18 juillet 2009
ELLE - Dialogue avec un Ange - L'obéissance
Le début de "Dialogue avec un Ange" est là
Cela fait une semaine que Donatien triture dans la poche de sa veste la dernière lettre de Candy.
Le papier est tellement froissé qu'il a acquis la souplesse du chiffon. Sa main, fiévreuse dès qu'il la touche, tente de deviner comme celle de l'aveugle les mots qu'elle a marqués. Il a eu envie d'elle. Envie de la sentir contre lui. Elle a su le toucher par sa volonté évidente de le satisfaire, de jouer le jeu qu'il a initié. Et ce qui l'étonne le plus, c'est sa capacité à retourner le jeu en sa faveur. Il y a une naïveté en elle qui le bouleverse. Cette naïveté authentique mais pas mièvre de faire plaisir. Et il se sent perdu et ne veut plus jouer. Pascal l'attend à la bibliothèque. Il va tout lui avouer.
"Alors, as-tu eu des nouvelles ?"
Valérie a glissé son bras sous celui de Candy et du pas militant de celles bien décidées à craquer sur les soldes, elle se serre contre elle comme pour provoquer la confidence. "Non, cela fait une semaine que j'ai remis notre lettre mais je n'ai rien reçu en retour. J'ai cru qu'il était en vacancea mais j'ai vu son vélo, hier, qui trônait devant la porte de son appartement. Il n'a pas dû aimer...." Valérie s'arrête net et lui impose de la regarder. "Mais tu t'en fiches, nom d'une pipe. Ce jeu est dangereux. Tu risques de t'y brûler. Tu crois que je n'ai pas vu comment tu t'inquiètes, comment tu attends de ses nouvelles. Ce jeu n'est pas sain. Regarde la tête que tu as !" "Mais il me plait" geint Candy "qu'y puis-je ? Je pense à lui sans cesse. Je sens bien que je suis amoureuse. Jamais auparavant je n'ai eu cette envie de subjuguer, au sens propre, vois-tu. Qu'il soit dingue de moi, qu'il n'en dorme plus. Parce que moi, figure-toi, je ne dors plus très bien. Les yeux grands ouverts sur l'ombre de la nuit, j'imagine qu'il entre dans ma chambre, qu'il a envie de moi, qu'il veut m'infliger mille sévices voluptueux... Ah non, ne ris pas, ce n'est pas drôle. Je me languis !"
Il est assis à la table la plus reculée, contre le mur. Il est penché sur des volumes éparpillés et tortille une mèche de cheveux signe de grande concentration. Il n'a pas entendu Donatien approcher. "Alors, tu vois le bout de ta thèse ?" Pascal lève les yeux vers son interlocuteur et un grand sourire fend son visage lorsqu'il aperçoit son ami. "Ah, tu tombes bien, je suis crevé et non, la réponse est non. Le sujet est vaste et je ne m'imaginais pas en commençant que j'y passerais tant de temps. Mais c'est passionnant. La manipulation peut prendre tant de formes et les mécanismes qui se mettent en place entre le manipulateur et le manipulé, d'un point de vue psychologique, sont incroyablement complexes... bref, parlons de notre petit jeu ! Quelles sont les dernières nouvelles ?" Donatien hésite un instant. Quand il est avec Pascal, un part de lui, la part joueuse, se plie à ses lubies, à ses envies et il le suit bien volontiers dans toutes ses folies. Mais là, il n'est pas certain de vouloir faire de Candy le sujet d'étude de deux étudiants fantasques. "Tiens, voilà son dernier billet. Lis."
"Eh, pas mal. Elle a de la ressource. J'ai toujours un peu de mal avec son style mais franchement elle marque un point. La balle est de nouveau dans ton camp. Dans notre camp !" Le sourire de Pascal est devenu carnassier et pour un peu Donatien ne serait pas surpris de le voir se lécher les babines. Et l'envie insidieuse qui illumine le visage de Pascal doucement s'immisce en lui. Oui, elle a de la ressource. "Il faut que tu fasses semblant de lâcher prise, comme si tu cédais à ses mots. Comme si tu la laissais mener la danse. Puisqu'elle ne te suit pas, sois plus direct. Provoque là, sois plus agressif. Tiens, tu devrais tenter quelque chose comme ça "Tu veux que je te guide, ma belle, et tu fais ta timide alors que tes mots sont roués. Mais moi, je te veux obéissante. Et si obéissante tu n'es pas, notre correspondance cessera. Alors comme Justine tu seras docile et comme elle tu vas satisfaire mes caprices. Je te veux nue devant moi. Imagine que je suis assis devant toi et que je t'intime de t'exhiber. Imagine le pire que je pourrais te demander, imagine ce que tu crois ne pouvoir jamais donner. Vas-y, je t'attends, fais-le !"
"Tu pousses un peu là ! C'est à peu de choses ce qu'on lui a demandé la dernière fois !" s'exclame Donatien. "Mais comment veux-tu qu'elle veuille jouer avec moi après des mots pareils. Elle attend qu'à mon tour je me dévoile. Elle veut que je la guide. Elle va croire que je la méprise en ignorant sa main tendue. Tu lui dis d’imaginer le pire. Va savoir ce qu’elle va imaginer de mes envies..." Pascal plante ses yeux noisettes brûlées dans ceux de son ami "Mais ma parole, t'es amoureux. C'est quoi ces timidités ? On n'est pas là pour s'amuser ? Ta donzelle, je te le dis, a des ressources insoupçonnées. Crois-moi, elle va continuer. Et puis, encore une fois, si elle arrête tu n'auras rien perdu, une autre mijaurée qui t'aurait ennuyé au lit !" Le dernier bastion de résistance de Donatien s'effondre alors qu'il articule visiblement rasséréné "Arrêtes tes conneries, je ne suis pas amoureux. C'est toi qui as raison. On continue !"
Mais alors qu'il s'éloigne de la bibliothèque, il caresse du bout des doigts le dernier billet de Candy toujours niché dans sa poche et il se persuade que Pascal est un pervers sans sensibilité. C'est son pote, soit, mais ses visées ne sont pas les siennes et sa capacité de persuasion le rend parfois pusillanime. Il ne le sera plus. Arrivé à la maison, Donatien déchire le billet de Pascal et sur une feuille vierge il écrit simplement :
"Envie de te voir. Appelle-moi ce soir. L'Ange"
A suivre ...
05:43 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

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Commentaires
Oulala, « son volonté », « en vacance », « un part de lui », « soit plus agressif », « à des ressources »... un peu d'impatience pour l'auteur comme pour les personnages ;)
Pour les lecteurs aussi d'ailleurs, puisque le récit prend une tournure très alléchante...
M. (30)
Ecrit par : M. | 18 juillet 2009
Ce Donatien commence à me plaire, tiraillé entre son désir d'ouvrir son esprit à des sentiments naissants et son machisme viscéral, poussé par un ami qui vit cette histoire par procuration...
Quand à Candy, je l'imagine elle aussi prise entre son envie de pousser plus loin ce jeu de séduction et son désir de se laisser aller à avouer des sentiments déjà bien ancrés...
Se bruleront-t-ils les ailes ?
La suite n'en sera que plus surprenante !!!
J'adore et attends la suite avec impatience.
Ecrit par : Bern Hart | 18 juillet 2009
Je vous avoue que je ne devine pas où cette suite passionnante va nous mener, mais je ne sais pas ce qui me dit que les deux "anges" Candy et Donatien pourraient bien s'y brûler les ailes, je vous sens machiavélique Gi (sourire)... Biz à vous.
Ecrit par : valmont | 18 juillet 2009
La vie est si simple et les relations si compliquées...
J'ai connu un ange pas compliqué, ça m'a couté un petit doigt mais c'était bon !
A bientôt pour la suite...
Jack
Ecrit par : Rackham Le Rouge | 18 juillet 2009
Je comprends toujours rien...
Ecrit par : passeakevin | 18 juillet 2009
J'aurais été déçue que Donatien suive les consignes de son copain, comme un petit chien. Bien vue, la simplicité de sa réponse.
Ecrit par : Artémis | 19 juillet 2009
http://www.youtube.com/watch?v=8ksWGsEKn1M
hum...hum....
Ecrit par : Arthémisia | 19 juillet 2009
Un commentaire sur le billet précédent (j'en ai lu deux d'un coup et ici, le participe passé ne s'accorde pas) : Vous avez bien fait, pour l'allemand. Il y a tellement d'italiens...
Ecrit par : 502 | 20 juillet 2009
"Envie de te voir. Appelle-moi ce soir." ça c'est compliqué ;-)ils sont voisins ... mais c'est votre histoire et j'adore ! encore.
Ecrit par : Bougrenette | 20 juillet 2009
Cette suite est charmante.
Nos deux bretteurs de l'âme commencent à baisser leur garde, semble t'il, conduits par le bout du nez par leurs sentiments naissants.
J'aime néanmoins beaucoup le :
"Imagine que je suis assis devant toi et que je t'intime de t'exhiber. Imagine le pire..."
Ecrit par : Libertin_123 | 21 juillet 2009
De quelles intentions leur ciel est-il pavé? En arrêt de travail peut être aurais-je le temps de mieux vous lire avant mon opération.
Ecrit par : muse | 22 juillet 2009
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