26 février 2012
ELLE - Chat échaudé
"Chat échaudé craint l'eau froide."
Le proverbe marche en cercle dans ma tête. Il tourne en rond comme un animal fou mis en cage. Ça piétine à l'intérieur, silencieusement, avec délicatesse mais sans cesse pour mieux m'agacer. Je voudrais bien m'en débarrasser mais rien n'y fait. Par 35° à l'ombre, il reste au bord de l'eau mais ne veut plus sa patte y tremper. Il demeure le dos arc-bouté, le poil dressé sur l'échine et contemple en crachant un peu cette eau, évidemment rafraîchissante dans laquelle il aimerait tant se baigner mais...
"Chat échaudé craint l'eau froide." L'eau froide ? L'eau tout simplement. Ah, quelle ironie. Moi, Poissons selon l'horoscope occidental, l'eau devrait être mon élément. Hélas, voilà qu'en Chine je suis Chat. Chatte échaudée. Oui, je crains l'eau depuis quelques années.
J'ai une envie incoercible d'y plonger mais je ne le fais pas. Serais-je vraiment chat ? Avant d'aller plus avant dans la métaphore, ne faudrait-il pas que je rappelle à l'attention du lecteur quelle idée le proverbe met en avant ? Quand une personne a subi un désagrément elle devient méfiante comme le chat.
Désagrément, par métonymie, chose qui cause du déplaisir, sujet de contrariété. Ah, ça oui, du déplaisir, c'est le moins que l'on puisse dire, et de la contrariété sans aucun doute. Autrement dit, un être ayant été par l'amour ébouillanté craint l'amour ? Non, la solution n'est pas dans cette hypothèse. Bien sûr que non, c'est beaucoup plus complexe que cela. S'il ne s'agissait que de quelques souffrances, plus ou moins profondes, que nous laisseraient un amour mort, ce ne serait rien je vous assure car le corps est bien fait, il se reforme et là où il y a quelques mois une béance fendait la chair, irréparable, un joli tissu cicatriciel a tissé ses fibres lisses. A peine peut-on voir un léger filet blanc comme témoignage de la blessure vécue et dépassée.
Non, le mâle ne sait jamais l'étendu du mal qu'il fait lorsqu'il s'éloigne sans se retourner, et les troubles persistent à vie comme les stigmates sur l'épaule de l'esclave rendant son émancipation à jamais impossible. Il a tourné les talons, il laisse l'abandonnée seule avec ses questions sans réponse et comme toute question est un seigneur exigeant la réponse doit être produite à l'instar de la taille, coûte que coûte. C'est alors que l'on s'invente des raisons. C'est alors que l'on se dit "mais bien sûr, je ne suis pas aimable !". C'est alors que les doutes enfantins, jamais éradiqués, remontent à la surface de l'encéphale pour me murmurer. "C'est normal qu'il soit parti, regarde-toi. Tu es comme-ci, tu es comme-ça. Et puis tu n'es pas comme-ci, tu n'es pas comme-ça. Et si seulement tu étais comme-ci ou comme-ça ..."
Oui, en partant il y a longtemps, il a réveillé le manque d'amour de soi plus agaçant qu'un exéma que l'on gratte jusqu'au sang. Je saigne. Je ne m'aime pas. Je ne m'aime pas avec l'indulgence que je devrais avoir pour moi. Toutes ces années et je n'ai pas appris à m'aimer ? Toutes ces années et l'amour de moi, bienveillant, n'est pas né. Comment peut-on aimer à nouveau un autre homme si on ne s'aime pas soi-même ? Ah, quel dilemme avec deux M. Dès que l'oubli s'installe, anesthésiant mes doutes, je me mets à t'aimer, toi l'Homme, mais la minute d'après je me dis que cela ne pourra durer. Forcément, au fil du temps, tu vas découvrir qui je suis vraiment quand le voile attrayant qui me couvre à mes pieds tombera. Je ne m'aime pas, triste constat. Comment être digne de ton amour, moi qui ne me l'offre pas.
Ton amour ne sera pas le remède à mes maux. Tu ne seras pas l'infirmière qui panse mes blessures après les avoir rouvertes pour en extirper les doutes qu'elles renferment encore aujourd'hui. Je veux de toi être l'égal. Je veux t'aimer, sereine, persuadée que si tu m'aimes, c'est que je suis aimable.
Mais comment fait-on pour s'aimer ? Comment avez-vous fait ?
09:11 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

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Commentaires
Déjà, oublier les termes de psycho de comptoir à deux balles tels que "un amour bienveillant envers soi-même" ou "bienveillance" tout court.
Puis lorsque l'autre fait des erreurs, ne pas hésiter à les lui clasher à la figure, par simple respect de soi.
La bienveillance n'existe que dans les contes de fées à la Walt Disney, celui qui a transformé le viol de Pocahontas en histoire d'amour...
Écrit par : Gaïann | 26 février 2012
"Mais comment fait-on pour s'aimer ? Comment avez-vous fait ? " Dites donc Gi, vous mettez la barre un peu haut ce week-end !...
Déjà s'accepter, ce ne serait pas si mal. Se connaître, considérer avec indulgence... se trouver des excuses.
Désolé, péremptoire Gaïann, nous n'échapperons pas à la psychanalyse de comptoir.
Aimer ? Un amour basé sur l'estime ? ou quoi ?
L'estime de qui, d'abord ? qui estime qui ; qui est Qui ? moi ou surmoi ? Qui, surmoi ( sur moi ) ?
Écrit par : imago | 26 février 2012
On s'aime sans doute pour son savoir faire, pour les cotés où l'on excelle, on s'aime aussi beaucoup par comparaison aux autres: "quand je me regarde ça m'effraie, quand je vois les autres ça me rassure"...
Un brin médiocre, certes, mais assez efficace!
Écrit par : philachev | 26 février 2012
je ne crois pas qu'il faille s'aimer pour aimer, en revanche, je pense qu' il est essentiel de ne pas de détester pour aimer...
je ne sais pas si c'est le problème dans votre cas. vous avez peur de l'abandon parce que cela vous est arrivé une fois, peut-être?
Écrit par : columbine | 26 février 2012
En supposant que vous êtes sincère, je vais vous donner la réponse, vous le publierez ou pas, selon que vous aimez vos "lecteurs" ou non. Pour aimer il faut s'oublier. C'est pourquoi il n'y a que les vieux alzheimerisés et les chiens qui savent aimer vraiment. Soyez donc chienne ou patiente, vous aimerez bien un jour.
Écrit par : Fodio | 27 février 2012
je me demandais si vous étiez le personnage de ce texte à la première personne, mais peu importe, finalement. Dieu que ce personnage est impitoyable avec lui-même. Moins d'exigence permet sans doute d'ouvrir la porte à l'autre.
Faites comme Woody Allen, 20 ans de psychothérapie, voyez comme ça lui a réussi ;.)
Écrit par : gballand | 27 février 2012
Je ne pense pas que "s'aimer" soit le terme adapté. Il convient surtout d'être en paix avec soi-même. Accepter ce que l'on est pour être inébranlable face aux secousses. Ce qui me pose souci au fond, c'est que dans la relation à l'autre telle que vous la décrivez, on donne, on écouté, on parle, on montre...bref, on se met à poils ! Et c'est le plus souvent quand on se met en fragilité que l'on se met en difficulté. La vraie question est alors plutôt de savoir à qui faire confiance ! La nature humaine est aussi belle qu'elle peut être perverse et chat échaudé.... Alors à qui et pour combien de temps ?
Écrit par : Flo | 27 février 2012
C'est une quête perpétuelle, comme le Graal, qui jusqu'à présent ne m'a pas réussi, mais je ne perds pas espoir, puisque le meilleur reste toujours à venir : Machiavel disait : "Sur cela s’est élevée la question de savoir s’il vaut mieux être aimé que craint, ou être craint qu’aimé ? On peut répondre que le meilleur serait d’être l’un et l’autre. Mais, comme il est très difficile que les deux choses existent ensemble, je dis que, si l’une doit manquer, il est plus sûr d’être craint que d’être aimé." Je me dis qu'il n'aurait peu-être pas tout à fait tort, parce que craint toujours, on est (au moins) souvent passionément "aimé(e)". Enfin c'est juste notre avis, jusqu'à preuve du contraire... Bien à vous !
Écrit par : Valmont | 28 février 2012
Je pense qu'une rupture, avec ou sans explications, provoque toujours le doute de soi. Le meilleur moyen de ne pas sombrer dans les idées noires, c'est d'en parler à ses proches et amis. Et puis, pourquoi ne pas guérir le mal par le mal (sans accent circonflexe et sans -e) en se jetant à l'eau à nouveau?
Il y a des années, je l'ai fait après une rupture qui a failli m'achever. Aujourd'hui, cette rupture-là, je la vois plutôt comme une délivrance sans laquelle je n'aurai jamais connu celle avec qui aujourd'hui je partage mes peines et surtout mes joies.
Je vous embrasse.
Écrit par : Ex-mot | 28 février 2012
J'ai été fortement touchée par vos mots Gi, par cette question et votre façon d’écrire vos doutes, et je suis frappée par la tendresse contenue dans les réponses que l'on vous fait, c'est doux.
Écrit par : Bougrenette | 29 février 2012
Ma réponse est forcément biaisée : je m'aime facilement puisque je suis quelqu'un d'extraordinaire.
;)
Être globalement "quelqu'un de bien" (honnête, gentil, intègre), vivre selon ses valeurs, cela devrait suffire pour s'aimer, même si personne n'est parfait. Nous sommes juste tellement exigeant envers nous-mêmes...
Mais ceci étant dit, l'amour est plutôt une histoire de compatibilité que de gens "mauvais" ou "bons".
Écrit par : STV. | 01 mars 2012
comme STV , je pense que nous sommes trop exigent envers nous et nous attendons trop de la vie.
En remettant en place les choses, nous profitons de plaisirs simples.
moi j'y crois à la bienveillance envers nous même et les autres ...Je crois aussi à la malveillance. Ainsi vont les choses!
Le regard sur les choses!!!
je vous embrasse Gicerilla
Écrit par : dita | 01 mars 2012
Ne serait-ce pas plutôt parce que vous vous aimez un peu trop que vous avez du mal à vous jeter à l'eau? S'engager dans une relation nous expose à nous voir dans le regard de l'autre parfois sans vernis et sans fard... N'avez-vous pas peur de vous aimer moins à travers lui quand l'intimité prolongée vous aura débarrassée de vos artifices de séduction? Ou pire, s'il vous quitte?
En amour il n'y a pas de rang à tenir, de niveau à atteindre. Le classement ATP c'est pour les tennismen. L'amour nous gratifie de façon plus subtile que toute vision compétitive ou hiérarchique. En amour il y a juste les histoires qui marchent et celles qui ne marchent pas. Il y a ceux qui respectent et ceux qui ne respectent pas.
On peut s'exposer comme on le sent, l'essentiel est de garder sa confiance intacte. La peur doit être évacuée, elle n'est d'aucune utilité.
On est de simples mortels et nos relations le sont aussi, si on avait peur de s'abimer en vivant, alors autant se mettre sous verre et ne plus bouger !
On est de simples mortels limités, faut faire avec.
Aimez-vous un peu moins et vous verrez que vous vous apprécierez plus (quand vous vous laisserez aller à l'amour)
Écrit par : usclade | 04 mars 2012
De retour de congé, je prends connaissance de vos messages divers. C'est toujours un moment d'étonnement que de constater, selon l'angle de vue que le lecteur a pris, les opinions si diverses qui s'expriment sur un même sujet. Oui, il s'agit de psychologie de base, de comptoir, je crois quoiqu'en pense Gaïann. Nous sommes tous des êtres "psychologiques" et nous ne pouvons pas nous défaire de ce qui nous constitue même si certains éléments de notre personnalité ne sont pas le fruit d'un choix éclairé mais bien une forme de séquelles dues à notre passé, à nos expériences, à notre vécu, à l'atavisme, etc.
Je crois sincèrement que pour pouvoir aimer un autre que soi, il faut avant tout s'aimer soi-même. Contrairement à ce qu'affirme Usclade avec beaucoup de certitude, je ne m'aime pas trop, au contraire je ne m'aime pas assez et de ce fait, je vois bien que l'amour qu'on voudrait me prodiguer me parait tant usurpé que je le repousse de peur de ne pas le mériter. Je me sens parfois comme un "imposteur" dont la vraie personnalité sera bientôt révélée et fera fuir l'amant ! Oui, il faut d'abord s'aimer avec justesse, empathie, tolérance avant de pouvoir accepter l'amour de l'autre comme quelque chose de mérité ! J'y travaille et je voulais par mon billet vous demander précisément si vous, vous aviez réussi à vous aimer pour à votre tour accepter d'être aimée et aimer en retour.
MERCI à tous.
Écrit par : gicerilla | 11 mars 2012
Il n'y a pas de recette pour s'aimer, juste s'accepter telle que l'on est avec sa part d'ombre.
Écrit par : ariaga | 12 mars 2012
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