29 septembre 2009
ELLE - Sécurité à la chaîne
Il avait tenu son pari.
Enfin, je lui dois ici la vérité. Il n'avait pas tenu de pari, il avait galamment relevé mon défi. Installée sur le fauteuil, je contemple, pensive, le petit paquet déballé sur mes genoux. Au milieu du papier de soie rose trônent quelque grammes de tissus et, à la lumière de la liseuse, il me semble voir briller dans le fond une constellation d'étoiles. "Ah, non, je ne porterai jamais ça, c'est ... digne de Pigalle! Comment peux-tu aimer un truc pareil ?"
C'est à peu près dans ses mots que je lui avais dit non en refermant la page "Lingerie" de YOBA. Il ne s'était même pas vexé mais m'avait souri, espiègle. Comme j'aime ce sourire-là qui me ferait faire n'importe quoi. "Et si les chaînettes de ce joli string étaient parées de diamants, hum, dirais-tu toujours non ?" Je le fixais droit dans les pupilles. Deux points d'interrogation se dessinaient certainement sur les miennes. "Ah, si tu me prends par les sentiments..." Il me connait bien et il sait qu'une Marilyn sommeille en moi. "Même pas chiche !" lui répondis-je en espérant très fort, au fond, qu'il en soit capable.
Je ressors la chose minuscule de sa boîte. Un string fendu... quelle horreur ! Je le suspens dans les airs à hauteur de mes yeux. Elle est pourtant élégante cette petite culotte. Les deux jolies chaînettes constellées de brillants scintillent de mille feux. Le goût des hommes me laisse rêveuse mais les diamants m'hypnotisent. Il a gagné, je le porterai demain pour aller le retrouver.
Ma valise rose bondit sur le sol carrelé de l'aérogare. Elle a la roulette aussi enthousiaste que le pas de sa propriétaire. Je jubile de le savoir contre ma peau. Je sens frotter le tissu de ma jupe contre les chaînettes qui ornent mes hanches. Une sensation d'interdit m'accompagne alors que chacun de mes pas me rappelle que je suis quasiment nue. J'arrive au portail de sécurité à la file d'attente surchargée. Je suis si impatiente de le retrouver, de sentir ses mains frôler la toile de ma jupe pour découvrir que je lui ai obéis que l'attente me parait intolérable. Je piétine et voudrais déjà être dans l'avion. Je me tance devant tant d'impatience, l'avion ne partira pas sans moi.
Bientôt s'agglutine derrière moi une foule dense qui pousse, à me toucher presque, un homme bedonnant, à la calvitie rampante. Il est grand, très grand même et je me sens menacée par sa carrure d'armoire normande. Il souffle fort comme une forge saturée et il me semble percevoir son haleine sur mon dos. Je me retourne vers lui, agacée, pour noter qu'il a de grands yeux verts dont la transparence donne à son visage un air d'adolescence. La quarantaine bien tassée, il m'offre un sourire rayonnant. Il m'adresse la parole avec un fort accent étranger "Je suis désolé, ça pousse fort derrière !" Comment, dès lors, rester à pester contre le transport de masse ? Je lui retourne son sourire en disant poliment sans en penser un mot "Ce n'est pas grave !" évitant son regard scrutateur qui me dérange.
Mon tour arrive. Docilement, pour la paix du passage, je mets dans la caisse en plastique tous mes objets métalliques. Je passe le portique en souriant à l'agent de sécurité. Il me sourit aussi mais m'empêche d'avancer, je viens de déclencher l'alarme. "Repassez le portique s'il vous plait" me dit-il. Je repasse mais hélas l'alarme sonne encore. Je décide d'ôter mes souliers, soupçonnant que du métal y est caché. Mes Rogier Vivier sont promptement rangées dans la caisse et glissent sur le tapis pendant que je tente une nouvelle fois de franchir le portique.
Hélas, à mon grand agacement, la sonnerie retentit encore et je perçois déjà l'impatience des voyageurs qui sont bloqués par mon cas. "N'y-a-t-il pas de garde femme qui pourrait s'occuper de moi ?" "Hélas, non, elle est en pause." Je bougonne alors que je repasse en marche arrière le sas de sécurité. "Il faut que vous ôtiez absolument tout le métal que vous portez... " Subitement, l'angoisse me prend. L'argent ça sonne ou pas ? Pas le temps de délibérer sur le sujet au risque de provoquer une commotion. Avec dextérité, je glisse ma main sous ma jupe et sous le regard halluciné du préposé je dépose le string scintillant dans la boite.
Le garde me laisse traverser le portique le regard rivé, semble-t-il, à mon nombril. Pour le coup, je me sens vraiment nue et j'ai hâte de récupérer le string. Cette fois-ci, le portique reste silencieux et tous les agents me suivent des yeux alors que je me précipite vers le tapis. La boite lentement, trop lentement, arrive. Vide ! Je crois m'être trompée et, fébrilement, j'attends la suivante qui tarde à me rejoindre. Rien, que les affaires des autres. Mon voisin de queue m'emboîte le pas et ne me quitte pas de yeux. Je crains de comprendre cette drôle de lueur qu'il y a dans son regard. J'interpelle discrètement le préposé aux rayons X. Tiens, rayons X ! Non, il n'a rien touché, non il n'a rien vu ...
J'ai remis mes talons hauts espérant dominer la situation. Le cul à l'air, manquant de mon habituel aplomb, j'approche du garde mais je ne me résous pas à lui exposer mon embarras. Un dialogue silencieux résonne dans mon cerveau "Excusez-moi on a volé mon string. Pourriez-vous vérifier avec vos collègues ce qui s'est passé ?" J'imagine déjà son air goguenard, son regard égrillard et les mots de salle de garde qu'il aura pour retrouver l'objet du délit "Eh, les gars, zauriez pas vu la culotte de Madame ?". Alors, plutôt que de subir la honte d'une enquête qui ferait savoir au monde entier que je ne porte pas de culotte, dignement je récupère ma valise et mes affaires.
Mon grand gaillard bedonnant se retrouve devant moi et à mon tour je lui emboîte le pas. Le portable vissé à l'oreille je raconte, affligée, ma mésaventure à mon amant. Il rit. Et alors que je lui raconte les détails de ma tragédie, je vois clairement des étoiles scintiller dans la main de mon armoire à glaces. "Le salaud, c'est lui, j'en suis sûre" crié-je presque dans le téléphone. "T'en fais pas ma chérie, ce n'était que des Swarovski !"
"Quoi, des Swarovski, pas des brillants ?"

05:11 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (30) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : yoba, swaroski

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Commentaires
Si non e vero, e ben trovato.
Ecrit par : Jef | 29 septembre 2009
Déjà un string c'est pas beaucoup de tissu, alors un string « fendu » !!!
Pour moi l'intérêt du string c'est avant tout de ne pas se voir, alors qu'il soit fendu et cristallisé semble assez exotique... A la limite un beau string en dentelle, encadré par un porte-jarretelles, là, oui !
Bref, on se demande bien qui a pu voler ça, mais au fond, sans culotte c'est aussi bien :P
M. (30)
Ecrit par : M. | 29 septembre 2009
Votre humour ne cessera de me faire rire. Je dois avouer que la situation était cocasse. Votre avis au final sur cet amant de "pacotille" de luxe certes!
Ecrit par : muse | 29 septembre 2009
Un billet 10 carats de chez Chaumet, svp ! qui m'a beaucoup fait rire !
Votre string diamant est finalement une version parallèle de la culotte gainante de Bridget Jones...!
Ecrit par : Flo | 29 septembre 2009
Il aurait pu vous offrir un Black Diamond Miracle Bra, mais j'imagine que cela lui aurait coûté la peau des fesses. Juste un string-bling-bling, c'est un peu chiche et cela aurait pu VOUS coûter la peau des fesses. Humm.
Nice & funny story!
(Q : Ce ne serait pas plutôt SwaroVski au lieu de soir- au-ski?)
Ecrit par : Lynx | 29 septembre 2009
Pas mal le string de la photo, et la fille en dessous c'est toi Gicerilla, je t'ai reconnue !
Besos..........
Ecrit par : Rackham Le Rouge | 29 septembre 2009
J'ai lu cette histoire si bien racontée avec un grand sourire
bravo!
Ecrit par : Coumarine | 29 septembre 2009
c'est vous sur la photo ?
le coup du string fendu, c'est top !
A bientot
Ecrit par : Ibid Norio | 30 septembre 2009
Heureusement que les portiques sont efficaces, un string fendu, rien de tel pour détourner un pilote du droit chemin
Ecrit par : macaron | 30 septembre 2009
j'aime beaucoup
bien joué ;-)
Ecrit par : gaius | 30 septembre 2009
quelle délicieuse histoire...
et quel humour on pointe de diamant...
il n'y a plus à présent qu'à ... Fendre l'air pour aller le rejoindre !
merci pour ce beau moment de lecture.
Ecrit par : alainx | 30 septembre 2009
Avec tout le respect que je vous dois, vous êtes bien plus séduisante le cul à l'air ! :)
La roulette enthousiaste ... je ne l'aurais pas inventée celle-là ! ;)
Bises.
Ecrit par : Philo | 30 septembre 2009
vous me rappelez la fois où j'ai fait sonner le portique parce que je portais une guépière sous mon tailleur. heureusement pour moi, la dame palpeuse n'était pas en pause, j' aurais refusé de me déshabiller en publique!
Ecrit par : columbine | 30 septembre 2009
Il faut un mental d'acier pour garder son sang-froid et retirer sa culotte en une telle occasion. Il faut un tel mental d'acier que c'est à s'en demander si ce n'est pas lui qui faisait sonner le portique...
;)
(Je n'ai rien contre les stings, sauf s'ils sont roses :)
Ecrit par : STV. | 01 octobre 2009
Enfin Gi ?!!!! Où quand la réalité dépasse la fiction.
@ +++
Ecrit par : Pierre-Jean | 01 octobre 2009
Coquine !
B
Ecrit par : petite française | 01 octobre 2009
Très drôle et très piquant.
Et très érotique aussi.
J'avoue que j'aurais adoré voir une femme enlever ainsi son string devant moi.
Puis-je vous demander le numéro de votre prochain vol ?
Ecrit par : 502 | 01 octobre 2009
"mon voisin de queue"
Pourriez-vous préciser ?
Ecrit par : imago | 01 octobre 2009
@ jef : poco importa se è vero o meno, il principale è che la abbiate aprezzata.
@ M (30) : ah, je vois bien que vous n'evez rien du tailleur. La fente n'ôte pas de tissu, c'est simplement le fait d'une couture qui n'y est plus :-)
@ Muse : de la même façon que l'habit ne fait pas l'amante, le cadeau ne fait pas l'amant :-)
@ Flo : argh... la culotte de Bridget, vous me tuez ! :-)
@ Lynx : cela ne m'a rien coûté mais plutôt offert des sensations de liberté incroyable. Mon trouble m'en a fait perdre mon orthographe. Je corrige fissa.
@ Rackham le rouge : oh comme je vais vous décevoir mais la fille n'est pas moi. Remarquez, c'est un peu moi mais en moins bien.
@ Coumarine : je suis enchantée que vous ayez apprécié cette note dénudée. Si mes bêtises vous divertissent, j'espère bien vous voir repasser.
@ Ibid Norio : je vous croyais disparu de la toile ? Merci d'être passé, même si je dois avouer comme à Rackham que la belle donzelle n'est pas moi.
@ Macaron : ah ça pour être puissants ils sont puissants les portiques. un peu trop à mon goût mais sans eux aurais-je pu faire cette note ?
@ Gaius : que ça te serve pour le futur. Ne voyage jamais avec tes strings diamant.
Ecrit par : gicerilla | 02 octobre 2009
@ Alainx : vous êtes éclectique et j'en suis ravie car, ici, évidemment les textes ne suscitent pas souvent de la réflexion, mais du divertissement en tout cas j'espère :-)
@ Philo : Euh, je rougis là car on pourrait croire que vous m'avez vue cul nu... Euh, à bien y penser c'est pas faux !!
@ Columbine : ts, ts, Columbine, ne soyez pas si catégorique. Imaginez que c'est le seul moyen de passer le portique pour vite aller le retrouver là-bas, hein... hum, alors toujours aussi affirmative ? :-)
@ STV : j'aime bien votre humour, si, si. Le moral d'acier, hi hi !
@ Pierre-Jean : Oui, la vie est pleine de fantaisie et les aventures d'hier deviennent les bons souvenirs de demain.
@ Petite_Française : oh, si peu :-)
@ 502 : oh, trop bête, c'était tout à l'heure le vol SN 2719.
@ Imago : rôôô Imago, qu'allez-vous donc imaginer ?
Ecrit par : Gicerilla | 02 octobre 2009
premier billet lu, premier fou rire. Ce que je prefere c'est la dignité dans l'adversité ;))
Ecrit par : bellâm | 03 octobre 2009
Moi qui me sens déjà gourde rien qu'en quittant ma ceinture devant tout le monde!!! Quelle horreur cette situation! Et comme elle est drôle aussi!!! Merci!
Ecrit par : Rouge | 04 octobre 2009
J'ai bien ri, drôle et inventif :) !
Ecrit par : Océane | 04 octobre 2009
Votre histoire, me rappelle celle d'une autre blogueuse qui racontait comment le policier préposé au contrôle lui avait fait ouvrir son bagage à main et, à sa grande confusion, avait découvert un œuf vibrant niché au au milieu de sa lingerie fine. C'était selon ses dires une histoire vraie... Malheureusement le texte a été perdu, mais le dessin qu'il m'avait inspiré existe toujours.
Ecrit par : imago | 04 octobre 2009
c'est malin, me donner de nouveau l'envie de courir à l'aéroport prendre le premier vol pour Bahia :)
Ecrit par : Gaspard | 05 octobre 2009
@ Bellâm : premier billet, mais pas le dernier j'espère. Bienvenu !
@ Rouge : quand le malheur des unes fait le bonheur des zautres ! Vilaine :-)
@ Oceane : si vous riez, je ne me suis pas ridiculisée pour rien :-)
@ Imago : dans le même esprit, un ami a dû un jour expliquer ce que c'était que ce plug que sa malette renfermait ! Hi, hi, ça apprendra à tous ces coquins. Et le dessin, Imago, moi j'veux bien le voir.
@ Gaspard : tiens, Bahia, pourquoi donc ? L'effet string ?
Ecrit par : Gicerilla | 05 octobre 2009
OOoh moi j'en connais un qui pourrait tout à fait correspondre à votre chapardeur.
Mais en effet un string de cette texture là brillante de surcroit, devrait bien vous allez (sourire)
Ecrit par : Isis | 07 octobre 2009
Ça me rappelle la fois où je me suis fait attraper avec une paire de menottes dans mon sac (bien avant l'époque où les contrôles se sont drastiquement intensifiés)…
Ecrit par : Comme une image | 08 octobre 2009
@ Isis : Il ne fit qu'un passage éclair sur mes fesses ! J'enrage car il était vraiment élégant. Dites, Isis, vous pourriez peut-être lui demander si c'était lui ? :-)
@ CUI : Non, une paire de menottes ! Rôô Mr Cui, et vous en faites quoi de vos menottes, hein ?
Ecrit par : Gicerilla | 09 octobre 2009
non, pas l'effet string, juste que tant qu'à faire, disons Bahia... et puis l'effet string sur vous m'inciterait plutôt à des choix plus sophistiqués
Ecrit par : Gaspard | 13 octobre 2009
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