21 juin 2009

ELLE - Dialogue avec un Ange

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L'INITIATION

 

Elle l'appelait l'Ange.

 

Elle, c'est Candy. Oh, elle n'avoue pas facilement son prénom car assurément les quolibets fusent. Déjà dans la cours d'école on la traitait de Mère Denis où bien on lui chantait en ricanant "au pays de Candy, comme dans tous les pays..." Elle avait eu sa dose de sarcasmes et elle voyait que, même en vieillissant, un sourire narquois montait souvent aux lèvres de ses interlocuteurs la première fois. Il faut dire qu'elle le portait bien ce prénom sucré. A se demander si le prénom avait marqué l'enfant dès le berceau de son empreinte Voltairienne ou si le hasard avait bien fait les choses, car candide elle était. Elle ne voyait le mal nulle part et ne percevait pas la convoitise des hommes dans leur regard.

 

Ronde de partout, elle savait mettre en avant et son devant et son derrière. Blonde aux cheveux longs et lisses comme des fils de soie, elle montrait constamment son sourire radieux que d'aucuns méchants n’auraient qualifié de niais. Elle ne marchait pas, elle ondulait et immanquablement les hommes sur son passage se retournaient. Elle savait qu'elle plaisait mais quand sa meilleure amie Valérie lui demandait "Alors, pour Nicolas, tu t'es décidée ?" Elle répondait invariablement, en zozotant "T'es folle, sortir avec Nicolas, je ne pourrais pas, il est bien trop laid !" "Il va bien falloir que tu t'inities aux choses de l'amour ma cocote, j'te rappelle que t'as passé 25 ans. Et Nicolas n'est pas laid, dis plutôt que t'as la pétoche !"

 

Ce que Candy ne lui disait pas, c'est que depuis quelque temps elle était en train de tomber amoureuse de son voisin du 1er, l'Ange, qu'elle l'avait baptisé. Lui ne le savait pas. Il s'appelait Donatien. Donatien Tussin. Il portait, paraît-il, le prénom d'un ancêtre très lointain. Il le lui avait raconté quand elle s'était étonnée qu'un homme aussi jeune porte un prénom aussi ancien. Il était étudiant en lettre à Paris 8  et préparait sa thèse de Doctorat en psychanalyse.

Le hasard avait voulu qu'ils se croisent au cinéma du quartier, à la sortie de la projection de "
Salo ou les 120 journées de Sodome" de Pasolini. Cela pouvait-il être un hasard vraiment ? Au café du coin où il l'avait invitée à boire un verre, il lui avait raconté sa passion pour le psychisme et la littérature du XVIIIème, sujets dont il essayait de tirer une émulsion sous forme de thèse. Elle était impressionnée par son savoir, elle qui n'avait eu que son BEP de secrétariat. Elle n'avait pas compris un traitre mot du sujet de sa thèse "Un Rêve du Marquis de Sade - psychanalytique du reflet sur le trauma narcissique, la décompensation et la reconstitution du Moi fantasque."

 

Depuis leur rencontre, il l'initiait à Sade. Candy n'avait jamais beaucoup lu, et certainement pas de tels ouvrages. "J'ai lu Justine ou les malheurs de la vertu. Euh, c'est ... comment dire. C'est érotique et culotté. Enfin, je devrais dire déculotté. Je n'y connais rien bien sûr mais écrire des trucs pareils il y a 200 ans." Donatien sourit "Et ça t'a troublée ?" Candy n'ose pas lui dire que certains passages l'ont révoltée mais qu'à son corps défendant, elle sentait qu'elle avait été excitée par les images qui s'imposaient au-delà de toute morale. "Je te dis la vérité ?" Une question inutile comme pour se rassurer, se donner le courage, alors que la réponse est évidente. "Bien sûr. Au contraire, n'édulcore pas. Je suis très curieux de savoir ce que tu penses de ce premier livre, toi qui ne connait pas cette littérature !" "Je crois que ça m'a plu. Mais je sens bien que c'est mal. Tu sais, je n'ai pas beaucoup d'instruction ni de culture générale, mais le blasphème était interdit dans notre famille et je vois bien que là, c'est du blasphème déguisé non ?"

Donatien sourit toujours avec une forme de curiosité attendrie car, si elle n'a pas d'érudition, elle est loin d'être bête.
"Non, tu as raison. Tu sais,  il n'est pas besoin pour une première lecture, de connaitre l'encyclopédie. Alors, ça t'a choquée ?" "Oui, surtout l'épisode avec les moines et en même temps..." Elle rougit. "...Et en même temps j'ai aimé. C'est horrible hein ? Je ne devrais pas te dire tout ça. C'est bizarre, d'ailleurs, d'habitude je ne parle pas autant de moi. Ca t'intéresse vraiment ce que je pense ?" Donatien ne peut pas lui dire la décision qu'il a prise il y a quelques jours de l'initier aux choses de l'amour. Il s'imagine déjà nouveau Valmont séduisant la prude Madame de Tourvelle, mais non pas mu par la volonté de la faire déchoir, mais plutôt motivé par la volonté de l'éduquer.

"Je te propose un jeu. Un jeu de rôles en quelque sorte. Je vais t'écrire un billet et tu devras me répondre. Je donnerai le ton et tu devras impérativement me donner la réplique en laissant parler celle qui s'est manifestée à la lecture de Sade. Tu mettras de côté ton éducation, ta pudeur pour ne laisser parler que celle qui te souffle tes envies. Aucune limite dans le propos, le style sera celui qui te convient. Entamons une correspondance, ça te dit ?" Donatien a leur cœur qui bat, il ne veut pas qu'elle dise non. Candy le regarde de ses grands yeux clairs et un voile d'incompréhension ternit un instant leur éclat. Et puis un sourire enjôleur point, affleure alors que sur un ton joueur elle lui répond "Hum, je crois que je t'ai compris. Tu veux une correspondance à la Choderlos de Laclos, mais version Henry Miller !" "Quoi, tu connais cet auteur ?" "Ah, mais qui te dis que je n'ai rien lu de toute ma vie. Oui, je l'ai lu ainsi que d'autres classiques. Je veux bien essayer mais je t'aurai prévenu, je ne suis pas un auteur née."

 

Quelques jours plus tard, Candy découvrait dans sa boite aux lettres une enveloppe manuscrite qui contenait ce billet.

 

"Candy, ma Muse, je t'attendrai ce soir aux jardins des délices. J'y ai cultivé pour toi quelques étreintes aux parfums enivrants mais j'en garderai les secrets, si tu ne les mérites pas. Alors, si tu veux partager avec moi ces enchantements, si tu veux qu'ensemble nous connaissions la folie des passions qui saoule les corps et annihile l'âme, il faudra que tu me racontes comment tu me circonviendras. L'oseras-tu ? Le voudras-tu ?"

 

Candy referme le billet, intriguée. Mais déjà comme un poison, les mots de Donatien circulent dans ses veines et elle déjà s'élève en elle une voix qu'elle ne connaissait pas, celle de son désir jamais exprimé.

Oui, elle osera.

 

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BAISE-MOI

 

Samedi 27 juin

 

Candy s'est enfermée dans sa chambre. Elle vit seule mais pourtant, elle sent le besoin de se calfeutrer comme dans un cocon pour que restent enfermés dans le secret de l'alcôve les mots qu'elle va lui écrire. Elle a relu la lettre de Donatien et la crainte est sa compagne. Peur que ses mots ne suintent des murs et que tous, autour, sachent qui elle est, au fond. La peur l'étreint au ventre et une douleur délicieuse l'envahit, envie d'être à la hauteur du défi mêlée à celle de lui plaire.

Que veut-il donc lire ? Quel rêve veut-il donc rêver ? Sous ses mains, le vélin le plus fin qu'elle ait trouvé. Elle le caresse les yeux fermés et elle imagine son grain de peau. Petit à petit, alors que ses mains insufflent au papier la chaleur de vie qui lui manque, montent en elles des paroles inconnues. Alors, dévissant lentement le capuchon de son stylo, elle se laisse dicter sa première lettre. Et l'encre noire trace de son écriture ronde ce qui suit.


"Bel Ange, quelle question !

Vivre avec toi un rêve où ensemble nous serions chairs et âmes emmêlées en un être nouveau, comment le refuser ? Mais ne t'y trompes pas, ce sera moi l'amante et alors tu devras te soumettre sans tricher à ma guise despote ? Mais bel Ange ou devrais-je dire beau Démon, la Dame que je suis ne rêve que d'une chose. Que nos peaux aimantées se touchent à se brûler. Que ma langue gourmande découvre tes saveurs, celles qui te font rougir, celles qui te font gémir. Que mes mains élégantes de Dame à la peau douce frôlent et griffent et caressent ton cou, ta queue, tes fesses. Que sans pudeur entre mes lèvres, tu t'abandonnes sans pourtant jouir encore, voulant me conserver la vigueur de ton dard pour des jeux malicieux à me faire oublier la fraicheur de l'air dans ce jardin d'été où tu as cultivé, dis-tu, d'infinis délices.

Oui, bel Ange, oui, mille fois mais il faudra sans lutter accepter toutes mes conditions. Le pourras-tu ? Le voudras-tu ? Un seul mot de toi et je continue."

 

Elle relit la lettre, étonnée de la fluidité de ces mots nés d'elle. Elle s'étonne d'elle-même et sourit, satisfaite. Elle ne sait pas encore que ce n'est que le début, et pour elle, et pour lui. De la pointe de la langue, elle humecte la gomme qui scellera l'enveloppe comme un cachet de cire sur un décret. Elle dévale les escaliers et glisse la lettre dans la boîte à l'autocollant Donatien TUSSIN.

 

"Allo, Pascal ?" La voix de Donation sautille, visiblement excitée. "Oui, Donatien, qu'est-ce qui se passe, t’as l'air énervé !" "Tu te souviens la fille au prénom impossible, Candy, oui, c'est ça. Elle l'a fait. Si, je te jure. Elle a commencé à m'écrire, je n'y croyais plus !" Pascal s'anime à son tour "Et alors c'est prometteur ou bien... " "Ben, figure-toi que pour un BEP l'entrée en matière n'est pas si mal, je dirais presque littéraire. A se demander si... Bref, je te montrerai ce qu'elle a écrit. C'est dingue, inespéré, elle m'appelle "Bel Ange". Tu imagines le bol ?" Pascal s'enthousiasme à son tour, car l'idée de Donatien, inédite et amorale, vaudra certainement à elle seule un objet d'étude. N'a-t-il pas choisi comme sujet de thèse "La manipulation ou l'asservissement volontaire : quand la victime inconsciemment choisit son bourreau." Il enchaîne "Bon, alors on se voit toujours la semaine prochaine, pour que tu me racontes la suite de vive voix ?" "Bien sûr !" rétorque Donatien qui raccroche, fébrile.


Le lendemain, un seul mot tracé d'une main énergique en lettres capitales, un mot irréversible écrit par Donatien "OUI" occupe l'espace blanc immaculé de la page. Il ne l'a pas commentée, il ne l'a pas repoussée non plus. Elle en déduit qu'elle n'a pas encore failli. Elle replie le billet avec soin, le glisse dans son enveloppe d'origine et le range soigneusement dans une boite qu'elle a choisie à cet effet. Se mordillant les lèvres, elle reprend.

 

"Cher Ange,


Puisque tu acceptes toutes mes conditions, je vais te raconter, telle Shéhérazade, ce que pendant des nuits entières tu vas subir comme sévices voluptueux, et je vais dévoiler à tes yeux étonnés toutes ces envies qui peuplent mon désir, sans jamais avoir osé s'exprimer de peur de la censure, de peur de la réprobation.

Ce soir, mon Ange, mon Désiré, mon péché silencieux, je vais te raconter comment à la découverte de ton corps je vais aller. Tu arriveras bientôt et tu ne sais pas encore que lorsque tu auras franchi le seuil de la porte, ta volonté sera ma volonté et tes désirs seront les miens, ceux que sur ta peau je vais susciter.

Evidemment, pour rendre l'expérience plus savoureuse il faudra que je te bande les yeux. Tu connais déjà les frissons de l'attente mais connais-tu ceux décuplés par la cécité ? Tu rentreras les yeux fermés, car tu seras docile à mes injonctions. Je couvrirai tes yeux d'une écharpe et guiderai tes pas vers ma chambre. Il y fait chaud. Je n'aime pas les frimas de l'hiver et les amours glacées me rebutent. Je t'allongerai sur des draps frais de coton égyptien dont la douceur fera frissonner ta peau. Tu ne bougeras pas. Je viendrai te chevaucher, nue déjà, ne faisant que frôler ton entre-jambes et un à un je ferai sauter les boutons de ta chemise. Mes mains en décaleront les pans et mes paumes brûlantes imprimeront sur ta peau des caresses esquissées.

J'ôterai ta chemise, t'imposant des contorsions qui feront que ton ventre, sans le vouloir, effleurera la toison ébène ornant mon ventre, ou bien le ferai-je exprès ? Et ce contact fugace t'assènera un choc de désir, car sans rien toucher, sans rien voir, tu devineras que je suis nue. Et tes sens aiguisés chercheront mon parfum, et tes mains impuissantes voudront s'imprégner du toucher de ma peau mais en vain, je te le refuserai. Et des effluves de mon sexe comme une terre mouillée par la rosée viendront titiller tes narines, feront palpiter plus fort ton cœur dans ta poitrine. Et puis je glisserai le long de tes jambes et de nouveau mes mains frôleront ton ventre et le velours sombre dessinant comme un chemin divin me guidant vers ton sexe. Je suivrai le chemin indiqué, ôtant prestement au passage et la ceinture et la fermeture. Ton sexe alors brandira en rougissant de son désir car ne rien savoir, ne rien voir t'excitera plus que tout. Imaginer te fera bander comme un faune en rut. Il empêchera le pantalon de glisser le long de tes jambes et je devrai de mes lèvres posées sur lui, imposer son repli pour te déshabiller tout entier.

Tu seras nu. Tu auras chaud pourtant de sentir mes regards te toiser. J'aurais envie de manger ton sexe comme une gourmandise. Le lécher, le faire rougir plus encore, éveiller de mes lèvres savantes une envie écarlate. Sentir battre le sang dans les veines qui l'irriguent et doucement sucer comme un bonbon succulent la tête magnifique, sculpture aussi lisse qu'un marbre de Carrare. Tu sentiras tout cela, le réclamant au tréfonds de toi sans le dire puisque silencieux je te voudrai. Ton souffle étouffera dans ta poitrine tant tu le réclameras.

Alors enfin, après de longues minutes d'attente agonisante, je prendrai entre mes lèvres ta queue dressée. Ma langue goûtera sa douceur et goulûment effacera ces perles de ton envie qui déjà ornent ton vit. Je lècherai assidûment, en bonne élève, en va et vient appliqués joignant à mon ouvrage mes mains sur ta hampe et sur tes couilles tendues. Mes mains seront partout, mes lèvres seront partout, et ma langue dévote t'excitera au point de rompre... Mais satisfaction tu n'auras. Je ne ferai que jouer avec ton envie, juste faire durcir ce sexe magnifique sur lequel je voudrai m'empaler sans le faire et je sentirai ma corolle s'ouvrir et se mouiller. Dans un souffle tu me diras "baise-moi" et je te punirai d'avoir rompu le silence.

 

Veux- tu savoir la suite ?"

 

White_Angel_Wings.jpgLES REGLES DU JEU

Donatien replie avec lenteur la lettre de Candy.

Le trouble l'a envahit et pour le canaliser il appuie de ses ongles sur les pliures comme vous enfermer les mots qu'il vient de lire. Quoi, cette fille apparemment si timide, avec son zézaiement qui donne à ses paroles un je-ne-sais-quoi d'enfantin, est capable de lui écrire ça ? Le style lui a paru suranné voire ampoulé mais au-delà des mots ce qui lui reste, gravé au ventre, c'est l'audace dont elle a fait preuve dès le départ. Il la voulait timide, presque effarouchée. La voilà qui lui ressert une partie de ses lectures. Enfin, c'est ce qu'il pense tant sa lettre l'a ébranlé.

Il a rendez-vous avec Pascal à 13h00 pour déjeuner, alors il se dépêche de glisser les deux lettres qu'il a reçues de Candy dans la poche de sa veste et file au Saint Jean. L'église sonne les 13 coups alors qu'il ficèle son vélo au poteau de signalisation devant la terrasse. Bien en vu, on ne le lui volera pas. Pascal est déjà là, souriant. Ils sont comme deux malfrats qui trament un mauvais coup. Leur complicité est née sur les bancs de l'école, bientôt douze ans qu'ils se connaissent. "Alors, t'en es où ?" l'interroge Pascal alors qu'il finit tout juste de s'asseoir. Donatien attrape les deux lettres qui semblent palpiter dans sa main mais c'est la sienne qui tremble. "Je te laisse juge, lis un peu !" Pascal parcourt les deux billets l'air concentré. Aucune émotion ne transparait. Donatien, lui, tente de les lire de nouveau par dessus son épaule. Et en surimpression viennent des visions de Candy, avec ses rondeurs et son sourire, avec ses yeux clairs et sa timidité. Il l'imagine nue, charnue mais ferme. Il l'imagine callipyge. Il ferme les yeux un instant et voit la scène qu'elle lui a décrit. Il bande.

"Et bien, ne la croyais-tu pas débutante ?" lui dit Pascal avec un petit sourire en biais. "Qu'est-ce que tu veux dire ?" "Ce que je veux dire" répond Pascal "c'est que ce n'est pas une perdrix de la dernière couvée et que d'initiation à ta façon il n'y aura pas ! As-tu vu comme elle attaque, sûre d'elle. D'ailleurs, oui, je la trouve un peu présomptueuse ton élève. Elle pense qu'il t'en faut peu pour te tournebouler. Elle a peut-être raison..." Donatien fait la moue et regarde son ami dans les yeux "Mais tu as raison, je n'avais pas lu le texte sous cet angle-là. En fait, j'avoue elle m'a donné envie la coquine alors que c'est moi qui devrais l'amener au désir. Présomptueuse, dis-tu ?" "Oui, quand même. Si j'étais à ta place je rabattrais gentiment sa superbe, histoire de lui faire sentir que ce n'est pas elle qui tient les rênes, non mais ! Si tu la laisses maîtresse du jeu, autant arrêter maintenant. L'expérience ne vaudra rien ni pour toi ni pour moi !" conclut Pascal qui tend les billets à Donatien. "Tu crois qu'elle l'a inventé ce texte ou ne crois-tu pas, comme moi, qu'elle aura piqué ses idées à droite et à gauche dans ses lectures ?" enchaine Donatien, "parce que je ne peux pas m'être trompé à ce point sur son compte !" "Non, je ne crois pas. Mais qu'elle s'en soit inspirée, pourquoi pas. Après tout, nos lectures comme les films ou les faits divers alimentent nos fantasmes, non ? De toute façon, plagiat masqué ou pas, il faut que tu reprennes l'ascendant. Tu dictes la danse, tu règles les pas. T'as amené du papier, de quoi écrire ?"

Donatien fouille dans son sac à dos pour en extraire un nécessaire d'écriture. "A ton avis, je lui dis quoi ?" Pascal se tait mais réfléchit intensément. "Tu veux que j'écrive à ta place ?" Donatien lui tend le stylo.

"Mais, jolie Dame, qui te dit que je te veux déjà. Qui te dit que tu peux éveiller si vite mon désir. Ce que tu me sers là manque sacrément d'audace. Si tu veux me rejoindre au jardin, il faudra que tu te montres à moi, sans pudeur, et que tes yeux jamais ne cillent quand je te demanderai de te mettre nue, de te mettre à nu, de tout me révéler. Tu m'appelles l'Ange, mais Ange je ne suis pas.  Et d'abord, naïve, que ferais-tu d'un ange et qu'est-ce qu'un ange ferait de toi ? Tu apprendras bien vite à me connaitre si tu suis les règles du jeu et alors tu découvriras ma part d'ombre et la tienne. Le plaisir se niche où on ne l'attend pas et ce ne sont pas tes clichés convenus qui le révèleront. Alors pour me montrer ton obéissance, tu vas recommencer. Je t'ordonne de t'exhiber, raconte-moi ce que tu redoutes que je te demande, raconte-moi tes appréhensions et tout ce que tu ne ferais pas devant un homme. Fais monter en moi le désir, si tu en es capable...." 

Pascal repose le crayon, un air de satisfaction plisse ses yeux moqueurs. Donatien relit le billet tout en le commentant "Tu y vas fort. Elle va s'enfuir, tu paries, elle va abandonner..." "Laisse donc faire, tu verras bien. Encore une fois, parti comme c'est parti, le jeu ne vaut rien, crois-moi. Tu vas la piquer au vif ou la décourager, et alors tu sauras de quel bois elle est faite. !"

Donatien cachète nerveusement la lettre, inquiet que le jeu en effet ne s'arrête. Il ne le dit pas à Pascal mais ce qu'il a lu d'elle l'a remué. Il y avait de la recherche dans la mise en scène, comme un avant-goût de ce dont elle pourrait être capable. Peut-être. Et c'est avec hésitation qu'il glisse sa lettre dans la boite de Candy.

Répondra-t-elle ?

 

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TORTURE DIVINE

Il faut que je te parle. Vite. Rendez-vous à la cafétéria. Maintenant !

Le cartouche du chat clignote sur l'écran de Valérie qui lit le message instantané de Candy en y sentant une urgence, une vraie. Elle quitte son bureau et retrouve Candy qui ne lui laisse même pas le temps d'entrer. "Tu te souviens quand tu me parlais de Nicolas et que je te disais que je m'en fichais ? La raison est simple, j'ai rencontré un homme !" Valérie lève les sourcils et une expression d'incrédulité amusée illumine son regard. "tiens, tiens, voyez-vous ça. Raconte..." "En fait, c'est mon voisin. Il a un prénom aussi impossible que le mien, Donatien. Si, je t'assure. Bref..." Et Candy raconte à son amie le drôle de jeu qu'ils ont commencé à jouer. "Mais je viens de recevoir ce message de lui. A la première lecture, je t'assure, j'ai cru en pleurer. Il m'a fait me sentir nulle, déjà que je ne me sens pas fortiche sur le sujet. J'hésite à continuer, d'ailleurs je ne suis pas la hauteur. Mais pourtant il me plait tant, j'ai peur de le décevoir, j'ai peur de..."

Candy ne finit pas sa phrase. Elle ne sait pas où il veut l'emmener et les phrases de son billet reviennent lui rappeler qu'il n'est peut-être pas si bienveillant que cela à son égard. "Mais pour que tu comprennes, il faut que tu lises ce que je lui ai écrit et sa réponse. J'ai gardé des copies, tu comprends, pour ne pas perdre le fil. Après tout, c'est un jeu de rôles, comme si nous écrivions le scénario au fil de nos échanges."

"Mais quel salaud !" s'exclame Valérie. "Ce n'est pas du tout convenu ce que tu lui a écrit. D'abord, il est idiot. Oui, tout est convenu si on y réfléchit, car depuis que l'homme est homme, sur le sexe on a certainement tout écrit. Mais franchement, tu m'épates. C'est vraiment toi qui a écrit ça ?" Candy rougit et répond en zozotant plus que d'habitude "Arrêtes, j'ai honte !" "Mais honte de quoi ? Tu me prends pour une communiante ? Je te rappelle que ce n'est pas moi qui ai coiffé les Catherinette ?" rétorque Valérie en rigolant "Je t'assure, je suis drôlement surprise et épatée. Je ne pourrais jamais écrire un truc comme ça. Et puis, il croit quoi ton Donatien ? Si tu te défiles, tu auras perdu la face et lui, tout aussi sûrement. Il faut le surprendre, être où il ne t'attend pas. Fais le rêver ce type. Attends, on va s'y mettre à deux. Je te donne les idées et toi tu peaufineras le style !" "T'es sûre ?" "Oui, je suis sûre. Il veut s'amuser avec toi, tu ne vas pas le décevoir !"

Quelques jours plus tard, Donatien dépliait ce billet.

"Mais, l'Ange, tu me tortures !

Bien sûr que je veux te dire non et refuser de te confier ce qui me ferait reculer ! Bien sûr que je rougis de honte à l'idée de devoir devant toi exhiber et mon âme et mon corps. Ta verve tente de me provoquer pour me faire basculer. Tes intentions sont diaboliques et la Dame en moi s'effarouche de tant d'audace. Pourtant, ma peau frémit déjà à l'évocation des désirs que je pourrais faire naitre en toi. Me montrer à toi bel Ange, mais quel défi ! Moi qui jamais ne me suis montrée à quiconque.

Oter un à un tous mes vêtements et prendre position comme une idole pour être par tes yeux dévorée ? Libérer à ta vue mon coquillage luisant et mon puits de délices le pourrais-je jamais ?  Entendre tes mots soufflés comme des prières m'intimer de me caresser ? Accepter que mes mains t'obéissent pour satisfaire ta curiosité ? Oh, je doute tant d'en être jamais capable. Il faudra que tu trouves les mots pour obtenir, par tes cajoleries ou tes commandements, l'oubli de moi indispensable pour te satisfaire.

Trouve les mots, je t'en prie, car je veux devenir l'objet de ton délire pour mieux en jouir. Suivre mot à mot le chemin que tu m'indiqueras et que mes mains deviennent tes sbires dociles. Qu'elles s'associent comme des malfaiteurs à ton envie. Que tes mots et mes mains révèlent la diablesse qui sommeille en moi et que tes envies deviennent miennes. Je serai toute à toi. Je me plierai devant tes lubies comme la pénitente devant son maitre. Fais de moi ce que tu veux, je te suivrai. Je languis de jouir par tes injonctions.

Guide-moi."

AILES5.jpgL'OBEISSANCE

Cela fait une semaine que Donatien triture dans la poche de sa veste la dernière lettre de Candy.

Le papier est tellement froissé qu'il a acquis la souplesse du chiffon. Sa main, fiévreuse dès qu'il la touche, tente de deviner comme celle de l'aveugle les mots qu'elle a marqués. Il a eu envie d'elle. Envie de la sentir contre lui.  Elle a su le toucher par sa volonté évidente de le satisfaire, de jouer le jeu qu'il a initié. Et ce qui l'étonne le plus, c'est sa capacité à retourner le jeu en sa faveur. Il y a une naïveté en elle qui le bouleverse. Cette naïveté authentique mais pas mièvre de faire plaisir.  Et il se sent perdu et ne veut plus jouer. Pascal l'attend à la bibliothèque. Il va tout lui avouer.

"Alors, as-tu eu des nouvelles ?"

Valérie a glissé son bras sous celui de Candy et du pas militant de celles bien décidées à craquer sur les soldes, elle se serre contre elle comme pour provoquer la confidence. "Non, cela fait une semaine que j'ai remis notre lettre mais je n'ai rien reçu en retour. J'ai cru qu'il était en vacancea mais j'ai vu son vélo, hier, qui trônait devant la porte de son appartement. Il n'a pas dû aimer...." Valérie s'arrête net et lui impose de la regarder. "Mais tu t'en fiches, nom d'une pipe. Ce jeu est dangereux. Tu risques de t'y brûler. Tu crois que je n'ai pas vu comment tu t'inquiètes, comment tu attends de ses nouvelles. Ce jeu n'est pas sain. Regarde la tête que tu as !" "Mais il me plait" geint Candy "qu'y puis-je ? Je pense à lui sans cesse. Je sens bien que je suis amoureuse. Jamais auparavant je n'ai eu cette envie de subjuguer, au sens propre, vois-tu. Qu'il soit dingue de moi, qu'il n'en dorme plus. Parce que moi, figure-toi, je ne dors plus très bien. Les yeux grands ouverts sur l'ombre de la nuit, j'imagine qu'il entre dans ma chambre, qu'il a envie de moi, qu'il veut m'infliger mille sévices voluptueux... Ah non, ne ris pas, ce n'est pas drôle. Je me languis !"

Il est assis à la table la plus reculée, contre le mur. Il est penché sur des volumes éparpillés et tortille une mèche de cheveux signe de grande concentration. Il n'a pas entendu Donatien approcher. "Alors, tu vois le bout de ta thèse ?" Pascal lève les yeux vers son interlocuteur et un grand sourire fend son visage lorsqu'il aperçoit son ami. "Ah, tu tombes bien, je suis crevé et non, la réponse est non. Le sujet est vaste et je ne m'imaginais pas en commençant que j'y passerais tant de temps. Mais c'est passionnant. La manipulation peut prendre tant de formes et les mécanismes qui se mettent en place entre le manipulateur et le manipulé, d'un point de vue psychologique, sont incroyablement complexes... bref, parlons de notre petit jeu ! Quelles sont les dernières nouvelles ?" Donatien hésite un instant. Quand il est avec Pascal, un part de lui, la part joueuse, se plie à ses lubies, à ses envies et il le suit bien volontiers dans toutes ses folies. Mais là, il n'est pas certain de vouloir faire de Candy le sujet d'étude de deux étudiants fantasques. "Tiens, voilà son dernier billet. Lis."

"Eh, pas mal. Elle a de la ressource. J'ai toujours un peu de mal avec son style mais franchement elle marque un point. La balle est de nouveau dans ton camp. Dans notre camp !" Le sourire de Pascal est devenu carnassier et pour un peu Donatien ne serait pas surpris de le voir se lécher les babines. Et l'envie insidieuse qui illumine le visage de Pascal doucement s'immisce en lui. Oui, elle a de la ressource. "Il faut que tu fasses semblant de lâcher prise, comme si tu cédais à ses mots. Comme si tu la laissais mener la danse. Puisqu'elle ne te suit pas, sois plus direct. Provoque là, sois plus agressif. Tiens, tu devrais tenter quelque chose comme ça "Tu veux que je te guide, ma belle, et tu fais ta timide alors que tes mots sont roués. Mais moi, je te veux obéissante. Et si obéissante tu n'es pas, notre correspondance cessera. Alors comme Justine tu seras docile et comme elle tu vas satisfaire mes caprices. Je te veux nue devant moi. Imagine que je suis assis devant toi et que je t'intime de t'exhiber. Imagine le pire que je pourrais te demander, imagine ce que tu crois ne pouvoir jamais donner. Vas-y, je t'attends, fais-le !"

"Tu pousses un peu là ! C'est à peu de choses ce qu'on lui a demandé la dernière fois !" s'exclame Donatien. "Mais comment veux-tu qu'elle veuille jouer avec moi après des mots pareils. Elle attend qu'à mon tour je me dévoile. Elle veut que je la guide. Elle va croire que je la méprise en ignorant sa main tendue. Tu lui dis d’imaginer le pire. Va savoir ce qu’elle va imaginer de mes envies..." Pascal plante ses yeux noisettes brûlées dans ceux de son ami "Mais ma parole, t'es amoureux. C'est quoi ces timidités ? On n'est pas là pour s'amuser ? Ta donzelle, je te le dis, a des ressources insoupçonnées. Crois-moi, elle va continuer. Et puis, encore une fois, si elle arrête tu n'auras rien perdu, une autre mijaurée qui t'aurait ennuyé au lit !" Le dernier bastion de résistance de Donatien s'effondre alors qu'il articule visiblement rasséréné "Arrêtes tes conneries, je ne suis pas amoureux. C'est toi qui as raison. On continue !"

Mais alors qu'il s'éloigne de la bibliothèque, il caresse du bout des doigts le dernier billet de Candy toujours niché dans sa poche et il se persuade que Pascal est un pervers sans sensibilité. C'est son pote, soit, mais ses visées ne sont pas les siennes et sa capacité de persuasion le rend parfois pusillanime. Il ne le sera plus. Arrivé à la maison, Donatien déchire le billet de Pascal et sur une feuille vierge il écrit simplement :

"Envie de te voir. Appelle-moi ce soir. L'Ange"

 

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PREMIERS EMOIS

"Allo ? C'est Candy."

Donatien attendait son appel et pourtant il se sent cloué au parquet par cette petite voix zézayant qu'il n'a plus entendue depuis un mois. Cela lui parait une éternité. Un mois qu'ils ont commencé leur correspondance. Un mois qu'elle a accepté de se plier à ses règles. Il avale sa salive avec difficulté saisi d'une forme de trac. C'est elle l'innocente et pourtant c'est lui qui se sent comme un débutant. Pascal avait-il raison ? "Bonjour Candy, comment vas-tu ?" Banalité d'usage, civile, pour cacher son trouble. "Ca va..." Quelques infimes secondes s'écoulent. Elle ose le silence pour le provoquer. Elle ose le silence pour le faire se dévoiler. Elle ne l'aide pas. Elle attend un pas vers elle, elle en a tant fait vers lui déjà. "Es-tu libre pour diner tout à l'heure ?" lâche-t-il enfin.  "Oui, avec plaisir." Cri du cœur et tant pis s'il imagine quoique ce soit. "A quelle heure ?" "Si tu n'as pas peur, on dinera chez moi, tu veux ?" Il se mord les lèvres, tendu comme le fil du combiné du vieux téléphone en bakélite noire qu'il a dans la main, et si elle ne voulait pas ? "Oh, chez toi..." Candy meurt d'envie de dire oui, mais la trouille lui triture les tripes. Car elle sait que s'ils sont seuls, tous les deux, peut-être tentera-t-il de la séduire et alors elle ne pourra pas lui résister. A-t-elle envie de lui résister d'ailleurs ? Non, bien sûr que non, ce sera lui, pas un autre, mais c'est comment la première fois ? "...d'accord, mais j'espère que tu cuisines bien, je suis gourmande, moi !" finit-elle avec un petit gloussement nerveux. Donatien qui ne respirait plus inspire un grand coup, soulagement, elle a dit oui. Il sourit aux anges. Aux anges, se dit-il, c'est marrant ça, car elle m'appelle l'Ange. "Alors je t'attends à 20h. A tout à l'heure."

Il a entendu ses talons qui martelaient le parquet du palier. Il lui ouvre avant qu'elle n'ait eu le temps de sonner. Elle est plantée sur le paillasson, le doigt en l'air. Pétrifiée dans le mouvement, ses yeux marquent de la stupeur. Il lui sourit. Elle est belle, toute en rondeurs. Un pull au col en V met en valeur son profond décolleté et la jupe droite qu'elle porte drape son corps au plus près sans la boudiner. Elle est ronde mais sculpturale et il se perd déjà dans le creux de son cou qu'elle dévoile à sa vue envieuse, ses cheveux blonds relevés en un chignon négligé. C'est fou l'allure gracile que lui donne sa coiffure de petite madame, se dit-il en lui cédant le passage. "Entre dans mon antre si tu l'oses !" Elle lui sourit, les jambes en guimauve. "Suis-moi que je te montre mon palace." La porte a claqué derrière elle et elle a sursauté. Elle se tance d'être ainsi aux aguets, elle se trouve ridicule. Elle suit Donatien dans le salon et regarde, un sourire en coin, son beau cul musclé qui se dandine sous la toile du jeans. Elle se dit qu'être vierge à son âge, c'est pire qu'être handicapé.

Il s'est arrêté net devant elle et s'est retourné. Ils sont face à face à se toucher. Il la dévisage un court instant et elle soutient son regard. Vierge mais pas effarouchée. "Je ne sais pas si la cuisine sera à la hauteur de ta gourmandise, alors j'ai tout misé sur le vin. Pour commencer un Bollinger Grande Année 1999. Un premier diner, ça se fête, non ?" Il sourit comme un enfant heureux du cadeau qu'il fait. "Tu ne pouvais pas mieux tomber, je raffole du champagne. En fait, un diner au champagne me convient parfaitement. Et puis, je bois peu tu sais, sinon je ne sais plus ce que je fais !" Autant de badinerie que de messages à lire entre les lignes. "Hum, tu ne sais plus ce que tu fais ? J'ai bien fait de prévoir deux bouteilles alors..." Dialogue convenu entre deux êtres troublés déjà par ce qui va se passer. Le diner n'est qu'une formalité. Elle le sait. Il le sait. Mais il faut bien jouer un peu, car dans le jeu le plaisir se niche aussi.

Elle s'est assise sur le canapé. Elle observe la pièce qu'il a décorée avec goût. Elle l'imaginait étudiant brouillon vivant dans un bazar estudiantin. Il n'en est rien et les meubles contemporains qui peuplent le salon lui donnent comme un avant-goût de ce qu'il est. Raffiné, attentif aux détails. Il s'assoit à côté d'elle et lui tend une flûte où le liquide couleur miel d'acacias pétille en bulles fines. Il se rapproche encore plus, et sa cuisse touche la sienne "Trinquons, cuisse to cuisse !" dit-il cabotin alors que Candy sent son cœur faire des bonds incontrôlables dans sa poitrine. Elle boit cul sec. "J'ai des ascendances russes. On boit comme ça chez moi !" Donatien éclate de rire. "Décidément tu es pleine de surprises ! Je t'avoue que tes billets m'ont étonné. Je ne pensais pas que tu jouerais le jeu comme ça. Et puis maintenant, le coup à la slave..." Elle rit, aussi détendue que le jour de son Bac mais elle n'en laisse rien paraître. "Ah, oui, tu pensais quoi ? Que j'allais recopier des Arlequins ?" "Non, mais je t'aurais crue plus timorée. Remarque bien, j'ai adoré que tu me surprennes..." Candy affiche une moue déçue "Je t'ai surpris, c'est tout ? Moi qui croyais te déstabiliser...."

Donatien ne rit plus et la regarde intensément. Elle plonge les yeux dans sa coupe qu'il a remplie à nouveau. "Regarde-moi." Rouge d'émotion, elle lève ses yeux intimidés maintenant. "Oui, tu m'as déstabilisé. D'ailleurs, je te dois la vérité." Et Donatien lui raconte le jeu qu'avec Pascal ils avaient préparé. "Mais tu me plais. Tu me plais vraiment. Je n'ai plus envie de jouer. Enfin, pas ce jeu là..." Il a posé son verre et lui prend la main. Elle se laisse faire, amollie par le champagne et son envie de lui. Il porte sa main potelée à ses lèvres et l'embrasse lentement, très lentement. Il embrasse ses doigts un par un et puis la paume et puis de ses lèvres entrouvertes il baise son poignet, puis remonte le long du bras jusqu'à son coude où il dépose un baiser insistant.

Candy s'est laissé aller contre les coussins, elle a fermé les yeux et sent le souffle chaud de Donatien qui remonte le long de son bras pour arriver enfin au creux de son cou. Son cœur bat plus vite et son propre souffle s'affole à son corps défendant. "Lève-toi" murmure-t-il à son oreille. Son haleine brûlante descend en salve le long de sa colonne et elle reste sans volonté. "Lève-toi, viens t'assoir entre mes jambes." Elle se lève avec peine, la tête lui tourne et elle ne sait plus si c'est le désir ou le champagne. Docile, elle vient s'adosser à son torse. Il glisse ses bras autour de sa taille et plonge son nez dans son cou. Candy frémit.

"Si tu veux jouer à mon jeu. Fais oui de la tête. Ne parle plus, juste un signe de la tête." Elle opine une fois, puis deux, heureuse de ne pas devoir parler tant elle a peur que sa voix trahisse son émoi. "Alors, à partir de maintenant tu me laisses tout faire, n'est-ce pas ?" Elle opine à nouveau. "Et à partir de maintenant, tu feras aussi tout ce que je te dirai ?" Elle opine encore une fois. "Bien. Interdit de revenir en arrière, c'est bien clair ?" Sa voix est douce et enjôleuse, elle n'y résiste pas. Une dernière fois elle fait oui de la tête.

Alors doucement, les mains de Donatien quittent la taille de Candy où elles s'étaient placées et remontent sur ses seins et lentement elles les caressent. Ils sont lourds mais fermes et bientôt  Donatien sent sous la fine dentelle ses mamelons se dresser. Il les attrape et délicatement les pince en lui disant "Tu vas voir quel plaisir ils recèlent quand on sait leur parler." Candy gémit et se laisse aller totalement contre lui. "Ne dis-rien, ne fais rien, n'aies pas peur !" susurre-t-il alors qu'il glisse ses mains sous son pull. Il flatte de ses deux paumes la douceur de sa peau, déchiffre au passage les rondeurs de son ventre et d'un geste adroit fait sauter l'agrafe du soutien-gorge. 

Candy sent son corps se tendre sous les caresses de son amant. Des sensations inédites transpercent ses entrailles alors qu'il malaxe avec précaution ses tétons érigés. Le plaisir qu'elle ressent pour la première fois est intense et elle n'a pas l'intention de s'y soustraire. "Je veux maintenant que tu glisses ta main entre tes cuisses." "Non !" "Chut, souviens-toi, tu ne parles plus, tu as promis de m'obéir. Ne voulais-tu pas que je te guide ?" Candy fait si de la tête. Elle joue le jeu. Elle ira jusqu'au bout, n'importe où du moment que c'est avec lui. "Est-ce que tu mouilles ?" Oui, elle mouille et c'est bon, et c'est doux, et c'est chaud. "Je veux te humer, je veux te goûter. Donne-moi ta main." Et Candy porte à ses lèvres ses doigts humides. Donatien lèche chacun de ses doigts mais ne cesse pas de lui caresser les seins. "Caresse-toi !" Candy s'est redressée. "Mais, je ne peux pas !" Donatien la plaque de nouveau contre lui. "Mais alors, tu ne t'es jamais caressée ?" Elle fait non de la tête. "Je vais te montrer." 

Alors que sa main gauche continue de cajôler ses seins, sa main droite investit avec dextérité le sexe trempé de Candy et lui administre le traitement qu'il voulait qu'elle s'inflige. Il gémit à son tour de sentir la soie de sa peau et sa douce moiteur. Il s'émeut de sa fébrilité alors que son sexe quémande encore plus d'audace, suivant allègrement le rythme de sa main. Et sous les assauts caressants de Donatien, un plaisir  violent l'envahit et pour la première fois Candy jouit !

Allongés sur le canapé, Candy s'est lovée dans ses bras. Les cheveux en bataille, la jupe relevée, le pull roulé sous ses bras elle rit d'aise. "Non mais, as-tu vu dans quel état tu m'as mise !" Le reproche est démenti par le regard enamouré qu'elle lui lance. "Oh, et je devrais te remercier !" Donatien l'interroge du regard. "Oui, quand même, car tu viens de me faire jouir pour la première fois... " Il lui sourit "Tu vois, ce que j'aime avec toi c'est ta simplicité, ta spontanéité. Les autres filles minaudent, pas toi." Il l'embrasse à pleine bouche. "Mais toi, tu n'as pas joui, ce n'est pas de jeu !" lui répond-elle avec malice. "Ne t'inquiètes pas, le plaisir n'est pas que dans la jouissance. Et puis... mon tour viendra." Des points de suspension dans la voix qui la laisse imaginer tout ce qu'elle ne connait pas encore et qu'il lui apprendra.

"Oh, Donatien, j'ai repensé à ton copain Pascal. Puisqu'il voulait jouer lui aussi, que dirais-tu de continuer notre jeu rien que pour lui ? Tu vois, je pourrais écrire des billets et tu feindrais de les avoir reçus de moi. Il fait une thèse sur la manipulation, c'est bien ça ? Et bien si je m'amusais un peu à mon tour ?" Donatien fronce ses sourcils marquant sa réprobation muette. "Et bien, en voilà une idée ! Ce ne serait pas réglo, n'oublie pas que c'est mon pote tout de même..." Candy lui roule des œillades en lui disant "Allez, pas longtemps, juste pour le chauffer un peu tu vois." "Non, pas d'accord. Tu n'as qu'à me chauffer moi si tu l'oses. Et je continuerai à jouer le jeu avec Pascal. A voir qui des deux sauras mieux attiser le désir de l'autre !" Candy l'embrasse à nouveau en susurrant "Chiche !"

Et le soir même, Candy rédigeait pour Donatien le billet suivant.

"Ange, cher Ange,

Tu es assis devant moi et je t'écoute me susurrer combien tu aimerais que je te dévoile sans délais ce que tu ne connais pas de moi. Tu me demandes d'imaginer le pire que tu pourrais me demander, d'imaginer ce que je crois ne pouvoir jamais te donner. Et ton regard, impatient déjà, épie chaque parcelle de moi.

Je me suis mise nue, pour toi mais je ne peux soutenir ton regard qui me brûle plus fort que la vergogne que j'ai de me montrer à toi. J'ai toutes ces préventions de femme pudique qui m'assaillent. Le poids de la religion et de mon éducation qui m'ont maintenue insidieusement dans l'abstinence. J'ai tout cela en moi et comme Justine, je vacille, je titube entre le oui et le non.

Le non que m'impose la décence plus forte que ceinture de chasteté. Le oui qui sinue dans mes veines passablement agacées par mon sang bouillonnant, affolé par tes commandements muets. J'ai froid et j'ai chaud. Je sens mon ventre s'animer à l'approche de mes mains qui glissent le long de mes cuisses. Il anticipe déjà mes caresses, celles que tu m'intimeras. Je sens le désir sourdre doucement.

Je sais que tu le vois. Je sais que tu aimes ça et mon envie de ton envie me fait mouiller plus encore. Je t'en prie, ordonne-moi de me caresser. Dis à mes mains empressées de sinuer autour de mon clitoris bandant comme ta queue en ce moment. Impose-moi de glisser mon majeur lentement le long de la peau si douce de ma fente. D'hypnotiser ton regard au rythme de mon doigt qui me caresse, dessinant des allers-retours luisants. Demande-moi de goûter cette rosée divine qui ne coule que pour toi et de t'en décrire les saveurs et les parfums.

Fais-moi rougir encore en me fixant droit dans les yeux imposant à mes cils de s'abaisser pour cacher et ma honte et mon plaisir sournois. Bouscule-moi de tes mots audacieux pour m'amener plus loin encore. Repousse mes frontières car pour toi je veux devenir ce qui te fait rêver.

Me voudrais-tu salope ? Salope je deviendrai et j'introduirai dans mes orifices palpitants, à la moindre injonction de toi, mes doigts fébriles mais dociles pour te faire bander mieux que Priape ne l'a jamais fait. Tu me veux gourmande libérée ? Je t'en prie dis-moi les mots, lubriques assez, pour m'y amener. Fais-moi découvrir des plaisirs insoupçonnés sous tes yeux enivrés. Je me consume d'envies interdites. Fais-moi devenir qui je suis et que je ne connais pas.

Crois-tu pouvoir m'amener au-delà ?"

A suivre ...

 

 

 

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Commentaires

hi hi! Vous avez l'art de tenir votre auditoire en haleine; quant à Sade il peut aller se rhabiller...

Ecrit par : muse | 29 juin 2009

Encore, encore, la suite vite... je vais devenir ton agent tu as tant de talents, je suis fan et tout excitée comme tes protagonistes de l suite à venir. Allez Gigi fait nous imaginer le septième ciel....

Ecrit par : gaius | 19 août 2009

Alors je veux la suite!!!!! envoie par mail si tu peux... bisous

Ecrit par : gaius | 23 août 2009

Mon Ange......

De mes Dimensions d'Etoile, il est doux de reco-Naître, un Ange.......Une Ange...Une Elle, des Ailes.....

Et tout ce qui Prop-Ose, aux Anges de découvrir,

le Désir

à Pleins Orifices.......

Délicieux Pas-SAge matinal........

Ecrit par : Henri-Etoile | 24 août 2009

Je vois que je ne suis plus la seule à m'intéresser à notre "série de l'été", j'aime beaucoup ce commentaire laissé par Henri-Etoile, et je dois dire que je suis étonnée que ces nouvelles ne rencontrent pas plus d'enthousiasme de la part des habitués de ce blog.
J'en appelle publiquement à tous: qui veut la fin? Trouvons les moyens de remotiver Gicerilla pour qu'elle nous livre la fin de ce dialogue endiablé.

Ecrit par : gaius | 29 août 2009

@ Henri-Etoile : Quelle chance que vous soyez "tombé" sur la compilation, l'histoire y est complète. Enfin, pas encore, la suite tarde à venir. Merci de votre passage. J'espère que si vous revenez vous y trouverez toujours du plaisir !

@ Gaius : Ah, ma fan number one ! Je t'adore. Je vais chauffer ma plume et tenter d'agacer les siennes. Quelle sera donc la suite de l'aventure de l' Ange ? A suivre bientôt...

Ecrit par : Gicerilla | 29 août 2009

Re-découverte,

en ce matin doux,

de vous lire et re-lire,

Erigé........

Tenté,

d'être, et de me faire,

Votre......

en Ces

De Ces

Regards

Croisés, Mêlés

En-Mêlés...

Ecrit par : Henri-Etoile | 31 août 2009

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