L'art doit aussi flatter mes sens, ce que souvent l'art moderne ne fait pas. Bref, nous pénétrons dans le ventre de la bête pour découvrir les collections permanentes mêlées aux temporaires.

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L'intérieur est vaste, lumineux. L'agencement donne de l'espace aux œuvres exposées. Elles semblent respirer et le visiteur aussi. La lumière est partout, qui illumine le parcours sans aveugler. Un invité de passage en Takashi Murakami me permet enfin de mettre un nom sur des compositions florales de moi connues sans être reconnues. Je m'étonne qu'on appelle cela de l'art. Délire enfantin d'un adulte grandi trop vite qui façonne dans ses ateliers des personnages mi-comics trip, mi-mythologiques. Incrédule encore une fois devant des pièces qui se vendent des millions de dollars, je m'arrête un moment devant deux de ses créations à taille humaine qui me semblent un sacré concentré de fantasmes.

Fantasmes du japonais moyen ? Je m'interroge. Oui, le japonais comme tout homme nourrit bien des fantasmes mais il ne peut librement les exprimer dans une société qui doit garder la face. Murakami fantasme aussi, mais au grand jour lui, et il se donne le droit de se montrer tout en encaissant des dollars. Qui osera me dire en effet, que "My Lonesome Cowboy" n'est pas la représentation d'un fantasme, pour moi, indéchiffrable ? Voilà une représentation très "manga" d'un jeune-homme de type caucasien, blond échevelé qui éjacule en souriant avec enthousiasme, alors que le rictus de la jouissance devrait déformer son visage. Il tient son sexe dressé fièrement dans sa main et son sperme qui jaillit en un jet infini décrit des volutes improbables. Et cette pièce c'est de l'Art ? De l'art qui vaut 15 millions de $ ?
 

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Je délaisse Murakami, persuadée plus encore qu'il y a une forme de foutage de gueule dans l'art moderne. Non pas de la part de l'artiste qui crée ce qui lui plait, sous la forme qui lui plait, mais de la part des "spécialistes" qui décrètent que l'homme a du génie. Au fond, cette création me fait plaisir à voir, elle me réjouit même car elle a de la fantaisie. Mais cette fantaisie, je décide de la prendre au premier degré sans chercher à en faire une dissertation intello quand d'autres se torturent le cerveau pour y voir justement le génie auquel on crie. L'ériger en œuvre d'art et lui donner droit de cité dans un musée, c'est à mon avis une forme de mépris pour le visiteur, c'est lui faire croire, comme à moi, qu'il n'a pas la capacité de comprendre cet art qui le dépasse. Bullshit !

Toujours plus perplexe, certainement pas encore convertie, je passe dans l'autre section qui accueille l'artiste chinois Cai Quo-Giang (concepteur des feux d’artifice de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques). Si ses peintures à la poudre (explosive) me laissent indifférente, je suis subjuguée par son œuvre "Head on".

Imaginez, si cela se peut, une meute de 99 loups (construits à partir d’une armature en fer, du foin et des peaux de moutons) lancés dans une course folle, un peu comme Phaéton sur le chariot volé, qui décollent dans un envol mal contrôlé et se fracassent avec la violence de leur inertie contre un mur de verre. Une détermination aveugle les anime et ils ne voient pas l'obstacle transparent et donc incontournable. Ils suivent sans réfléchir le leader de la horde et foncent tête la première dans cette transparence contre laquelle ils s'écrasent, sans périr pour autant. Et ils repartent et recommencent n'ayant tiré aucune leçon de ce fracas.

J'y vois évidemment plusieurs messages et pour une fois s'impose une réflexion intello qui me fait aimer cette œuvre au-delà de l'image. Une allégorie de l'aveuglement des masses, du manque de réflexion individuelle et du pouvoir donné au charisme ou à l'autorité. Un fatalisme bouleversant qui s'exprime dans cette construction. Homo homini lupus vient me chatouiller les méninges même si cette sentence ne vient pas tout à fait à propos.  Quoiqu'il en soit, j'ai aimé cette mise en scène remarquable.

Aurais-je fait un pas en avant dans mon acceptation de l'Art moderne ? 

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Trackbacks

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Commentaires

Je dois vous avouer que j'ai beaucoup de mal avec l'art moderne : le jeune homme qui se branle et la meute de loups, entre autres, est-ce de l'art ou de la "belle" mise en scène ? De l'art ou du cochon.
Je crois que pour une grande partie de l'art moderne tout le talent des "artistes" consiste à une belle médiatisation, l'achat par quelques mécènes ou riches musées, et une bonne dose de culot !
Certes tout n'est pas à jeter, en général dans le milieu de l'art s'entend, la sincérité existe, le talent aussi rarement,
mais l'amateur d'art que je suis, plutôt tourné vers les inpressionnistes, l'expressionisme, le classicisme, ou l'art plus ou moins figuratif et/ou le symbolisme des formes et des couleurs de l'art dit moderne, ou je préfère contemporain, l'amateur d'art que je suis ne se retrouve pas dans des oeuvres comme la "branlette" de cette poupée barbie version mec ou la meute de loups. Exemples parmi d'autres. Je crois que certains "artistes" ont beaucoup de chance que la plupart de leurs admirateurs - admiratrices n'y connaissent pas grand chose (sourire), vous avez compris que je nous inclue pas dans ceux-là, c'est juste un débat. Biz à vous.

Ecrit par : Valmont | 18 juin 2009

je suis une grande fan de Frank Gehry et le Guggenheim de Bilbao fait partie de ma liste de musées à faire.
je me demandais ce que vous aviez pensé des sculptures de Richard Serra, qui est de l'avis de critiques d'art le plus grand sculpteur à l'heure actuelle.

question prix et art contemporain, je dois dire que je suis parfois estomaquée des prix. je visitais la plus grande foire d'art contemporain du monde récemment et vu les prix pratiqués (rarement 4 chiffres, fréquemment 6 chiffres), je me suis dit que c'était la foire de luxe. vu le prix d'une robe ou d'un sac de grand couturier, vu le prix d'une montre ou d'un bijou de luxe, je crois que je préférerais dépenser mon argent en objets d'art si j'avais ce type de budget. ce sont souvent les hommes qui achètent, peut-être dans la même démarche que leurs épouses qui passent leur temps dans les magasins de mode de luxe...

Ecrit par : columbine | 18 juin 2009

@valmont: je crois que l' art contemporain nécessite un effort "intellectuel", comme tout ce qui est nouveau et je ne suis pas sûre que les amateurs d' art que nous pouvons être auraient apprécié les toiles des Impressionnistes, des Avant-Gardistes et autres modernistes en leur temps.
n' oublions pas que Monet, Renoir ou d'autres comme les artistes de l'Avant Garde russe abstraite se sont vus dire exactement cela "certains "artistes" ont beaucoup de chance que la plupart de leurs admirateurs - admiratrices n'y connaissent pas grand chose". et que dire des artistes que le 3e Reich considérait comme "dégénérés"...
je pense que certaines oeuvres auront du succès de leur temps mais ne passeront pas la postérité quand d'autres auront besoin de la patine du temps pour être appréciées des efforts futurs. Picasso ne s'est pas vendu de son temps aux prix actuels et de ce fait a fait la fortune de ceux qui ont eu du nez au temps où il n'était pas connu/apprécié. l'Art Moderne (en gros dernière partie du 19e siècle jusqu'aux années 1970) est maintenant très apprécié parce que nous avons eu quelques décénies pour nous y habituer. pour ma part, j'ai vu Guernica pour la première fois quand j'aais 20 ans et je n'ai rien ressenti. je l'ai revu vers 35 ans et là ce fut une grande émotion. l' Art contemporain au moins depuis la fin du 19e (avant cette période l' art était moins libre, l'artiste suivait les désirs de celui qui lui commandait des oeuvres ) n'a cessé de faire débat, parce que c'est un monde en perpétuel changement, dont nous ne voyons que des bribes, des snapshots et que nous essayons de comprendre avec nos repères. certaines oeuvres nous sont plus accessibles que d'autres. il me semble que l'art est en ce moment très conceptuel ce qui complique les choses. sans doute que les générations futures porteront un autre regard sur cet art contemporain et nous saurons alors qui a eu "du flair"...

désolée d'accaparer les commentaires, mais toute fraiche de ma dernière bouffée d'art contemporain, je me pose comme vous beaucoup de questions sur ce qui me plaît, sur ce que je considère comme art et en la matière je dois reconnaître que je n'ai aucunes certitudes malgré mon "bagage culturel"

Ecrit par : columbine | 18 juin 2009

L'art moderne prétend illustrer des concepts, et aboutir néanmoins à un choc émotif, avec tous les problèmes de la pertinence de ces illustrations et de ces illustrations elles-mêmes..

Ecrit par : Jef | 18 juin 2009

Vous le dites très bien, le problème ce ne sont pas les artistes mais les « spécialistes », cela me fait penser à ces vins exorbitants parce que tel ou tel à décidé qu'ils étaient exceptionnels. La différence c'est qu'il est facile de trouver un vin qu'on aime à 5€ alors que pour l'art moderne il n'y a pas beaucoup d'opportunités abordables, même dans les grands salons comme la FIAC...

M.

Ecrit par : M. | 18 juin 2009

Quand dans le passé les artistes étaient les simples artisans d'une oeuvre artistique, on se posait moins de questions ! Il fallait surtout penser à survivre ...
La valeur d'une oeuvre c'est un peu comme le contrat d'un footballeur de renommée internationnale, cela peut devenir très vite indécent !
Ce que j'ai malgré tout appris et que je retiens, c'est que l'oeuvre contemporaine doit "choquer", dans le bon sens, comme dans le mauvais ...
Après, chacun est libre du message qu'il souhaite faire passer !
Je trouve l'installation de ces loups tout à fait étonnante, et je pense que je serais resté un bon moment à admirer ce chef-d'oeuvre et m'imprégner du contenu qu'il esprime très bien !
Quant au manga masturbatoire, cela change un peu des japonaises sexy que l'on trouve en figurines ...
Bises Gi.

Ecrit par : Philo | 18 juin 2009

Pour moi l'Art est une question de sensibilité autant de la part de l'artiste que de celui qui saura apprécier, c’est joli, ça me parle alors ça me plait, comme Valmont je suis plutôt classique et aime beaucoup l'Art nouveau particulièrement Gustav Klimt. (Ses œuvres furent également très critiquées dans un premier temps) A croire que ce qui est nouveau dérange.
Toutefois l'Art déco que j'apprécie également venant en contre pied à l'Art nouveau dans le domaine du design et de l'architecture avec Le Bauhaus notamment plus proche de l'ère industrielle et qui a introduit des matériaux comme l'acier et le béton matières qui prennent aujourd'hui une place prépondérante dans le quotidien des foyers!
Je travaille proche des architectes, et je sais de quoi je parle.
N'est ce pas le propre de l'être humain de porter d'abord ses gouts sur des repères connus, et faire adhérer l’opinion à quelque chose d’innovant n’est pas si évident que cela.
Alors ouvrons nous, mais j’admets que parfois y'a de l'abus!
Le musée Guggenheim, une pure merveille d’Art contemporain.
Merci Gi, pour ce message fort intéressant.

Ecrit par : Miss Anis | 18 juin 2009

nous assistons actuellement au triomphe de l'art spectacle , les musées sont des cathédrales et il y faut des reliques , les oeuvres doivent être vastes , racoleuses , un brin provocatrices et immédiatement compréhensibles , c'est l'art de Mr pinault, des éditions taschen.

Coloré , bling , bling , simple , choquant , grand

je n'aime pas cet art fait finalement pour les masses , l'art est plus complexe ,je comparerai cela à des textes de philosophie , on ne peut les comprendre sans un apprentissage , sans effort sur soi.

cela est pareil , comment comprendre une oeuvre d'art d'un artiste mexicain si on ne se penche pas sur son parcours , si on ne regarde pas la progression de ses oeuvres , on y decouvre son vocabulaire , ses gammes et ses intentions.

l'art pour tous n'existe pas , et les impressionistes plaisent parce que l'education depuis c'est faite , mais en regardant les tableaux de ceux ci et ceux de leurs contemporains on comprend pourquoi ils ont choqué et étaient refusés par le public non averti.

à l'epoque vous n'auriez pas acheté monet mais forain au mieux l'ecole de barbizon.

l'art de son temps oblige à une revolution , une mise en danger de ses gouts et aussi une immense ouverture aux autres.

tout n'est pas bon et il y a des milliers de suiveurs , de rigolos ou d'escrocs, mais il existe un art non bling bling , et pourtant tres puissant , il n'est pas encore au guggenheim , mais les musées ont leurs reserves pleines de ce qui à l'epoque plaisait.

le temps sera le juge de paix de cela.

les artistes cités sont des jouets de milliardaires , mais ils ne sont pas bon , pour le chinois la citation est trop littérale , trop evidente , et l'oeuvre est trop sur vitaminée pour toucher.

notre japonais , lui n'est qu'un illustrateur de sacs , aucun interêt

Pour ce qui est u prix , l'art est cher car c'est un luxe , rien ne justifie le prix , si ce n'est la loi de l'offre et la demande.

il existe des oeuvres plus accessibles et pourtant excellentes y compris à la foire Bâle que j'ai visité moi aussi.

il faut monter au premier étage et discuter avec les galeristes , c'est un monde fermé , avec des charlatans et des serieux mais les serieux pourrons vous proposer des oeuvres pas chere.

je pense à un hans peter feldmann vieil homme de 70 ans tres connu des artites et des initiés , immense artiste , il vend une oeuvre 500 euros.

c'est un billet de 1 dollar , l'intervention de l'artiste , un nez de clown peint sur le visage de wasighton , l'oeuvre est amusante mais elle contient tellement de sens , voila le vrai art ...

il apporte enormement

Ecrit par : waid | 19 juin 2009

L'art contemporain ... est une sorte de miroir, dont l'image ne reflète que l'air du temps, exagérant de façon parfois exubérante les travers de la société dont il n'est qu'une expression, qu'une caricature, sinon qu'une critique lorsque l'oeuvre est portée par la conviction ou la révolte d'un artiste. L'oeuvre de Murakami et les sommets atteints par la cotation de certaines de ses pièces interroge en effet sur l'art et sa place dans notre société, la mercantilisation d'un petit nombre quand la plupart s'expriment dans l'anonymat sinon le silence. Je n'adhère pas davantage à l'oeuvre de Murakami, mais je dois reconnaître à la fois l'orginalité de son expression et la réalité du travail réalisé.
@Philo : il y a aussi une sexy girl japonaise manga en vis à vis de l'étalon.
Quant à l'oeuvre permanente de Richard Serra, la Matière du temps, à voir, à ressentir cette emprise de la matière, l'oeuvre vue de l'intérieur et en perspective, rousse.

Ecrit par : celadon | 19 juin 2009

@waid, j'ai déjà fait cela, discuter avec des galéristes au gré des promenades, leur demander ce qui était dans mes prix, mais pas à la foire de Bâle, sans doute parce qu' à chaque fois que j'ai demandé des prix, ils étaient astronomiques et j'en ai conclus que tout étaint inabordable...je suivrai votre conseil l'an prochain et au lieu d'essayer de tout voir comme dans un musée (ce qui est impossible même sur deux jours), je me concentrerai sur le 1er étage (bien différent du rdc, c'est vrai mais je ne savais pas que cela valait aussi pour les prix)...:- )

Ecrit par : columbine | 19 juin 2009

En premier lieu, je suis un fan du musée Guggenheim de Bilbao.
Il magnifie les berges de la rivière qui le longe, s'insère très bien et même rehausse le quartier dans lequel il se trouve.

L'intérieur est étonnant et la lumière, les espaces et les perspectives qu'il propose sont superbes et magnifient les oeuvres que le musée présente.
D'ailleurs rares sont les musées qui permettent de présenter efficacement des oeuvres aussi monumentales que certaines de celles auxquelles ont y est "confronté".

Ensuite, même si tu fais en partie preuve de scepticisme, j'aime bien la sélection d'oeuvres que tu nous montres.
Elle est éclectique.
Esthétique pour la première.
En clin d'oeil pour la seconde (j'aimerais beaucoup savoir faire ce que le personnage propose *rire*).
Et je suis resté scotché par la photo de la meute de loups (la seconde photo tout particulièrement), alors si je l'avais vue sur place...

Enfin, oui, il y a le problème du prix des oeuvres.
Foutage de gueule, parfois oui, dans un sens.
Oui, si on met en regard le montant délirant d'une oeuvre contemporaine en forme de pied de nez, avec le labeur nécessaire d'un commerçant de quartier par exemple pour atteindre la même somme (somme qui lui sera peut-être totalement inaccessible d'ailleurs).

D'un autre côté si l'oeuvre d'art ne valait toujours que le prix des ingrédients qu'il faut pour la produire, majoré de 20% (comme pour les produits industriels par exemple), il n'y aurait simplement plus d'artistes !
Certaines oeuvres sont un luxe pour une toute petite minorité de riches. C'est ainsi et ce n'est pas très moral car cela concentre trop les richesses sur des biens socialement peu productifs mais c'est un débat bien plus vaste d'organisation de notre société.

En attendant, tant mieux pour les artistes qui peuvent en profiter.

Bisous contemporains !
L

Ecrit par : Libertin_123 | 19 juin 2009

Ça me donne envie d'y aller. Il y a aussi le Palais de Tokyo au Palais de Chaillot et, depuis le 3 juin, le musée de la Pointe de la Douane à Venise qui présente les collections du milliardaire français François Pinault.
Bien qu'il soit aux antipodes de ce que je suis censé aimer, l'art moderne me fascine. Cette horde volante de loups par exemple... à priori ont nous dira que c'est affaire de spécialiste, qu'il faut être éduqué pour apprécier ; on peut discourir sur l'histoire de l'art et dire qu'en leurs temps Botticelli ou Vinci faisaient de l'art moderne et si on aime les paradoxes dire que Picasso était un "classique" ; tout cela m'est bien étranger et la seule question que je me pose est : pourquoi ressenté-je une émotion artistique en voyant, au Palais de Tokyo, un robot industriel dans son enceinte grillagée - j'en installais d'identiques dans l'usine qui m'employait - lancer de façon aléatoire, en moyenne toutes les minutes, des bouteilles qui vont s'écraser avec fracas, dix mètres plus loin, sur une forte tôle. C'est peut-être de l'art parce que ça ne sert à rien ; que ce n'est qu'une forme vidée de son sens, comme des gens qu'on voit parler au travers d'une vitre sans savoir de quoi il parlent.
Quant aux prix ; comme disait Coluche : "tant qu'ils trouvent des cons pour acheter" ...

Ecrit par : imago | 19 juin 2009

Pfiou, ces loups, comme je les trouve impressionnants!
Je partage votre avis sur bien des oeuvres contemporaines, comme dit un ami ici, "Duchamp a tué l'art". Le ready-made, l'art conceptuel se sont mués en foutage de gueule monumental qui me laisse bouillante de colère dans bien des vernissages et bien des musées.
Mais finalement... ces oeuvres merdiques ne font que noyer quelques grands artistes dans la masse, tout comme l'art pompier noyait l'impressionniste...
Si l'on y voit moins de métier, d'artisanat, c'est vrai que cela nous agace ; mais entre le type qui met un pot de fleur sur un bout de moquette et signe son caca nerveux, et le type qui peignait de jolis culs nus de nymphette en 1870, où est la différence artistique finalement?

Ecrit par : Magda | 20 juin 2009

Si je puis me permettre, Magda, étant peintre, comme vous dites, de culs nus ; je puis vous assurer qu'une fois qu'on sait le faire ( facile à dire, je sais ) cela devient, si l'on n'y prends pas garde, une sorte d'artisanat. Il faut donc toujours être en éveil, pour capter le petit supplément d'âme qui fera que... La petite intuition géniale, le regard... sans oublier la technique tout de même. Comme disait Brassens "sans technique un art devient une sale manie..."
Quant à savoir ce qui est de l'art et ne l'est pas. Je crains fort que cette question dans l'absolu, n'ait pas de sens. C'est affaire d'expérience personnelle et malheureusement beaucoup de conditionnement culturel - religion ?- ; sans parler du fric et du snobisme. Mais il ne faut pas dénigrer cela ; c'est tout ce à quoi on peut encore se raccrocher, pour ne pas être définitivement des consomateurs lambdas.

Ecrit par : imago | 20 juin 2009

Euh, y a pas une place pour moi dans ce road movie de rêve?
Trop trop envie d'y aller!

Ecrit par : pascale | 22 juin 2009

@ colombine

si tu veux l'art le plus avant gardiste de jeunes artistes de moins de trente donc plus abordable , je te conseil d'aller à deux foires sui sont en même temps qu'art basel ,il s'agit de liste 10 et volta

là c'est la pepiniere , generalement c'est là que les grandes galeries font leur marché avant de lancer le jeune récupéré

y on été vu , jonathan monk ou nan golding qui sont devenu des vedettes

Ecrit par : waid | 22 juin 2009

ah oui volta, mais je n'ai pas eu le temps d'y aller. j'y réserverai du temps l'an prochain...en fait je m'organiserai mieux l'an prochain!
j' adore, mais vraiment adore Nan Goldin mais les foires que tu cites n'existaient pas quand elle est devenue célèbre :- )

Ecrit par : columbine | 22 juin 2009

@ Valmont : à la première lecture, je suivais globalement votre raisonnement mais avec un bémol. Et puis, d'avoir lu les enthousiasmes et les explications de certains m'a donné envie d'aller un peu plus loin.

@ Columbine : j'avoue, Serra m'a laissée froide. Ses sculptures titanesques de tole rouillée m'ont épatée, étonnée par leur gigantisme. Leur signification m'a échappée. En effet, l'art est cher et je suis assez d'accord avec vous pour m'acheter de préférence une pièce qui me plait qu'un sac à main D&G ! Et puis, merci d'avoir eu envie de partager, d'interpeler sur le sujet. J'ai envie de Bâle avec vous. Qui sait ?

@ Jef : le principe me convient mais avec moi bien souvent, trop souvent, pas de choc émotionnel à la clé. Juste une réflexion aux forceps pour tenter de comprendre pourquoi ça c'est de l'art !

@ M (30) : et encore, M, pour le vin, il ne s'agit pas d'élucubrations intellectuelles mais véritablement de critère de "bon" ou pas "bon". Cela dit, je me suis plus régalée avec un Faugère discret qu'avec le seul Petrus 63 que j'ai jamais goûté. Finalement, vous avez peut-être raison !

@ Philo : oui, comme dit Jef, provoquer une émotion, pourquoi pas choquer, mais comme vous dites, mais choquer dans le bon sens car j'ai vu il y a quelque temps dans une galerie parisienne quatre petites toiles rectangulaires disposées pour former un rectangle plus grand, tendues de toile blanche, sur lesquels il y avait des auréoles jaunardes, irrégulières et j'ai appris que c'est le grand maitre Warhol qui avait pissé dessus ! Là, je trouve que c'est du foutage de gueule, pas de l'art. Si l'art c'est oser, alors pourquoi pas des excréments, du sang de mentrues, de la morve etc... comme matière première à des expériences graphiques ? Oui, sous l'étiquette Art pourquoi ne pas se permettre n'importe quoi...

@ Miss Anis : bien sûr que nos goûts évoluent aussi au gré de modes. Je hais les modes plus encore dans le domaine de l'art. S'il s'agit d'innover, je veux bien considérer d'un oeil bienveillant l'avant-garde que représentent certains artistes, mais in fine ce qui compte, c'est que ça me parle, c'est que ça me plaise, à la mode ou non !

@ Waid : merci de ton intervention. A force tu finiras par me convaincre ! :-)

@ Celadon : pour en avoir déjà discuté avec toi, je suis d'accord. Pour Philo, voilà le lien vers la Manguette aux gros seins :
http://www.okaygreat.com/wp-content/uploads/2009/03/takashi-murakami2.jpg

Ecrit par : Gicerilla | 22 juin 2009

@ lIBERTIN_123 : Vous abordez un point intéressant et, bien que je ne sois pas descendante de paysans, il me parle. La somme du labeur et la valeur. Exactement. Je suis pour la rémunération de la création d'autant plus si celle-ci a coûté en sueur, en réflexion, en manque de sommeil... Je ne suis pas pour des millions de $ même si j'apprends que la fabrication des ballons de Jef Koon fait appel à une technique de pointe, à une équipe de plasticiens nombreux et de talent... Le résultat me laisse froide, exposé à Bilbao ou à Versailles. Le prix me déconcerte et m'empêche peut-être aussi de sereinement considérer la qualité de l'oeuvre en allant au-delà de mon a priori mercantile.

@ Imago : mais comme vous le dites si bien, des émotions vous sont venues, comme à moi devant mes loups, et c'est la preuve que l'oeuvre véhiculait quelque chose, autre chose que la simple inventivité ou le culot d'avoir osé. Et comme d'autres l'ont dit ici, ce qui nous parait incroyable deviendra une référence standard demain et tous s'étonneront des couilles qu'il aura fallu (il parait que ça se situe là) pour avoir osé en son temps une telle création. Oui, peut-être...
PS : je suis contente de vous revoir.

@ Magda : je souris ! Je souris car vous dites vous aussi quelque chose qui me parait juste. Le savoir-faire, la dextérité, la technique, l'artisanat comme vous dites, toutes ces qualités qui semblent manquer parfois à certaines oeuvres modernes, qui me fait déprécier la valeur de la chose. Il est vrai qu'il faut que j'admire l'artiste parce qu'il sait faire et moi je ne sais pas. C'est de cette vision étroite que j'ai de l'art dont je parlais dans ma note. S'il n'y a pas admiration, si je ne reconnais pas du "travail" alors je ne suis pas impressionnée, subjuguée, charmée. Le "travail" d'un Rodin par ex. est évident et du coup pas besoin de se masturber le cerveau pour que naissent des émotions. Mais l'admiration de quelle maestria pourrais-je avoir devant une pissotière érigée en oeuvre d'art ? J'ai du mal...

@ Pascale : ah, mais quand vous voulez, il suffit de vouloir et de s'organiser ! Bienvenue ici :-)


@ Waid, Celadon, Imago, Columbine etc. Merci pour le débat.

Ecrit par : Gicerilla | 22 juin 2009

Merci pour la Manguette aux gros seins, j'adooore !!! :)
Bises comblées ...

Ecrit par : Philo | 23 juin 2009

ce sont de vrais loups empaillés?
Etonnant comme le gigantisme des œuvres a de l'effet...

Ecrit par : fbd | 23 juin 2009

j'avais vu des photos de ces oeuvres mais voir les originaux...

Ecrit par : fbd | 23 juin 2009

je ne connaissais pas cet artiste chinois.
merci de cette initiation.
car j'aime beaucoup ce défilé de loups.

Ecrit par : charl' | 26 juin 2009

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