10 janvier 2013

ELLE -De nonne ou de lapin, il ne vaut rien

 

trompette.jpg

 

Je suis dans la salle de bain.

Mes yeux sont cernés par des halos sombres, mes traits tirés par des épingles invisibles. Ma bouche sourit niaisement, aussi niaisement que celle d'une femme qui vient de redescendre du ciel. Comprenez sans circonlocution que je regarde une femme qui vient de prendre son pied ! Non, je vous arrête tout de suite, ce délicieux état n'est en aucun cas lié aux tests cliniques en cours que je vous avais expliqués ici.

Non, mon visage reflète le bien être fruit de l'application d'une bonne vieille méthode, une méthode à l'ancienne. Je passe négligemment un coton sur mes yeux épuisés, toute force m'a désertée. J'enfile avec délectation un slip de soie forme tanga ainsi qu'une nuisette, de soie également, élégamment bordée de Chantilly. Je me sens belle. C'est fou l'effet que fait une petite jouissance bien appliquée. 

Je ne suis plus la banale Gicerilla, je suis Ursula Andress sortant de l'eau en déshabillé, je suis Ava Gardner quasi nue, je suis... je suis une femme à qui l'amour donne une assurance fugace, une beauté furtive terriblement enivrante, et tant pis si elle ne dure !  

Un demi-tour à droite, à demi-tour à gauche, sous tous les angles je me regarde avant de passer dans l'alcôve. Je veux être jolie et élégante jusque dans les draps même si le mâle qui m'y attend est épuisé, allez savoir... si la chaleur de la nuit attisait des ardeurs assoupies, mes délicates dentelles les réveilleraient assurément !

J'entre enfin dans la chambre et discrètement me glisse sous la couette. Le mâle dort, couché sur le côté. Allongée sur le dos, les yeux fermés et reconnaissants tournés vers le ciel, un sourire de bienheureuse plaqué sur mes lèvres je me délecte à l'idée de la nuit belle que nous allons passer. Le sommeil me prend à mon tour.

Quelle heure peut-il être ? Je ne sais pas. Ce que je sais c'est qu'une pétarade qui semble venir de l'extérieur me sort difficilement de mes rêves. Mon cerveau encore immergé dans un doux lac limbique tente de remonter à la surface pour identifier le bruit inquiétant qui l'a dérangé. La chaleur du lit semble vouloir le retenir dans son mitan. Des images de mobylettes au pot poussif ou bien encore de voleurs poussant sur le parquet des meubles sans patins viennent danser en se tortillant sous mes paupières.

Soudain, un éclair de lucidité me frappe en plein lobe temporal. Mon corps tétanisé se tend entre les draps. Mon ouïe aux aguets guette le souffle de mon amant, pourvu qu'il ne bronche pas. Une suée humidifie de sa moiteur glaciale mon front alors que j'ausculte l'atmosphère en quête d'un démenti. Non, je ne me trompe pas. Non, ce bruit incongru de détonation n'est pas le fait de moteur ou de voleurs, il vient de moi. Horreur, malheur, en plein songe d'amour mon corps traître vient de lâcher une série de vents tonitruants !

A ce constat, la vergogne me saisie. Les yeux grand ouverts fixent le plafond et aperçoivent le visage déformé par un rire sardonique de la honte qui me nargue. Quoi, moi, Gicerilla, nouvelle héroïne de pellicule glamour, drapée dans de coûteuses dentelles de Chantilly, en pleine nuit j'ai pété ? Et formidablement encore. Est-ce possible ? Les pensées les plus folles tournevirent dans mon cerveau affolé. M'aura-t-il entendu, l'aurai-je réveillé ? Fait-il semblant de dormir pour ne pas me faire perdre la face alors que mon derrière s'épanche ? Ah, mon dieu quelle indignité, que vais-je devenir ?

J'écoute toujours le silence. Ces maudites trompettes plus sonores que celles de Jéricho vont-elles à leur tour fissurer mon image aux yeux de mon amant et la faire s'effrondrer comme la biblique citadelle ? Non, il semble qu'il dorme encore. Pourtant, la nuit résonne toujours des multiples échos de mes notes tonnantes. Le pet m'ôte la paix. Je tempête et tente de tempérer ma colère mais rien n'y fait.

Et quoi, me dis-je, au fond, pourquoi te mets-tu dans un tel état ? C'est la nature qui parle et lui n'est pas différent de toi. C'est toi aujourd'hui mais demain, ce sera lui ! Me voilà qui ratiocine désespérément sur le sujet. Beau sujet vraiment, et pourtant, je n'arrive à m'en émanciper. La tutelle de la bienséance m'assujettit désespérément. La bienséance, la bienséance, en voilà un gros mot pour un petit pet. Foin de savoir-vivre, c'est la vie qui s'exprime justement. Il me faut bien l'accepter ou bien, sinon, mourir d'implosion !

2013, année de braise ? Faut-voir !

 

Quand mon illustrateur attitré sent le vent tourner...

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Commentaires

Ça gaze pour vous ?

Écrit par : Walrus | 10 janvier 2013

Rire... que j'aime te lire :)
En tout cas ici c'est plutôt lui qui me réveille et moi il parait qu'en ce moment je ronfle . ok j'ai un bon rhume, bronchite et tutti quanti mais quand même... comme toi je m'imagine mes boucles délicatement posées sur l'oreiller autour de mon visage, les traits lisses et un sourire délicat aux lèvres.

tu veux vraiment pas faire l'olympia? ou alors un spectacle privé que pour moi en tête à tête devant un risotto! ;)
Bonne année à toi

Écrit par : dita | 10 janvier 2013

Haha, j'avais un copain qui disait qu'on savait qu'on était vraiment bien avec une femme quand on osait péter sous la couette en sa présence... ben oui, j'ai des amis raffinés :p
Si on part de cet adage on en déduit que vous n'êtes pas encore complètement bien avec Lui :)
Bons feux (de tous bois)

Écrit par : philachev | 10 janvier 2013

Nous devons tous laisser parler notre coté moufette !!!
Vous avez raison de relâcher un peu de pression de temps en temps ..
Vous qui faites un peu guindée dans certains textes en nous parlant parfois de parfum, là vous faites bien de rester dans le vent !
En plus quand vos intestins vous pompent l'air, il n'y a rien de plus agréable de connaitre cette sensation de lâcher du lest, même si votre poids varie peu à cette occasion..
C'est surtout nocif pour la planète : le méthane est 25 fois plus nocif que le CO2 pour l'effet de serre (il faudrait les faire bruler, donc...)

Bref je voulais surtout vous souhaiter une bonne année,
car je suis bien malpoli de ne l'avoir fait plus tôt..
Des bises, donc ! :-)

Et merci pour ces confidences, soyez tranquille,
pour le confort de tous, nous ne les éventerons pas !

Écrit par : Usclade | 10 janvier 2013

Excellent, j'ai bien ri :)

Écrit par : telophase | 11 janvier 2013

tu devrais dormir toute nue Gicerilla, la peau conduit les sensations de désir-plaisir, telle l'eau l'électricité

Écrit par : columbine | 11 janvier 2013

" Le couple : mauvaise humeur le jour, mauvaises odeurs la nuit." G.Feydeau

Écrit par : imago | 11 janvier 2013

Vous devriez acheter "l'art de péter" ( http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-art-de-peter_811548.html) et tout irait mieux ;)

Écrit par : gballand | 12 janvier 2013

Ah la la ma Gigi, que j'ai ri !!! Et crois-moi, en ce moment, ce n'est pas du luxe !
Et je pense à une chanson fort réjouissante que chantait avec affront la femme d'un capitaine lors de mes années militaires ;)
Ca s'appelle "La femme qui pète au lit", j'ignore si elle fait partie de ta culture paillarde. Je la mettrai en mélodie la prochaine fois qu'on se verra :
La femme qui pète au lit,
Eprouve quatre jouissances ;
Elle bassine son lit,
Elle soulage son ventre ;
Elle entend son cul qui chante,
Dans le silence de la nuit ;
Elle entends son cul qui chante,
Et elle emmerde son mari.

Bon vent ma Gigi ! ;)

Écrit par : Fiso | 13 janvier 2013

c'est cela, gicerilla, alors à quand la tentative de nous faire avaler qu'il vous arrive aussi de faire caca ?

Écrit par : norbert la fine bouche | 15 janvier 2013

Vous au moins, vous nous faites rire en vous reposant en pets.

Écrit par : Ex-mot | 17 janvier 2013

Ah, c'est bon de rire ...
Quoi Gicerella, vous qui surveillez votre alimentation avec soin, vous êtes en pleine dysbiose ?
Qu'avez-vous mangé et que se passe-t-il dans ce ventre qui hennit ? Des flageolets, des lentilles, des choux, du cas saoûlé ?
Vous avez beaucoup de chance de dormir avec un sourd.
Mais pas muet ? Il ronfle lui aussi ?

Écrit par : saravati | 20 janvier 2013

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