03 décembre 2013

ELLE - Touche pas à ma pute !

touche pas à ma pute,causeur.fr,loi contre la prostitution,manifeste des 343 salaudsLe sujet est hasardeux voire dangereux.

Je vois déjà les doigts accusateurs se tendre vers moi, vibrants d'indignation ! Pourtant, je n'y résiste pas, il faut que j'en parle. Évidemment, aucune renommée ne viendra auréoler mes propos d'un halo de pertinence ou d'autorité. Alors ce sera voilée par mon anonymat que j'avancerai mes propos comme un pion sur l'échiquier.

Que penser de cette révolution dans l'hémicycle : la proposition de loi sur la prostitution ?

Tourmente sous la calotte crânienne, en effet, qu'en penser ? Subitement me reviennent les réflexes de discussion durement acquis pendant mes cours de philosophie. Comment demander à des enfants de seize ans de raisonner alors que la seule chose qui les intéresse vraiment est leur montée d'hormones. Pensée attendrie pour ma professeur qui se battait littéralement pour faire entrer dans mon cerveau d'écervelée quelques notions de cette discipline, pourtant indispensable pour vivre dans notre monde qui sans cela ne serait pas "civilisé".

Avant de continuer, peut-être faut-il que je rappelle ce que le mot philosophie signifie. Une version volontairement expurgée de Wikipédia donne cela "désigne une activité et une discipline existant depuis l'Antiquité en Occident et se présentant comme un questionnement, une interprétation et une réflexion sur le monde et l'existence humaine (...). Différents buts peuvent lui être attribués, de la recherche de la vérité (...) à celle du sens de la vie, et du bonheur, mais elle consiste plus largement dans l'exercice systématique de la pensée et de la réflexion..."

Mes hormones ne me sont plus d'aucun secours, plus d'excuses pour ne pas réfléchir. On serait en droit d'attendre qu'à mon âge je puisse enfin construire une opinion structurée et étayée sur un tel sujet. Qu'en est-il ? Il ne s'agit pas de reproduire ici la révolte bon teint de journalistes ou les propos volés à quelques penseurs autorisés. Non, il s'agit de penser par soi-même en me fondant sur ce que la vie m'a enseigné, sur mes connaissances académiques et empiriques.

Alors, Gicerilla, pour où contre cette loi ? Et puis, que dire de la pétition des 343 salauds ? Chiffre palindromique, un numérologue y verrait-il un message symbolique ? Je lis un extrait d'interview d'Elisabeth Badinter et doucement ma réflexion se met en route. Le chemin est scabreux et son pas est mal assuré : depuis quand n'ai-je pas tenté d'élaborer toute seule une véritable réflexion, fruit d'une appréciation personnelle ?

Oh la la, pas facile. Je ne réfléchis que très rarement. Je suis une bête d'automatisme et ma réflexion est essentiellement professionnelle. Avez-vous noté comment ni vous, ni moi ne pensons plus depuis longtemps ? Il ne s'agit pas simplement d'appuyer sur un poing fermé son menton pour penser ! Non, nous ne pensons plus, nous ne faisons que digérer et régurgiter, avec plus ou moins de pertinence, ce que les initiés profèrent et que les ondes de toutes sortes portent jusqu'à nos oreilles. Qu'il est loin le temps de nos dissertations : introduction, développement, conclusion.

Alors, et moi, j'en pense quoi ? La véritable question, il me semble, avant même de légiférer, c'est de savoir si la prostitution peut être un choix ? Car sans cela, l'érection du raisonnement se fera sur un postulat fondamental friable, et promptement il s'effondrera.

En effet, pour ne restreindre d'aucune façon la liberté des unes et des uns, il faut savoir si la femme prostituée est dans certains cas une femme éclairée qui a décidé de mener ce mode de vie là. Alors, choix ou pas ? Badinter me souffle dans l'oreille "à la question de la contrainte économique, je réponds qu'il y a des millions de femmes qui sont dans la pauvreté et que ne se prostituent pas." Alors, choix ou pas ?

Hum, pas si simple, car si le choix est l'élection obligatoire d'une des propositions d'une fausse alternative "Tu sautes du pont ou bien tu te prostitues", évidemment on ne pourra plus parler de choix car comment choisir entre la peste et le choléra ? Dès lors, peut-on librement choisir la prostitution comme profession ? C'est possible. Il ne faut pas croire que toute femme sur le trottoir est une femme sous l'emprise d'une autorité imposée, réseau ou maquereau. A l'appui de cette affirmation, je mentionnerai simplement les call-girls, entreprise mono-salarié, qui publient librement dans les journaux genevois leurs offres de service.

Mais pour accepter cela, il faut accepter que l'autre est différent de soi, et que sa morale et ses valeurs ne sont pas les nôtres mais qu'elles n'en sont pas pour autant détestables. Oh, qu'il est dur pour celui qui envisage les choses différemment, de considérer qu'une femme puisse librement, sans contrainte économique ou physique, choisir d'offrir son corps contre une rémunération !

Alors, forcément, la conclusion facile que cela ne peut se passer que sous la contrainte et que la professionnelle du sexe est victime et non pas actrice de sa vie arrive vite, trop vite. Et c'est à peu de frais que nous nous débarassons de la nécessité de s'ouvrir à une approche différente du sujet. Ouvrons-nous un instant et acceptons ce postulat. Alors, faire une loi sera pour ces femmes-là une privation de la liberté que tout être humain est en droit d'attendre de notre société.

Et finalement, est-ce en punissant le client, quel qu'il soit, que les maltraitances et les exactions cesseront et que la prostitution disparaîtra ? Non, évidemment non !

Il faut faire une guerre sans merci contre les réseaux et les mafieux qui s'enrichissent au détriment de femmes exploitées, mais aucun gouvernement n'en a les moyens, le monde est trop grand, les enjeux trop importants.

Je suis contre cette loi car je suis maintenant persuadée qu'elle aura bien plus d'effets pervers que vertueux, et seules les caisses de l'état se porteront mieux...

Non, à la loi !

Commentaires

Rien a rajouter a ce long texte qui décrit si bien les vrais questions Merci Gicerilla" Cette loi inutile car c'est en amont qu'il faut traiter le problème... La mafia inattaquable! Je ne suis pas assez douée pour bien commenter ce sujet.Mais une petite phrase se pointe... "Alors il y aura plus de viol".Mais de cela qui s'en soucis vraiment. Les viols ça ne rapporten rien s'pas!

Écrit par : claire | 04 décembre 2013

On a toujours dit bien vulgairement que l'Etat est le plus gros des maquereaux!
Les prostituées viennent de différents milieux et ne sont pas toutes sur le "trottoir" pour les mêmes raisons,certes certaines sont contraintes mais d'autres sont des femmes qui travaillent le jour et qui, aimant le luxe et le sexe, préfèrent autant se faire payer pour s'offrir les superflus,(Louboutin etc...)qu'une femme gagnant le smic ne peut s'offrir.
Je ne vois vraiment pas ce que l'état va arranger avec cette loi tordue qui n'a pour but, en effet, de rentrer des sous dans les caisses.
J'aurais préféré entendre parler d'une loi qui protège la femme, qui l'accompagne et lui redonne confiance en la société, lui offrant un accompagnement à la réinsertion ou d'autres actions humanitaires lui offrant de meilleures conditions de vie.
La condition de pute existe depuis toujours et nos politiques ne sont pas les derniers à y aller.
Alors qu'ils s'occupent des vrais problèmes plutôt que d'aller taxer le consommateur.

Écrit par : Merko | 04 décembre 2013

Non à la loi ; oui à l'application des lois existantes. Je suis certain que l'arsenal juridique français contient tout ce qu'il faut pour traiter le problème !
Et puis c'est quoi, cette façon de raisonner par tout ou rien ; ce manichéisme ? Cette pudibonderie anglo-saxone ou islamiste - faut pas charier ! - qui avance masquée. Au pays de Montesquieu et d'Hugo n'y a-t-il plus d'intellectuels capables d'étudier calmement le problème, faire la part des choses, distinguer la fille de l'Est esclave, de la ménagère qui veut boucer sa fin de mois, où celle qui veut simplement s'offir une robe ou un parfum de marque.
A propos de ménagère, on ils pensé nos idéologues aux dommages collatéraux de la pénalisation des clients. Imaginez la scène : l'épouse modèle qui découvre en ouvrant une enveloppe au logo tricolore (1) que son mari va aux putes (2) qu'en plus de la fin de mois difficile elle va devoir trouver 1500 € pour règler l'amende ; la solution est dix lignes ci-dessus.
Heureusement, c'est la Police qui le dit, c'est inapplicable !
Ils sont fous...

Écrit par : imago | 06 décembre 2013

Et bien, je serais d'accord avec ton analyse.
Je ne vois pas en quoi cette loi pour pénaliser les clients (et par-là même les travailleuses du sexe) va servir la cause de ces femme.
Je pense qu'il aurait fallu consulter les prostituées dans ce cas. Et puis, c'est un métier. C'est même le plus vieux métier du monde.
Enfin, je serais plutôt pour faire une loi pour donner un statut aux prostituées. Arrêtons l'hypocrisie. Il serait temps d'avancer dans notre société.
Bien sûr, il faut combattre les réseaux mafieux profiteurs et esclavagistes. Mais ce n'est certainement pas en confondant tout qu'on y arrivera.
Décidément, en France, on a pas de pétrole... et on a plus d'idées non plus.

Écrit par : Karleman | 06 décembre 2013

Je ne vais sans doute pas faire avancer le débat, car je ne sais pas quoi en penser.
Je n'ai jamais rencontré de prostitué-e, je n'ai jamais échangé avec une personne pratiquant ce "métier".
Néanmoins, les propos des Bedos et autres bobos parisiens m'ont donné la nausée. De même que l'argument qui ferait de la prostitution le plus vieux métier du monde.
En allant faire mes courses, une fois par semaine et par tous les temps, je passe devant des jeunes femmes qui tapinent devant un terrain vague, dans des conditions sanitaires que j'imagine des plus déplorables. Une pratique aux vues et aux sus de tous.
Plus d'une fois j'ai voulu m'arrêter.
Mais jusqu'içi je ne l'ai toujours pas fait...

Écrit par : Cloudy | 08 décembre 2013

@ Tous : je le savais bien, peu de vous a commenté. Le sujet pourtant, j'en suis persuadée, ne laisse personne indifférent... même en temps de crise où parfois survivre est la seule occupation. La preuve s'il en est qu'il est difficile de se faire une opinion puis de la partager, voire de la défendre si l'on se sent investi d'une quelconque mission. Je suis un peu déçue je vous l'avoue car j'avais une ambition, oh assez petite car je n'ai pas beaucoup d'illusion, mais j'en avais une : celle de faire parler ceux qui se taisent car ne s'agit-il pas ici au fond de notre bien le plus précieux, commun à tous heureusement sous nos latitudes : la liberté. La liberté d'être celui qu'on veut être sans enfreindre évidemment aucune loi, sans nuire à notre prochain ou mettre en péril la sécurité publique. La liberté de penser en tout cas car celle-là ne saurait être aliénée par rien. Merci à vous de vous être lancés !

Écrit par : Gicerilla | 15 décembre 2013

le ramassis de lieux communs qu'on peut lire sur ton blog y compris tes notes... toutes les femme sont des putes c'est dans leur nature. La bourgeoise dans ton genre ne fait qu'un client à la fois et se croit pure comme la sainte vierge. Qu'elle aille ensuite vendre son cerveau ou ses petits bras à un patron pour bouffer ou nourrir ses gnard, qu'elle vende son cul est finalement plus logique et plus sain. Mais quand on a que Montesquieu ou Hugo comme maître à penser c'est sûr qu'on s'élève pas au dessus du vulgaire. Allez Gisèle,va et ne pèche plus par orgueil à faire ton intelligente. Tu as un don de rédactrice, tu pourrais gagner ta vie en réécrivant les romans d'amateur ou les consignes de sécurité pour le capital, quitte à faire la pute. Penser est une activité d'homme, ce qui ne veut pas dire qu'une femme en est incapable, c'est juste que ça l'intéresse pas, admets-le et tu pourras commencer à penser, refuse-le et tu ne feras qu’ânonner jusqu'à la fin de tes jours!

Écrit par : Fodio | 24 décembre 2013

Putain de moine, si t'as les couilles de publier un commentaire de cet acabit, t'es sur le bon chemin.

Écrit par : Fodio | 25 décembre 2013

de Sergio, le fils maudit:
bien d'accord avec toi, Gicerilla, et quoiqu'en pense Fodio (un peu "carré" il me semble), je suis d'acc. avec toi sur le fonds pour ce qui est de la tentative de révolution sexuelle orchestrée par nos politiques (et eux, c'est pas des super-putes?): ces messieurs - sans M majuscules - disent et font n'importe quoi pour être et rester sur la photo! Fodio a au moins raison sur ton talent de rédactrice...

Écrit par : Serge A. | 18 mars 2014

@ Sergio : mais quel honneur tu me fais là !!! Depuis toutes ces années, je ne savais pas que tu connaissais le chemin de ce théâtre... qui fait relâche depuis quelques mois. Tiens, un bise sur tes joues, tu me donnes envie de reprendre mes divagations épistolaires !

Écrit par : Gicerilla | 19 mars 2014

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