29 octobre 2009

ELLE - Tout est question de pot

le_corniaud.jpgIl fait très froid ce matin et je frissonne en me dirigeant vers ma voiture.

Son bleu de Chine est cristallisé et ma Peugeot 206 ressemble à un étrange beignet glacé. Glacé, il va falloir gratter. Je m'introduis dans l'habitacle. Je m'introduis dans l'habitacle ? Voilà une drôle d'affirmation, presque contre nature et pourtant... A l'intérieur, il fait un froid polaire et je démarre le moteur à la hâte. Un inquiétant ronronnement accueille le démarrage. J'accélère sur place, le ronflement s'amplifie au point que je crains de voir la tôle autour de moi se disloquer, me transformant en un remake affligé d'Antoine Maréchal et de sa 2CV ! Non, la 206 tient bon, son vrombissement caverneux à chaque accélération ne semble pas empêcher ma progression. Soupçonnant que ma Titine file un mauvais coton, je me rends au travail à la vitesse d'un cortège funéraire.

Plus je conduis et plus je m'habitue à ce ronflement digne d'une forge de haut fourneaux. Je débouche enfin sur la longue avenue qui mène à mon bureau. Une ligne droite, presque parfaite, parsemée de 3 feux de circulation consécutifs. Dans dix minutes, je serai arrivée au bureau. Le premier feu passe au rouge. A l'arrêt, je m'amuse à accélérer car le bruit ronflant de ma voiture me donne l'impression d'être au volant d'un bolide. Comme une gamine, ou un type du 9-3 c'est selon, je crée avec l'accélérateur des mélodies.

Soudain, une sensation d'écho me fait prêter l'oreille. Je me concentre ne comprenant pas le phénomène. C'est alors que je vois, positionner à ma gauche, une Ferrari rouge aux chromes rutilants dont le conducteur, chauve et bedonnant, fait ronronner le moteur comme on caresse une courtisane. A mon tour, je joue de la pédale. Il tourne la tête vers moi et accélère encore, étonné il me semble que je fasse autant de bruit que lui. Il fait mine de démarrer, on sent qu'il retient les chevaux prêts à bondir sous le capot. Ma parole il me lance un défi ? Je fais de même, j'ai passé la première. Je me sens tendue comme une corde de piano. Je scrute maintenant le feu, il n'est pas dit qu'il passera le premier, non mais ! Le feu n'en finit pas de rougir et lui continue d'accélérer. Un véritable concert se joue en duo.

Le feu passe à l'orange, j'ai démarré la première, je passe la seconde et appuie de tout mon poids sur le champignon. Je décolle dans un bruit assourdissant. Titine ronfle, ses 6 petits chevaux tentent de tenir la dragée haute à ceux, bien plus nombreux, de la Ferrari. Le chauffeur, évidemment agacé, me cloue sur place dépassant allègrement les 60 km/h autorisés. Mais le deuxième feu passe au rouge. Il pile dans un hennissement à effrayer Augias. J'arrive quelques secondes après, haletante mais pas encore déshonorée. Je suis galvanisée. Le bruit de mon auto m'enivre, ce coup-ci, je vais le griller ! Sa Ferrari est rouge de colère et je l'imagine lui, cramoisi de se voir défier par une vulgaire Peugeot. Je suis à cran, penchée sur le volant comme un coureur sur son guidon. Ca gronde sous le capot. Je ne me reconnais plus, je vais le supplanter me dis-je, je vais lui faire voir de quel bois on se chauffe toutes les deux.

Le feu passe au vert. Ses pneus crissent, il met la gomme mais je ne me laisse pas faire. Le moteur de ma 206 ronfle comme les eaux du Zambèze, c'est effrayant, le barrage va céder. Je suis catapultée contre mon siège. 80 km en seconde, je suis une trombe. Je crains à chaque instant de me vaporiser. Je suis dans son angle mort, je m'accroche à ses basques mais hélas je ne peux lutter plus longtemps contre sa puissance. Il détale, remportant une victoire pas si facilement gagnée. Je suis hystérique, quelques gouttes de sueur qui perlent à mon front témoignent de mon énervement et des palpitations au creux de mes cuisses trahissent mon excitation. C'est excitant la vitesse, non ?

Arrivée au  parking, je quitte l'habitacle non sans flatter au passage la tôle de mon bolide avec la reconnaissance d'un fier jockey. Bizarrement, les deux lettres centrales de ma plaque d'immatriculation me sautent aux yeux. XQ, a-t-on idée ? Je me rajuste en chemin, respirant à grands coups pour tranquilliser mes sangs. Au café, je raconte l'anecdote et l'étonnante transformation de ma voiture. Les collègues mâles s'esclaffent et l'un d'eux de me dire, plié de rire "mais Gicerilla, assurément c'est ton pot d'échappement qui est percé !"

Ah, bon ?

 

Ferrari.jpg

Trackbacks

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Commentaires

Vous n'avez donc plus qu'à passer d'Augias à Midas, avant que la maréchaussée dont l'oreille musicale reste perfectible ne verbalise.
Et cessez de taquiner des mauvais joueurs sans aucun fair-play, ou notre air va se la jouer... Pot de chagrin.

Ecrit par : Jimi | 29 octobre 2009

Vous, jouer à "celui qui aura la plus grosse" ? Je suis estomaqué. Comme quoi, un être humain dans une voiture perd assurément de son humanité... ou reviens simplement aux basiques.
Refaites la peinture de titine : c'est bien connu, tout ce qui est rouge va plus vite.

Ecrit par : STV. | 29 octobre 2009

Comment flinguer sa caisse.
Pour en avoir conduit des Porsche, des Bentley GT, et aux Mercedes AMG de gros calibres, je sais ce qu'on ressents, et de quoi ces monstres sont capables.
Alors moi en caisse, je souris et fait courbette pour les laisser passer ...

Ecrit par : Ash | 29 octobre 2009

En voilà qui en dis long sur notre époque. Des femmes qui copient l'arrogance des hommes et des hommes qui perdent tout sens de la galanterie. Va falloir que je m'adapte. Merci encore pour ces délicieux moments, je rejoint Morphée avec le sourire aux levres.

Ecrit par : Aymeric | 29 octobre 2009

Ferrari rouge rutilant (pas de chrômes sur la photo) et un chauve bedonnand dedans ?
Moi je dis............ pas de bol !

Le son d'un échappement peut-être un substitut à la vitesse réelle, mais à 14 ans !

Bises ;-)

Ecrit par : surffou | 30 octobre 2009

j'aime beaucoup jouer à ce petit jeu aussi... je me positionne toujours à la droite des mercedes, bmw et autres grosses carlingues arrêtées au feu... et hop dès que le vert passe, d'un coup de pédale je propulse mon vélo 10 m en avant ! ça énerve :)

Ecrit par : Gaspard | 30 octobre 2009

Je n'aurai pas voulu traverser la rue à pieds à ce moment là, moi !!!!

Ecrit par : Gilles | 31 octobre 2009

voilà des mois que ma clio est une vraie alpha roméo...
je suis le plus bruyant du quartier...
hélas, mardi un nid de poule a eu raison de mon fanfaronnage, j'ai perdu le dernier morceau de mon silencieux (et non pot échappement...) et rejoins mon garagiste préféré... qui roule en porsche!
(mon prix est minime comparé à ma valeur :p )

Ecrit par : philachev | 31 octobre 2009

@ Jimi : je me doutais qu'un lecteur avisé penserait à Midas :-)

@ STV : ah, mais voilà un compromis intéressant. Je vais rependre Titine ne rouge Ferrari et, bien que silencieuse maintenant, je ne vais pas m'en laisser compter. Oui, la voiture est assurément catalyseur de ce qu'il y a de moins noble en l'homme !

@ Ash : vous, pro de la conduite de belles caisses ? Z'auriez zété chauffeur de maître ? Hi, hi, vous connaissant un peu je crois bien que là vous allez me clouer comme une sale chouette sur la porte de votre pire ennemi !

@ Aymeric : hélas, l'automobile stimule certainement mon côté Yang et en moi sommeille une Walkirie. Je n'en suis pas fière, je me regarde faire et ne peux pas me réformer... Bienvenu ici. Vous verrez, je ne suis pas toujours aussi belliqueuse.

@ Surffou : ah, je vous avoue que je suis rester une enfant à maints égards. D'accord, d'accord, faudrait grandir. J'y travaille :-)

@ Gaspard : hi, hi, j'adore. Et votre vélo, l'est aussi rouge ferrari ?

@ Gilles : je peux vous assurer que, vu le concert de hennissements, les piétons pour une fois respectaient bien le petit bonhomme vert ! Sympa de vous revoir.

@ Philachev : Je ne sais pas en quoi roule mon garagiste, mais je pense qu'à cette occasion, il se les faites en or et moi, je n'ai toujours pas digéré l'addition.
PS : je ne doute pas un seul instant de la véracité de la dernière affirmation :-)

Ecrit par : Gicerilla | 01 novembre 2009

Je ne vous imaginais pas en Schumarer féminine, c'est sûr, vibrant mains sur le volant et tête en avant dans les rues à la "poursuite" d'une Ferrari... De belles sensations fortes à la lecture de ce reportage en direct au volant de votre voiture "Lion"... Plein pot... Enfin plein pot... Bonne journée !

Ecrit par : Valmont | 02 novembre 2009

Gi : Nope, jamais personne n'a osé monter avec moi lorsque le tentais de maitriser ces monstres. A l'exception de mon fils, qui en a perdu toute contenance devant ses amis de collège. Pov'gosse...

Ecrit par : Ash | 03 novembre 2009

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