09 janvier 2010
ELLE - La part du désir, la part du Diable ?
La part du désir ?
Ce que je découvris il y a trois ans avec l'existence des blogs c'est la capacité d'un être, derrière son écran, de nouer des liens avec d'autres êtres, sans les connaître. X-addict l'a développé il y a quelque temps et je ne peux qu'abonder dans son sens. Oui, étonnement constamment renouvelé de me voir lier à des personnes par des attaches fort semblables à celles de l'amitié sans pourtant la dimension de chair, dimension selon certains indispensable pour rendre vraie et authentique la relation. Je l'ai vécu et peux en témoigner, ébrouant au passage le scepticisme qui me caractérise. Aucun des élans amicaux que j'ai ressentis jusqu'à ce jour ne se sont jamais soldés par un échec et je demeure émerveillée de pouvoir compter quelques jolies relations de plus dans ma vie.
Et puis il y a aussi ces liens dignes de Sainte-Anne, ceux qui vous attachent pire que blanche camisole et vous bouleversent au-delà du raisonnable. De ces élans inexplicables, suscités par la magie des mots qui me font croire que les miracles sont possibles. Transcender la toile, mettre du relief là où sévit le plat, mettre du sang et des larmes. Oh, combien de fois n'ai-je pas pris pour révélation divine la « rencontre » avec un homme qui me touchait en dépit de la distance, en dépit du manque de présence. Deux ou trois fois par le passé n'ai-je pas cru avoir croisé l'homme, le bien-aimé, mon double, ma moitié et n'ai-je pas résonné à ses paroles comme une lyre vibre au pincement de ses cordes ?
Je vibrais, je tremblais aussi et j'attendais comme on attend du Messie, tout de lui. Mais de ces liaisons-là j'ai appris à me méfier car rapidement la vérité de l'autre apparaissait comme une grimace dans le miroir et me faisait voir que tout cela n'était que le fruit d'une projection délirante de celle dont le cœur veut à tout prix aimer. Combien de déceptions en procession n'ai-je pas dû voir défiler, le front barré de tristesse et les joues barbouillées de cendres. Oui, cendres des sentiments mort-nés, passés sous le feu de la réalité, irrésistible, imparable. Amertume de réaliser que mes engouements n'étaient que chimères et que j'avais voulu voir, croire voir ce qui n'y était pas.
Dès lors, je suis devenue maîtresse de la dissection, Ambroise au féminin, je passe chaque nouvel élan ressenti sur la table froide du praticien. Dans les chairs de mon infatuation, je cherche le germe de l'illusion convaincue qu'une fois encore ce n'est pas mon cœur qui parle mais bien mon imagination. Sous la lumière blafarde de la raison je scrute chaque repli pour débusquer la part de la mascarade. Et c'est triomphante que je brandis, fichée sur la pointe de mon scalpel, la preuve que ma raison cherchait : encore un homme imaginé, encore un homme rêvé qui n'est pas celui que je croyais.
Epuisée, la blouse de coton maculée par la boucherie à laquelle impitoyablement je cède criant à la face de mon imagination « tu ne crois tout de même pas que je vais encore une fois me faire avoir ! », je m'assois sur le tabouret de fer et je m'interroge « Mais comment se fait-il que mes élans amicaux ne me trompent jamais et pourquoi, ô Dieu, pourquoi mes élans amoureux ne sont que des mirages ? »
Et c'est alors que me vient l'intuition : ne serait-ce pas la faute du désir ? Le désir qui, au détour d'une simple phrase, suscite du cœur l'inclination. Le désir. Mais qu'est-ce donc ? Le désir d'aimer dans toutes ses acceptions est-il capable de me haranguer au point que j'en perde la raison et que mon cœur, seul, divague ? Le désir, grand mystificateur, qui pare de toutes les qualités l'homme convoité et rend aveugle. Je me débats, je tente de dessiller mon cœur, c'est incompréhensible ! Se peut-il que le désir soit une force si puissante qu'il annihile ma raison et me fasse voir ce qui n'existe pas. Oh, que je hais ce désir qui, tel un animal fouisseur, vient se nicher au creux de mon ventre et me fragilise au point d'éprouver déjà la peur viscérale de perdre ce que je n'ai point. Je reste sans explication. Sans explication ?
Mais alors, serait-ce la part du Diable ? Ma part à moi, ma part diabolique qui me leurre pour mieux me subjuguer. Je deviens folle et je me hais. Je me hais de me berner, de me laisser accroire que celui-là, évidemment, c'est le bon. Je plaque mes paumes à mes oreilles pour ne plus entendre cette voix qui me dit « mais non, ce n'est que la rencontre de ton âme avec sa sœur. Accepte ce don, n'aies pas peur. Crois ! » . La part du désir, la part du Diable.
Faut-il la fuir ou faut-il s'y fier ?
05:39 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : désir, blogs, internet

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Commentaires
Vous avez tout dit je crois : là où se cache la part du diable c'est dans cette « peur viscérale de perdre ce que [vous n'avez] point ».
J'insiste, puisque vous n'avez rien à perdre, pas de raison d'avoir peur. Mais donc, je le répète, « rien à perdre » !!!
C'est donc dans la légèreté que se trouve la solution. Oui laisser votre coeur s'exprimer, votre âme vibrer, votre ventre papillonner, mais garder la légèreté, se dire que tout cela n'est que du bonus, même si au fond il n'en découle pas la relation de vos rêves.
Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas croire à ces rencontres, ou qu'il faut se contenter de rencontres en dessous de ce que vous voulez, mais simplement qu'il faut y croire sans craindre d'être déçue...
M. (30)
Écrit par : M. | 09 janvier 2010
Je vois une certaine similitude dans votre démarche, qu'elle consiste à s'abandonner à la folie de croire ou à la dissection méthodique de vos sentiments...
Cette similitude est l'emprise que vous laissez prendre à vos cogitations sur la réalité : vous avez éprouvez de la douleur à trop y croire, ne croyez vous pas qu'à trop vouloir disséquer vos sentiments vous risquez d'arriver à une grande confusion dont pourrait naître un certain nombre de gaps, qui risquent d’empêcher l'aboutissement recherché?
Comme beaucoup je veux croire au mythe des androgynes, mais j'ai bien conscience que l'alchimie est difficile, fragile. Trouver l'autre sans le chercher, vouloir y croire sans trop y croire, se mettre dans un état d'esprit où l'on est ouvert au possible, mais où l'on ne court pas après.
Je pense qu'il faut se laisser porter par la vague, plutôt que de vouloir lutter contre elle ou la provoquer, savoir saisir l’instant présent, jouir des plaisirs qu’il nous offre...
Écrit par : philachev | 09 janvier 2010
je crois que sont sensibles aux cyber-coups de foudre les personnes qui sont hyper sensibles aux mots. vous aimez les mots et ce sont eux qui vous font palpiter. en ce qui me concerne, j'y ai aussi succombé, tout au début mais je n'y succombe plus parce que je sais que mon désir passe obligatoirement par l'échange "physique" (le dialogue dans une même pièce). cette alchimie est la seule qui compte à mes yeux.
je suis d'accord avec vous, l'alchimie cybernétique est fascinante et c'est le désir, quand il n'est pas au rendez-vous, une fois la rencontre réelle qui rend la chute plus rude.
pour ma part, même pour les relations amicales, j'ai parfois été déçue dans le réel par rapport à mes attentes virtuelles. comme quoi, le contact physique m'est essentiel en tout!
Écrit par : columbine | 09 janvier 2010
Le coup de foudre, cyber ou réel est toujours une auto-mystification.
Écrit par : Jef | 09 janvier 2010
@Jeff, pas d'accord, c'est comme si vous disiez que l'intuition n'est jamais une forme de raisonnement.
coup de foudre ou pas, le début d'un amour est toujours chargé d'espoirs, espoirs réalisés ou déçus, c'est une autre histoire
Écrit par : columbine | 09 janvier 2010
Je pense que le Net est comme l'alcool (à consommer avec modération) : un désinhibant... A consommer sans doute avec modération aussi, pour certaines choses... Pour le reste cela ressemble à la réalité, et si l'on ne veut pas être trop déçu, mieux vaut être prudent, pragmatique, et voir dans ses approches quelles qu'elles soient... Dans certains cas, cela peut même être un frein aux relations, car l'abus de certain(e)s et la prédisposition notoire à enjoliver la réalité, peut en pénaliser d'autres qui donneront plutôt dans la sincérité... Quant aux blogs alors là, on trouve tout et son contraire, mais il est vrai soyons honnête que la majorité des blogs adultes sont des plate-formes de drague, qui, certes, offrent un côté pratique aux adeptes, mais dont une bonne frange de joueurs et de joueuses s'en servent aussi comme d'une écrémeuse sans se soucier des dommages collatéraux... Dans les cas de ces joueurs et joueuses sans scrupules, il est vrai, on ne peut alors que conseiller de se méfier, pour les victimes "faciles" concernées, car il est alors plus facile de jouer derrière son écran que d'affronter la réalité dans les yeux d'un(e) autre... Amitiés.
Écrit par : Valmont | 09 janvier 2010
Pardon j'ai oublié de faire un commentaire unisexe, je rajoute des parenthèses :
-Je pense que le Net est comme l'alcool (à consommer avec modération) : un désinhibant... A consommer sans doute avec modération aussi, pour certaines choses... Pour le reste cela ressemble à la réalité, et si l'on ne veut pas être trop déçu(e), mieux vaut être prudent(e), pragmatique, et voir dans ses approches quelles qu'elles soient... Dans certains cas, cela peut même être un frein aux relations, car l'abus de certain(e)s et la prédisposition notoire à enjoliver la réalité, peut en pénaliser d'autres qui donneront plutôt dans la sincérité... Quant aux blogs alors là, on trouve tout et son contraire, mais il est vrai soyons honnête que la majorité des blogs adultes sont des plate-formes de drague, qui, certes, offrent un côté pratique aux adeptes, mais dont une bonne frange de joueurs et de joueuses s'en servent aussi comme d'une écrémeuse sans se soucier des dommages collatéraux... Dans les cas de ces joueurs et joueuses sans scrupules, il est vrai, on ne peut alors que conseiller de se méfier, pour les victimes "faciles" concernées, car il est alors plus facile de jouer derrière son écran que d'affronter la réalité dans les yeux d'un(e) autre... Amitiés.
Écrit par : Valmont | 09 janvier 2010
Et si l'homme avait soif du diable et du mal, et qu'il n'osait s'inviter seul à cette fête ?
(N'allez pas me dénoncer à la police des mœurs, c'est une pensée très sérieuse de Bataille...)
Écrit par : 502 | 09 janvier 2010
Hii Gi ...
Je suis convaincu de la richesse de ces univers que je traverse parfois. Le votre, totalement (et encore ... ?) différent du notre ... ils sont fait de nouveautés, de richesses dites ou tues, de fantasmagories si humaine, de rêves et de disillusions si étonnantes. Je crois qu'il y a quelque chose qui nous rend meilleurs dans ce partage.
Je pense Gi, que vous êtes bien capable de décoder tout ces écrits, en y traduisant "un peu" a qui vous avez en face de vous.
Notre blog n'est pas une plateforme de drague, loin s'en faut, mais si l'occasion de "désir" nait alors nous nous y abandonnons.
Ici je parle du désir de la rencontre et pas obligatoirement du reste. Il nous semble si important que la decouverte de l'autre, sans plus d'arriére pensé. Je dirai ni fuir ni s'y fier, Mais surtout ne rien craindre de ce que l'émotion dicte.
Écrit par : X-Addict | 10 janvier 2010
Bel hommage à la noblesse du sentiment amical, auquel j'adhère aussi.
La part du diable, la suivre ou s'y fier... Le désir s'investit plus encore sur la toile que dans le réel, puisqu'il y trouve encore plus d'espace.
Pourtant...
J'ai eu la preuve qu'on pouvait faire de magnifiques rencontres en partant du virtuel. Ce n'est peut être pas tant le moyen qui compte que l'attente que nous avons de la rencontre.
Bisous, tendresse et luxure à profusion pour 2010 !
Écrit par : E-Lover | 10 janvier 2010
Un psy me disait que l'écran était un miroir
où l'on a envie de se voir, de désirer, d'y croire
et il est un fait que dans le plaisir d'échanger
il y a un notion d'être séduite et de partager
La part du Diable, je l'ai connue, elle m'a appris
à fixer mes règles, mes besoins, mes envies
Ca fait mal de croire qu'on apprécie votre personnalité
alors que l'on veut, dans tous les sens vous baiser
Dix ans de "virtuel" où j'ai rencontré mon meilleur ami
Des personnes m'ont aidé à changer totalement ma vie
Je suis tombée amoureuse d'un pseudo devenu mon mari
De belles rencontres... et tu en fais aussi partie ;-)
Écrit par : Multi-sourires | 10 janvier 2010
Même si tout peut arriver ; je peine à croire qu'un blog soit le lieu ou puisse se tisser un vrai lien amoureux. Vous notez avec lucidité que vous êtes peut-être plus qu'une autre, sensible à la magie des mots. Mais tout cela se passe dans une sorte d'auberge espagnole dont les murs sont garnis de miroirs trompeurs. Il est aussi question de désinhibition - ou d'abaissement des défenses ? - , qui va susciter une harmonie verbale et virtuelle. Ce qui est bien avec l'amitié - je parle de celle qui s'installe entre vous et vos fidèles correspondants - c'est que ça ne fonctionne pas, ou peu, sur le mode de la séduction, mais sur celui de l'empathie ; et qu'à priori elle ne suppose pas d'enjeu. Tout à fait d'accord avec Columbine pour penser que la présence physique , le langage du corps, sont essentiels dans la relation. Si j'ai bien compris...
Écrit par : imago | 10 janvier 2010
Finalement tout peut dépendre de ce que l'on cherche, l'espace virtuel permet de partager et surtout d'ouvrir des portes, des clefs sont données, tout dépend ensuite de ce que l'on en fait, la part de sincérité au milieu de mensonges ou masques qu'il est si facile d'enfiler. Moi j'opte plus facilement pour la fuite, mais c'est surement lié au fait que j'ai, un temps, écouté le désir et le diable un peu trop fort.
Écrit par : Bougrenette | 11 janvier 2010
je ne crois pas au virtuel , le net est une autre forme de langage , celui ci permet de faire des rencontres , décevantes , belles , exceptionnelles , à vous de voir , de décider aussi savoir donner sans trop imaginer , savoir prendre sans trop exiger.
finalement être humble dans ces sentiments et comme toute chose petite voir qu'il peut s'y vivre de grands moments.
je vous embrasse
Écrit par : waid | 11 janvier 2010
@ M (30) : oui, vous êtes un sage. Laisser la place à la légèreté à tout prix car rien ne sert de dramatiser. Pourtant la peur de perdre s'impose car quand le coeur bat trop, il veut continuer à battre parce que c'est sa fonction, parce que les émois qu'il ressent sont la preuve qu'il vit...
@ Philachev : oui, oui, bien sûr mais il convient de ne pas perdre la lucidité comme on perd la raison. Si je perds la notion de ce qui est vraiment, par opposition à la part du rêve que j'y mets alors je risque ma peau...
@ Columbine : il y a peut-être des décalages entre le réel et le virtuel mais globalement, en amitié, l'écart n'a jamais été si grand qu'il se révéla insurmontable. En amour, alors là, c'est une autre chose et la déception est malheureusement souvent (toujours) là !
@ Jef : je ne crois plus au coup de foudre. Je suis d'accord, il y a de la mystification dans le coup de foudre, même si l'on considère seulement la vie réelle.
@ Valmont : le souci des rencontres par le net c'est que la personne en face peut parfaitement jouer un rôle et la distance ne permet pas toujours la part des choses. La dimension réelle (cf Columbine) réduit certainement les chances du mystificateur.
@ 502 : je tourne et retourne la phrase dans ma bouche mais il semble que je ne comprends pas toute l'étendue du paradoxe qu'elle semble introduire...
@ X-Addict : ne pas crainde ce que dicte l'émotion ! Ben si, parce que parfois l'émotion est une traîtresse qui se leurre et qui veut faire voir ce qui n'y est pas. Non il n'y a pas d'instinct qui vaille parfois. L'instinct se trompe quand l'envie, le désir le domine. Le désir est à double face, l'avers et le revers. Je crains le revers dans la tronche si je ne l'écoute qu'elle, l'émotion.
@ E-lover : je vous remercie de votre témoignage. Je ne doute pas que de beaux liens, des liens vrais se nouent au-delà de la toile, mais j'avoue qu'en dehors des liens amicaux en ce qui me concerne, aucun autre ne s'est révélé fiable ! Oh, et merci d'être repassé, voilà des siècles que je ne vous avais pas vu. Bonne année !
Écrit par : Gicerilla | 13 janvier 2010
@ Multisourires : ça fait mal aussi quand seul(e), on se trompe, parce qu'on n'a pas voulu voir les évidences mises sous notre nez mais on a préféré projeter ce qui n'y était pas, rendant responsable au passage celui qui jamais ne tricha ! Ah, les limites du net et de l'écrit ...
@ Imago : oui à tout, votre analyse me parait juste et objective. Oui, hélas...
@ Waid : je suis une excessive, une passionnée, celle qui croit encore à la poupée qui pète, donc forcément le net pour moi c'est bien trop dangereux !
Écrit par : Gicerilla | 13 janvier 2010
Tout dépend à quoi vous êtes sensible, il me semble.
Si vous aimez celui qui se pare de beaux atours (verbaux) et joue de ce plumage comme séduction, vous avez plus de risque de succomber à une illusion.
Si en revanche vous parvenez à construire un échange sur du fond et qu'alors là vos sentiments vous emportent parce que vous partagez des valeurs, des centres d'intérêts et une écoute réciproque, vous aurez plus de chance de tisser des liens durables et confiants. Et si finalement l'étincelle ne devient pas flamme, au pire aurez-vous gagné un ami !
Écrit par : See Mee | 25 janvier 2010
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