15 octobre 2009
ELLE - Gicerilla entre en résistance

Le titre m'avait fait m'exclamer d'indignation !
Encore un article paru dans "ELLE" qui, je le sentais, allait faire naître sous mes doigts un billet de révolte. J'avais arraché la page, animée par une hargne pleine d'anticipation, me promettant de le lire lorsque j'en aurai le temps. Et puis le temps a passé...
Je l'avais remisé dans mon carnet à spirales où je l'avais oublié jusqu'à ce dimanche. Un article plié ne tombe pas par hasard, c'est bien connu, il voulait se faire remarquer, évidemment. Il fallait donc que je le lise. Et comme une mise-en-scène orchestrée par un hasard soucieux de me faire réfléchir sur le sujet, ne voilà pas que la télévision, allumée par inadvertance, venait en renfort de mes réflexions.
Je finis de lire l'article "Faut-il simplifier l'orthographe ?" Ce titre m'avait pour un peu fait hurler seule comme seules hurlent les folles ayant perdu l'esprit, chair à Charcot en devenir. C'est que de pareilles propositions pourraient facilement me rendre folle. Un "non" tonitruant, un "non" réactionnaire et indigné, un "non " désespéré avait jailli de ma gorge. Ma colère enflait au fil des paragraphes. Simplifier l'orthographe pour satisfaire le manque d'ambition de crétins paresseux et niveler par le bas une société qui régresse déjà. Perdre, par une réforme farcie d'arbitraires, la trace de notre culture, la trace de notre histoire dans l'écriture. Jamais.
Je relis les arguments bon marché que me sert François de Closets et je ne peux m'empêcher de penser quoiqu'il en dise, qu'il y a dans cette proposition comme une solution de facilité pour pallier le manque d'éducation tant à la maison qu'au lycée. "Notre orthographe n'est ni cohérente, ni logique" dit-il. Bien sûr qu'elle est tout cela mais, pour le comprendre, il faut avoir des lettres, il faut avoir des langues. Il faut connaître le latin et le grec. Il se peut qu'il faille aussi connaître un peu de hittite, un brin de tokharien et un soupçon de celtique. Alors, et alors seulement, le grand dessin de notre langue et de sa construction nous arrive et la lumière jaillit. N'y a-t-il pas même parfois une forme de jouissance pour le curieux qui se donne la peine de comprendre d'où vient tel mot et qui découvre dans sa construction comme une évidence historico-linguistique ? Et les conventions adoptées dans l'écriture ne sont-elles pas comme autant d'indices de nos origines semés par les linguistes pour ne pas se perdre tout à fait ?
Il me semblait que De Closets était loin d'être un crétin ignare. Comment, dès lors, peut-il demander une réforme fondée sur une décision arbitraire à vocation simplificatrice ? Simplification pour moins d'efforts. On y revient encore. La politique du moindre effort pour séduire les masses dénuées d'ambition et fainéantes. Et je m'interroge. "Qu'est-ce qui aujourd'hui me diffère des jeunes à la parole bancale, à la graphie tordue et non plus ortho, au phrasé syncopé de celui qui n'a pas de plaisir à parler ?" Le plaisir. Oui, il se peut, le plaisir. Car il y a du plaisir à acquérir du vocabulaire pour parler droit et bien exprimer sa pensée. Serait-ce alors qu'ils ne pensent pas ? Pourquoi aimé-je tant les mots et affectionné-je comme un défi leur complexité orthographique ? Une orthographe droite est une victoire et une gloire qui devrait être convoitées.
Et alors que je réfléchis dans ce sens, voilà le 13h15 de dimanche et Alexandre Jardin qui m'interpellent en des mots qui font mouche. Alexandre s'échauffe, une forme de bégaiement l'embarrasse alors que les mots de précipitent vers ses lèvres comme les parisiens vers la rame. Il parle des jeunes des banlieues qu'il fréquente :
"La pauvreté lexicale aboutit à la brutalité. Lorsqu'un adolescent n'a pas les mots pour s'exprimer il se tourne vers la violence. On peut imaginer tous les programmes de réinsertion, avec tous les budgets du monde, s'ils n'ont pas les mots ils cogneront (...) donner leur les mots (...) et ils vont médiatiser leur violence, ils vont médiatiser leurs espoirs (...) la violence qui est faite à la langue est une violence sociale, ça condamne à rester dans un ghetto ..."
Très peu de mots, quelques phrases qui conquièrent instantanément ma conviction, sans esbroufe. Voilà pourquoi il faut lutter contre l'ignorance et l'éducation bas-de-gamme. Voilà pourquoi les parents ont cette responsabilité morale de transmettre à leurs enfants l'envie d'apprendre pour devenir des hommes libres. La liberté est à la portée de celui qui sait, l'inverse est-il vrai ?
Et vous, qu'en pensez-vous ?
Dessin gracieusement prêté par CENO.
05:35 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (40) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : francois de closets, danièle salenave, antoine tresgots, simplification de l'orthographe

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Commentaires
Avant d'arriver au paragraphe "Alexandre Jardin", je pensais que la prochaine étape serait le cri, le retour à la guerre du feu. Le nivellement par le bas en effet, sachant que les classes "supérieures" auront toujours à coeur de pratiquer le "bon" français. La fracture linguistique comme source de la fracture sociale."Ils ne pensent pas", non, tu connais le fameux "me prends pas la tête", penser, c'est dépassé, c'est fatigant...hurler, c'est plus rapide.
Ecrit par : Toxine | 15 octobre 2009
Hmmm....
Je suis partagé.
J'ai toujours accueilli les propositions de réforme que j'ai lues avec autant de hurlements que vous. La plupart me semblaient nier ce qui fait la beauté même de notre langue.
Je ne suis pas non plus pour une orthographe « logique », ça n'existe nulle part dans le monde, et pour de bonnes raisons.
Pourtant, sur le fond, je dois admettre que l'idée de réformer, de rendre la règle plus en conformité avec l'usage me convient. Une langue qui ne vit plus, c'est une langue morte...
Alors j'attends, la bonne réforme, elle qui saura simplifier sans ravager, adapter sans condamner.
On peut rêver ;)
M. (30)
Ecrit par : M. | 15 octobre 2009
Oui, sujet bateau où l'on navigue en eaux profondes et pas nécessairement claires.
J'ai moi aussi l'amour des mots depuis que toujours, enfant,je lisais tout ce qui me tombait sous la main et j'avais toujours un dictionnaire à côté de moi, plaisir de la découverte du sens et des sens, des petites perfidies de la langue, des entourloupes, des déviances de l'histoire.
Oui les mots sont un charme et sont des armes pour se défendre contre les rigueurs de la vie, bien emballés, ils ouvrent tant de portes.
La réforme de l'orthographe, selon quelles règles : les règles de la phonétique, mais qui connaît l'alphabet phonétique parfaitement et chacun prononce à sa manière, donc des variantes, en plus c'est quoi = ckoi, cquoi, céquoi.
Si à chaque mot, il faut se casser la tête et lire à voix haute pour comprendre, très peu pour moi.
Et je ne crois pas qu'on fait progresser les gens en nivelant les difficultés de la vie et elles existent, ces difficultés, ils les rencontreront et elles sont bien plus périlleuses que quelques notions d'orthographe !
Ecrit par : Saravati | 15 octobre 2009
J'ai vu Alexandre Jardin au 13h15 et je suis à 1000 % d'accord avec lui !
Quand on a 300 mots de vocabulaire, on tombe vite en manque d'arguments et par conséquent, le dialogue finit toujours par s'exprimer par les poings.
J'ai la chance d'avoir deux fins linguistes à la maison, je parle de mes enfants, qui ont déjà étendu leur connaissances dans diverses langues bien au-delà de ce que je peux envisager pour moi-même.
Et je suis souvent amusé par les expressions qu'ils emploient et qui sont très ... académiques !
Au bureau, entre le "Dictionnary of Aeronautics & Space Technology" et le petit Larousse, j'ai l'Etymologique dans lequel je me plonge avec délice quand je recherche l'origine d'un mot, car grâce à l'étymologie, on peut toujours comprendre le sens d'un mot que l'on ne connaît pas.
Ecrit par : Philo | 15 octobre 2009
« J’ai toujours eu un respect profond, presque craintif, pour la langue, la grammaire, la syntaxe, le vocabulaire et toutes ces conneries, disait Pierre Desproges avant d'imaginer un dialogue avec ses filles :
- Papa, on s’a fait violer.
- On s’est fait violer. »
Mettre de la rationalité économique dans une langue, c'est en tuer la culture. Que sait le monde de la richesse de la langue de Shakespeare ? Voulons-nous cela pour notre propre langue ?
Je me rappelle aussi de cette prof qui disait essayer d'enrichir le vocabulaire de ses élèves. Elle avait travaillé sur la sensualité du mot "succulent". La conclusion s'est imposée « C'est pour pour les gonzesses quoi. »
Et si notre culture est si pauvre, si violente de ne plus savoir trouver ses mots, c'est précisément à cause de personnes comme ce François, chantres mêmes pas élégants d'une rationalité univoque et bornée au service d'un système devenu fou. Alors, avec ses petits papiers, aux ouatères Closets.
Ecrit par : Jimi Mumei | 15 octobre 2009
je connais des gens handicapés de l'orthographe mais qui ont une très grande culture littéraire et un grand vocabulaire.
pour ce qui est de la violence et du manque de vocabulaire, je trouve le raccourci simpliste. il y a sûrement dans de nombreux cas une corrélation, mais de là, parler de cause à effet...
il est rare que des enfants aiment lire dans des familles où les parents ne lisent pas. l'école est sensée remédier à cela, et parfois, une rencontre entre un professeur et un enfant permet cela, mais pas aussi souvent qu'il le faudrait.
sinon, le langage "sms" des jeunes n'est-il pas une réinvention de la "sténodactylographie"?
un de mes amis a fait supélec malgré une orthographe fantaisiste, et contrairement à de Closets (dont je me souviens des émissions sur France Inter il y a très longtemps) il n'a pas subi d'ostracisme. en fait, de Closets se trompe de débat: c'est n'est pas l'orthographe quîl faut changer, elle reflète l'histoire de de notre langue, c'est l'attitude envers ceux qui y sont réfractaires. nous avons tendance à prendre pour des imbéciles ceux qui sont mauvais en orthographe et c'est un tort.
Ecrit par : columbine | 15 octobre 2009
j'en pense que vous avez tout à fait raison... mon français, mon beau français, NOTRE beau français, je n'avais même pas imaginé qu'un jour on pourrait le remettre en cause...
Ecrit par : Plume Vive | 15 octobre 2009
Je ne crois pas qu'il faille simplifier l'orthographe, c'est comme niveler la qualité de tout vers le bas, je crois qu'il faut l'adapter dans son enseignement au public visé, le pousser à lire aussi, mais surtout pas simplifier les choses... J'appelle cette vision des choses la politique de l'autruche.
En revanche rien n'empêche de présenter le langage "texto" des jeunes ou les expressions typiques comme faisant partie de leur vocabulaire "de jeunesse" à la mode, lui parfois simplifié pour bien des raisons (comme pour les SMS), mais toucher au creuset de la langue française (ou autre langue d'ailleurs) : non ! Bonne journée.
Ecrit par : Valmont | 15 octobre 2009
Je vais être un brin provocateur, comme souvent :
1 - une "orthographe droite" c'est un pléonasme non ? ou juste votre soin de bien mettre les points sur les i ;o)
2 - le livre de F. de Closets me fait bien rire, enfin, surtout la façon dont il est plutôt positivement accueilli par les médias de masse: il ne fait que reprendre des arguments anciens mais qui intéressent maintenant les classes dominantes parce que les changement technologiques (plus personne ou presque n'a de secrétaire pour taper son courrier et surtout pas ses e-mails) exposent maintenant leurs propres lacunes, en résumé c'est lorsque les élites s'aperçoivent que tout le monde peut voir qu'elles ne sont pas épargnées par le défaut de maîtrise l'orthographe qu'elles songent à la réformer
3 - Alexandre Jardin, Alexandre Jardin ! l'auteur du Zèbre ?????
:o)
J'aime de plus en plus vous lire !
Ecrit par : Gaspard | 15 octobre 2009
Nous vivons entourés de partisans du moindre effort, dans une société où, désormais, la faute est érigée en règle afin de ne plus avoir besoin d'apprendre (et d'appliquer) la règle.
Nivellement par le bas et abrutissement des masses : quand en plus l'exemple vient d'en haut et que même ce qui nous sert de président fait des fautes d'orthographe à l'oral — histoire de bien conforter les masses dans leur abrutissement généralisé —, que peut-on espérer d'intelligent de la part d'un animateur officiant sur la première chaîne nationale d'abrutissement massif ?
Ecrit par : deef | 15 octobre 2009
Chère Gicerella,
Je pense qu’Alexandre Jardin se fourvoie en transposant à l’adolescent une explication simpliste donnée pour expliquer les violences d’adultes, en particulier en matière conjugale, à savoir que lorsque l’on ne peut plus s’exprimer en mots, on passe aux actes.
Ce qui est tout à fait contestable, [et je le conteste ici haut et fort !].
Argument bateau souvent utilisé lorsqu’il s’agit de la violence conjugale qui trouve son démenti flagrant dans les « milieux » non défavorisés, voire aisés, où le niveau d’éducation donne, en principe, tout le vocabulaire nécessaire pour s’exprimer, avec ou sans nuances, avant d’en venir aux mains.
La violence est un phénomène en soi dont il faut rechercher les causes profondes. Ce n’est pas une question de vocabulaire !
D’ailleurs les milieux « dits » populaires ont toujours trouvé en eux-mêmes des trésors d’ingéniosité pour développer leur propre vocabulaire que ce soit l’argot, le verlan, etc… bref une langue parlée et non écrite, et surtout incompréhensible à dessein pour les autres (et en particulier la police).
Les ados ne font pas autre chose vis-à-vis d’une société qui les déconsidère fortement.
La langue se réinvente tout simplement et ils réinventent leur propre nouvelle langue qui, n’en déplaise à Jardin, n’a rien à voir avec la novlangue !
A propos de l’orthographe, j’ajouterai que pendant des siècles, les langues orales régionales souvent fort riches en vocabulaire, ont prospéré, avant que le français « châtié » ne soit figé dans l’écriture puis enseigné dans l’école de la république devenue obligatoire. Et le patois proscrit malheureusement, entraînant la perte d’une grande richesse lexicale.
Un autre exemple ? Il en est (était ?) de même pour le vocabulaire propre à chaque « petit » métier, souvent abscons pour le profane. Or la plupart des artisans d’autrefois savaient à peine lire et écrire, cela ne les pas empêché, en fonction de leurs besoins et de leur technique propre, de développer leurs propres lexiques.
Les techniciens et ingénieurs des nouvelles technologies d’aujourd’hui, que nous honnissons bien volontiers pour leur jargon « indigne », leurs acronymes abscons, n’ont guère plus d’imagination ni d’esprit inventif –ne leur en déplaise- que les artisans d’hier !
Voyez-vous, en amalgamant les choses, on reste en surface sans s’attaquer aux problèmes de fond. Or, le problème de fond, vous le connaissez tout aussi bien que moi : la concentration de population, la perte de repères sociaux, la délinquance, la loi du plus fort qui prévaut sur la Loi.
Et enfin, l’acculturation. Mais là, c’est un vaste débat…
[Vous aurez noté qu’à dessein, je n’ai pas mentionné la pauvreté. Car bien des personnes, et des cultures, (très) pauvres, ne choisissent pas la violence pour se faire entendre lorsque les mots leur manquent. D’ailleurs bien souvent leurs mots simples sont particulièrement plus éloquents que les discours verbeux.]
Là où je concède volontier un hommage à Jardin, c'est de tenter par son association de faire "quelque chose" là où tant démissionnent. Et surtout d'écouter ces jeunes.
B
Ecrit par : petite française | 15 octobre 2009
Ma petite définition de non-francophone de naissance de la pratique acceptable d'une langue vivante écrite: celle qui est comprise par ceux et celles à qui elle s'adresse sans (trop) déranger au niveau des fautes d'orthographe ou de grammaire. Cette approche est donc toute relative.
D'humeur taquine, je propose un petit concours autour de votre billet (qui, une fois de plus, pose un beau sujet):
Q1)"Combien de fautes d'orthographe et de grammaire contient-il?" (Ok, je sors...)
Q2)"Combien de ces fautes, s'il y en a, dérangent?" (Je peux revenir?)
Lynx, heptalingue (Q3: mot existant en français? Q4: mot compréhensible? Q5: par quelle tranche de la population de l'Hexagone?)
Ecrit par : Lynx | 15 octobre 2009
Lynx, quelles sont donc ces sept langues avec lesquelles vous tournez allègrement la vôtre dans votre bouche ? :D
Ecrit par : deef | 15 octobre 2009
Faudra-t-il réécrire nos classiques dans cette langue pour qu'elle puisse être comprise par ceux qui sont favorables à cette simplification...?et dans ce cas saurons nous lire ces textes qui ont fait notre bonheur...?
Ecrit par : muse | 15 octobre 2009
Bonsoir Gicerilla,
A mon avis, l'argument du lien entre la violence et le déficit de langage ne tient pas. Il n'est présent ni chez ceux qui étudient la violence, ni chez ceux qui étudient le langage. Il me semble du reste très dangereux car il disqualifie de manière très dépréciative voire dégradante, ceux qui ne maîtrisent pas les codes et règles de langage des dominants.
Pour la question de l'orthographe et de son orthodoxie je vous copie-colle ce texte d'un des plus grands penseurs du langage : Roland Barthes.
« Accordons La liberté de tracer ».
Il manque au dernier roman de Flaubert un chapitre sur l’orthographe. On y aurait vu Bouvard et Pécuchet commander à Dumouchel toute une petite bibliothèque de manuels orthographiques, commencer par s’en enchanter, puis s’étonner du caractère comminatoire et contradictoire des règles prescrites, s’exciter enfin l’un et l’autre et ergoter à perte de vue : pourquoi cette graphie, précisément ? Pourquoi écrire Caen, Paon, Lampe, Vent, Rang, alors qu’il s’agit du même son ? Pourquoi Quatre et Caille, puisque ces deux mots ont originairement la même initiale ? A la suite de quoi Pécuchet n’aurait pas manqué de conclure en baissant la tête : « L’orthographe pourrait être une blague ! »
Cette blague, on le sait, n’est pas innocente. Certes, pour un historien de la langue, les accidents de l’orthographe française sont explicables : chacun a sa raison, analogique, étymologique ou fonctionnelle ; mais l’ensemble de ces raisons est déraisonnable, et, lorsque cette déraison est imposée, par voie d’éducation, à tout un peuple, elle devient coupable. Ce n’est pas le caractère arbitraire de notre orthographe qui est choquant, c’est que cet arbitraire soit légal. Depuis 1835, l’orthographe officielle de l’Académie a valeur de loi aux yeux mêmes de l’Etat ; dès les premières études du jeune Français, la « faute d’orthographe » est sanctionnée : combien de vies ratées pour quelques fautes d’orthographe !
Le premier effet de l’orthographe est discriminatoire ; mais elle a aussi des effets secondaires, d’ordre psychologique. Si l’orthographe était libre – libre d’être simplifiée ou non, selon l’envie du sujet, - elle pourrait constituer une pratique très positive d’expression ; la physionomie écrite du mot pourrait acquérir une valeur proprement poétique, dans la mesure où elle surgirait de la fantasmatique du scripteur, et non d’une loi uniforme et réductrice ; que l’on songe à la sorte d’ivresse, de jubilation baroque, qui éclate à travers les « aberrations » orthographiques des anciens manuscrits, des textes d’enfants et des lettres d’étrangers : ne dirait-on pas que dans ces efflorescences le sujet cherche sa liberté : de tracer, de rêver, de se souvenir, d’entendre ? Ne nous arrive-t-il pas de rencontrer des fautes d’orthographe particulièrement « heureuses », comme si le scripteur écrivait alors sous la dictée non de la loi scolaire, mais d’un commandement mystérieux qui lui vient de sa propre histoire – peut-être même de son corps ?
A l’inverse, dès lors que l’orthographe est uniformisée, légalisée, sanctionnée par voie d’Etat, dans sa complication et son irrationalité mêmes, c’est la névrose obsessionnelle qui s’installe : la faute d’orthographe devient la Faute. Je viens de poster une lettre de candidature à un emploi qui peut changer ma vie ; mais ai-je bien mis un « s » à ce pluriel ? Ai-je bien mis deux « p » et un seul « l » à appeler ? Je doute, je m’angoisse, tel le vacancier qui ne se rappelle plus s’il a bien fermé le gaz et l’eau de son domicile et s’il ne s’ensuivra pas un incendie ou une inondation. Et, de même qu’un tel doute empêche notre « vacancier » de profiter de ses vacances, l’orthographe légalisée empêche le scripteur de jouir de l’écriture, ce geste heureux qui permet de mettre dans le tracé d’un mot un peu plus que sa simple intention de communiquer.
Réformer l’orthographe ? On l’a voulu plusieurs fois, on le veut périodiquement. Mais à quoi bon refaire un code, même amélioré, si c’est de nouveau pour l’imposer, le légaliser, en faire un instrument de sélection notablement arbitraire ? Ce n’est pas l’orthographe qui doit être réformée, c’est la loi qui en prescrit les minuties. Ce qui peut être demandé, c’est seulement ceci : un certain « laxisme » de l’institution. S’il me plaît d’écrire « correctement », j’en suis bien libre, comme de trouver du plaisir à lire aujourd’hui Racine ou Gide ; l’orthographe légale n’est pas sans charme, car elle n’est pas sans perversité ; mais que les « ignorances » et les « étourderies » ne soient plus pénalisées ; qu’elles cessent d’être perçues comme des aberrations ou des débilités ; que la société accepte enfin (ou accepte de nouveau) de décrocher l’écriture de l’appareil d’Etat dont elle fait aujourd’hui partie ; bref, qu’on arrête d’exclure pour motif d’orthographe.
Roland Barthes Le Monde de l’Education, 1976.
in « Le bruissement de la langue, essais critiques IV », Roland BARTHES, Seuil, 1984, P 57-59.
Ecrit par : 502 | 15 octobre 2009
Ce qu'il y a de bien avec vos notes Gicerilla, c'est que les commentaires ne manquent pas d'intérêt, et nombreux sont ceux avec lesquels je suis en accord, au point d'éprouver le besoin de revenir sur mon dernier. Je prie les lecteurs d'excuser la longueur de cette intervention supplémentaire.
Je ne voudrais pas laisser croire, par une expression maladroite, que la pauvreté est synonyme de manque d'orthographe, pas plus qu'elle n'est synonyme de violence.
La pauvreté n'exclut certainement pas la culture, parce que les créations de l'esprit ne sont pas l'apanage des classes dominantes. Dans ma collection, "Le parler des métiers" de Pierre Perret est un de mes préférés, avec le "Dictionnaire du français qui se cause" de Pierre Merle. Par contre, elle exclut le plus souvent de la culture académique (notamment par la défaillance entretenue, aujourd'hui délibérée, de l'Éducation nationale). Oui, la "bonne" expression, est une construction sociale, un marqueur discriminant.
La pauvreté n'engendre pas la violence. Pas à elle seule. La richesse est infiniment plus violente à mes yeux, notamment par les moyens qu'elle possède de faire croire à sa légitimité.
Je me suis mal exprimé, personne ne me fera jamais adhérer à la formule "classes laborieuses, classes dangereuses", fussent-elles désœuvrées, lesdites classes.
Le déficit de langage engendre-t-il la violence ? Sans doute pas, mais l'absence d'expression entendue certainement. Et pour s'exprimer, un langage ne nuit pas, même s'il n'est pas obligé de passer par l'écriture. Les modes d'expression sont multiples, mais s'ils ne font face qu'à des murs, alors les pavés ne sont plus très loin de voler. Qu'il s'agisse de jeunes de banlieue, d'agriculteurs, ou d'ingénieurs télécom.
Pour finir, si je ne saurai cautionner un appauvrissement par une simplification excessive (les Allemands eux-mêmes ont reculé après avoir simplifié), je ne suis pas opposé à une réforme progressiste. Le progrès s'entendant comme la tendance à se donner les moyens d'élever le plus grand nombre à une expression plus fluide, débarassée de sources de malentendu. Oui une langue doit pouvoir tourner, rester vivante, et le charme des règles désuètes (que je ne maîtrise pas) ne doit pas mener à l'exclusion. Je confesse un a priori très négatif en ce qui concerne François de Closets et ses intentions.
Je remercie 502 de citer Barthes, je souscris à la dépénalisation de la faute d'orthographe. Préférer une graphie tout en en tolérant d'autres quand elles enrichissent par accident ou poésie pourquoi pas. Mais encore faut-il avoir les moyens de mettre en perspective. La libéralisation ne peut être effective qu'à partir d'un référentiel commun, cela ne nous affranchit donc pas de la nécessité d'apprendre et d'enseigner, avec humilité et respect mutuels. La clé est donc peut-être moins dans la réforme de la règle, que dans les moyens que nous nous accordons de la partager.
Ecrit par : Jimi Mumei | 16 octobre 2009
Je réfute parfois toutes idées d’assouplir nos règles grammaticales ou d’appauvrir la richesse de notre langue.
Pourtant je pense qu’une évolution est nécessaire, ne serait ce que pour permettre au plus grand nombre d’accéder à la culture… antinomique ?
Pas si sur !
Qu’elle est la société qui pourrait s’autoriser un apprentissage à deux vitesses sans sombrer dans le misérabilisme ?
D’un coté une élite maitrisant ou tentant de maitriser les subtilités de notre langage et de l’autre une masse d’incultes refusant d’apprendre, vivant sur des acquis, sans remise en question ou envie d’approfondir ses connaissances.
De nos jours, le fossé culturel générationnel est déjà bien présent mais un tel constat ne pourrait que le renforcer, que creuser cet écart et engendrer une situation explosive…
Pour ma part, je pense que la violence « ordinaire » trouve en partie sa source dans l’absence de communication et la compétitivité dans laquelle nous nous enfermons.
La pauvreté linguistique influence sans doute l’agressivité verbale et physique mais peut être moins que le désir de dominer autrui, d’être le plus fort, de briller, de vouloir à tout prix se mettre en valeur et cette furieuse envie de posséder…
L’environnement concurrentiel dans lequel nous vivons y est pour beaucoup.
Il débute dès les premières phases de l’apprentissage scolaire (système de notation, de classement.. .) et nous poursuit au quotidien tout au long de notre vie, sportive, professionnelle et même parfois amoureuse.
Pour répondre à ta question par une autre interrogation, la liberté n’est elle pas au contraire dans la totale ignorance ?
Respect pour ton billet et les nombreuses réactions qu'il suscite !
Et pour finir sur un brin de provocation : « Allez Zyva les zacadémiciens, pondez nous un dico sms, msn, émoticônes… »
Ecrit par : Bern Hart | 17 octobre 2009
L'orthographe et moi ça toujours été assez compliqué, la faute à un manque de rigueur certain et à trop de précipitation. Mais ce type de réforme est d'une bêtise confondante. C'est vouloir accélérer le processus naturel d'évolution de la langue sur des constatations aussi oiseuses qu'hasardeuse. De Closets (qui porte bien son nom en l'occurence) est un fat prétentieuxet moralisateur, qui découvre l'eau chaude à chacun de ses bouquins et vous l'assène de manière sentencieuse/ Pourquoi pas, c'est un créneau de vente come un autre.
Jamais aimé ce type, ça changera pas.
Et puis ça participe d'une médiocratisation de la classe moyenne, pour en faire une catégorie d'exécutant, qui n'a donc besoin de connaitre ni la beauté de la langue française, ni les tourments de l Princesse de Clèves.
Pays de merde comme disait l'autre, ou plutot, elite de merde.
Pardon pour ce gros mot, mais zut à la fin, quoi !
Ecrit par : Océane | 17 octobre 2009
Eh bien, Gi, vous avez des lecteurs lettrés !
M. a su exprimer très clairement ce que j'allais dire, je ne ferai donc pas de doublon.
Ecrit par : Comme une image | 17 octobre 2009
Les langues évoluent toutes seules. Changer les règles n'empêcheront pas les gens de ne pas les appliquer...
Bon, bref, tout ça pour dire que je suis de retour après une brève absence. C'est toujours plaisant de vous lire.
:)
Ecrit par : STV. | 17 octobre 2009
Une étude menée chez des enfants de maternelle a démontré qu'un enfant qui rentre à 2 ans à l'école a à peu près 2 fois moins de vocabulaire une fois arrivé en CP, qu'un enfant qui rentre à 3 ans....Ces résultats sont évidemment à pondérer avec le milieu d'origine, la "capacité" des parents à parler un français correct ou même à s'adresser à leurs propres enfants...eh oui, malheureusement, c'est aussi cela la vie !
Bref, je suis convaincue que la richesse de la langue, le vocabulaire sont des essentiels pour tous...juste histoire de trouver le fameux bon mot, celui qui colle le mieux à votre pensée au moment où vous en avez le plus besoin...
Dans son livre "Ecritures" Stephen King explique que ce fameux bon mot est le plus souvent celui qui vous vient spontanément à l'esprit...Peut-être...sûrement ! Mais pour venir spontanément à l'esprit, faut-il naturellement connaître le sens des mots...
Vous allez rire, mon fils rentré à l'école à 3 ans et aujourd'hui en CP doit chaque soir apprendre un nouveau mot...En à peine deux mois de classe, j'ai déjà appris le sens d'un nouveau mot moi aussi...Pure honte ? Il faut dire que je suis moi-même rentrée à l'école à 2 ans...ceci explique cela !
Ecrit par : Flo | 17 octobre 2009
"Il me semblait que De Closets était loin d'être un crétin ignare".
il est intelligent en effet. Suffisamment malin pour sortir un bouquin qui lui rapportera des droits d'auteur, vu l'ardoise qu'il doit au fisc !
Sinon, l'orthographe,je pense qu'il s'en tape autant que de choux, bijoux, cailloux,et autres hiboux et poux !
c'est le style de bouquin qui se vend bien, quoique totalement dénué d'intérêt !
la seule grande question qui mérite attention est la suivante : pourquoi y a-t-il un "s" à De Closets ?
ou alors il faut écrire Des Closets ... comme les
ouatères !
Ecrit par : alainx | 17 octobre 2009
Je ne suis pas fan de l'Alexandre... Pourtant, j'adhère à son propos.
A 100 %
Ecrit par : Cloudy | 17 octobre 2009
Je ne vais pas répondre grand chose à ce que j'en pense car je suis de ton avis et je n'ai rien à ajouter à ce "non" tonitruant et désespéré!
Une anecdote me vient à l'esprit cependant, récemment une amie italienne m'a envoyé un mail. j'ai eu du mal à en croire mes yeux. J'ai pensé qu'elle avait triché mais il n'en était rien, cette jeune femme d'une vingtaine d'années, écrit mieux le français que ma propre soeur (ndlr qui a 17 ans en décembre), et employait des mots que nous avons presque oubliés...
L'enseignement du français comme langue étrangère me parait aujourd'hui comme la seule bouée de secours pour la langue de Molière....
Ecrit par : gaius | 17 octobre 2009
Une autre anecdote me revient à l'esprit. celle-là plus étonnante encore. Je pensais la langue de Shakespeare bien moins compliquée que la notre et ne pouvait pas m'imaginer qu'elle subissait le même fléau. Pourtant, la semaine dernière je déjeunais avec la mère d'une amie anglaise qui s'extasiait presque devant la quasi perfection de mon anglais. Mon anglais est bon, certes, sans vilain accent, de bonnes bases grammaticales, mais il m'arrive tout de même parfois de chercher des mots de vocabulaire un peu technique...
Oui mais mon anglais apparait forcément comme parfait aux oreilles de cette mère de famille qui m'expliquait que les jeunes britanniques aujourd'hui pouvait dire: There's two cups
Il semblerait que notre siècle nouveau soit dangereux pour les langues de Molière et de Shakespeare, et qui sait, peut-être aussi pour celle de Gogol et Dante.
Il est vrai que je ne perds pas mon italien et mon anglais que je pratique régulièrement, mais mon français parfois est source d'inquiétudes. Je commence à douter de l'orthographe de certains mots... Mon explication c'est qu'on est malgré nous tirés par le bas. Avant nos parents, grands-parents avaient sans nul doute une maîtrise parfaite de cette langue et tout ce que nous lisions, presse, livres, courriers étaient source d'enseignement.
De nos jours, on lit des mails truffés de fautes, on reçoit des lettres de motivation qu'on souhaite directement jeter à la poubelle, les sms, msn, les jeunes qui nous harcèlent avec leur langage compliqué; et même les boites au lieu de proposer de bons vieux organigrammes nous présentent fièrement le Kifaikoi, et nos pubs télévisés regorgent d'exemples, carte Tatou, et d'autres encore dont heureusement je ne me souviens pas car mon esprit se défend bien et ne veut pas subir ce lavage de cerveau.
L'heure est grave, il me semble. Ma soeur ne sait plus écrire français et moi je commence lentement à le perdre malgré moi. Notre société semble l'accepter de plus en plus puisqu'ils n'hésitent au niveau marketing à s'adresser à nous dans ce nouveau langage.
Alors tu nous demande Gi ce qu'on en pense, moi je te demande et je me permets de demander à tes lecteurs:
Que pouvons-nous faire????
Ecrit par : gaius | 18 octobre 2009
@ Tous : un sujet qui ne laisse pas indifférent si j'en juge par le nombre de vos interventions, leur qualité, leur développement. Dans mon article, vous l'aurez compris, je suis a priori contre une réforme de l'orthographe. Parce ce que dans le mot "réforme" il y a notion de (grand) chantier, il y a la notion de systématisation, il y a notion d'arbitraire. Certains ont dit qu'une langue qui n'évolue pas devient une langue morte. Non, elle ne sera morte que le jour où elle ne sera plus parlée, plus usitée du tout mais tant qu'elle est ânonnée par quelqu'un, elle vit. Il ne s'agit pas de la langue en tant que telle, mais bien de sa graphie c'est à dire sa représentation écrite. On peut vouloir simplifier, mais la simplification dans sa représentation écrite ne doit pas être totale mais seulement une adaptation au cas par cas, en prenant en compte évidemment les fautes de graphie de la majorité faisant force de loi pour réformer celle-ci. On ne peut pas décemment décider de tout revoir car c'est l'arbitraire dans ce qu'il y a de pire qui s'imposerait alors. Décider un jour que le "S" devenu archaïque à posteriori se représenterait, pour garder une trace de l'origine du mot et de sa racine, par un accent circonflexe, pourquoi pas. C'est un coup à la fois. Une convention nouvelle et ponctuelle choisie par ceux qui ont pouvoir de changer ces conventions ou qui en inventent d'autres, avec toujours à l'esprit le souci d'une certaine cohérence jamais déconnectée totalement du passé. Mais simplifier en faisant table rase, non.
Et puis il y a les arguments relatifs au manque de mots. Je crois, pour ma part, qu'une part de la violence, à l'extérieur ou à la maison pourrait être évitée si les protagonistes en présence savaient exprimer ce qui ne va pas. Savoir exprimer c'est analyser ses sentiments, ses émotions, avoir la capacité de les verbaliser et avoir, pour ce faire, un minimum de mots pour préciser sa pensée, l'exprimer sans la trahir et véhiculer à l'autre un message. Oui, je crois que quelqu'un qui ne sait pas communiquer et qui plus est, qui ne sait pas communiquer parce qu'il ne le peut pas par manque lexical, peut en effet appliquer la violence là ou le dialogue manque.
C'est sommaire, il y a tant à dire encore. Si vous m'avez lue jusque là vous pardonnerez le manque de cohésion dans mon discours, peut-être. C'est dur d'écrire au fil de l'eau sans se relire, ce que je fais ce soir.
Merci à tous pour vos coups de gueule et vos interventions. CUI a raison, y'a du beau monde ici :-)
Et puis bienvenue à Toxine !
Enfin, chapeau à Monsieur Lynx, 7 langues c'est pas rien, surtout si vous les parlez bien, et plus encore si vous les écrivez bien ! :-)
Ecrit par : Gicerilla | 19 octobre 2009
J'avais assisté à la conférence d'un excellent sociologue de l'éducation : Bernard Lahire. ((1999) L'Invention de l'illettrisme. Rhétorique publique, éthique et stigmates,; Paris, La Découverte.)
Il explique comment petit à petit, les illettrés (selon la définition d'ATD 1/4 monde en 78) sont apparus comme des "barbares", une sorte d' "infra-humanité", comment ils ont été associés à la violence (comme si ceux qui possédaient le langage n'étaient pas violent !!), à la pauvreté, à une "sous culture" voire à l'immoralité par le reste de la société.
(Comme quoi la culture est aussi morale...)
Bref dans son discours très intéressant et novateur, Lahire montre comment la société a fabriqué l'idée d'"illettrisme" en l'associant au manque de culture.
Tout ça pour dire que ces peudos débats sur l'ortographe nous apprennent beaucoup sur la manière dont est vue la culture aujourd'hui et ce à quoi elle est associée (non violence, bonheur...) et par opposition on veut nous faire associer le manque d'orthographe au manque de culture (et donc à la violence, la pauvreté, etc...)
Facile...
Juste, soyons vigilant à ce qui est véhiculé par ce "débat" sur l'orthographe qui pour moi est un faux débat.
Les fautes n'ont jamais empêché de penser et d'être cultivé.
Et je le crie très fort : non, ce n'est pas le manque de mots qui rendent les gens violents (cf nazisme, femmes battues...). Si l'on mettait des personnes lettrés en position sociale difficile, resteraient-ils pacifiques ???
Interrogeons nous plus loin que ce qui est véhiculé par les médias...
En tous les cas merci d'avoir lancé ce débat très intéressant !!
Bises de papillon
Ecrit par : VéroPapillon | 19 octobre 2009
Veropapillon, en effet aujourd'hui même j'ai eu la preuve que la violence n'est pas un palliatif au manque de vocabulaire.
J'ai croisé un voiture un type irrespectueux au volant d'une ferrari décapotable flambant neuve qui bouchait la circulation parce que Monsieur était au téléphone. J'étais en deux roues et Monsieur suite à ma gentille réflexion, "Monsieur vous devriez stationner ailleurs qu'en plein milieu du carrefour m'a répondu: Connasse je vais te péter la gueule tu t'es pris pour qui, t'es pas la police je t'emmerde" le tout en me faisant un gros doigt...
Ce type circulant en Principauté de Monaco, à l'abri du besoin vue sa voiture et sa Rolex ne manque de rien, la pauvreté n'a rien à voir avec l'éducation, corollaire (selon moi) de la capacité à s'exprimer avec politesse et courtoisie...
J'ai juste envie de dire CQFD c'est que l'art de s'exprimer est aussi une affaire de courtoisie et de respect et cette affaire n'est pas seulement liée aux milieux défavorisés, c'est une affaire qui nous concerne tous...
Ecrit par : gaius | 20 octobre 2009
reaction en vrac, sur un sujet passionnant:
Je me demande ce qu'est l'orthographe ? Finalement est-elle un outil de communication inclue dans l'écrit ou est-elle un bien culturel.
J'aimerais ici signaler que l'orthographe est quelque chose de mouvant depuis bien des siècles et que si sa dernière importante fixation date de 18ieme il me semble, qu'elle est restée mouvante jusqu'au 20iéme. (on reprenait les écrits en fonction de l'usage et non pas la règle jusque la). Notre siècle n'a pas connu d'évolution sensible, probablement la raison en est l'avènement de l'école pour tous de J. Ferry.
Cela me fait dire qu'elle est devenue un bien culturel. En soi je n'ai rien contre mais en abolissant l'usage au nom de la règle ne la t'on pas faite doucement glisser vers une forme de ségrégation d'élitiste comme cela était au début du 18ieme ou la simple lecture était pratiquement impossible sans connaitre le latin.
Si j'aime notre langue et sans vouloir faire de procès moderne vs traditionaliste, notre écrit n'est-il pas fait que pour être lu ?
Pour en revenir a votre sujet chère Gi, je ne crois pas au lien qu'il peut y avoir, du moins de façon direct entre culture et violence. Je crois que l'illusion d'une orthographe orthodoxe permet de maintenir une différence entre le supposé vulgaire et ce qu'il n'est pas.
Je me délecte des mots de R Barthes (comme toujours) mis a dispo par 502. Et puis aussi de l'intervention du papillon qui en faite s'accorde parfaitement avec ce que je pense.
Un orthographien bien peu doué, et surtout fort peu orthodoxe.
Ecrit par : X-Addict | 20 octobre 2009
J'ai toujours été une traumatisée de l'orthographe tout en accordant une atention et un amour démesuré à la langue française .
J'ai parlé très tard et en faisant des phrases, au fil des ans je prenais un plaisir étrange à enrichir mon vocabulaire et paufiner ma synthaxe.
Cependant, malgré les ouvrages de toutes natures que je dévorais litéralement avec une concentration débouchant sur un isolement total du monde extérieur ; l'orthographe échappait toujours aux notions que mon cerveau daignaient archiver ; et ce, malgré les injonctions désespérées que je lui adressais.
L'écriture et mon imagination( que je n'avais pas entrepris de brider à l'époque) faisaient merveille dans les rédactions,ss fausse modestie, mais certains profs prenaient mon orthographe désastreuse pour une irrévérense délibérée à leur encontre. Je ne remercierais jamais assez ceux qui, faisant preuve d'une ouverture d'esprit bienveillante, voulurent admettre que le phénomène était indépendant de ma volonté ; et accorder aux dissertations que j'écrivais avec jubilation leur juste évaluation .
A ceux qui allèrent même , jusqu'à m'accuser de n'être point l'auteur de mes écrits, tellement il y avait inadéquation entre ceux ci , mon écriture qu'un chat aurait renié, et l'orthographe calamiteuse , j'ai juste envie de dire , même des années après : "je vous emmerde" (merci gicerilla de permettre à des olibrius telles que moi de s'exprimer sur leur cas particulier et de ne point exiger de nous une généralisation et une modération des propos essentielles au classement d'un blog comme intellectuel et d'une tenue irréprochable.)
J'ai volontairement:
Omis de donner mon opinion sur la sauvegarde de l'orthographe car je n'ai aucuns griefs contre ELLE .
Laissé les fautes car c'est ici et dans cet espace une sorte de mini révolte enfantine qui je vous l'accorde est méga puérile mais aussi fort jubilatoire .
Et si j'écris à Gicerilla je vous Baise bien amicalement.. est ce une faute de goût , d'orthographe ou une régression vers l'ancien françois ?
Ecrit par : MarieM | 20 octobre 2009
@ MarieM » Il faut savoir qu'en ancien françois, « baiser » avait déjà bien le double sens qu'on lui connaît aujourd'hui ;-)
(cf. « La puce à l'oreille » de Claude Duneton)
Ecrit par : Comme une image | 20 octobre 2009
bah, mon argument est simple:
"Notre orthographe n'est ni cohérente, ni logique"
les femmes ne sont ni cohérentes ni logiques, mais doit on pour autant les réformer? avant l'age canonique s'entend...
(je sais, je suis odieux)
Ecrit par : philachev | 20 octobre 2009
Ne cédons pas à la malbouffe lexicale, à facilité par-le-bas-trop-tirée... Achetons le petit Robert édition 2009 par paquets de dix afin qu'il nous en reste pour les siècles à venir, pour les siècles post-réformistes !
Ecrit par : franz | 21 octobre 2009
@ Décidément, cette petite note somme toute banale a touché une corde sensible chez vous tous qui vous exprimez. Merci. Franchement, quand je lis tous vos commentaires (et je ne suis pas du genre à flagorner) je me dis qu'il y a bien de la richesse dans vos interventions. Rien à ajouter si ce n'est : oui MarieM baisez-moi :-)
Merci d'être passé Philachev, ici vous saurez qu'on se s'offusque pas facilement si on reste poli, et que l'impertinence a aussi sa place.
Bienvenu à Franz (bizarre, le lien vers votre blog est incorrect !).
Une forme de Post-Scriptum pour CUI et pour le plaisir aussi :
BAISER v. tr. est issu (v 980) du latin basiarer, employé aussi bien à propos du baiser amoureux que du baiser de politesse ou de respect. Ce mot est dérivé de basium, d'abord employé avec une valeur érotique à côté d'osculum (proprement "petite bouche") et, pour cette raison, évité par les auteurs classiques, puis seul passé dans les langues romanes. Basium, étant donné sa date d'apparition relativement tardive en latin, pourrait être un emprunt (on a évoqué une origine celtique). C'est Catulle qui semble l'avoir introduit dans la langue écrite. Le mot exprime l'idée d'appliquer ses lèvres sur la partie d'un être ou d'une chose en signe d'affection ou de respect. En français, il est d'abord attesté à propos du baiser entre le Christ et ses disciples, en particulier du baiser de Judas. Son emploi dans un contexte amoureux (XIIè S) en construction transitive et abolue (1461) a conduit à un emploi érotique par euphémisme pour "posséder charnellement". Cet emploi est attesté aux XVIè et XVIIè s notamment chez les burlesques, mais il est alors ambigu, le sens "décent" étant encore très usuel. Néanmoins, le "baiserai-je, mon père ?" dans Molière faisait déjà rire. L'emploi érotique a conduit au remplacement de baiser au sens initial pour embrasser. Par extension de l'idée de posséder charnellement, baiser a pris le sens figuré de "tromper" (...) ouf, Merci Alain REY.
@ MarieM : au vu de ce qui précède, à vous de décidez !
Ecrit par : Gicerilla | 21 octobre 2009
Au risque de faire jaser sur la toile , ma décision et ma nature resteront réservées face à ce choix cornélien ;-)
Ecrit par : MarieM | 22 octobre 2009
Les mots qui comptent, ce sont les vôtres.
Ecrit par : Eden | 24 octobre 2009
(Encore désolée pour la longueur du commentaire… et son retard. En ferai un texte prochain...)
D'accord à 100% avec vous.
Ce que dit Alexandre Jardin est une évidence, un constat de bon sens que corroborent nombre d'études universitaires menées par des sociologues, des linguistes, des neurologues.
C'est aussi le propos d'Alain Bentolila dans un livre précis et éclairant, très concret, dont le titre dit déjà tant : "Le Verbe contre la barbarie", que tout enseignant ou travailleur social devrait lire.
Quant à la réforme de l'orthographe, François de Closets me déçoit énormément.
Certes, depuis les premières entreprises de normalisation de notre langue qui furent confiées à l'Académie française par Richelieu (puisque fixer une orthographe unique au français depuis Dunkerque jusqu'aux Pyrénées fut (et est toujours) la raison d'être de l'institution en question), il y eut des réformes. Mais qui ne portaient que sur quelques illogismes ou doublons à normaliser.
ex : la graphie "-ois" qui est devenue "-ais" à l'imparfait.
Il ne me semblerait pas aberrant d'harmoniser les 2 r de charrette et le seul de chariot, même si c'est la contagion des 2t du premier, et du t unique du second qui a présidé à l'orthographe actuelle.
Mais la réforme sauvage qui est aujourd’hui prônée, ne reconnaîtrait plus que la seule loi de la phonétique : c’est, non seulement un tragique nivellement vers le bas, une prostitution de l’esprit vers la facilité et la démagogie, un pas de plus vers l’inculture tragique de notre société, avec le risque que cela comporte envers la démocratie : car il n’y a pas de démocratie réelle sans éducation : sinon, ce n’est qu’une parodie fondée sur l’oligarchie et la corruption comme on le voit dans les républiques bananières.
En outre, il faudrait aussi réduire l’alphabet : qu’avons-nous à faire du « c », dont l’ambiguïté lui sera fatale, puisqu’il serait remplacé soit par s, soit par k, univoques, eux ? Etc…
Et surtout, surtout, la merveilleuse logique qui préside aux mille ramifications de notre langue, et qui existe, bien entendu, comme vous l’avez dit, sera anéantie.
Comment repèrera-t-on les familles de mots, les règles de dérivations, les trésors cachés et infiniment révélateurs du sens profond des mots qui alimentent la pensée ?
C’est bien là qu’on ne fournira effectivement aux plus démunis qu’une langue purement utilitaire qui permettra d’acheter du pain, mais en aucun cas de remettre en cause une quelconque théorie. Une langue sans plaisir, comme vous dites, et sans portée. C’est-à-dire un dialecte.
Un professeur d’origine savoyarde qui en connaissait encore le patois m’affirmait qu’il était impossible, dans ce dialecte, de formuler avec lyrisme une déclaration d’amour, ou de mener une réflexion philosophique.
Et il en va de même de beaucoup de patois du monde.
Une telle réforme de l’orthographe reviendrait tout simplement à transformer notre millénaire langue ô combien littéraire en un patois sans saveur et sans relief.
Au secours !
Ecrit par : Clarinesse | 31 octobre 2009
@ Eden : je soupçonne qui vous êtes, mais n'en ai aucune certitude. Je pense au Phoenix évidemment. Si c'est bien vous, j'espère que vous allez mieux. Au plaisir de vous recroiser.
@ Clarinesse : la longueur de votre commentaire ne le rend pas insupportable, bien au contraire. Je l'ai lu avec attention et le recul qu'il faut, car le débat s'était un peu calmé. J'adhère absolument à vos mots et vous dites clairement ce que confusément, intuitivement je ressentais mais ne savais pas correctement exprimer. Merci. Sacré sujet, enfin profane plutôt, qui n'a pas fini de faire jaser...
Ecrit par : Gicerilla | 01 novembre 2009
merci, je mets immédiatement votre article en référence sur mon blog. Je suis de l'avis d'A. Jardin, peut-être pas à 100 %, mais en grande partie. Je n'ai pas lu les autres commentaires, je vais donc revenir, car c'est une question importante.
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ps : Je sais - parce que j'y suis sujette hélas - que la vitesse générée par la communication sur le Web engendre les fautes (typo, ortho, etc..). Une autre forme de violence ?
Ecrit par : lise | 08 novembre 2009
@ Lise : en effet, Alexandre jardin, n'en déplaise à d'autres exprime un point de vue qui se défend. Je crois vraiment que ne pas savoir dire ce qui ne va pas débouche sur de la violence physique plus souvent que lorsque l'on peut verbaliser une violence qui, du coup, hurle peut-être mais peut ne rester que du verbe agressif et non pas de la violence pure !
Merci d'être passée et je vous enjoins à lire les commentaires. Tant de choses intéressantes et "nourrissantes" ont été dites sur le sujet. Au plaisir.
Ecrit par : Gicerilla | 09 novembre 2009
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