18 février 2012

ELLE - La lèche, tout un art ?

cunnilingus,lesbienne,"Et toi, tu n'as jamais été tentée ?"

Je la regarde dans les yeux, sans ciller même si mes lèvres répriment un sourire. Vous n'imaginez pas le nombre de muscles qu'il faut solliciter pour ne pas sourire. Je dois rester sérieuse car je vois bien qu'elle l'est. Elle, c'est Nadège. Non seulement elle est sérieuse mais elle est embêtée. Gênée même d'aborder le sujet.

"La vérité ?" Elle me fait des yeux ronds. Elle attend ma sentence. "Oui, j'y ai pensé, comme nous toutes. Et je me suis dis que je pourrais certainement embrasser. Toucher, là c'est autre chose. Palper des seins étrangers, non, ça ne m'attire pas..." les points suspendent ma pensée un instant. En fait, les mots lentement se forment à mesure que je réfléchis car il s’agit d'être précise. "Bon, allez, je te livre la vérité sans fards : me faire aimer d'une femme, oui, pourquoi pas mais, aimer une femme, non..." Ça suspend toujours. Hésitation dans l'affirmation.

Elle a les yeux rivés sur moi, la bouche à peine entrouverte comme si elle souhaitait finir mes phrases. Accouchement verbal d'une Gicerilla primo-parturiente. C'est long, c'est hésitant. "Euh, tu peux me préciser parce que là, franchement, on ne peut pas faire plus abscons !" Elle a du vocabulaire qu'elle ponctue de points d'exclamation incrédules. C'est aussi pour cela que je l'aime, pour ses mots. Une réjouissance de l'entendre parler sans pédanterie mais avec une richesse de mots qui nous élève au-dessus de la moyenne. "Tu l'auras voulu : je ne me vois pas faire un cunnilingus à une femme, voilà !"

Elle l'a bien cherché, tu veux du vrai, du direct, en voilà. Elle éclate de rire. "Ah bon, pourtant, on pourrait penser qu'en la matière une femme en saurait plus long qu'un homme, non ?" Elle a raison sans doute. "Soit, c'est possible, oui. Mais le problème n'est pas dans le savoir-faire, c'est dans le faire tout court. Je t'avoue que je ne sais pas comment font les hommes." "Et bien, comme une femme le ferait...." Elle affiche un sourire narquois et je vois bien que sa timidité s'est évaporée devant la franchise que je lui montre. "Ne joue pas sur les mots, je ne sais pas comment ils ne s'effarouchent pas à l'idée de plonger entre nos jambes. Non, mais tu as vu comment c'est fichu ?"

Nadège s'esclaffe encore une fois. Plus je m'échauffe, plus je suis crue et plus elle se réjouit. Conversation au coin d'une table dans un café, confessionnal improvisé. "Ne ris pas, il leur faut du courage pour y mettre le nez et les lèvres et la langue. As-tu vu la drôle d'anatomie ? As-tu seulement pris le temps une fois dans ta vie de te regarder en face ? De nombreux poètes et écrivains ont tenté de chanter la chose à grand renfort de métaphores. Forcément, comment décrire joliment tous ces replis de chair qui renferment en leur cœur des parfums qui n'en ont parfois que le nom ? Oh, oui ça métaphorise amor. Fleur exotique, coquillage, antichambre du plaisir drapée de tentures incarnat, portes du paradis retrouvé, que sais-je. Mais franchement, Nadège,  tout cela rend t'il plus beau la fente rouge carmin qui entaille nos chairs ?"

Nadège ris de plus belle et la joie me gagne aussi aiguisant ma verve. Ma verve sur la vulve ne tarit pas "et puis, as tu pensé à tous ces poils. Si j'étais un homme, j'exigerais que ma femme taille avec soin la broussaille. Imagines-tu un instant le pauvre type enfouissant complètement son visage dans un buisson noir et dru, les yeux forcément fermés pour ne voir se planter un poil épieu dans sa pupille, sans compter celui qui ira sans doute se coller sur sa luette, l'indélicat, et manquera de l'étouffer ! Le valeureux qui avance à l'aveugle dans ces terres inconnues, guidé uniquement par son nez et sa langue, a bien du mérite." Pourquoi pensé-je subitement à la chauve souris ?

Nadège tente d'interrompre mon libelle "Mais enfin, tu es bête. Quand l'homme aime, il n'y pense pas ! Ça se fait naturellement, tu ne crois pas ?" Ah, quelle naïve. Bien sûr que tout homme y a pensé avant, souvent bien avant. Bien sûr qu'il a consulté les copains, les grands, ceux qui savaient. Bien sûr qu'il a eu les mêmes frayeurs que moi mais lui, il n'a pas eu le choix. Et oui, nous sommes comme cela nous, les femmes. Un homme qui refuserait la grande plongée dans la faille serait à nos yeux un bégueule, un dégoûté et immédiatement répudié. Ouf, moi j'ai le choix !

"Tu n'as pas tort. Ça ne doit pas être facile la première fois" me concède Nadège. "Moi, je n'y avais jamais pensé comme ça mais il est vrai que je ne suis pas un homme même si j'aime les femmes. Je t'assure, pour ma part que, lorsque je suis avec Valérie, rien de tout cela ne vient m'effleurer l'esprit. Juste l'envie de donner du plaisir ! Mais, toi, tu n'aimes pas ça ?" "Ah, mais pas du tout Nadège. Je n'ai rien dit de tel. J'ai juste dit que je ne suis pas prête à devenir lesbienne, je suis une hétérosexuelle convaincue heureuse que l'homme soit tel qu'il est. Je suis comme l'Annie de Gainsbourg, j'aime les sucettes."

Je souris silencieusement maintenant, perdue dans mes pensées. Ah, quel bonheur que cet acte-là quand il est fait avec entrain, patience et savoir-faire. Et par égard à l'homme qui avec dévotion le fera, j'ai grand soin de mon jardin et de moi, car n'est-ce pas une mission qui demande beaucoup de zèle et d'abnégation, un apostolat !

Mais suis-je la seule à penser comme ça ?

 

 

Trackbacks

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Commentaires

"Ma verve sur la vulve ne tarit pas"... de quoi se faire plaisir avec les mots en sus. Prenez soin de votre "jardin" et de votre esprit, mais aussi de vos sucettes aux parfums différents ;.)

Écrit par : gballand | 18 février 2012

Les hommes pourraient avoir la même conversation , non?
quand on voit ce qu'ils font avec leur queue!!!! o_o

encore plus chez la femme, je crois que c'est un vrai abandon des sens pour ceux ou celles qui pratiquent "la lèche" ... ça me travaille pas mal quand même et je serais très frustrée de ne pas y goûter un jour. on m'a toujours dit " tant qu'on n' a pas goûté , on ne dit pas J'aime pas!!"

Écrit par : dita | 18 février 2012

Rare sont les hommes qui pratiquent savamment...
Mais je comprend.
- Léo Ferré a poétisée: "Cette blessure" Une ode à la femme qui donne le frisson. aie aie aie...
http://www.wat.tv/video/leo-ferre-cette-blessure-vren_2gh7d_.html

Écrit par : Monique | 18 février 2012

Goutez y, vous verrez, vous en redemanderez !

Dites, vous en revanche, vous n'etes pas dans l'apostolat, mais dans la diabolisation ! Quand vous avez envie d'embrasser langoureusement quelqu'un, est ce que vous vous interrogez autant sur l'aspect de la bouche, cet orifice disgracieux qui vient déformer le visage de chacun, dont l'intérieur visqueux est peuplé de protubérances flasques et d'affreuses amygdales?
Non, parce que c'est l'envie qui vous guide, vous êtes conditionnée pour avoir envie de ça... Dommage que vous n'ayez pas été conditionnée à apprécier les minous car quand on a envie, que ce soit par amour, désir, lubricité, je peux vous dire que ça vaut bien la meilleure sucette ! :-)

Écrit par : Usclade | 18 février 2012

Du zèle ? Peut-être, mais y a-t-il gloire a faire du zèle où l'on prend plaisir ? De l'abnégation ? Nan, c'est vraiment très rare, et si on n'a pas envie d'y aller, c'est vraiment mauvais signe, mieux vaut changer de route. Un apostolat ? Quelle est cette congrégation de gamahucheurs que je la rejoigne aussitôt ?

Écrit par : Gaspard | 19 février 2012

Si on prend autant de plaisir à le faire, c'est que cela ne doit pas être franchement mauvais !
La palette de saveurs et textures d'un sexe féminin est infinie car toutes les femmes sont différentes, sur le point purement gustatif ...
Un sexe imberbe, tout comme celui paré d'un toison fusse-t-elle abondante, peut apporter une jouissance de même nature.
J'adore lisser de la langue un poil soyeux, gober des lèvres juteuses et charnues qui remplissent votre bouche, ou simplement caresser du bout de la langue une vulve finement ciselée ...
Je dirais qu'il n'y a rien de meilleur, à part peut-être le petit orifice qui jouxte cette délicieuse gourmandise !
Car c'est bien de gourmandise dont on parle, quand il s'agit de fondre dans votre entrejambe ...
Je me suis posé le même genre de question avec la fellation.
Cela m'a titillé les papilles de nombreuses années avant de me décider à goûter à la chose pour me faire une idée.
Je n'ai pas regretté et je dirais même que l'essayer, c'est l'adopter ! ;)
Je vous bise fort Gigi.

Écrit par : Philo | 19 février 2012

Je vous le confesse ici, moi qui me trouve si... coincée ? Si peu à l'aise avec certaines questions et bien je l'ai été.
Je garde intact en mémoire le visage de cette femme d'ailleurs...

Écrit par : Cloudy | 19 février 2012

Comme je suis loin d'être un apôtre même quand je fais le missionnaire, abnégation, zèle et autres marques de dévotion ne sont pas vraiment les ingrédients avec lesquels je m'aventure dans la vallée du plaisir de ma Chère et Tendre. Ce sont plutôt attraction, désir partagé, intensité, douce sensation vibrante, prélude,... Parfois parce qu'une invitation part de ses yeux, parfois de ses mains, parfois sur simple demande. Ou bien la visite surprise pour autant que je n'enfreins pas la liberté de ma Bien-Aimée - comme tout art, l'Amour a ses règles comme disait le poète Ovide.

Écrit par : Ex-mot | 20 février 2012

Océanique vous dis-je. Cette langue marine s'insinuant dans la baie à demi-ouverte, dans un flux et un reflux insatiable, à faire ployer ce corps sableux aux formes ondoyantes dont le murmure se perd au creux de l'assaut des vagues. Les regards embrumés cherchent en vain un repère. Le désir emporte avec lui cette plage intranquille. Un sursaut iodé. Fruits de mer.

Écrit par : celadon | 21 février 2012

"Tu l'auras voulu : je ne me vois pas faire un cunnilingus à une femme, voilà !"
alors, à un homme peut être ? :-)

Écrit par : imago | 21 février 2012

C'est du moins votre pensée à vous (sourire)... C'est la plus belle des caresses à prodiguer à une femme... Et si je vous résume bien Gi : vous aimez Nadège, vous ne détesteriez pas être "aimée" d'une femme, mais dans l'autre sens, un brin de chemin reste à faire ? Normal... Je ne sais plus qui a dit, "les femmes préfèrent les femmes" (même sans être homosexuelle ou bi), allez je crois que vous n'êtes pas la seule à penser comme ça, et puis la moitié du parcours est fait ? Nadège sera sûrement de bon conseil encore en tous cas... Des bises.

Écrit par : Valmont | 21 février 2012

les chats se lèchent frénétiquement entre eux...la lèche chez les humains, un atavisme?

Écrit par : columbine | 23 février 2012

Inter faeces et urinam nascimur ! remarquable illustration en tout cas... on peut en savoir davantage sur son origine ? lambswool ? feutrine ?

Écrit par : Duodenum | 24 février 2012

Que vous dire Gi, oui l'on m'a proposer quelques fois de découvrir cette soit disant délicatesse. J'avoue qu'a ce jour je n'ai eu "envie" qu'une seule fois d'une femme. Un peu garçon manqué, ce qui doit sans doute être la cause de facilité. Je dis facilité mais n'ai jamais osé l'aborder ni même lui faire des propositions. Quand à la déguster j'ai aussi de la peine à imaginer laisser trainer ma langue entres ses lèvres gonflées et chaudes.
Par contre, l'envie de mordiller un téton m'a déjà fait saliver.

- je ne viens pas assez souvent vous lire ma chère et cela est un grand défaut qu'il va falloir que je corrige rapidement. Je vous embrasse et vous souhaite bon week-end.

Écrit par : Satamon | 24 février 2012

J'ai souri, et presque ri, de ce billet si précisément proche de... ce que j'ai longtemps pensé ! Je ne suis pas sûre de l'avoir aussi longuement (ni brillamment) exposé, mais j'ai ressenti cela à peu près comme ça... (A la différence près que le sein féminin m'a toujours fascinée. Et que l'envie d'y toucher me semble.. à peu près aussi ancienne que mes souvenirs !)
Mais étrangement, au fil du temps, me viendrait presque l'envie de.. tout goûter !
Bon, ce n'est que tout intérieur, fantasme intellectuel pour le moment...
Mais il ne faut jamais dire "fontaine..." !!!

Écrit par : Ambre | 24 février 2012

heureusement que l'esprit défaille devant la faille, oui, heureusement que l'animal prend le dessus, la pulsion pour le fruit de la passion...

Écrit par : philachev | 26 février 2012

J'ai beau aimé le mot jungle et encore plus quand elle est tropicale, il n'y a que dans les jardins à l'anglaise et à la française que je pourrai me perdre des heures durant, oui des heures durant...

Écrit par : Pierre-Jean | 29 février 2012

Au fond, un clitoris (en érection) c'est pour ainsi dire pareil à un micropénis de petite taille, non ?

Écrit par : Duodenum | 29 février 2012

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