30 juin 2009

ELLE - Noirceur de l'âme ou censure hypocrite

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"Gicerilla, lâchez-vous" !

Il y a quelque temps, un de mes lecteurs me dit ces mots-là, comme une injonction qui contenait une vérité.

Cette demande instante, comme le commandement de celui qui sait, m'a occupée régulièrement depuis. Il prétendait ainsi, à mots couverts, que mon écriture était trop étriquée, sans vie peut-être, ou trop académique, comme un marbre irréprochable mais glacé ? En tout cas, c'est comme cela que je reçu le commentaire. Il n'avait pas tort. A bien y regarder, je me contraints parfois parce que mon goût du beau et mon amour immodéré de la langue doublés d'une éducation bien comme il faut retiennent souvent les rênes de mon imagination. Pourtant, n'y-aurait-il pas une certaine jouissance à se laisser aller, à ne pas se brider telle une dinde bien proprette que l'on sert dans un grand plat, jolie à voir mais insipide au fond ?

Immédiatement, la Gicerilla sombre, celle qui se cache au plus profond de moi pour ne pas rougir en plein jour des idées qu'elle héberge, s'est mise à me parler en des termes outragés qui disaient "Mais que croient-ils donc ? Que je suis bien élevée comme Nadine, incapable de dépasser les bornes de mon éducation ? Bien sûr que je peux me "lâcher". Bien sûr que je peux aller au bout de mon écriture en abordant des reliefs à pic et flirter sur la crête au risque de tomber dans des abîmes de noirceur sans fond. Vas-y, montre leur !" Cette voix était belliqueuse et voulait en découdre et les mots pour égratigner mon challenger venait en foules nombreuses et désordonnées.

J'ai longtemps hésité à rédiger un texte qui aille au-delà de ma propre morale, car mon lecteur avait raison, je contrôlais chacun de mes mots et mon imagination. Avais-je peur de me confronter à ma propre noirceur ou avais-je peur tout simplement de votre jugement ? De ce jour, sa sommation est venue me chanter son refrain chaque jour, tenace et enjôleur. Enfin, elle sentait que je faiblissais face à ses envies de s'exprimer. Et plus elle me parlait, plus je réfléchissais sur les fantasmes que je pouvais nourrir et sur les histoires que je pouvais créer sans me censurer. Un monde inconnu, ou plutôt un monde connu depuis longtemps mais refoulé dans une oubliette puante et humide remontait doucement à la surface de ma conscience.

Comme un défi, ma part d'ombre me lançait le gant. "Même pas chiche !" ricanait-elle. Et pourquoi pas ? Pourquoi ai-je peur de ma capacité à créer au-delà de la morale bien pensante ? Pourquoi ai-je peur de laisser naitre sous ma plume les histoires terribles que je peux imaginer quand la vie elle-même nous montre chaque jour que l'homme est le prédateur le plus malsain que la terre ait jamais porté ? L'humain peut tuer par stratégie. L'humain peut blesser par plaisir. L'humain peut humilier pour s'exciter. L'humain peut oublier sous la chape d'une amnésie totale les notions de bien et de mal inculquées par des parents soucieux de faire de leur enfant un être civilisé. Quelqu'un de bien. Et la liste est longue, que je pourrais réciter comme un chapelet, de tous les méfaits que l'homme a commis depuis que la Justice des hommes les juge et les condamne.

Alors, que craignais-je en refusant de mettre en scène mes pires scenarii ? Et en les qualifiant de pires, ne me jugé-je pas déjà moi-même à l'aune de ce que la société a déterminé comme acceptable ou inacceptable ? Serait-ce la crainte de montrer une part de moi qui pourrait être prise pour Moi par des lecteurs hâtifs qui confondent création et réalité ? En effet, ce n'est pas parce que je suis capable d'inventer des histoires sordides, crues voire violentes que je suis sordide, crue ou violente. N'ai-je pas affirmé chez Magda récemment que les contes de fées, représentation fabuleuse et horrible à l'adresse des enfants, avaient été inventés pour leur enseigner les notions de bien et de mal tout en verbalisant leurs propres fantasmes pour mieux les qualifier comme autorisés ou prohibés ? Dès lors, n'apprendrais-je pas sur moi-même en laissant parler sans censure bien-pensante mes idées noires ou grises, si tant est que le blanc soit la seule couleur acceptable ?

J'ai donc décidé d'accepter ce que je suis dans toute mes dimensions, même celle qui me raconte des histoires que la morale réprouve car accepter de reconnaitre que j'héberge de tels contes fantasmatiques ne signifie pas que je veux les vivre ou que je les considère comme une part de moi-même ni même que j'adhère aux aventures que je fais vivre aux personnages dans mes fictions. Et à l'instigation involontaire de JL Bec, "Dent pour dent" a lentement germé dans mon cerveau d'auteur.

Hélas, ce que je craignais arriva, l'on me jugea. On me jugea en aparté de manière lapidaire, laissant entendre que ce que j'avais créé était intolérable, effarant, et faisait de moi implicitement un être ignoble et haïssable. Le suis-je vraiment ? Vous qui passez par là et qui me lisez maintenant, aurez-vous le courage de confesser que, dans le plus secret de votre âme, habitent aussi des histoires pas très avouables ?

Quoiqu'il en soit, je ne me renie pas et je continuerai sur la voie de la création sans censure étriquée et hypocrite, avorteuse de débats.

Au feu les moralisateurs !

 "Il y a en chacun de nous [...] des désirs terribles, sauvages, déréglés,
et cela est mis en évidence par les songes." Platon, La République

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Commentaires

Souvenez-vous du réquisitoire de Maître Pinard lors du procès de Flaubert, et qui disait :" imposer à l'art l'unique règle de la décence publique, ce n'est pas l'asservir, mais l'honorer. On ne grandit qu'avec une règle."
A méditer pour se déprendre de cette règle-là en littérature.

Ecrit par : gballand | 30 juin 2009

Nous sommes responsables de ce que nous écrivons, et nos lecteurs le sont en partie de ce qu'ils comprennent. Il faut vous lire un peu vite, et ne pas mobiliser toutes ses capacités de compréhension, pour vous faire aussi abjecte que certaines idées qui peuvent transparaître dans vos histoires. Cela reviendrait d'ailleurs à vous interdire de décrire la cruauté quotidienne du monde, sous peine de vous en rendre responsable.
Vous imaginez, vous vous mettez à la place de, vous faites comme si, vous intériorisez le temps d'une création, d'un jeu, d'une scène... Seuls des spectateurs inattentifs, ou trop émus, oublient que l'on ne doit confondre ni les acteurs, ni l'auteur avec sa pièce. Cependant, cela peut valoir le coup, ou trois, de préciser votre intention, votre message, votre ressenti.

Vous avez raison de ne pas vous renier, mais vous faut-il pour autant vous "lâcher" ? Si votre équilibre passe par un peu de retenue, qui bénéficiera réellement de cette rupture ? Et quand vous serez nue, la bienveillance de la plupart de vos lecteurs suffira-t-elle à vous protéger de la froideur de tous les autres ? Être authentique ne signifie pas nécessairement être extrême.

Bien sûr que mon âme est parfois aussi sombre que la vôtre. Je dois évidemment lutter contre mes peurs et mes pulsions, comme tout le monde et personne. Ne pas l'avouer publiquement ne signifie pas que je me renie.

Ecrit par : Jimi | 30 juin 2009

En effet, ce n'est pas parce que l'on est capable d'inventer des histoires sordides, crues voire violentes que l'on est sordide, cru(e) ou violent(e)... Je crois qu'il faut surtout rester fidèle à son image profonde, ne pas vendre son âme au diable de l'audimat en se fondant dans l'air du temps, bref : être fidèle à soi-même pour exprimer ce que l'on ressent, mais à sa manière, et je crois alors que tranches de vie quotidiennes, histoires romancées ou autres billets d'humeur et d'humour sont un lot dont vous vous sortez très bien. En un mot : écrivez vous même pour les autres, mais d'acceptez pas d'écrire ce que les autres veulent pour vous ! Bises à vous.

Ecrit par : Valmont | 30 juin 2009

Je vous imagine mal avoir besoin d'un soutien, donc je me refuse à lire cette note en ce sens.
Faites comme vous l'entendez, le sentez, le goutez.

Ecrit par : Ash | 30 juin 2009

Quelque part je vous envie, pouvoir provoquer de telles réactions, je vois ça comme la preuve que vous pouvez aller au delà de mots creux, faciles, sans vie. Tout est tellement aseptisé aujourd'hui un peu partout, il faut rester dans le droit chemin ou au contraire pousser tellement à l'extrême que cela en devient ridicule, j'aime votre équilibre et votre talent à jongler avec tout ce qui peut vous interpeller. On est tous "habités", c'est comme ça, à chacun de trouver ses propres lumières et quelques moyens, sans se blesser. Je vous embrasse Gi.

Ecrit par : Bougrenette | 30 juin 2009

quelques éléments de réponse...je vais faire ma columbine analytique

votre blog est un mélange des genres, ce qui peut emmêler le lecteur, qui ne sait pas toujours si vous plaisantez, parler sérieusement ou racontez une histoire. alors forcément, selon la capacité du lecteur à faire la part des choses, il sera amené à faire des contresens (je ne me mets pas hors du lot).
je serais tentée de dire que si vous ne cultivez pas volontairement l'ambiguïté, à vous d'être plus claire. personnellement je suis vos "tags"....quand je lis "humeur" ou "humour" j'ai une piste. ce n'est peut-être pas suffisamment clair pour tout le monde.
si parce que vous êtes joueuse (car vous l'êtes) vous aimez cultiver l'ambiguïté, alors il faut assumer les réactions de vos lecteurs qui n'iront pas forcément où cela vous fait plaisir.
peut-être devriez-vous de toute façon prendre vos distances avec vos commentaires de lecteur?
vous tenez un blog, ouvert aux commentaires, forcément tous ne seront pas élogieux (même si franchement vous n'avez pas à vous plaindre, la plupart de vos lecteurs sont de fervants fans) vous joueriez une pièce de théâtre, vous vous exposeriez aux critiques des journaux, dont certaines ne seraient pas forcément élogieuses ou justes. vous tenez un blog, vous tendez un miroir, les images qu'il vous renvoie sont diverses...

maintenant sur le contenu de certaines de vos histoires...reproche-t-on à Stephen King d'écrire des histoires d'horreur? à tel ou tel écrivain de romans noirs d'imaginer des crimes sordides? non et pourquoi? parce qu'il est admis que la personne et l'écrivain sont deux. mais la personne est secrète, alors il n'y a pas de confusion à superposer les deux (ils ne tiennent pas de blog)...de plus, ces auteurs n'ont pas un site où les lecteurs peuvent commenter les histoires mais je suis sûre que s'ils n'aiment pas la morale d'une histoire, ils envoient un mail à l'écrivain

allez sur le site du monde et notez la virulence des commentaires laissés sur les articles ou les blogs des journalistes, vous verrez que sur le votre, le lecteur est de la douceur d'un agneau

je pense que votre présente note est la solution à cette confusion qui ne vous plaît pas: vous y expliquez que c'est votre droit d'écrire des textes noirs et qu'il ne faut pas vous confondre avec votre imagination (je fais écho à un commentaire que je vous ai laissé sur "dent pour dent").

donc en résumé, faites ce que vous voulez sur votre blog et prenez de la distance par rapport aux commentaires que l'on vous laisse, vous vous en sentirez mieux

Ecrit par : columbine | 30 juin 2009

Écris ce que tu as envie d'écrire, point. Ceux à qui ça ne plaît pas, qu'ils passent leur chemin.
PS. Pour ma part, j'avoue volontiers : des tonnes d'histoires inavouables jonchent mes tiroirs.

Ecrit par : deef | 30 juin 2009

Hmmm... Lâchez-vous, c'est certain, personne ne pourra vous le reprocher.

Par contre quand vous dites : « Hélas, ce que je craignais arriva, l'on me jugea. On me jugea en aparté de manière lapidaire, laissant entendre que ce que j'avais créé était intolérable, effarant, et faisait de moi implicitement un être ignoble et haïssable. » il me semble que c'est vous qui tombez dans la lapidation lapidaire.

Je n'ai certes pas lu tous les commentaires, mais moi, comme partie de « on » j'ai jugé votre texte, pas vous. Si vous refusez que l'on juge vos textes, ne les soumettez pas à la lecture. Si seuls les commentaires bienveillants sont les bienvenus, supprimez les autres, mieux, écrivez-les vous-même.

Je sais bien que je pousse le bouchon un peu loin... c'est volontaire ;)

Vous écrivez, et plutôt fort bien en général, c'est pour cela que je suis là. Pour cela, et comme je l'ai déjà dit, parce qu'ici, du moins je crois, on peut dire ce que l'on pense.

Je ne pense pas que vous ayez eu vraiment besoin de vous lâcher, vous êtes qui vous êtes, avec votre éducation et vos inspirations, mais si le coeur vous en dit, bien sûr, allez-y, lâchez-vous. Par contre, laissez nous nous lâcher aussi, ou alors...

Je reprends votre slogan, « au feu les moralisateurs », et vous laisse le méditer ;)

M. (30)

P.S. que vous choisissiez la « voix » de la création, ou plus simplement la voie de la création me semble indépendant de tout ce débat sur les noirceurs intimes.

Ecrit par : M. | 30 juin 2009

Et bien, ce que j'aime chez vous, c'est surtout cette souplesse de ton et de style qui fait qu'un de vos récits libertins pourrait avoir été écrit au XVIIIème alors qu'une quasi-nouvelle ou une histoire courte, voire un édito sur un sujet d'actu, auront une écriture contemporaine. Cette souplesse peut égarer le lecteur qui a besoin de repères.
Elle est alliée à une certaine rigueur d'écriture. Peut-être est-ce cela que l'on vous reproche. Ne pas laisser votre plume courir, s'interrompre, s'égarer librement.

La pire des censures est celle que l'on s'inflige à soi-même.

Ai-je des histoires inavouables, immorales ou amorales ? Trop peu, ma Chère... trop peu à mon goût.

B

Ecrit par : petite française | 30 juin 2009

merde.
merde à ceux qui n'assument pas, qui vont réprimer chez l'autre ce qu'ils n'osent pas s'avouer à eux mêmes.
Votre écriture me ravi, me fait du bien, me pousse à aller plus loin.
Nous sommes le pire et le meilleur. Vous, eux, moi.
Qu'importe ce qu'ils pensent, ce qui compte c'est le plaisir. Celui de pousser nos propres limites.
J'envie votre écriture, votre liberté de ton, celui d'une femme assumée.
Comme c'est merveilleux la liberté !

Ecrit par : Cloudy | 30 juin 2009

Bien sûr qu'on écrit aussi pour être lu. Sinon on garderait les textes sur un cahier ou sur son disque dur. Et pourtant on écrit d'abord et avant tout pour soi. L'autocensure ne doit alors s'exercer que sur la qualité du texte, pour éventuellement ne pas publier ce qu'on estime insuffisamment bon à ses propres yeux.
Mais pour le sujet abordé, et la façon dont on va le traiter, il faut laisser aller. Libre aux lecteurs d'aimer ou pas, de le dire ou pas. Et à vous de prendre dans leurs commentaires ce que vous voulez y prendre, et de laisser le reste.
Mais moi j'aime ...

Ecrit par : quine | 30 juin 2009

Ce texte est en effet intolérable. Il faut être capable de se l'entendre dire, aussi.

Ecrit par : passeakevin | 30 juin 2009

Si je me lachais , je vous dirais ;-) :
Vous êtes une exhib de talent !
De votre plume fine et passionée , des cliquetis des rouages de votre cerveau, des défis lancés à vous même ...
Votre plaisir est de montrer , d'aller nous chercher , parfois très loin, pour savoir si nous ferons écho ou si quelqu'un vous surprendra en ne suivant pas les petits cailloux semés sur le chemin ( je vous soupçonne même de brouiller les pistes pour nous provoquer avec humour )
Oserais je ? Les censures ou les franches critiques vous sont comme un défi revigorant , tels les rugissants pour un marin .
Seriez vous aussi avide de savoir s'il y a une limite au "jusqu'où peut on aller trop loin " ?
Tout cela avec la discipline inhérante à une production foisonnante comme la votre.
Et cerise sur le gateau, une bienveillance qui me fait fondre

Ecrit par : MarieM | 30 juin 2009

C'est amusant, dernièrement j'ai eu la même remarque sur mes textes, mais pourquoi mes textes sont souvent à connotation sensuel.
J'ai voulu changer cela en racontant une matinée "vécue" aux urgences d'une permanence - aucun effet mon texte. J'ai donc repris les personnages principaux et remixé tout sa sensuellement, les commentaires n'ont pas tardé à fuser.
Donc oui, je me laisse aller à écrire ce que malheureusement je ne peux vivre. Il est ma fois possible que si je vivais autant d'aventures que mes personnages je n'aurais sans doute pas besoin de les imaginer.
Non Gi, continuer à être vous-même, ne changer surtout pas, laisser vos doigts courir sur le clavier et votre imagination les guider.
Au plaisir de vous relire tous les 3 jours :-)
Amicalement!

Ecrit par : Satamon | 01 juillet 2009

C'est sûr que les contraintes du genre sont différentes selon que vous lancez un débat sur un sujet de société ou que vous écrivez un texte érotique. Dans le second cas vous évoluez dans le domaine du pulsionnel et la dés-inhibition est bienvenue. C'est peut-être ce que voulait vous indiquer ce lecteur exigeant. Il me semble par ailleurs que la propriété "relâché"/"rétracté" est distincte des catégories morales "noirceur", "sordide", etc... La remarque du lecteur exigeant avait peut être plus à voir avec le style qu'avec le fond. Je dirai qu'en ce qui concerne le style, il est toujours souhaitable qu'il soit adapté au propos ; tout ce qu'on demande c'est de transmettre des émotions, en l'occurrence de nous livrer - si c'est cela que vous voulez faire - ce qui vous émeut ; donc, forcément, de vous livrer, vous. Et sur le plan formel de trouver le ton juste, qui vous ressemble. Pour le fond, la noirceur, personne ne vous demande, j'espère, d'explorer ces terres sulfureuses.
Ah oui, au fait, la photo est maginifique.

Ecrit par : Michel Wilmot | 01 juillet 2009

Gi, très chère Gi. Un billet, un de plus devrais-je dire, qui nous en dit beaucoup. Beaucoup sur toi, sur ce qui t'agite, sinon sur chacun d'entre nous in fine. Un billet qui prolonge plusieurs autres, sinon TOUS les autres dans ce qui se révèle selon moi dans une troublante continuité, au delà des récits ou des personnages, au delà des mots.
"Lâchez vous !"
"Hélas, ce que je craignais arriva et l'on me jugea..."

Ce "lâchez vous" comme une injonction qui renvoie à celle lancée en son temps par Socrate "Connais-toi toi même.". Cela ne se décrète pas. C'est un cheminement. Ce cheminement que, derrière la question de l'auteur(e), le sujet place au centre du récit, non pas écrit ou en relief mais en creux de texte. L'auteur(e) qui, face à l'injonction du lecteur, révèle l'entre soi et l'autre et révèle plus qu'elle n'en dit : l'attention portée aux réactions, la sensibilité que ces dernières dévoilent chez celle qui les reçoit, le goût du défi à relever et de l'épreuve, la volonté de ne pas décevoir, l'exigence et la discipline, ne serait-ce que par le rythme scandé de parution des textes, le travail sur leur écriture ...
Et puis, ce "lâchez vous" déboule comme un défi, une provocation ... Aller plus loin ? En suis-je capable, en aurais-je la force au sens où pourrais-je révéler un peu plus de moi-même sans m'exposer dangereusement ?
Tu as relevé le défi ... mais voilà au lieu de recueillir toutes les louanges attendues de cet effort que certains te reprochent d'avoir été trop loin.
"Ce que je craignais arriva et l'on me jugea". Deux verbes bavards. Crainte du regard d'autrui, l'angoisse de décevoir, d'échouer dans une épreuve qui engage plus que le jeu apparent d'un exercice littéraire ? Crainte d'être jugée et mal jugée non pas tant à l'aune du texte que de ce qu'il révèle de soi, crainte d'être mal jugée dans sa singularité ?
Mais n'est ce pas là une forme d'angoisse très largement partagée que celle d'être reconnu(e) pour ce que l'on est (autant que l'on se "sache" vraiment), d'être aussi parfois bousculé(e) par le regard de l'autre qui nous révèle une part de nous même ...
Alors, oui Platon avait raison .. il y a en chacun de nous une part souterraine, le "ça" de la seconde topique de Freud, ce domaine des pulsions, des désirs parfois profondément refoulés et qui émergent parfois de l'océan des songes ou dans certains actes jugés inhabituels. Qui provoquent des résistances, qui nous font aussi sortir de nos limites de celle de ce "surmoi", de cette autorité de la conscience, de la "raison" dont Kant avait exposé les limites à travers ses critiques de la raison pure et de la raison pratique.
Et ces rêves, cet imaginaire, tu nous en livres de belles illustrations à travers tes récits ... peu importe qu'ils relatent des fictions ou des fragments de réalité ... ce sont tes mots, autant de "signifiants" et de "signifiés" qui laissent à l'interprétation de chacun, à la lueur de son histoire et de ce miroir, le libre choix de ses réactions et de ses propos.
Et de ces textes dont tu nous gratifies, il y a cette part de "sublime", au sens de sublimation que traduit la raison d'être de ce blog et de son contenu. Cela t'appartient. Cela seul permet que nous en soyons certes les "lecteurs" mais pas que cela. Parce qu'il permet aussi ce regard que nous portons et qui a l'effet de miroir. Peu importe finalement les éloges, les censures, les jugements ... parce qu'en s'adressant à toi, peut être aussi que chacun parle de soi même sinon en partie à soi même.
Alors oui Gi. Tes textes sont des cadeaux que tu nous fais avec une constante régularité. Ils nous offrent la liberté de réagir, de nous dire ou de nous taire en ce qu'ils réveillent ou dérangent.
Alors je dirais simplement ceci : merci Gi. Merci de nous faire rêver. Merci d'exciter notre imaginaire. Merci de provoquer nos louanges ou nos répulsions ou notre censure. Merci simplement d'être ce que tu es.

Ecrit par : celadon | 02 juillet 2009

@ gballand : voila une intervention erudite qui valait d'etre citee. Merci, elle m'inspire.

@ Jimi : pas d'inquietude Jimi, la provocation de ce lecteur enthousiaste qui, au fond, voulait que je donne "tout" et surtout le meilleur de moi-meme j'imagine ne fut qu'un declencheur de mon audace trop souvent maitrisee par peur de choquer. J'avais oublie qu'un auteur peut prendre le parti qu'il veut et tant pis s'il ne plait pas a tous. Mon ambition n'est pas de plaire a tout le monde. De faire reagir tout le monde, certainement. Alors soyez rassure, sous pretexte que l'on me provoque je ne devoilerai rien que je ne veuille librement devoiler.

@ Columbine : votre conclusion me convient a cela pret que je veux, vous aussi, vous rassurer. Je ne me sens pas faible face a la polemique, face a la critique. Je ne cherche surtout pas louange et appreciation seulement. Tant mieux s'il z en a, mais je m'epanouis surtout dans les debat. En revanche, je ne supporte pas le jugement. "Debatons, disputons-nous s'il le faut, mais ne me jugez pas hativement" est le message de ma note, au fond. Je suis qui je suis avec mes noirceurs, mes mediocrites et mes grandeurs aussi. Encore une fois, je ne cherche surtout pas l'amour universel, non, mais le respect, oui.

@ Deef : vous avez raison sans doute mais je suis incorrigible, j'ai toujours envie de reformer les gens contre leur gre et envie de niveler par le haut et non pas par le bas. Certains, il faut le croire, sont incapabled d'ouverture d'esprit au-dela de leurs a priori. Merci.

@ M (30) : peut-etre fais-je un distingo qui n'existe pas. Tentez de me convaincre, de me circonvenir, de retourner ma facon de voir mais ne me jugez pas. Le jugement est univoque et definitif, il n'ouvre sur aucun debat qui peut faire progresser les parties en presence. C'est pour cela que j'ai fait cette note. Dire que je garde la liberte qui est mienne de creer, de choquer mais que mon opposant s'il en est soit un combattant loyal et non pas un bourreau :-)

@ Petite Francaise : avec votre ecriture vous devriez vous aussi vous laisser aller ! :-)
En ce qui me concerne et dans le cas cite, le "lachez-vous" je le sens etait plus le fait d'un fan qui en veut toujours plus, sans forcement volonte de deprecier ce que je fais en general.

@ Cloudy : j'aime vote enthousiasme plein de fougue. Et si on fondait une association ? :-)

@ Quine : en effet, l'autocensure qui nous guette tous est la plus genocidaire. J'adhere absolument a votre facon de voir les choses. Merci de vous etre exprimee Quine, c'est si rare...

Ecrit par : gicerilla | 02 juillet 2009

@ Passeakevin : intolerable ? Tout est question de valeur. Quelles sont donc les votres ?

@ MarieM : quitte a manquer d'humilite ou, au contraire, d'en montrer trop, vous m'avez parfaitement cernee. Merci de faire partie de mes lecteurs fideles mais pas denues de caractere et d'opinions pour autant.

@ Satamon : je ne suis pas d'accord avec vous. Vous devey perseverer. Chaque type de texte trouve son lectorat et le monde des blogs le prouve tous les jours. Pas de clientelisme, Satamon, ecoutez-vous, faites-vous plaisir ! Pour ma part, je compte bien continuer.

@ MIchel Wilmot : il y a du vrai dans votre proposition meme si, ne me connaissant pas moi et toute ma production, vous verriez que le style utilise n'est jamais bien loin du sujet traite. Je suis contente de vous voir passer pour la premiere fois. Au plaisir.

@ Celadon : ah, vous... On va croire que je vous ai paye. Treve de plaisanterie, merci pour tout. SI.

PS @ tous : pas d'accents sur le clavier. Ah ces belges :-)

Ecrit par : gicerilla | 02 juillet 2009

@ Valmont : je continuerai a ecrire ce que je veux comme je veux tant que je pourrai me regarder en face. Il est certain qu'il existe un seuil que je ne depasserai jamais faute ensuite de pouvoir vivre avec moi-meme. Il est des histoires noires qui peuvent voir le jour, il en est d'autres trop horribles que ne naitront jamais car je ne saurai meme pas les concevoir. D'autres le feront pour moi.

@ Ash : en effet de soutien je ne recherche pas vraiment en vous sollicitant tous. Non, plutot un echange qui me fera voir que tout etre est capable comme moi d'imaginer le pire car le pire nous habite tous et a partir de ce point de depart declencher chez l'autre une reflexion intime ou publique qui lui permettra de s'apprehender dans des dimensions qu'il n'osait meme pas voir.

@ Bougrenette : tant que les emotions suscitees chez moi ne sont pas le degout absolu et les vomissements, je continue. Des bizzzz :-)

Ecrit par : gicerilla | 03 juillet 2009

Bah, elle n'était pas tellement trash votre histoire de vengeance... suffit d'allumer la téloche pour suivre des fictions équivalentes en violence.

Le "lâchez-vous", je le verrais plutôt ailleurs ; si je devais vous dire un truc somme ça, ce serait sur le plan d'une écriture plus "brute", moins élaborée, avec de l'émotion qui sortirai comme ces signes non-verbaux qu'on émet au cours d'une conversation à son insue et qui parlent à notre crevelle plus que les mots. J'ai souvent l'impression que bvous faites preuve de retenue quant à l'affect via le travail que vous faites sur la langue pour qu'elle soit jolie, en a paufinant, voyez ?
Bine que vous écriviez des textes polissons, vous devez être vachement pudique comme fille, je crois (la pudeur, pour moi, elle se situe dans l'expression des émotions, des sentiments, de ce qui touche à notre fragilité)

Ecrit par : Alex | 03 juillet 2009

Je dois vous avouer qu'il y a en moi une muse que je qualifie de "muse noire"...mais vous l'aviez peut être perçu.

Ecrit par : muse | 04 juillet 2009

Ils ne vous connaissent pas ceux qui vous croient étriquée, de marbre ou académique, non ils ne vous connaissent pas !
Vous qui m'avez offert votre lumière, votre folie magnifique, votre sensualité, ce corps au dessin parfait, ces moments inoubliables au coeur du plus parfait des désirs, la soie si fine de votre peau, le feu de votre regard, le balancement troublant de vos hanches, vous qui m'avez touché par votre élégance dans le feu même du plaisir, ils ne vous connaissent pas. Et c'est peut-être mieux ainsi, ils en perdraient la raison...

Ecrit par : Kao | 04 juillet 2009

Ils ne savent pas non plus comme vous êtes forte, libre, fine, fragile, sensible, touchante et humaine, si humaine.
Pour tout cela, merci. Merci Gi...

Ecrit par : Kao5 | 04 juillet 2009

Bien que n'ayant pas vraiment suivi la polémique, il me semble que M. tape juste dans son commentaire plus haut...
Quoi qu'il en soit, il ne faut de toutes façons de pas vous freiner et encore moins vous vexer à cause de critiques ou de même jugements, ça c'est certain, sinon, pour rependre M., en effet, fermez les commentaires. Mais ce serait très dommageable me semble-t-il...

Ecrit par : Simon | 05 juillet 2009

@gicerilla: la violence et la vengeance me font gerber, tout simplement.

Ecrit par : passeakevin | 05 juillet 2009

@ Alex : si j'affirmais le contraire ce serait faux. Mais vous finissez par me connaitre non ? Pour la noirceur de l'histoire, bien sûr que la vie dépasse la fiction, toujours. La preuve :
http://archives.lesoir.be/faits-divers-le-mari-aurait-deja-tue-une-femme-au_t-20090704-00NXXR.html?query=faits+divers&firstHit=0&by=10&sort=datedesc&when=-1&queryor=faits+divers&pos=4&all=55939&nav=1

@ Muse : je crois que vous contrôlez très bien vos idées noires. Mais avouerai-je que j'aimerais bien vous voir rimer dans ce domaine aussi ?

@ Kao5 : ainsi vous me connaissez bien mais je ne vous reconnais pas ? Votre commentaire est sacrément audacieux, audacieusement élogieux et j'aimerais bien savoir à qui j'ai affaire. Mon email : gicerilla@voila.fr

@ Simon : mais il ne s'agit pas de vexation ou de volonté de n'être que louée, oh non, pas mon genre. Il s'agit juste de ne pas être jugée genre autodafé sur un bûcher. Hors de question en effet de ne pas laisser la porte ouverte à tous les commentaires, encore une fois dans le respect.

@ Passeakevin : Félicitation, vous êtes le 5010ème commentaires, et comme prévu, vous avez gagné un diner avec moi. Veinard ! Ne vous inquiétez pas, en vrai je suis non violente et pas rancunière. Enfin, faut voir...

Ecrit par : Gicerilla | 05 juillet 2009

ok, quand vous voulez.

Ecrit par : passeakevin | 06 juillet 2009

Mince alors ! Je vous laisse deux semaines, accaparée par trop de choses, et maintenant je regrette de n'avoir pas pu réagir au moment opportun à cette note...

Tant pis, je tiens à vous dire tout de même qu'effectivement "Dent pour dent"m'a bousculée, mais que je vous sais gré aussi de cela, et de cette licence que vous vous autorisez.

Je rejoins Alex sur cette impression de pudeur et j'ajouterai que c'est justement parce que vous jouez à la transgresser que vos textes sont si palpitants.
Que vous poussiez de vous-même vos limites, pas à pas, un petit peu plus au-delà de ce qui vous semble possible, est une aventure dans laquelle j'aime à vous accompagner en tant que lectrice, y compris s'il arrive que vos limites ne soient pas les miennes.
Le plaisir provient du cheminement sur votre sentier imaginaire, des surprises trouvées sur la route, de la richesse de votre compagnie, sans que l'on ait besoin de partir du même point ni de se donner la même destination, et tant qu'aucun gouffre de perdition ne se profile à l'horizon.

Belle ballade, en vérité, si réjouissante exploration !

Ecrit par : Artémis | 08 juillet 2009

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