01 novembre 2009
ELLE - Çatagamor

Parce que je ne pouvais pas lui refuser, j'ai dit oui à Oh!91. Voilà la suite.
"Quoi ?"
Ce petit mot là, on l'appelle pronom interrogatif, avait jailli de ma bouche dans un bouquet d'incrédulité. Quoi ! Si j'avais pu articuler séparément chacune des lettres qui le composent, je l'aurais fait mais, ici, point de diphtongue ou de triphtongue à l'anglaise. Pourtant, d'anglais il était bien question. Enfin, d'Anglais, avec un A majuscule. Ou était-ce avec un S majuscule, S comme Sexe ? Les deux mon capitaine, car tel était son grade. "Quoi, tu l'as fait ?" Isabelle me regardait avec des yeux pleins de fierté. Oui, Isabelle, dix-huit ans, ma bonne amie de l'époque venait de "le faire" avec un capitaine des Marines de sa majesté la Reine d'Angleterre ! Venait de "le faire". Un verbe et un pronom encore, rien de plus, avaient suffit pour que je comprenne. Un verbe et un pronom lourds de sens. Oui, il s'agissait bien des sens justement. Et moi, vierge encore, je la regardais comme une cadette regarde son aînée, avec une forme de respect et de jalousie.
Nous étions en Angleterre, rejouant pour un autre été le film version masculine d'A nous les petites Anglaises. C'était l'époque de mes vacances linguistiques. Il était en effet beaucoup question de langues, à tout bout de champ à un âge où on a à cœur de les pratiquer, mélangées de préférence. Le cœur n'avait pas vraiment sa place dans ces échanges-là et seuls un intense apprentissage de nos corps et la recherche du plaisir inconnu nous motivaient. Le plaisir. Le mythe d'entre tous les mythes. Jouir. Le verbe d'entre tous les verbes. Mystère. Nous n'étions pas très romantiques. Enfin, un peu tout de même, mais nous jouions plus que nous m'aimions.
Isabelle m'avait lancée un défi sans me le dire. Elle était devenue femme sans m'avoir attendue, nous qui faisions toujours tout en chœur et en quasi synchronie. Elle m'avait devancée, j'allais la rattraper.
On l'appelait Woody. Il était Marine aussi. Un joli blondinet, petit gabarit mais bien découplé, gueule d'ange aux yeux bleus. Il m'avait séduite et nous flirtions depuis quelques jours. A cet âge, quelques jours étaient aussi longs qu'une vie de mariée. Quelques jours ressemblaient presque à un engagement. Je lui plaisais bien plus qu'il ne me plaisait. Il me convoitait comme le péché. Alors, le soir même de l'annonce faite par Isabelle, j'ai décidé de lui dire oui.
Ah, le cauchemar. Comment fait-on l'amour quand on ne sait pas ce qu'il faut faire ? Comment fait-on l'amour quand l'autre n'en sait pas beaucoup plus que soi ? Mais il fallait que cela se passe. J'étais prête à tout. Je voulais le lendemain déclarer à mon amie que nous faisions dorénavant partie des initiées, elle comme moi. Ce fut rapide et maladroit mais avec beaucoup de délicatesse et de tendresse. Des timidités qu'hélas je ne retrouverai jamais plus. De ces hésitations tremblantes qui font battre le cœur à tout rompre et mettent nos sens en émoi. Aucun plaisir à la clé mais beaucoup de partage teinté de sourires. Faire l'amour la première fois avec un débutant qui ne parle qu'anglais était une garantie de faillite. Je ne le savais pas.
Nous sommes restés toute la nuit enlacés.
J'ai fini mes vacances avec lui et je ne l'ai plus jamais revu.
Illustration photo : Oh!91
05:52 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : la première fois, amour, sexe, entre2eaux

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Commentaires
Même si celle là est derrière vous, j'espère que par la suite il y en a eu (et qu'il y en aura encore), des moments qui font « battre [votre] cœur à tout rompre et mettent [vos] sens en émoi » !
Ecrit par : Comme une image | 01 novembre 2009
C'est curieux mais il me semble que beaucoup ont vécu (subi .. ?) ces nuits la, qui ont au final leurs propres émotions.
Ecrit par : X-Addict | 01 novembre 2009
Il y a une belle chanson de G. Brassens sur "La première fille qu'on a pris dans ses bras": http://www.youtube.com/watch?v=Syo_Ukrl8Rc
Ecrit par : Jef | 01 novembre 2009
J'aime beaucoup, vous avez relevez le défi, et vous racontez cette première fois avec une tendresse et une douceur que je retrouve souvent chez vous. Un marine ? j'en suis presque jalouse, ah le prestige de l'uniforme ;-) Bises Gi
Ecrit par : Bougrenette | 01 novembre 2009
Si j'osais, je vous reconterai la mienne...Cela me donne une idée, nous devrions écrire un recueil des "première fois"...pour le transmettre ensuite à nos enfants et aux suivants. C'est vrai, on nous enseigne l'Histoire en prétextant que c'est notamment pour tirer profit de nos erreurs passées et ne plus réediter (est-ce que cela fonctionne finalement? J'ai un doute, mais c'est un autre débat...). Alors, "le manuel des 1000 premières fois ou comment dédramatiser ou éviter de se planter"...il faut vraiment se lancer !
De votre histoire, je retiens la leçon N°1 : ne jamais se lancer avec un "nouveau-né"...Et voilà qu'Aubade se fait détrôner par nos 1000 leçons très inspirées.
Ecrit par : Flo | 01 novembre 2009
c'est tendre, osé et émouvant à la fois, merci pour ce récit si bien amené...
Ecrit par : Succuba | 01 novembre 2009
c'est marrant, en lisant le dernier paragraphe je me demande si ça vaut vraiment le coup d'apprendre...
Ecrit par : philachev | 02 novembre 2009
J'aime assez l'idée de Flo :-)
M. (30)
Ecrit par : M. | 02 novembre 2009
C'est étonnant de lire ici ou ailleurs ces premières fois qui n'ont pas été un réel bon souvenir, comme si l'instant avait été gâché par une sorte de précipitation ...
Et puis que fallait-li apprendre de plus que l'envie, le ressenti, le plaisir et la jouissance ?
La technique ça vient tout seul ;)
Ecrit par : Philo | 02 novembre 2009
"Faire partie de la caste de ceux qui l'ont fait".
Toute ces erreurs de jeunesse n'ont-elles pour fonction que de nous amener à la sagesse et au respect de soi et des autres?
Probablement.
Bises Ghi !
Ecrit par : surffou | 02 novembre 2009
ma première fois fût sans intérêt...j'avais 19 ans et je n'avais plus envie d'attendre celui avec qui "la première fois" serait inoubliable, je voulais "savoir", passer ce cap dans la vie d'une jeune femme. je pense que c'est le lot de celles qui tombent rarement amoureuses dans leur vie et pas forcément au sortir de l'adolescence. pour moi, la "première fois" ce n'est pas celle ou techniquement on perd sa virginité mais celle où l'on fait véritablement l'amour pour la première fois avec tous les moments de découvertes qui vont avec.
Ecrit par : columbine | 02 novembre 2009
Nous n'étions donc pas de la même école! ;)
Ecrit par : Rouge | 02 novembre 2009
Joli récit... c'est drôle comme le temps adolescent se dilate. J'ai souri à la pensée d'une amourette adolescente alors que j'avais 15 ans. Je me souviens de son nom, de notre rencontre, des moments passés avec elle (mes premiers tétons touchés!!!), de notre rupture (elle m'a trompé!!). Et cette histoire a duré en tout et pour tout.... moins d'une semaine! :-)
Sans le savoir, j'ai suivi la règle N°1 de Flo en ayant ma première fois avec une initiée... j'en garde un souvenir délicieux.... je pense qu'elle a oublié depuis bien longtemps... surtout que je lui avais caché mon "état"... elle a dû avoir un petit doute après nos ébats...
Ecrit par : Steph | 02 novembre 2009
Gicerilla, je suis étonné qu'une fille d'antimilitaristes ait fait un tel choix pour sa première ! ou alors précisément...
Ecrit par : Gaspard | 02 novembre 2009
"prestige de l'uniforme" Bien parlons en, j'avais l'air malin moi avec mon ponpon rouge sur le crâne. C'est bien tout ce que je me suis fait toucher pendant cette sale période. Ah oui c'est sur un Capitaine ça en jette plus, des dorures sur la manche, un uniforme qui vous qui vous vas comme un gant, une belle casquette blanche. Pour ma part je me rappelle d'une espèce de pantalon informe, inconfortable au possible, et je parle même pas du temps nécessaire pour s'en débarrasser. En réfléchissant je me demande si les gradés ne voulaient pas tuer la concurrence.
Mais dites donc son Capitaine, il avait quel âge?
En ce qui concerne ma leçon n°1:
Tomber sur quelqu'un qui veuille partager et donner du plaisir (a cet âge, bon courage!)
L'expérience peu parfois être néfaste si la personne n'est simplement là que pour son plaisir, ou besoin. Je parle en connaissance de cause même si je n'étais plus un jeune premier.
Ecrit par : aymeric | 03 novembre 2009
C'est fou le chemin parcouru quand on repense aux premières fois...! Nous en reste t-il encore autant à parcourir ? J'ose l'espérer...
Touchant.
Bises de papillon
Ecrit par : VéroPapillon | 03 novembre 2009
Les premières nuits sont rarement de braises, par contre comme les braises, il a suffit que vous souffliez dessus pour retrouver ce qu'une coeur de jeune fille peut éprouver en ces instants...
Un marine dites vous...God save the Queen!
Ecrit par : muse | 03 novembre 2009
@ CUI : je crois que je traverse un désert sans fin, sans pour autant avoir des ambitions aventurières à la David-Neel. Passage à vide ? Manque (perte irrémédiable) de foi ? Je crois que je n'y crois plus... C'est grave Docteur ?
@ X-Addict : je regrette que cette nuit-là, qui ne peut exister qu'une fois, ne m'ait pas marquée plus. Le souvenir que j'en ai est délébile. Dommage, je l'aurais voulu inoubliable !
@ Jef : merci beaucoup. Quelle truculence. Quel parolier...
@ Bougrenette : ah ça, l'uniforme, j'avoue j'y étais très sensible. Que de pompons n'ai-je pas tripotés sous prétexte que cela porte bonheur. Toujours avec Isabelle nous trainions nos guêtres à St Augustin pour croiser des Marins. Depuis, je sais que si l'homme en uniforme est souvent bien bâti, cela ne suffit pas :-)
@ Flo : un recueil comme un florilège vaudrait certainement pour le plaisir de lire mais surtout pas comme enseignement car, vous le savez bien, l'expérience des aînés ne sert jamais aux enfants. On apprend par ses propres expériences et souvent à ses dépens !
PS : vous êtes taguée, racontez-nous donc votre première fois !
@ Succuba : allez hop, taguée aussi. Et que ça saute (justement !) :-)
@ Philachev : au contraire, il faut apprendre. Apprendre ne veut pas dire rejouer à chaque fois la même chanson comme le papier à musique. Apprendre c'est comprendre et avoir la curiosité sans timidité de découvrir l'autre. L'innocence n'est pas forcément garante d'amour bien fait et tout l'amour du monde ne pallie pas le manque de savoir. Il en est des choses de l'amour comme de tout métier, il faut connaitre les ficelles ...qui mènent au ciel !
@ M(30) : vous aimez la proposition de FLo ? Alors lancez-vous, commencez, racontez donc ! :-)
Ecrit par : Gicerilla | 06 novembre 2009
@ Philo : "...la technique ça vient tout seul" : pas d'accord. Trouver la voie la première fois, soit mais il faut bien plus que ça pour faire de l'amour un art, non ?
@ Surffou : je ne sais pas si cela mène à la sagesse. En tout cas le respect de l'autre et de soi est primordial dans cette affaire. Hélas, hélas n'y a-t-il pas trop de fois où certains l'ont oublié ?
@ Columbine : j'aime assez votre point de vue. Pourtant, vu l'indécrottable romantique que je suis, j'aurais aimer perdre mon hymen dans les bras d'un amour fou. Je le pense maintenant, mais à lépoque je n'y pensais pas et j'ai fait de cette fois unique une formalité. J'avoue une peu de regret quand même.
@ Rouge : euh, c'est certain mais... je ne vois pas la corrélation. Une explication ?
@ Steph : Le bol ! Heureusement que ce n'est pas moi que vous avez rencontrée... vos débuts en auraient été bouleversés !
@ Gaspard : m'enfin, zavez lu où que je suis antimilitariste ? Je ne vous ai jamais dit que je travaille dans l'armée de l'air ? J'ai raté le concours d'hôtesse de l'air, alors... :-)
@ Aymeric : le Capitaine devait avoir 19 ans, et s'il avait de l'expèrience dans le maniement des armes, dans l'alcôve j'ai cru comprendre que ce n'était pas "ça" ! Je suis d'accord avec vous, il s'agit d'avoir à faire à un homme ou une femme mus par la volonté de partager et non pas de prendre !
@ Véropapillon : hi,hi, je souris en pensant à tous vos billets. En effet, je ne doute pas du chemin parcouru. Auriez-vous imaginé un seul instant il y a 20 ans ce que vous vivez maintenant ?
@ Muse : il faut parfois un souffle ardent pour réchauffer les braises qui virent au charbon, et tout homme n'est pas bon forgeron n'est-ce pas ? :-)
Ecrit par : Gicerilla | 06 novembre 2009
Gi, vous n'êtes pas raisonnable en passant d'un extrême à l'autre ... de la première fois au grand art !
Je me souviens de ma (vraie) première fois comme si c'était hier, avec une femme de dix ans mon aînée et j'ai passé une nuit fort mouvmentée !
J'avoue, elle ne se posait pas de questions ... et moi non plus ;)
Ecrit par : Philo | 06 novembre 2009
Oups! pardon! je précise donc: je faisais simplement référence aux premières lignes de ma "Toute première fois" à moi: "La première fois c’est d’abord les mots d’avant. Il y avait deux écoles : celle d’être super amoureuse ou bien celle de ne l’être pas. J’ai opté pour la première.[...]"
c'est tout! ;)
Ecrit par : Rouge | 06 novembre 2009
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