09 juin 2009

ELLE - Je ne vis pas ma vie...

illusion.jpg

Je glisse ma clé dans la serrure.

J'ouvre la porte de mon appartement. Un bel appartement très lumineux, inondé de lumières, triple exposition, s'il vous plait. Les bras chargés de sacs du supermarché, je pense. Oui, je pense. Je pense à cette phrase qu'il m'a dite il y a quelque temps. Une phrase qui m'avait fait mal sans intention de le faire pourtant. Il parlait de lui. J'étais son miroir. Il me parlait mais se parlait à lui-même en fait. Et ses mots se plantaient tout droit dans ma peine. "Je ne vis pas ma vie, je la rêve."

Constat insupportable que j'aurais dû conjurer en disant "mais non, que me dites vous là..." Je n'en fis rien car une voix en moi criait, alors que je tentais de l'étouffer comme on veut oublier un cauchemar "oh, comme je vous comprends... J'ai la même impression !"

La clé tourne sans peine dans la serrure. Le pene coulisse et je rentre dans mon appartement. Il est vide. Joli, mais vide. Je ne suis pas triste. J'aime ma solitude. Je suis une solitaire. Je ne le savais pas. Adolescente, la solitude me faisait peur. Plus maintenant. Je l'ai apprivoisée. Deviendrais-je vieille louve, errant sans meute, mourant sans meute pour me pleurer ? Plus le temps passe, et plus je me suffis à moi-même. Plus le temps passe et plus ma vie me parait éthérée. Ethérée ? Non, finalement, car ma vie est ancrée dans la matière grâce au toit qui m'abrite et au travail qui me permet de vivre dignement. Ethérée pourtant, car ce qui me fait vibrer bien souvent ne sont que des mirages issus de mon imagination désirante, des rêves de ce que pourrait être ma vie si seulement... Je projette ce que je pourrais faire mais pourtant ne le fais pas. L'acceptation comme on tend la joue droite.

Bientôt, le lit ne m'apparaitra plus si grand, plus si froid. Bientôt, je dormirai en plein milieu, ne laissant aucune place à de nouveaux possibles. Bientôt, être "une" me semblera un état parfait, alors que le Club Med me rappellera toujours que je ne suis pas dans la norme et qu'il est juste d'en être pénalisée. Occupation double, moitié du prix, vous y comprenez quelque chose ?

Et puis, est-ce que cela compte après tout ? Bientôt, je serai fatiguée de partir seule, de voyager seule, de sortir seule. Bientôt, tout me sera indifférent. Je resterai seule à rêver.

Déjà, je sens que les caresses de l'amant ne me manquent plus. La Nature est bien faite. Elle s'adapte. Elle accepte le vide mais le remplit immédiatement par autre chose. Moi, ce sont les rêves. Déjà, le sexe ou plutôt son absence me laisse indifférente. Je rêve. Je repense à celui qui un jour articula cette phrase "Je ne vis pas ma vie, je la rêve." Il lit beaucoup, il connait tant de choses. Nous somme si différents et pourtant cette petite phrase, anodine, nous rassemble. Est-il malheureux, est-il heureux ? Je crois que, lui, sait être heureux.  Qui a dit que l'homme ne pouvait pas être heureux sans illusions ? Quelles sont les miennes. En ai-je encore ?

Et vous, vivez-vous ou rêvez-vous ?

A JMZ.

 

Trackbacks

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Commentaires

Permettez-moi de vous dire que vous filez un mauvais coton chère Gi !
Devant déjà me résoudre à ne plus voir frétiller votre Eros qui me plaisait tant, j'ai l'impression que vous vous laissez aller à une sorte de sombritude qui ne vous ressemble pas.
Faites-nous rêver bordel !!!
Nous aussi ...
Bises.

Ecrit par : Philo | 09 juin 2009

je vis mes rêves, mais les rêves sont plus difficiles à vivre qu'à rêver. en fait, vivre ses rêves tue souvent les illusions mais c'est à ce prix que l'on vit vraiment je pense

votre billet me fait penser à cette phrase que j'ai lue (de Karl Barth je crois) et que je retranscris de mémoire et donc très approximativement: rêver c'est bien, mais pas trop longtemps car un rêve non réalisé se transforme en cauchemar

sinon, ce que m' évoque votre billet, c'est le sentiment qui est joliment exprimé dans cette chanson de U2: "Stuck in a moment"

Ecrit par : columbine | 09 juin 2009

Ma première réflexion a été « les deux, commandant Gi », notamment car chez moi, l'adaptation de la Nature n'est pas synonyme de résignation, bien au contraire.

Et puis j'ai repensé à cette phrase lue il y a (très) peu :

« La vie est un sommeil, l'amour en est le rêve, et vous aurez vécu, si vous avez aimé. » -- Alfred de Musset

Alors je ne peux que vous enjoindre à vivre mais surtout à rêver. Non pas comme le regret d'un présent non-conforme à vos attentes, mais comme l'espoir d'un futur qui le sera plus.

« Se préparer au pire, espérer le meilleur, prendre ce qui vient. » disait Confuscius. N'oubliez donc pas le tiers médian ;)

M.

Ecrit par : M. | 09 juin 2009

Je découvre en ce moment, moi aussi, à quel point je suis solitaire, finalement. Ça me permet de rêver ma vie et de réaliser mes rêves.

Au fond j'aurai pu écrire ce texte. A la différence que je l'aurai fait sur un ton joyeux, comme un aboutissement jubilatif. Après avoir subit (le couple, les enfants, le boulot,...) je rêve enfin...

YYEESSS !!

Ecrit par : ZORG | 09 juin 2009

tiens, apparemment je ne suis pas le seul à penser ainsi :

http://hommemodele.com/2009/06/enfin-seul/

Ecrit par : ZORG | 09 juin 2009

Ce soir, je manque cruellement de mots pour m'exprimer mais une seule phrase me vient à l'idée...
J'en ai assez de rêver ma vie, j'ai décidé de faire vivre mes rêves et pour y arriver, je vis un cauchemar... Pas de panique, je vais finir par me réveiller.

Ecrit par : Syanna | 09 juin 2009

"On n'oublie rien de rien, on s'habitue c'est tout" a dit Brel, eh bien c'est votre cas Gi, l'habitude est une seconde nature... Je trouve allais-je dire votre post désespérément beau... de lucidité, mais de lucidité "dangereuse"... Celle inspirée par votre complice involontaire et rassurante, cette partie de solitude que vous n'aimez pas, et qui elle vous aime trop, et qui vous souffle à l'oreille que vous êtes bien ainsi toutes les deux, ce que moi je ne crois pas... ET je vous crois capable de rompre avec cette "compagne" trop encombrante... Ne vous habituez pas pendant qu'il en est encore temps... Biz.

Ecrit par : Valmont | 09 juin 2009

Tout le monde vous appelle tendrement "Gi", alors permettez moi de le faire moi aussi ! ;-)

Eh bien, j'ai l'impression de vivre un peu ce que je vous écrivez, même si, ce n'est pas tout à fait la même chose. En réalité, je commençais tout juste à me dire en début de semaine : "Agatha !!! Réveille-toi ! Vis au lieu de rêver. Le célibat, c'est bien, mais tu n'es pas faite pour ça !"

Vous m'avez touchée, j'espère que vous ne vous engluerez pas, que ce billet vous apportera une lueur d'espoir et que par la suite, vous ne ferez que vous rapprocher au plus près de vos rêves. Vous êtes tellement généreuse dans vos textes, que vous ne pouvez qu'être heureuse et on sent que vous avez tant à faire partager.

Maintenant, on se réveille !!! Debout là-dedans !!! :-)

Ecrit par : Agatha | 09 juin 2009

Il y a dans ma vie un rêve que j'espère vivre un jour...
Mais le rêve comme tel fait partie de ma vie, il m'aide à écrire
(MERCI beaucoup pour ton commentaire qui m'a fait chaud au coeur)

Ecrit par : Coumarine | 09 juin 2009

Mais vous savez, Gi, on peut aussi être en couple et avoir besoin de s'échapper dans le rêve !

Quelle que soit notre vie il y aura toujours des manques, des insatisfactions... et de la place pour son "imagination désirante" ou même délirante ! Le rêve aide à la fois à magnifier quand tout est terne ou trop rude, et à jouir de ses plaisirs quand on les tiens dans la main, pour les goûter deux fois plus.

Je crois que le plus important est de parvenir à assumer ses désirs (les reconnaître, les nommer, les accepter comme légitimes), qu'ils soient satisfaits ou non, qu'ils soient communs ou extraordinaires, qu'ils soient partagés avec quelqu'un ou pas.

Et alors les rêves sont un enrichissement et non plus la simple expression d'une frustration, ils sont le double de notre vie, nos compagnons fidèles, modelables à souhait. Je m'amuse parfois à rejouer sans cesse des scénarios, ajustant les variantes, posant des hypothèses, faisant les questions et proposant mille réponses. Cela peut être aussi jouissif que de vivre vraiment les situations, qui, dans la vie "réelle", peuvent finalement s'avérer si banales ou décevantes.

Ecrit par : Artémis | 10 juin 2009

J'ai fait un r'Eve
Il était ailes
elle était île
amour sans trêve
Image brève
Vie qui défile

Ecrit par : celadon | 10 juin 2009

Une nouvelle fois, profondément, vous m'avez touché, par vos mots, votre vie, votre regard sur vous même, ce talent à analyser vos émotions, vos souvenirs, et ceux qui vous entourent. Les rêves un vaste débat sans fin, tout comme l'amour, et l'un sans l'autre, il y a un manque, un vide, un trou dans le paysage. Vivre sans rêves est impossible je crois. Je vous embrasse fort.

Ecrit par : Bougrenette | 10 juin 2009

Une amie m'a dit un jour "Tu me fais rire! Tu vis ta vie comme une héroïne de roman, tu me fais penser à Emma Bovary!" Alors vous pensez bien, chère Gi, que je la rêve ma vie! Ce qui ne m'empêche pas pour autant de la vivre aussi...
Pour ma part rêve et réalité se conjuguent au quotidien, se complétant en proportions variables selon les moments... Parce que le rêve est parfois refuge mais aussi lieu de tous les possibles... Parce que la réalité est parfois lieu de tous les possibles où les rêves se concrétisent... :-)

Ecrit par : Rouge | 10 juin 2009

Un dandy de notre connaissance me demandait récemment que devenait mon rêve, un projet de vie dont je lui avais parlé en confidence. Je lui avouais que je ne me donnais pas les moyens de le vivre, par paresse surtout. Il me confia alors qu'il aimait les rêves que l'on concrétise. A mon avis, il y aurait beaucoup à dire là dessus...
Je ne suis pas certaine que l'on doive réaliser tous ses rêves.
Mais on ne peut pas davantage vivre toujours dans l'irréel, dans l'espoir chimérique, dans la frustration au risque de tomber dans le pathologique. Rêver sa vie me semble à ce titre dangereux. Par contre, faire de sa vie un "rêve éveillé" en étant acteur de ce rêve, transformer sa vie au jour le jour, c'est une autre histoire.

Ce que vous écrivez de la solitude est émouvant mais, Chère Gicerella, emprunt d'une tristesse qui ne vous ressemble pas. Je comprend que parfois la solitude pèse et que les mots sont dérisoires pour la combattre. Etant une solitaire, je m'en accomode en fait, depuis longtemps.
B

Ecrit par : petite française | 10 juin 2009

Quelle touchante note.
Elle me "parle" encore une fois.
J'accepte à peine, cet état de solitaire, je me tolère un peu plus, j'arrive à vivre avec moi sans souffrance.
Pourtant...

Ecrit par : Cloudy | 10 juin 2009

Rêves, monde onirique, Eden entraperçu au détour d’un tableau, d’une musique, fantasmes inassouvis, épopée imaginaire, errements fabuleux, ronde insaisissable des désirs interdits, …
Ils peuplent nos nuits de leurs silhouettes scintillantes…
Laissons-les vivre et s’épanouir dans notre esprit.
Ils ont leur place, leur rôle.

L’imaginaire compose une partie de notre être…

Ecrit par : Libertin_123 | 10 juin 2009

Hey Gi, je comprends mieux ton com. laissé chez nous sur grosse teuf!
Oui les bêtes ne se posent pas de questions et nous à la fois nous en posons parfois trop...
Je dis et redis l'appétit vient en mangeant, mais c'est applicable pour tout...Si tu te mets à la diète tu auras de moins en moins faim, alors je ne sais pas s'il est possible de souffrir d'un genre d'anorexie affective, mais lorsque tu as un doute, y'a pas de doutes!ça c'est ma phrase fétish!
Et comme tu souffres de ta solitude, tu prends ton arc, tes flèches, et allez...à la chasse!

Je t'embrasse fort et la prochaine fois, s'il te plait, fais nous rigoler!

Ecrit par : Miss Anis | 10 juin 2009

"Plus est en vous"

(Vous le savez, nous le constatons ici... Et ailleurs)

Ecrit par : Lynx | 10 juin 2009

Je réitère, mon commentaire à encore disparu...
Donc, oui, ça ressemble à une ch’tite déprime du printemps ou bien?
Tu n'aimes pas ta solitude? Elle te pèse? Alors tu vas prendre mon vieil adage en compte le genre qui dit : "quand t'a un doute y'a pas de doutes", tu prends ton arc tes flèches et tu parts à la chasse...
Gicerilla chasseresse…j’aime assez, pas toi ?
L'appétit venant en mangeant faut bien commencer à un moment donné, hein.
Et s'il te plait, la prochaine fois je veux te (voir) lire avec la banane!(sans mauvais jeu de mots)
Grosses bise à toi

Ecrit par : Miss Anis | 10 juin 2009

La sincérité, la délicatesse de tes propos, la fragilité qu’ils sous-tendent sont bien émouvants..
En même temps on perçoit en toi comme une solidité, une cohérence de l’être, sans doute due à une recherche constante de la vérité, une sorte de lucidité interrogative, une franchise qui te permet de bâtir ta vie et ta personnalité sur des bases, des repères qui te servent de guide.
Ah ! Complexité de l’âme !…
Nous sommes touchés par tout cela, sois-en sûre, plus sans doute que nos commentaires savent le dire.
Et en même temps ces interrogations que tu partages avec nous, concourent à pousser notre propre réflexion, à nous regarder dans le miroir de notre vie…
Je t'embrasse.
L

Ecrit par : Libertin_123 | 11 juin 2009

Mais c'est une chanson de Higelin cette histoire...
"Je ne vis pas ma vie, je la rêve
Le soleil fait la grève et moi aussi
C'est comme une maladie que j'aurai chopée quand j'etais tout petit
Et qui va pas m'lacher avant qu'elle m'achève"
...
Deux solutions : Rêver sa vie ou vivre ses rêves ! Entre les deux je ne vois pas grand chose pour rompre la solitude. De toute façon, même à plusieur et a fortiori à deux, on est seul ! Non ?

Ecrit par : L'Eronaute | 11 juin 2009

Il paraît que l'univers est le fruit du rêve des hommes... Rien ne semble donc antagoniste dans le fait de rêver sa vie pour qu'elle devienne réalité.

Ecrit par : deef | 11 juin 2009

Attention... Baudelaire disait que le rêve tue l'action... Suis assez d'accord.
Je me contente de pleins de petits bonheurs, alors les rêves, je les fais la nuit : voler...oui ça me plairait ! Etre invisble aussi, pouvoir se déplacer en claquant des doigts !!! Ca ce sont mes trois grands rêves !
Le reste, je prends comme ça vient et du coup la vie est pleine de surprises et j'aime ça.
Voilà...
Bises de papillon

Ecrit par : VéroPapillon | 11 juin 2009

C'est très bien décrit... moi aussi je me reconnais dans tout cela.

Ecrit par : Chantal | 12 juin 2009

@ Tous : une reponse generale, sans accents, car je suis en vadrouille. Je suis venue reprendre une bouffee de ce petit theatre que vous rendez si vivant, merci (je me repete, mais je le pense). Je crois que tous, sur des modes differents, avec des notes differentes nous ecrivons a notre tour, ce genre de partitions, tristes, melancoliques, pleines de regrets ou d'espoirs inassouvis. Reconnaitre que ces chansons tristes en nous existent ne veut pas dire que nous ne croyons plus en la vie. Au contraire, de lire ici ce que vous avez eu envie de dire, et de vous, et a moi, me montre que, bien sur, je ne suis pas la seule a souffrir de ces moments-la, de ces doutes -la, de ces questionnements-la. Le plus important est d'avancer, de croire encore que tout peut arriver, d'avoir des reves accessibles, a realiser ou non, ne pas se lamenter sur ce qui n'est pas et savourer ce que l'on a. Et finalement, l'ecriture d'un texte comme celui-la est tout a la fois une therapie, une conjuration d'un mauvais sort craint, un temoignage pour vous faire miroir et vous faire parler de vous, un peu ! La preuve, je vois que certains lecteurs plus discrets, plus reserves habituellement ont quand meme commente. Cela ne veut-il pas dire que le sujet est universel et ne saurait laisser indifferent ? Alors, sans favoritisme, hein, on se vexe pas, un petit salut a ceux qui ne s'expriment que tres (trop!) rarement j'ai nomme Petite Francaise, Eronaute, Artemis. Merci aux zautres aussi evidemment :-)
Et bienvenue a Chantal !

Ecrit par : gicerilla | 13 juin 2009

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