09 décembre 2009
ELLE - Mouchardage, art helvète ?
Je ressors le rouge aux joues, le cœur réchauffé et l'estomac satisfait.
Le froid me saisit comme une bénédiction à la sortie du restaurant. Moi, Gicerilla alias sang de navet (mater familias dixit), je me réjouis du frais qu'il fait enfin dans ces contrées qui m'accueillent. Les gnocchis étaient délicieux, faits maison, roulés à la main façon doubitchou mais sans la deuxième couche. Je me dirige d'un pas de notaire repu vers le parking, un sourire béat aux lèvres. Ma voiture trône le long de la rambarde, gentiment rangée. Elle semble me faire de l'œil en me voyant, pour un peu elle remuerait la queue. A mesure que je m'approche d'elle, je sens mon sourire au profil louche devenir cloche. Un papier rectangulaire, format carton d'invitation, macule mon pare-brise d'une suspicieuse tache blanche.
J'attrape le papier vicieusement glissé sous l'essuie-glace. Belle invitation en effet que cette liasse qui se nomme, sans circonlocution, "DENONCIATION". Le rouge de mes joues n'est plus dû au froid ou au chianti, non, il est dû à la colère qui m'envahit. Dénonciation ? Incrédule, j'en lis chaque paragraphe, chaque ligne et alinéa. "Nous avons constaté que le conducteur du véhicule mentionné ci-dessous a contrevenu aux règles de la circulation (...) Cette dénonciation sera transmise à la police et sur cette base, la procédure ordinaire de contravention sera engagée. Infraction codifiée B32A : stationnement hors des cases (art. 79, 1er al., OSR) jusqu'à deux heures". Je tourne et je retourne l'imprimé dans mes mains. Le dénonciateur, évidemment, n'a pas indiqué son nom mais seulement son matricule. Son matricule P34, comme la preuve évidente de sa bravitude. Un gribouillis sert de signature à ce torchon qui va me valoir une contravention.
En effet, je me suis garée "hors des cases". Et alors ? Suis-je une femme que l'on met en case ? Certainement pas. Et au-delà de ce constat, ai-je gêné quelqu'un pour autant ? Ai-je empêché, ne serait-ce qu'un instant, la liberté d'un autre ? Ai-je ôté à quiconque la jouissance libre d'un bien quelconque ? Non. La réponse à ces trois chefs d'accusation, votre Honneur, est non. Ah, le beau pays que voilà. Ah, les beaux concitoyens qui se font assermenter pour dénoncer. Ici, la dénonciation n'est pas un acte de couard qui se cache, non, c'est un acte civique cautionné par la loi. Ah, comme je me réjouis de travailler dans un pays comme celui-là qui promeut les agissements les plus nobles auprès de sa population.
Non, c'est vrai quoi. Grâce à ces bonnes dispositions, Monsieur ou Madame Lambda remplit une fonction hautement valorisante et rémunératrice et développe certainement la solidarité parmi les gens. Voilà un emploi qui attise ce qu'il y a de meilleur en l'homme et qui, en même temps, remplit les caisses de l'état. Comment en une seule action, exalter la noblesse de l'âme de chacun et assurer la balance comptable de la nation ! Par ces temps de crise et d'identification nationale, ce savoir-faire qu'ils ont érigé en art, ne devrions-nous pas le convoiter et certainement, le copier ? Devant une telle bienveillance tolérante, nous étonnerons-nous encore longtemps que sous ces cieux-là, les minarets ne pousseront pas ?
Je m'enfuis de cet endroit de perdition, mais ce n'est pas moi qui ai perdu mon âme. Et ce qui me perturbe le plus c'est de savoir que le signataire anonyme est persuadé d'avoir fait son devoir et pour cela mériter la reconnaissance de ses congénères. Que fais-je encore ici, me direz-vous, tentant peut-être de faire valoir mon manque de loyauté envers ceux qui m'hébergent ou de stigmatiser une situation pleine de contradiction. Je me suis posée la question et j'ai tranché. N'ai-je pas le droit d'aimer un endroit sans en apprécier tous ceux qui l'habitent ? Il y a du danger à faire des généralités en mettant tout le monde dans le même panier, même si cet état de fait n'est pas le fruit du hasard mais bien le choix d'une majorité. J'aime cette région et sa qualité de vie mais je n'aime pas certaines de ses lois. La fuite ne serait pas une solution.
Non, il faut susciter la discussion pour que ce type de lois ne se développe pas !
05:35 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : suisse, dénonciation, contravention, minaret, sav udc
02 décembre 2009
ELLE - Le bal de la paranoïa
La salle lentement plonge dans le noir.
Figure de style. Elle plonge dans un noir abyssal avec des tonalités de bleus foncés entre deux eaux. Le violon se met à vibrer aux sons d'une mélodie celte. C'est parti pour deux heures de spectacle. River Dance et ses danseurs irlandais qui danseront les bras baissés. Danse symbolique marquée par la répression anglaise, danse revendicatrice, ce que beaucoup ignore et qui à mes yeux lui donne plus de puissance. Déjà mon sang palpite aux rythmes celtiques, ce sang breton qui me rappelle mes racines inlassablement. Jubilation instantanée.
Subitement, du brouhaha en bout de rang et les voisins de droite qui, un par un, se lèvent en une improbable ola.
Un homme, petit et mince, le teint basané aux cheveux frisés serrés se faufile le plus vite possible dans la file, me passe devant, le pas précipité manquant de m'écraser les pieds. Il vient de manquer dix minutes de spectacle et a l'air agacé. Tendu même. Il s'assoit à ma gauche et c'est comme s'il m'instillait son stress en intraveineuse. Me voilà sur la pointe des fesses, inconfortable, toute occupée par sa présence électrique plutôt que par le spectacle en contre-bas. Je le regarde en biais. Il a les traits tirés et je me surprends à me demander de quelle origine il est. Drôle de pensée parasite et déplacée dans une salle de spectacle. Syndrome Hortefeux ? Lentement, le calme semble le gagner et je peux de nouveau fixer mon attention.
Soudain, une lumière à peine cachée attire mon oeil dans la direction de mon voisin. Le voilà qui s'acharne sur son portable, fébrile. Je le regarde franchement et il sent mon regard. Il tente d'occulter son téléphone dans les plis de sa veste sans succès mais il ne cesse pas de tripoter l'objet. C'est alors qu'une pensée vicieuse s'immisce en moi et me fait perdre toute raison. C'est un terroriste ! C'est un kamikaze afghan qui va faire sauter le Palais des Congrès. Je sens une peur ancestrale me prendre les tripes avec ses mains crochues. Je me tance, me traite silencieusement de démente stupide, de paranoïaque hystérique, mais rien n'y fait. Des réflexions irréfléchies s'enchaînent à haut débit. Bronzé, frisé, portable, stressé, pianote des ordres, signal, bombe, plus de quatre-milles personnes, salle de concert, cible bondée...
Je l'interpelle doucement "Pourriez-vous cesser d'utiliser votre téléphone svp ?" Il ne semble pas bien me comprendre et laisse échapper un soupir énervé. Je gamberge toujours, reine des polars de secondes zones. De polars ? Non, pitoyable théoriste du complot, imbibée pire qu'un baba de Dan Brown, de 24 heures saison III et autres films catastrophes stigmatisant les vilains méchants étrangers basanés, ennemis de l'ouest capitaliste, redresseurs de tort à coup de bombes. Je pense à m'échapper, à entrainer vivement mon amie hors de ce cercueil géant aux sonorités endiablées d'une gigue. Mourir au son du bagpipe et autre pipeau, trop peu pour moi, mon sang veut palpiter encore, longtemps.
Inquiète, je reste assise sur la pointe des fesses. Les lumières jaillissent comme une libération : l'entracte ! Je regarde mon vis à vis de gauche. Il est si jeune, une gueule d'ange. Beau brun au teint caramel et aux cheveux noir de jais, frisés comme un mouton, une bouche ourlée aux lèvres carmin. Je lui souris. Je m'excuse d'avoir dû faire la police. Il ne parle pas français, il est cubain et étudiant à la Sorbonne, Et nous voilà partis à deviser en espagnol avec entrain. Un entrain soulagé pour ma part, s'il savait ce que j'ai pu penser. En même temps, je ne suis pas fière de moi. N'ai-je pas cédé à une crise ridicule de panique, de celles qui crucifient les innocents, de celles qui lapident ce qui n'est pas comme lui ? Ne suis-je pas devenue objet manipulé par les idées ambiantes que distillent ceux qui ont intérêt qu'on ne pensent pas ? Ne suis-je pas mûre à point pour pointer du doigt le vilain qui forcément habite dans chaque homme typé maghrébin ? A quand ma carte du FN ?
J'ai honte. Il ne s'agit pas de perdre toute lucidité et vigilance car notre monde n'est pas celui des Bisounours, mais il s'agit de ne pas se laisser intoxiquer par les peurs environnantes, gentiment entretenues par les média. Je me pensais intelligente, capable de me faire une opinion par moi-même au-delà des courants et pourtant, je me retrouve à penser comme la masse. Quoi de plus dangereux qu'une pensée de masse sans personnalité ? Vite, se ressaisir pour ne pas recommencer. Je n'aime pas la pensée unique et je la pratique. Argh !!!
Et River Dance dans tout cela ? Allez-y, c'est formidable !
05:30 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : river dance, hortefeux, terrorisme
22 novembre 2009
ELLE - L'humanité malgré tout ?
J'ai toujours cru que j'aimais l'humanité.
J'ai par ignorance trop souvent utilisé le terme "humaniste" pour me qualifier, alors que le sens pris par ce mot il y a deux siècles n'est pas celui que je lui donnais. Alors je l'ai banni de mon vocabulaire, tentant par des circonlocutions d'exprimer ma foi en l'humanité. Ces derniers temps pourtant, je me dis que la notion d'humanité au sens "bonté, bienveillance, générosité" a disparu de cette terre. Ne suffit-il pas en effet d'écouter les informations pour réaliser à quel point cette humanité, mise en avant comme qualité suprême qui nous distingue de la bête, semble s'être évaporée ? Vous savez, comme cette goutte d'eau qui se vaporise au contact d'une pierre brûlante. Un instant elle laisse sa trace, infime, puis disparaît, annihilée par une force supérieure.
Il me semble que l'individualisme est cette force supérieure qui petit à petit fait disparaître en nous toute trace d'humanité. Individualisme qui se décline de multiples façons et se déguise aussi parfois sous les oripeaux de la charité. Individualisme, le nouvel obscurantisme qui nous fera sombrer ? Fossoyeur infatigable, muni de mille pelles, que dis-je de pelles, de pelleteuses Caterpillar toujours plus puissantes, toujours plus rapides et efficaces. Je vois arriver la fin de ce monde aussi sûrement que Nostradamus, mais ce n'est pas dans les astres que je le lis, je le lis tous les jours à la une des journaux, dans nos menues actions minables au quotidien : je ne te laisse pas la priorité, je te tabasse pour te piquer ton porte-monnaie, j'égorge ta femme et tue ton fils pour prendre sur toi le pouvoir, je vide les caisses de mon pays au profit de mon propre compte en banque, riche à en crever je finirai... Et ce n'est pas fini ! Et comme feu Lévi-Strauss, vu le chemin que notre monde prend, je me dis que je le quitterai sans regrets. Je ne veux pas en voir la chute après son apogée.
Pourtant, une voix en moi se rebelle contre ces certitudes grandissantes qui m'aigrissent tous les jours un peu plus. Et alors que je me tourne vers les auteurs classiques à l'écriture intemporelle et de qualité qui vaut bien tous les Goncourt et autres Renaudot galvaudés (pour les retardataires, lire ça), ne voilà pas la voix du Starez Zosima qui fait écho à ma voix rebelle qui espère encore. Qui me dira que dans toutes les littératures, indifféremment, il y a autant de qualité ? Que dalle ! Et j'aurais voulu être Dostoïevski pour écrire autre chose que la présente bouillie :
La Maman de Lise s'adresse au Starez Zosima :
" (...) Voyez-vous, j'aime tant l'humanité que, le croiriez-vous, je rêve parfois de tout abandonner, tout ce que j'ai (..) et de me faire infirmière (...) Aucune plaie, aucun ulcère purulent ne pourraient m'effrayer. Je les panserais et les baignerais et mes propres mains, je serais la garde-malade de ces martyrs, je suis prête à baiser ces plaies (...) mais supporterais-je longtemps une vie pareille ? C'est la plus douloureuse de toutes les questions qui se posent à moi. (...) et je m'interroge : et si le malade dont tu baignes les plaies ne te paie pas tout de suite par la gratitude mais au contraire te tourmente par ses caprices sans apprécier ni remarquer ton dévouement, s'il crie, exige grossièrement, se plaint même à qui de droit, que se passera-t-il alors ? Ton amour persistera-t-il ou non ? Et figurez-vous, j'ai déjà répondu en frissonnant : s'il y a quelque chose qui puisse refroidir sur-le-champ mon amour de l'humanité ce n'est que l'ingratitude (...)"
Le Starez à la Maman de Lise :
"C'est mot pour mot ce que me racontait un médecin, il y a d'ailleurs longtemps, remarqua celui-ci. C'était un homme d'un certain âge déjà et incontestablement intelligent. Il parlait aussi franchement que vous, quoique en plaisantant, mais en plaisantant avec affliction. J'aime l'humanité, disait-il, mais je m'étonne de moi-même ; plus j'aime l'humanité en général moins j'aime les gens en particulier c'est-à-dire séparément, en tant qu'individus. Dans mes rêves, je suis souvent allé jusqu'à songer passionnément à servir l'humanité et peut-être me serais-je vraiment laisser crucifier pour les hommes si, pour une raison quelconque, cela était soudain nécessaire. Pourtant, je suis incapable de partager ne serait-ce que deux jours une chambre avec un être humain. Je le sais par expérience. À peine est-il près de moi que déjà sa personnalité opprime mon amour-propre et entrave ma liberté. En vingt-quatre heures, je suis capable de haïr jusqu'au meilleur des hommes : l'un parce qu'il mange lentement à table, un autre parce qu'il est enrhumé et qu'il se mouche sans cesse. Je deviens, disait-il, l'ennemi des hommes à peine m'effleurent-ils. En revanche, il arrivait toujours que plus je haïssais les gens en particulier, plus mon amour de l'humanité en générale devenait ardent."
Etrange sensation que celle de me reconnaitre dans ce vieux médécin. Ne me transformé-je pas ces derniers temps en misanthrope tout en aimant l'humanité ? La plume de Dostoïevski me laisse sans voix, avec le coeur qui bat, comme si plus d'un siècle plus tard il avait su déchiffrer mon âme et par écrit la coucher et l'accoucher. C'est ce que je ressens pourtant : cet amour inaltérable pour l'humanité et une prise de distance toujours plus grande avec l'individu qui me semble trop souvent haïssable. Je ne voudrais pas pour autant devenir totalement ermite dans ma grotte, à grelotter seule sans la chaleur humaine de beaux bras.
Mais avouez que l'individu dans nos sociétés ne donne pas envie de se rapprocher !
05:30 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : les frères karamazov, dostoïevski, humanité
19 novembre 2009
ELLE - Fucking société de consommation
J'ouvre ma boîte email et mon cœur fait un bond !
Un bond ? Non, quelque chose de bien plus acrobatique vus les battements qui s'en suivent. Mes yeux sont écarquillés comme ceux de Banania et mon cœur qui s'emballe. Ca y est, la gloire est à ma porte, elle s'essuie poliment les souliers sur le seuil. Je n'ose pas ouvrir l'email tant l'anticipation de ce qu'il contient me fait mousser. "Faire mousser quelqu'un : le mettre en valeur de manière exagérée." Je sens que j'ai enfin atteint le sommet. Je savoure, je jubile, un sourire niais illumine mon visage alors que je rumine comme une génisse gourmande les mots de l'objet "Coup de cœur pour votre blog". Ca y est, c'est sûr, un critique littéraire m'a repérée et va m'éditer.
Comment exprimer sans la trahir l'émotion qui s'est saisie de moi ? Impossible. Et c'est d'un index fébrile que j'ouvre le message électronique. La première phrase est de bon augure "Je viens de visiter votre blog http://gicerilla.hautetfort.com/ que j'ai beaucoup apprécié." Ah, cette Christelle qui m'écrit, quelle femme de bon goût. Mes yeux avides poursuivent la lecture. "Je suis Christelle, webmaster du site www.solvital.fr et j'aimerais vous compter parmi nos sites amis.
Nous récompensons nos partenaires ce mois ci en faisant gagner des simulateurs d'aube MP3 (réveil par la lumière) à toutes personnes nous accordant un lien sur sa page d'accueil ou diffusant un de nos articles sur son blog. Nous pensons que c'est une marnière original et conviviale de remercier ceux qui parlent de nous sur la toile.
Pour participer, c'est très simple : il suffit de vous inscrire sur notre page http://www.solvital.fr/jeu-concours-novembre-2009.php où vous trouverez toutes les explications.
J'espère vous compter parmi nos blogs amis et n'hésitez pas à revenir vers moi pour plus d'information.
Christelle
Webmaster www.solvital.fr "
Argh, subitement j'étouffe. Mon sourire d'aise se transforme en grimace haineuse. Quoi, il s'agit de racolage publicitaire ! Quoi, ils investissent sans vergogne la blogosphère à la recherche de bonnes poires ? J'enrage. Un rouge hargneux me monte aux joues, nouvelle nuance dans la gamme chromaticoléreuse. Quelle audace, me susurre mon indignation, t'associer à un site commercial, ils ont perdu la raison. Et pour quel produit encore ? Mon sang breton ne fait qu'un tour, déjà je fourbis mes armes, ça va saigner comme du temps du combat des Trente.
Je hais cette société de consommation qui vient jusque chez moi envahir mon espace de création. Qui sont-ils ces autoproclamés maîtres de la toile qui racolent pire que des sergents recruteurs, ces petits bras qui tentent d'appâter le chaland avec un simulateur d'aube MP3 ? Ils nous récompensent, disent-ils, avec de la pacotille, vulgaire verroterie de colonisateur. Et le blogueur deviendrait le héraut de ces bonimenteurs, bon-samaritain qui, par un simple lien, aiderait à soigner les maux d'une société dépressive ?
Le mépris qui m'habite ainsi que le dépit, me font répondre en mots acides. Evidemment que je suis dépitée. Oui, j'éprouve du dépit, plus contrariété que déception d'ailleurs. Non pas tant par la gloire qui de moi s'éloigne, mais par le fait qu'il n'existe plus aucun sanctuaire où l'on peut rester à l'abri de cette société qui nous propose de consommer à tous prix.
La Web Master est par moi habillée pour l'hiver. Une garde-robe sur mesure, je vous assure. Elle doit regretter amèrement les mots charmants qu'elle a dits sur mon blog mais qu'importe, les a-t-elle seulement un seul instant pensés ?
Ah, ça va mieux !
05:56 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (32) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mailing, publicité, blog, solvital.fr
15 octobre 2009
ELLE - Gicerilla entre en résistance

Le titre m'avait fait m'exclamer d'indignation !
Encore un article paru dans "ELLE" qui, je le sentais, allait faire naître sous mes doigts un billet de révolte. J'avais arraché la page, animée par une hargne pleine d'anticipation, me promettant de le lire lorsque j'en aurai le temps. Et puis le temps a passé...
Je l'avais remisé dans mon carnet à spirales où je l'avais oublié jusqu'à ce dimanche. Un article plié ne tombe pas par hasard, c'est bien connu, il voulait se faire remarquer, évidemment. Il fallait donc que je le lise. Et comme une mise-en-scène orchestrée par un hasard soucieux de me faire réfléchir sur le sujet, ne voilà pas que la télévision, allumée par inadvertance, venait en renfort de mes réflexions.
Je finis de lire l'article "Faut-il simplifier l'orthographe ?" Ce titre m'avait pour un peu fait hurler seule comme seules hurlent les folles ayant perdu l'esprit, chair à Charcot en devenir. C'est que de pareilles propositions pourraient facilement me rendre folle. Un "non" tonitruant, un "non" réactionnaire et indigné, un "non " désespéré avait jailli de ma gorge. Ma colère enflait au fil des paragraphes. Simplifier l'orthographe pour satisfaire le manque d'ambition de crétins paresseux et niveler par le bas une société qui régresse déjà. Perdre, par une réforme farcie d'arbitraires, la trace de notre culture, la trace de notre histoire dans l'écriture. Jamais.
Je relis les arguments bon marché que me sert François de Closets et je ne peux m'empêcher de penser quoiqu'il en dise, qu'il y a dans cette proposition comme une solution de facilité pour pallier le manque d'éducation tant à la maison qu'au lycée. "Notre orthographe n'est ni cohérente, ni logique" dit-il. Bien sûr qu'elle est tout cela mais, pour le comprendre, il faut avoir des lettres, il faut avoir des langues. Il faut connaître le latin et le grec. Il se peut qu'il faille aussi connaître un peu de hittite, un brin de tokharien et un soupçon de celtique. Alors, et alors seulement, le grand dessin de notre langue et de sa construction nous arrive et la lumière jaillit. N'y a-t-il pas même parfois une forme de jouissance pour le curieux qui se donne la peine de comprendre d'où vient tel mot et qui découvre dans sa construction comme une évidence historico-linguistique ? Et les conventions adoptées dans l'écriture ne sont-elles pas comme autant d'indices de nos origines semés par les linguistes pour ne pas se perdre tout à fait ?
Il me semblait que De Closets était loin d'être un crétin ignare. Comment, dès lors, peut-il demander une réforme fondée sur une décision arbitraire à vocation simplificatrice ? Simplification pour moins d'efforts. On y revient encore. La politique du moindre effort pour séduire les masses dénuées d'ambition et fainéantes. Et je m'interroge. "Qu'est-ce qui aujourd'hui me diffère des jeunes à la parole bancale, à la graphie tordue et non plus ortho, au phrasé syncopé de celui qui n'a pas de plaisir à parler ?" Le plaisir. Oui, il se peut, le plaisir. Car il y a du plaisir à acquérir du vocabulaire pour parler droit et bien exprimer sa pensée. Serait-ce alors qu'ils ne pensent pas ? Pourquoi aimé-je tant les mots et affectionné-je comme un défi leur complexité orthographique ? Une orthographe droite est une victoire et une gloire qui devrait être convoitées.
Et alors que je réfléchis dans ce sens, voilà le 13h15 de dimanche et Alexandre Jardin qui m'interpellent en des mots qui font mouche. Alexandre s'échauffe, une forme de bégaiement l'embarrasse alors que les mots de précipitent vers ses lèvres comme les parisiens vers la rame. Il parle des jeunes des banlieues qu'il fréquente :
"La pauvreté lexicale aboutit à la brutalité. Lorsqu'un adolescent n'a pas les mots pour s'exprimer il se tourne vers la violence. On peut imaginer tous les programmes de réinsertion, avec tous les budgets du monde, s'ils n'ont pas les mots ils cogneront (...) donner leur les mots (...) et ils vont médiatiser leur violence, ils vont médiatiser leurs espoirs (...) la violence qui est faite à la langue est une violence sociale, ça condamne à rester dans un ghetto ..."
Très peu de mots, quelques phrases qui conquièrent instantanément ma conviction, sans esbroufe. Voilà pourquoi il faut lutter contre l'ignorance et l'éducation bas-de-gamme. Voilà pourquoi les parents ont cette responsabilité morale de transmettre à leurs enfants l'envie d'apprendre pour devenir des hommes libres. La liberté est à la portée de celui qui sait, l'inverse est-il vrai ?
Et vous, qu'en pensez-vous ?
Dessin gracieusement prêté par CENO.
05:35 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (40) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : francois de closets, danièle salenave, antoine tresgots, simplification de l'orthographe
23 septembre 2009
ELLE - Ange ou démon
Ah j'enrage !
Deviendrais-je mono maniaque, de ceux qui font de la critique un exutoire à leur propre médiocrité ? Enfin, qui suis-je pour juger de ce que je ne connais pas. Car pour se poser en critique, il faut être spécialiste n'est-ce pas ? Enfin, c'est ce qu'ils prétendent. D'ailleurs, à ce propos, quelles lettres, de noblesse ou pas, donnent à un homme le droit de devenir critique professionnelle ?
Car on ne nait pas critique comme on reçoit un don divin, non, on le devient. Quel étrange exercice n'est-ce pas là, de s'asseoir dans le noir et de scruter le spectacle. Oui de le scruter, de l'épingler comme un entomologiste l'hanneton, non pas de le regarder comme on regarde une œuvre d'art, l'esprit ouvert, l'âme libre de toute obligation. Ni celle d'aimer, ni celle de détester. Ou bien encore, ouvrir le dernier livre de Tartempion, la moue déjà à la bouche sans en avoir rien lu car on sait qu'on ne l'aime pas. Pourtant, il faudra bien lire sa prose de bout en bout au risque de ne pouvoir livrer à temps l'article critique.
Le critique doit critiquer. Si possible, le critique doit avoir la plume alerte, le verbe précis à égratigner ou à encenser. Le critique critique pour se faire une place dans la société, de préférence légitimée par la perspicacité de son intervention qui tour à tour démolit une œuvre ou fait d'un navet un prodige. J'imagine le critique paniquant devant la page blanche. Lira-t-il ce que pense le confrère pour prendre un subtil contre-pied ou, au contraire, hurlera-t-il avec lui, car on se sent moins seul dans la meute et la majorité, c'est connu, a toujours raison ?
Critique est un sale boulot. Sale ? Oui, assez. Ne laisse-t-il des traces indélébiles sur la conscience quand ce n'est pas celle-ci qui a été écoutée par le rédacteur mais bien l'autre, la voix prétentieuse qui opte pour le contre-pied au détriment de l'objectivité, la voix de la tendance ou de celle qu'on voudrait lancer. Que d'artistes n'ont pas été brûlés sur le bûcher des vanités de critiques sans fortune et qui l'attendaient. Se faire un nom aux dépens de l'autre peut-il être une ambition qui ne s'avoue pas ? Ce fut le cas, je le crains, plus d'une fois.
Alors, me voilà ce soir devant le petit écran qui ne mérite plus son nom, car comme tous les français j'ai cédé à la tentation. J'ai acquis un écran LCD grand format. Et oui, la Gicerilla qui conspue la télé a craqué pour un écran géant. C'était pas de sexe ou ça, évidemment j'ai pris ça ! Me voilà donc devant un intermède publicitaire, le cerveau fondu suintant en minces filets de mes oreilles, le regard vitreux qu'on prête aux lobotomisés. TF1 déroule le film de ses annonceurs. La belle Uma déambule dans son boudoir. Miroir, joli miroir. De la coiffeuse à la psyché, dis-moi qui ce soir je serai, Ange ou Démon ? Mais c'est à chier* ! Givenchy. Tout est dit.
Comment ont-ils pu concevoir un scenario si médiocre ? Il faut être sacré bonimenteur ou avoir affaire à des amateurs pour vendre un tel navet. Et c'est médire du navet que de décerner son nom à cette publicité de piètre qualité. Pourtant, à bien étudier les ingrédients, rien ne manquait : Uma Thurman, Mario Testino, un paquet d'€uros.
Hélas, le mélange a précipité en gros grumeaux indigestes. Le jeu de l'actrice, la mise en scène et la musique. Avez-vous écouté la musique ? Mélodie au rabais qui se gonfle d'importance à coup d'archets synthétiques. Je ne parle pas de la voix de RoBERT, doublure ou plagiaire de Mylène Farmer, sinon les fans vont me crucifier. Encore une fois, s'il fallait le prouver, il ne suffit pas d'un gros budget et d'un appétissant casting pour faire de la qualité. Mais où sont donc passés les publicitaires inventifs et déjantés qui ont fait les heures glorieuses de Culture pub !
A vous de juger.
* En français dans le texte (ndlr).
05:51 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : robert, mathieu saladin, givenchy, mario testino, ange ou demon, culture pub
21 septembre 2009
ELLE - To boude or not to boude
La lèvre du bas retroussée en une moue dépitée, je vous torche une note courte.
C'est bien la première fois. Oui, Gicerilla fait la gueule. La Baronne de la Tronche en Biais, ce soir, c'est moi ! Ah, cela vous laisse sans voix. Y'a de quoi, je ne vous avais pas habitués à ça. Envolés les textes léchés avec passion. Ben, oui, je lèche mes textes, pas vous ? Evaporés les questionnements, digne psychologie de comptoir pour vous faire parler un peu de vous et vous découvrir au travers de vos mots. Disparues les fictions pondues avec persévérance et délectation pour des lecteurs hypothétiques. De toute façon, tout le monde s'en fiche. Crise de foi. Sans rime ni raison. Beurre aux cochons. Euh, non, confiture ! On s'en fout aussi. Ce soir, je doute et me retranche dans le silence.
Juste mal lunée, juste àquoibonniste, juste découragée ...
Du coup, ce soir je vais me goinfrer de Nutella et me cultiver.
Ca me passera !
22:07 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
08 septembre 2009
ELLE - Tragic sister
"Famille je vous hais."
Je ne sais pas ce que Gide voulait dire au fond, je ne l'ai pas lu. Je me lance sur sa piste. Cette phrase m'intrigue. "Les nourritures terrestres". Un tel titre ne saurait me laisser indifférente. Nourriture. "...long poème en prose, où s'exprime une sensualité teintée de ferveur, de contact avec la nature." Sans rien en savoir, une association se fait avec Rousseau. Tant de choses à lire encore. Rien à voir avec ce billet finalement, si ce n'est un mot. Un nom commun, un mot commun.
La famille. Catalyseur de tout ce que nous sommes, femme ou homme. Ses médiocrités et ses grandeurs. Comme un agent réactif qui lui-même ne change jamais, elle altère ou au contraire sublime les éléments qui la composent. Car au sein de la famille, ne sommes-nous pas, plus que nulle part ailleurs, ce que nous sommes vraiment ? Ou serait-ce le contraire, la famille nous façonnerait-elle et nous ne le savons pas ? C'est effrayant. Car alors je perçois ce que nous recelons, de mauvais ou de bon, et ce que nous devenons ne serait qu'une partie de nous exacerbée dans le cocon !
Quelles explications trouver à mes interrogations ? Comment peut-on se déchirer dans une même fratrie ? Comment peut-on se haïr ou s'aimer ? Quel jeu de dés détermine ses dispositions ? Issus du même sang, de la même chair, comment deux frères et sœurs peuvent-ils devenir les pires ennemis ou les meilleurs amis ? Je m'interroge ces derniers temps, après que tant et tant de tentatives de rapprochement de ma part aient été vaines.
Certaines dissensions existent qui perdurent au-delà de la mémoire de l'événement qui les a peut-être fait naître. Ma sœur. Mon aînée, celle qui aurait dû me montrer le chemin m'est devenue plus étrangère qu'une quelconque connaissance. Aucune des langues qu'avec elle j'ai essayé de pratiquer n'a su toucher son cœur, et je reste plantée au milieu de la route à scruter l'horizon où jamais sa silhouette ne point comme l'annonce d'une réconciliation. Je m'aveugle, les yeux rivés du levant au ponant, sur un hypothétique retour. Rien n'y fait. Pourtant aucune colère n'a creusé de fossé entre nous pour toujours, aucune rancœur de ma part n'est venue envenimer une situation scabreuse. Non. Seuls ses souffrances ont construit autour d'elle cette muraille infranchissable. Où sont-elles nées, qu'est-ce qui les a suscitées, je ne le sais pas mais aucun guichet n'y est qui me permettrait de lui tendre la main. Elle ne le sait pas non plus il me semble, et c'est la clé qui lui manque pour enfin changer.
Étrangère. Et la vie passe. Le temps ne se dilate pas hélas, il se contracte. Chaque jour va plus vite qui nous rapproche de la fin. Et malgré l'échéance aucune urgence ne nait qui créerait enfin le rapprochement. Alors, lorsque j'ai lu ça chez Marion, mon cœur s'est serré cruellement. Je redeviens une enfant devant ces beaux sentiments. Et je fais le bilan de ce tracas que nous vivons elle et moi. Ce qui la tient éloignée de moi, c'est moi ! Intolérance plus radicale que celle du xénophobe de base. Peut-on opposer à l'autre comme un ultime reproche d'être ce qu'il est ? Incompréhension insurmontable ou plutôt qu'elle ne veut pas surmonter. Me dira-t-elle ce que j'incarne à ses yeux qui lui est si insupportable, si intolérable ? Peut-être, peut-être pas, mais je fais le vœu que ce ne soit pas à la dernière heure, il sera trop tard.
Famille je vous hais ? Non, famille je ne vous comprends pas !
05:34 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : famille je vous hais, incompréhension
02 septembre 2009
ELLE - Alors Dieu n'existe pas ?
Mes doigts se crispent sur le volant de plastique noir.
La jointure de mes doigts est blanchie par mon désespoir. Je crie. Oui, je crie seule dans ma voiture. Une folle ayant perdu ses sens. Déboussolée par tant de haine, je crie. Les vulgarités fusent comme des torpilles, si seulement elles pouvaient lui exploser la gueule. Faire de lui de la bouillie. Une énergie du fond des âges remonte dans mes membres, une incompréhension étouffante me fait perdre ma raison. Je crie. Je vitupère. Je l'agonis. Je le voudrais là, cloué au pilori, soumis et sans défenses comme elle l'était, elle. Les mains entravées, la tête penchée en une fausse repentance, recevant sur le corps les crachats brûlants des passants. Si seulement les regards réprobateurs de ses concitoyens pouvaient lui être autant de coups de boutoir déchirant ses chairs comme j'imagine ceux qui ont pénétré sa chair à elle pour la première fois.
Ma vision se voile, l'eau monte en moi. Une eau bouillonnante et acide qui laisse sur mes joues le feu. Le feu de la honte ressentie pour lui. La honte de me dire que c'est un être humain qui a fait ça et que pourtant je refuse de mettre dans la même catégorie que moi. Nous partageons, hélas, la même classification dans le règne animal et c'est déjà bien trop. Tout nous sépare et plus que tout la notion du bien et du mal. Dans un autre temps n'aurait-il pas été déclaré au service de Satan et condamné aux pires supplices ? J'en viendrais presque à revendiquer les mœurs barbares du passé pour ce type de scélérats. Ah, prêchez-moi je vous en prie le pardon et faites-moi croire en la rédemption sinon bientôt je vais hurler les mots de Michel Sardou "... je suis pour !"
France-Inter termine sa chronique et j'éteins l'autoradio. Besoin du silence. Pourtant, le prénom de la petite continue à raisonner à mes oreilles. Son prénom comme deux initiales prononcées à l'anglaise. Jaycee. Djèci. J-C. L'ironie me vient. Nouveau christ au féminin, sacrifiée pour le plaisir d'un humain sans offrir à quiconque une quelconque rédemption. D'un humain ? N'incarne-t-il pas plutôt le reniement de ce qu'est l'humanité "Bonté, bienveillance de l'homme pour ses semblables". Jaycee ou l'exutoire innocent de vices et de violences comme le furent avant elle Natascha, Elizabeth et tant d'autres moins chanceuses. Chanceuses en effet, même si ce mot ici parait comme un blasphème, car sans le hasard favorable dont elles ont bénéficié, elles seraient certainement toujours esclaves dociles de leurs tortionnaires.
Elle avait 11 ans, il en avait 40. Il aurait pu être son père, il en a fait une femme. Il lui a volé sa liberté et sa virginité. En échange de quoi ? Quelles peuvent bien être les motivations d'un tel geste ? C'est un crime pour tous ceux, qui comme moi, en prennent connaissance maintenant mais aux yeux de Garrido, qu'était-ce ? Et sa femme dans tout cela ? Encore une fois complice ? Complice jouisseuse ou complice obéissante ? Je n'arrive pas à trouver de raisons. La raison est certainement absente de cet acte criminel. Pourtant, l'avocat de la défense et celui de la partie civile vont tenter de prouver avec force effets de manches tout et son contraire, et expliquer pourquoi cela fut.
En surimpression j'imagine la gamine terrorisée voyant approcher pour la première fois l'homme qui va la violer et qui peut-être bande déjà. Et involontairement, sans aucun plaisir déviant, se déroule devant moi le calvaire de l'enfant. Envie de crier à nouveau "NON !" mais cela ne changera rien à l'affaire. L'habitacle de la voiture devient bien trop étroit pour toutes les émotions violentes qui s'emparent à nouveau de moi. Et une imprécation véhémente et désespérée monte à mes lèvres.
"Si vous existiez, cela ne serait pas !"
05:59 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jaycee dugard, phillip garrado, child abduction, delinquants sexuels
27 août 2009
ELLE - Quand la facilité nous enchaìne
"Tu ne crois pas que la crise a bon dos, non ?
Franchement, invoquer la crise c'est comme invoquer un envoûtement. Imparable. Mais au fond la crise ne nous est-elle pas plutôt un prétexte ? Un prétexte pour ne pas aller de l'avant, pour ne pas se "mettre en danger" comme on dit pompeusement, parce qu'en fait de danger, hein, vraiment... Elle me répond que la crise ajoute à l'affaire, ce n'est pas le bon moment en effet mais plus que tout, il y a l'âge. "Ah, c'est à cause de l'âge tu crois ! L'âge, ah, ça l'âge en effet, là ça devient sérieux. Si tu évoques l'âge, évidemment. Vu sous cet angle là..."
L'alibi tout trouvé. Ma lucidité froussarde négocie avec ma conscience rebelle. Petits arrangements privés. Elle a raison, l'âge, c'est bien de cela dont il est question. Car il me faut bien un alibi, un de ces alibis indéboulonnables, de ces vis sans tête sécurisées par des écrous soudés auxquelles on peut s'accrocher sans peur qu'elles ne nous laissent dévisser. Car voyez-vous, accepter sa propre couardise est quelque chose d'insupportable. Pourtant, accepter sa couardise serait faire preuve de courage. Dès lors, toute raison qui me permet de me justifier à mes propre yeux est bienvenue. Evidemment je saisis celle-là au passage car elle n'est pas sans valeur. Petit bricolage intérieur.
Mais si je m'interroge vraiment et que je fais une réponse honnête, je dois avouer que j'ai juste atteint l'état redouté de bourgeoise qui ne sait plus risquer quoi que ce soit. Bourgeoise embourgeoisée dans son confort matériel. Confort matériel mais aussi confort psychologique de savoir qu'on a un savoir-faire incontestable, incontesté. Ah, quel réconfort dans les moments de doute de pouvoir s'appuyer sur cette compétence reconnue de tous qui fait qu'on est toujours là, et bien payé pour ce que l'on fait. Quel agrément d'être précédée par une réputation de professionnalisme qui fait que l'inconnu qui nous rencontre pour la première fois nous voit déjà avec un regard favorable sans pourtant rien connaître encore de nos performances. Plus rien à prouver, le plus dur a été fait.
Oh, n'allez pas croire que cela fut facile. Non, si j'en suis arrivée là c'est que j'ai travaillé pour de bon et dur bien souvent. S'il n'y a pas de fumée sans feu, alors la fumée qui me précède vient bien d'un feu que j'ai nourri au long des années à force de travail constant, d'efforts et d'investissement, et non le résultat d'un enfumage à l'instar de celui que certains répandent et qui aveugle facilement leur entourage.
Bref, je n'ai plus de défis à relever même si je tiens mon poste avec autant de rigueur et perséverance qu'à mes débuts. Mon enthousiasme bien souvent me regarde en face et me fait un pied-de-nez en me disant, provocateur, "mais où donc m'as-tu perdu ? Ne vois tu pas que tu m'as perdu en chemin ?" Et c'est vrai. L'enthousiasme peu à peu s'est transformé en routine. Une routine bien rôdée, bien huilée, perfectionnée chaque jour un peu plus. Je tends vers la perfection dans mon encadrement. L'humain est mis en avant, la promotion par son apprentissage, l'adhésion à des valeurs communes, à des principes partagés. Le nivellement par le haut assuré par mes soins mais...
Mais je ne m'amuse plus vraiment et seule la transmission de mon savoir m'est encore un plaisir renouvelé. Car je n'aime rien tant que de passer aux jeunes, comme un griot de village, les enseignements de notre métier. Pourtant, oui pourtant ne me levé-je pas trop souvent ces derniers matins avec la sensation puissante qu'aujourd'hui sera pareil qu'hier et que demain ne sera pas différent ? La sensation déprimante que je ne crée plus rien. Je peaufine, c'est tout. Je lisse, je ponce, j'ajuste les rouages comme une pro de la mécanique. Et la mécanique tourne sans crisser au plus grand bonheur de mon employeur.
Que faire ? Me laisser tenter par les chasseurs de tête et intégrer une autre boîte où je devrais recommencer à zéro au risque de me casser le nez. Bien trop joli nez qu'il serait dommage de gâter. Encore une excuse évidemment, aussi captieuse que l'est la crise environnante. L'échec est-il vraiment un luxe que je peux me payer à mon âge quand le reste du monde dépose le bilan. Je sais ce que je quitte mais que trouverai-je ailleurs ? Et toutes ces questions virevoltent, indécentes, qui s'entremêlent avec les nouvelles du jour qui me rappellent les chiffres du chômage plus virulent que la pandémie redoutée. Ecouterai-je ma raison qui me dit de me satisfaire de ce que j'ai, frustrée mais aisée, ou devrais-je écouter l'insatisfaction qui me pousse à relever d'autres défis, stressée mais à nouveau stimulée ? Petit compromis domestique.
Ah, que je hais ma pusillanimité. Que je hais ce goût inné de la facilité qui m'enchaîne et me rend sourde à mes propres aspirations. Un billet comme un constat, mais qui à part moi tranchera ?
Et vous dans tout ça ?
Comme un écho à P_o_L
05:45 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
