mardi, 29 avril 2008
ELLE - Façon Bridget

Aujourd'hui je me sens très Bridget.
A première vue, on pourrait penser qu'un monde nous sépare. Elle est blonde, je suis brune. Elle est ronde, je suis mince. Elle se gave de douceur, je me gave de macadam. A chacune sa méthode. Elle se remplit pour combler ses manques. Je cours pour laisser derrière moi ce que je n'ai pas. Mais au final, la quête est la même. Elle attend, enfouie sous des pilous informes, l'amour qui ne vient pas et moi je cours au devant de celui-ci en une course effrénée qui elle seule sait faire battre mon cœur. Oui, elle et moi, même combat.
Mais elle, elle a pour elle l'humour anglais qui sait rendre risible le pire de ses drames et lorsqu'elle se mouche dans des tonnes de kleenex, elle devient presque jolie avec son nez rouge et morveux. Et moi, j'ai contre moi l'impétuosité méditerranéenne qui transforme tout en mélodrame et qui rend mes larmes risibles comme celles des pleureuses égyptiennes qui se lacéraient le visage. Elle pleure gaiement. Je pleure tragiquement. Ni Corneille ni Racine réunis ne sauraient retranscrire dans leur langue rimée les émois de mon âme et Bérénice et Andromaque sont de bien piètres tragédiennes au regard de mes drames. Et aujourd'hui encore, reine de la crise paroxysmique, me voilà à tomber sous le charme délétère des paroles de Brel.
Et pour que le compte y soit, je me passe en boucle ses chansons les plus poignantes, celles qui me laissent décomposée et haletante. Je ne crois pas avoir connu jamais homme capable de dire avec des mots, des mots simples, des mots taraudant comme une vrille qui doucement perce le cœur, les regrets de l'amour, les élans de l'amour, les souffrances de l'amour, les beautés de l'amour...
Et me voilà buvant, tel un Socrate auto-sacrifié, toutes ces paroles qui me dépeignent à l'envi ce que je n'ai. Et comme toujours, je me noie dans mes propres larmes et je m'y complais. Complaisance avérée avec son propre malheur. Celui que l'on construit parce que tellement plus facile à bâtir que son bonheur. Complaisance insupportable mais pourtant indulgence nécessaire avec soi-même pour ne pas couler totalement. Je ne sais pas d'où me vient cette nature toute en extrêmes. Association maléfique de planètes à la naissance ? Sensibilité démesurée qui fricote avec la sensiblerie ? Et je me prends à rêver que, artiste maudit, je sais enfin utiliser cette énergie pour créer des merveilles qui vous bouleverseraient plutôt que de proposer ici des notes radotantes qui ne font que geindre et se lamenter.
Voilà sur quoi je m'émeus. Voilà sur quoi je sombre. Mais comment résister aux émotions que de pareils cris peuvent susciter ?
La chanson des vieux amants
Bien sûr nous eûmes des orages
Vingt ans d'amour c'est l'amour folle
Mille fois tu pris ton bagage
Mille fois je pris mon envol
Et chaque meuble se souvient
Dans cette chambre sans berceau
Des éclats des vieilles tempêtes
Plus rien ne ressemblait à rien
Tu avais perdu le goût de l'eau
Et moi celui de la conquête
Mais mon amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime
(...)
Orly
Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu'eux deux
La pluie les a soudés
Semble-t-il l'un à l'autre
Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu'eux deux
Et je les sais qui parlent
Il doit lui dire: je t'aime
Elle doit lui dire: je t'aime
Je crois qu'ils sont en train
De ne rien se promettre
C'est deux-là sont trop maigres
Pour être malhonnêtes
Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu'eux deux
Et brusquement ils pleurent
Ils pleurent à gros bouillons
Tout entourés qu’ils sont
D'adipeux en sueur
Et de bouffeurs d'espoir
Qui les montrent du nez
Mais ces deux déchirés
Superbes de chagrin
Abandonnent aux chiens
L'exploit de les juger
(...)
Alors, suivant le conseil de Pierre Mortez, je me laisse couler au fond, tout au fond de mon marasme et quand je n'en pourrai plus de vibrer comme les cordes frottées par l'archet de ces mots, je donnerai enfin un grand coup de talon pour redécouvrir que l'amour n'est pas l'unique raison de vivre et qu'au lieu de pleurnicher, il serait peut-être temps de grandir, avec ou sans. Tenter une fois pour toute d'accepter que pour certains la vie est avec, et que pour d'autres la vie est sans... Quatre lettres qui s'opposent et qui changent tout. Quatre petites lettres qui pourtant ne sauraient régir ma vie.
Vous m'avez lue jusqu'ici ? Alors dites-moi que vous aussi, parfois, Bridget vous vous sentez !
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jeudi, 17 avril 2008
ELLE - Vie de chien ?

La boutique a ouvert il y a peu de temps.
Sa devanture avantageusement dressée me faisait de l'œil depuis plusieurs jours mais je ne trouvais jamais le temps de m'y arrêter. Enfin, aujourd'hui j'ai pu y pénétrer. En guise de sonnette, une clochette qui tintinnabule dont les sons ricochent sur les murs luxueusement habillés. Il y règne un silence d'église comme si le recueillement était impératif. La moquette est épaisse et absorbe le bruit de mes talons sur le sol. Mon regard se perd sur les étagères, les portants et autres supports variés et inventifs qui exposent à mes yeux éberlués des articles de toutes sortes.
Une dame sort d'un petit bureau discret caché au fond du magasin. Elle me dit bonjour avec un accent chantant et je me dis qu'elle n'est pas de chez nous. Elle arrive, avenante, un sourire full wattage éclairant son visage. Le sourire qui dit "oui, tout est très cher ici, mais vous le valez bien, craquez..." Elle me demande à la recherche de quoi je suis et, pour justifier ma présence que je sens au fond de moi illégitime, je me crois obligée de mentir "c'est pour faire un cadeau a une amie !" Alors là, le sourire devient béance et c'est tout juste si je ne lui vois ses entrailles tant elle anticipe déjà la somme astronomique de mes dépenses. Je suis complètement seule dans cette jolie boutique et apparemment perdue puisqu'elle décide de m'escorter pas à pas.
Je me dirige vers des étagères où sont posés des colliers de chiens en toile brodés de passementerie. Elle m'explique que tout est fait à la main par des artisans, italiens, parisiens... Que les matières premières sont de première catégorie et que tout est dans la qualité de la finition, le souci du détail et de l'originalité. Je passe rapidement car la passementerie n'est pas ce que je veux. Jouxtant ces étagères, deux racks de colliers de cuir avec des laisses de toutes longueurs. Je l'interroge car il faut bien que je justifie ma présence. Je feins d'être intéressée et petit à petit je le deviens vraiment. En fait je suis comme hallucinée. Aucun mirage, aucun envoûtement ne saurait mieux que ces articles-là me laisser bouche-bée. "Et vous voyez là, cela se termine par un bracelet qui permet de le mettre au poignet et libérer la main. Dans un cocktail par exemple, si vous ne voulez pas vous en séparer. Mais attention, il convient uniquement aux petites tailles !" Je dois avoir les yeux écarquillés car elle insiste "oui, c'est intelligent comme création n'est-ce-pas et puis regarder les coloris, les matières, les finitions..."
J'abandonne le rack, irrésistiblement attirée par la deuxième salle. Un pan de mur complet expose des colliers d'une variété incroyable. Du cuir de toutes les couleurs. Des tissus siglés à l'anglaise, à l'italienne. Du racoleur. Du raffiné. Des perles et des gadgets. Des brillants scintillants à rendre coquette la plus virile des camionneuses. Je commencerais presque à fondre. Je me surprends même à poser des questions et le pire, c'est qu'elles sont authentiques et non pas là pour meubler la conversation. Quoi, je m'intéresse au sujet maintenant ? Mais si cela continue, vous pourrez m'appeler Paris. Non, pas celui épris de la belle Hélène mais bien celle qui défraie les chroniques de sa fine silhouette blonde et de ses frasques d'écervelée. Je tâte, j'admire et plus je découvre les articles plus je me dis que nous vivons dans un monde de cinglés. "Combien ce collier-là, le rose pâle avec les brillants ?" "Celui-là est à 160CHF mais attention, ce sont de véritables cristaux Swaroski..." Ah, oui évidemment si ce sont des cristaux de synthèse qui n'ont de valeur que le nom qui les fabrique, cela change tout ! Elle a fait roulé dans sa bouche chaque syllabe comme le plus savoureux des mets "Swa-rov-ski"... Alors présenté comme cela, bien sûr, ce n'est plus outrageusement cher, c'est donné !
J'ai envie de rire. Je me détourne pour ne pas éclater à son nez, qu'elle a fort joli d'ailleurs. Et là je crois avoir atteint le comble du ridicule. Un portant plein de petits cintres sur lesquels sont suspendus des peignoirs d'éponge blanche brodés, qui vont de la taille "poupée" à la taille "enfant de 5 ans" ! Je continue l'interrogatoire franchement intriguée "Mais ce sont pour des chiens ?" "Oui bien sûr, surtout ceux à poils longs à qui ont doit faire un masque régulièrement. Vous l'enfilez pour éviter qu'il ne prenne froid pendant que le masque pose et puis ainsi vous éviter qu'il mette de l'eau partout. Ça marche très bien, ça plaît beaucoup..." Alors là, la coupe est pleine. On a, je crois, toucher le fond.
Des peignoirs pour chiens et pour chiennes ? Des colliers Swaroski, Burburry, Gucci. Des gamelles siglées en acier inoxydable qui rutilent sous les spots halogènes. Des niches en mousse capitonnée façon treillis, vichy, fausse fourrure et j'en passe. Des pulls à col roulé en laine et pourquoi pas en cachemire. Un tableau de votre chien Pop Art façon Andy Warhol ? Il n'y a qu'à commander !
Des lunettes, oui, des lunettes siglées elles aussi avec un petit élastique là qui donne au toutou à sa mémère des airs de pilote façon St Exupery....
Je ressors partagée entre la stupeur de celui qui découvre l'existence d'un monde parallèle et le dégoût de notre société. On dépense pour des chiens ce que l'on ne donnerait même pas à son voisin dans la misère ou aux Enfoirés !
Vie de chien dit-on ? Chienne de vie, oui...
Allez voir à tout prix le site internet : Modecanine.eu
06:21 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : misère, pauvreté, mode canine
jeudi, 03 avril 2008
ELLE - Désespoir ?

Libérez-la de ses chaînes !
Venez avec une pince-monseigneur, avec une scie à métaux, un trombone à coulisses, on s'en fout ! Trancher dans le vif et tant pis si sa peau saigne de douleur. Arrachez ces bracelets de fer qui maintiennent étranglés ses poignets, qui empêche son sang de passer. Son cœur pompe à vide. Il s'épuise, ouvrez les vannes, libérez le flot. Passez aux chalumeaux cette cage de métal froid qui enferme son cœur pire qu'une Bastille imprenable. Profitez-en au passage pour griffer sa chair, qu'elle se réveille de sa stupeur. Avec un flambeau éclairer le chemin qui mène à la vie. Mettez dans ses mains blessées une pelote de fil solide comme filin et guidez-la vers la sortie.
La belle est à bout. Plus envie de lutter. La belle s'en fout de demain si demain n'amène aucun vent frais, plein de pollen de vie. La belle s'en fout d'être encore jolie si ce n'est pour personne. La belle s'en fout de ses beaux mots qu'elle laisse traîner sur la toile comme les piètres témoignages de sa petite vie. La belle ne voit plus la lumière des couleurs et Dieu sait qu'elles flamboient pourtant ces derniers temps, avec le printemps verdoyant qui arrive. La brune ne veut plus rien. La belle n'a plus le goût à rien. Il lui semble que son corps même se ligue contre elle et exprime tout ce qu'elle tait. Son corps se rebelle et lui dit d'écouter les maux qu'il lui crie pour qu'enfin elle comprenne. Mais la belle n'entend plus, elle à boucher tous les huis. Bientôt la belle va étouffer...
Vous êtes tous bienvenus. Elle ne sera pas regardante sur les moyens, vu que la fin les justifie tous.
Ferblantier, forgeron, plombier, couturier ou lanceur de couteau, tout sera bon pour trancher...
22:18 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mercredi, 26 mars 2008
ELLE - La grande faucheuse
France Inter égrène comme tous les matins son rosaire de nouvelles plus ou moins gaies.
C'est bientôt le printemps et pourtant comme les feuilles à l'automne les décès sont annoncés à la pelle et je pense à Prévert. Ce poème m'a toujours mise mal à l'aise car de tous temps je l'ai associé à la mort. Allez savoir pourquoi, les associations d'idées restent des mystères pour moi. Et ce matin encore amène son lot de deuils à endosser. Mon âme se met au mauve, pas celui des lilas, non, celui d'un catafalque. Il y a quelques jours on annonçait la fin de Lazare Ponticelli. Quelle vie ! C'est amusant cette pudeur de notre langue à dire les choses comme elles sont. Circonvolutions et autres métaphores, tout plutôt que de dire comme une grossièreté "il est mort". "Il nous a quitté, il est parti, il s'est en allé, il..." Comme si la mort était un mot à ne pas prononcer en société si l'on est bien élevé. Comme si les expressions consacrées ôtaient de la douleur à ceux qui la subisse. Et derrière mon volant, toutes mes peurs de se précipiter à l'assaut de mon cerveau qui ne fait plus face.
La mort et moi on est fâché. Elle ne m'a pas amadouée, je ne l'ai pas apprivoisée. La mort et moi, nous jouons à cache-cache comme deux enfants espiègles. Elle joue à me faire peur et elle y réussit à chaque fois. Elle est rôdée depuis le temps. Et puis elle connait son pouvoir. Combien de fois n'ai-je pas sursauté à son évocation, au bord du désespoir, au moment de l'endormissement, quand je relâche mes protections ? Elle est patiente et finaude. Elle guette au trou comme le renard sa proie. Et la voilà, malicieuse, qui se manifeste alors que je m'abandonne ! L'idée d'elle surgit et alternativement je tombe de la balançoire, je dégringole les marches d'un escalier sans fin ou je tombe dans un précipice dont le fond est noir et sans espoir.
Et ce matin encore, confortablement installée dans l'habitacle, j'ai peur de la voir surgir et que ma voiture soit une piètre cage de Faraday contre sa puissance foudroyante. Elle est polymorphe, la garce, et je ne sais quelle forme elle prendra quand mon tour viendra. Et je ne veux pas que mon tour vienne. Combien d'incantations n'ai-je pas prononcées depuis que je suis née pour l'effaroucher ? Des milliers ! Et dans le noir de ma chambre, ne l'ai-je pas défiée "jamais tu ne me prendras". Lazare a vécu tant d'années, envierais-je son sort ? Suis-je donc si attachée à cette vie que la perspective de la perdre me fait paniquer ? Qu'a-t-elle donc de si fantastique, à bien y regarder, pour que je m'y accroche comme une naufragée à un esquif ? Rien, véritablement. J'ai enfin accepté que géniale jamais je ne serai et que jamais je n'apporterai aucune invention fabuleuse ou un quelconque soulagement ou remède à l'humanité. Mon passage sur terre aura été un souffle à l'échelle de l'univers. Un souffle ? Que dis-je, un battement de cil ! D'ailleurs, quel est donc mon but sur cette terre ? Quelle est donc cette mission secrète que je dois accomplir et qui justifie que je sois. Que je vive et respire moi, qui ne crée rien, moi qui ne construis rien, moi qui ne me reproduis même pas ? Mes yeux deviennent flous et la circulation s'estompe à mon regard voilé.
Je ne veux pas mourir et pourtant il le faut. Aucune sagesse la vie ne m'a apportée qui puisse m'aider à accepter que demain je ne serai plus. Pourquoi donc vivre si l'on doit mourir ? Le but de la vie, quel est-il ? Hasard de la génétique. Rencontre fortuite d'un ovule fertile et d'un spermatozoïde frétillant. Serait-ce simplement cela qui explique ma présence ici ? Comment ferai-je pour enfin envisager de me quitter, moi qui aime tant la vie ? Quelle est donc la recette ? Se dire que cela ne peut durer. Se dire que c'est normal et de bien en profiter. Se dire que c'est inéluctable et qu'il ne faut plus y penser.
Pourtant, je veux pendant des siècles arpenter les paysages variés de notre planète. Apprendre toutes les langues étrangères pour communiquer avec l'homme habitant la contrée la plus reculée et jouir de le comprendre et de me mettre à sa portée. Le comprendre lui et sa culture et son passé. Je veux tout goûter. Goûter toutes les saveurs et toutes les sensations. M'enivrer de toutes les liqueurs et faire mon cœur vaciller de bonheur. Je veux aimer à en crever sans pourtant y passer et tous les soirs refaire l'amour comme au premier jour mais en mieux, avec l'expérience et la patience de celui qui a appris, qui a compris, qui sait !
Alors, la mort et moi, on va devoir faire la paix. Je vais devoir négocier avec elle un armistice et tout lui expliquer. Car ce que j'ai compris c'est que, dans tous les cas, elle gagnera. Alors, lui dire que je veux qu'elle me foudroie alors que pour la énième fois je lutte en corps à corps avec l'amant adoré. Qu'à la Félix Faure seulement je veux mourir, dans un souffle, dans un soupir de plaisir. Je veux qu'elle me cueille alors que je serai perchée au faite d'un sommet olympien, embrassant du regard l'infinité de la beauté terrestre. Qu'elle soit généreuse et que subitement comme les Parques elle coupe le fil de ma vie d'un coup bien maitrisé de sa faux aiguisée comme le plus pur des katanas. Que dans un sourire je quitte cette vie que je chéris tant sans même savoir pourquoi.
Je vous laisse, la mort et moi, on a à causer...
06:40 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mort, finalité
mardi, 19 février 2008
ELLE - L'inélégance de la chair
Je me suis installée dans le salon attenant au lobby.
La lumière y est un peu crue, qui dessine en ombres verdâtres les moindres défauts des visages. Je suis assise confortablement dans un fauteuil tout au fond pour avoir une vue panoramique. Comme à mon habitude j'ai décidé d'observer pour quelques longues minutes la foule qui va et vient et de me remplir d'images d'humains. Mon carnet à spirale aux pages blanches et lisses clignent en ma direction, curieuses de la note que sur la chair je vais graver.
La décoration n'a rien de remarquable et je soupçonne le même décorateur sans goût de démultiplier ses talents dans tous les Hilton du monde. Des colonnes néo-classiques en porphyre vert foncé tout droit sorties d'un péplum de Cinettà cassent la monotonie de ce salon rigide, moquetté de vert fleuri, reste vraisemblable d'une manufacture anglaise de tapis des années soixante-dix. Je souris à l'idée d'Elizabeth II en train de barguigner avec son copain Beaudoin des kilomètres de moquettes avariées en dégustant goulûment quelques moules qui laissent sur ses doigts un fumet rabelaisien ! Je souris en imaginant le groupe Hilton se voyant imposer dans le cahier des charges l'acquisition de ces tapis. Bref !
Les lumières rutilent de toutes parts et me font presque froncer les yeux. Quelques personnes paraissent sur des canapés profonds et le rire d'un businessman, fier de son trait d'esprit, fuse et vient se ficher dans mes tympans. Il est le seul à rire et nul doute que L'abbé de Vilecourt lui aurait fait savoir de la plus caustique des manières le manque de subtilité dont ici il fait montre. Et, de temps en temps, sa montre en or Rolex darde sur mes pupilles des éclats plus aveuglants qu'un morceau de miroir dans la main du naufragé.
Je regarde à droite et repère deux hôtesses vêtues de noir. Une petite et une perche, toutes deux filiformes, badge sur le sein gauche, petit doigt sur la couture de la jupe, bas fumés, talons hauts. Elles font le pied de grue, ce qu'elles ne sont pas même si, de prime abord, un chaland affamé pourrait s'équivoquer de les voir piétiner. Pourtant le chaland elles attendent, non pas pour le plumer mais bien pour le guider. Il y a une réception organisée ce soir. Soirée de gala si j'en juge par la mine de ceux qui en groupe arrivent. En journaliste en herbe, je me tuyaute, la société Essent reçoit. A voir arriver les couples on pourrait se méprendre.
S'agit-il de l'élection de Miss Ronde ou d'un séminaire Fleury-Michon ? Je regarde passer, incrédule, des femmes saucissonnées dans de jolis chiffons. La faille de soie, le satin, les shantungs les plus luxueux défilent sous mes yeux. Hélas, hélas, ce ne sont pas Gisèle, Kate ou Karen qui les mettent en valeur, mais de grosses jeunes femmes bien charnues, à la peau blanche bien tendue, bien plus plantureuses que les belles de Rubens, et c'est peu dire !
Les seins débordent des bustiers bien trop échancrés qui laissent deviner des mamelles plus généreuses que celles des Holstein. Les ventres bourrelés font onduler en mille anneaux disgracieux les tissus onéreux, honteux du modèle qui les porte. Des bras informes aux reliefs ramollis arborent des bijoux dont les mailles opulentes cisaillent les chairs comme le filet, la charcutaille. La chair blanche et molle dégouline de toute part. Les robes se révoltent en plis mal placés qui godaillent. Les drapés crient "au viol" qui sentent le fil des coutures les écarteler à en déchirer leur pucelage.
Et plus je les regarde et plus je m'apitoie. L'esthète en moi s'insurge. L'amoureuse des proportions s'étonne et s'afflige. Comment peut-on se mettre ainsi en "dévaleur" ? Comment ne pas voir la laideur d'une mise qui, au lieu de glorifier les formes, les cloue au pilori sur la place publique ? Car enfin quoi, l'abondance n'est pas vilaine lorsqu'elle est joliment présentée et nombre de femmes très charnues savent valoriser un capital généreux si difficile à gérer. Comment vouloir sacrifier à la mode et au prêt-à-porter péremptoire, au détriment de la joliesse qui est pourtant le seul but recherché ? Et au lieu de célébrer par leurs mensurations de statue callipyge la Féminité, elles se ridiculisent.
Serait-ce encore une fois une question de culture ? Et les Flamands seraient-ils amateurs de ces lignes congestionnées dans des carcans de toile qui exaltent l'imperfection des corps et mettent en évidence l'abondance des chairs, prélude silencieux à des hivers plus chaud ?
Ou ne serait-ce pas plutôt comme je le crains, que les diktats de la mode sont si pregnants au cerveau des femmes qu'elles se croient obliger de porter des vêtements dont les lignes ont été clairement tracées pour les anoréxiques qui peuplent les podiums ? Intoxication à l'échelon mondial des femmes qui font fi de leur conformation pour rentrer à toute force dans le 38 tant convoité, dernier chiffre acceptable sur l'échelle du prêt-à-porter ? Seraient-elles à ce point intoxiquées que le recul leur est impossible et que coûte que coûte il leur faut se conformer à une tendance même si celle-ci les crucifie ?
Je ne sais pas mais je reste perplexe car si la beauté est une chose subjective, je voulais croire que l'idée de l'élégance ne l'était pas.
Apparement, si !
* * *
"L'élégance n'est pas la beauté." Jean-Claude Pirotte
"C'est l'élégance simple qui nous charme." Ovide
PS : Que les jolies dodues me pardonnent. Cette note n'est pas dirigée contre elles mais plutôt contre l'aveuglement qui fait préférer la mode à l'esthétique et à l'élégance.
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dimanche, 27 janvier 2008
ELLE - La femme objet
Je ne suis pas la première mais j'espère ne pas être la dernière.
Je sens monter en moi des colères de suffragette, de révolutionnaire, mêlées de cynisme. De tous temps, il me semble, la femme a été l'objet d'humiliations infligées par des hommes plus où moins puissants, au propre comme au figuré, cela s'entend. D'aucuns diront encore que je vois le mâle partout. Soit, et ce n'est pas une hallucination mais bien un constat et l'hypothèse d'une part de frustration mâle ne peut-être écartée lorsque l'on constate les exactions arbitraires commises par des hommes contre la femme partout dans le monde.
Je ne vais par réciter la litanie de tous ses maux. Je ne suis ni historienne, ni sociologue, juste une femme européenne parmi des millions de femmes qui observe avec irritation que notre civilisation ne tend plus vers une élévation des êtres mais stagne à des hauteurs mesquines. Quel poncif ce serait de répéter ici les procès déjà faits par de nombreux journalistes, éthologues et autres sociologues sur l'utilisation avilissante et indigne de la femme dans notre société de consommation, même si les ânonner finalement serait d'utilité publique et permettrait peut-être à certains de mettre un frein à ces abus.
Le fait est que la femme, son corps et ce qu'elle représente servent d'alibi pour vendre à nos congénères des produits de toutes sortes sans prendre en considération le côté dégradant de telles propositions. Et que des femmes se prêtent au jeu me désole d'autant plus qu'elles entretiennent le mal. Car, si telle Lysistrata, plus aucune femme au monde n'acceptait de participer à cette mascarade bien souvent humiliante, alors peut-être verrait-on les hommes se rendre à la raison et cesser cette abjecte exploitation.
Imaginez leur tête s'ils devaient à leur tour se mettre à poil pour un oui ou un non, s'afficher tête à l'envers la balayette à la main ou bien encore écouter, un air niais sur le visage, la plombière leur expliquer les méfais du calcaire sur la machine à laver. Ou pourquoi pas, comble de jubilation, regarder un beau blond en maillot de bain chevauchant à cru un canasson sur la plage se prendre un gadin magistral ...
Mais pourquoi subitement cette crise d'indignation ? Simplement parce que dans le dernier TGV Magazine, mes yeux se sont posés, incrédules, sur une publicité à me faire crier à l'outrage. Imaginez un instant que pour promouvoir sa dernière création, révolutionnaire bien sûr, la création, enfin il le pense, Monsieur Francis Bergeade (Michel Serrault), directeur florissant d'une fabrique de lunettes de WC, fasse appel à un publicitaire sans imagination, plus bonimenteur que véritable démiurge, pale copie de Séguéla.
Imaginez que celui-ci, dans un accès de créativité incroyable, élabore une acampagne encensant le produit dont l'audace du design, la noblesse des matières seraient mis en exergue sur fond de jardin romantique à l'anglaise. Ou non, encore mieux, pour plus d'exotisme, sur fond de jardin japonais avec étendue d'eau et petit pont à l'horizon. Oui c'est cela, bien sûr, l'épure du Japon ! L'é-pure pour purifier une fonction réputée sale.
Et, ô merveille d'inventivité, pour couronner le tout, cerise sur le gâteau ou plus tristement, cul sur le couvercle, une jeune-femme en pleine méditation zen, le fondement posé sur l'abbatant en bois réticulé (ben si !) qui traduirait évidemment le bien-être que cela est de déféquer sur un tel trône ! Elle est vêtue d'un ensemble pantalon d'un blanc immaculé (je rappelle : immaculé = sans tâches) qui purifie de sa blancheur contagieuse la fonction précitée que rien ne saurait glorifier !
Je reste sans voix devant cette publicité. Mes cordes vocales ne peuvent même pas exprimer en un grognement réprobateur la colère qui me saisit devant une telle ineptie. Et pourtant, des centaines de milliers d'€uros auront été déboursés au profit d'un publicitaire sans inspiration par un patron enchanté de la campagne qu'il va lancer à grand frais dans la presse papier (Q).
Ne voilà-t-il pas une illustration probante de tout le cas que fait l'homme de la femme dans notre société dite "développée" ? Je suis affligée. Quels mots pourrais-je opposer à ce slogan édifiant "L'abattant qui correspond à mon style de vie" ?
Je ne vais pas épiloguer. Ma bataille est perdue d'avance.
Nous ne changerons rien tant que sur terre il y aura des cons sans imagination !
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mardi, 22 janvier 2008
ELLE - Vague à l'âme

Ce soir j'ai du vague à l'âme.
Non pas l'âme vague, confuse, floue, incertaine, indéterminée. Non, non rien de tout cela.
Ce n'est pas non plus une difficulté d'être passagère, un mal de vivre sans cause bien définie où se sont complus les Romantiques. Non, c'est autre chose car chez moi pas de complaisance mais au contraire de l'agacement de moi. Mais quoi ? Ce soir, là, alors que mes doigts agiles gigotent sur le clavier tentant de tracer des caractères qui révéleront le mien, mon âme est souffrante.
Je ne sais de quel mal elle souffre, mais elle souffre. Je suis confortablement installée devant l'écran de ma page avec une injonction puissante qui me saisit les mains et les oblige à taper ces mots. Quoi de plus parlant que l'image de la digue qui craque sous la pression des eaux bien trop tempétueuses, bien trop boueuses, bien trop pesantes pour le renfort qui n'assure plus sa fonction et cède de guerre lasse. Mon intellect à beau s'arc-bouter, mes raisons venir s'appuyer à son dos pour le renforcer, rien n'y fait. Mon âme me dit "laisse couler" et la digue lâche. Je m'inquiète, je m'interroge, me secoue littéralement et je sens en moi des remous souterrains, dangereux qui remontent. Alors, je ne bouge plus. Je me tiens hiératique plissant les yeux pour ne pas pleurer. Non mais, je ne vais pas me laisser aller.
Tout va très bien. J'ai la santé, un bon travail bien payé, des amis qui raffolent de moi, des hommes qui m'aiment et me font la cour. J'ai le minimum vital et le superflu, j'ai, j'ai.... nom de dieu mais de quoi je me plains. Quel est donc cet élan incoercible qui fait que mes yeux s'embuent d'eau salée, mon intérieur se dissout et se rompt, grignoté par des sentiments inconnus sapant mes fondations.
Je me reprends, je me redresse, je respire. Mes raisons accourent encore. Elles sont nombreuses et convaincantes, encore une fois, elles vont y arriver, il suffit juste que je les écoute d'une oreille attentive. Que de leurs phrases bien rodées elles pénètrent, trompettantes, dans mon cerveau et y érodent mes pensées dévastées. Je me mets dans le silence, j'ouvre mes oreilles tout grand pour que mes raisons y plongent, mais non. Aucun traitement, aucun raisonnement ne peut abattre cette vague de vague à l'âme. Alors, dans le dernier élan du lutteur épuisé sur le sable, j'attrape ma bible, celle qui mieux qu'un Vidal va m'expliquer le pourquoi, le comment et sur son papier jauni révéler enfin ce que c'est que je vis et qui me fait tanguer.
Je lis "'âme, n.f. est issu du latin anima, qui a produit en roman puis en ancien français les formes anima (Xè s) aneme (XIè s) anme, dénasalisé en ame (XIè s. Le mot latin signifie "souffle, air" et remonte à l'indo-européen (sanskrit aniti "il souffle") ; il est apparenté au grec anemos "air". Le latin a très tôt distingué un principe mâle, supérieur l'animus, et un principe femelle l'anima qui traduit le grec psukhê au sens de "principe de la vie" (c'est la'nima qui fonde une forme de vie supérieur..."
Il semblerait alors que le vague à l'âme soit la souffrance du "principe de la vie" que seules les femmes peuvent ressentir. Une affliction née uniquement dans le coeur des femmes, les hommes en étant exempts puisque l'animus est le principe qui les anime et qu'ils ignorent l'anima. Cela expliquerait alors peut-être que la femme soit sujette à ces maux quand l'homme les évite. Je lis des colonnes entières d'explications mais je ne trouve pas ce qui m'afflige.
Je suis toute entière brinquebalée de gauche et de droite sur une mer intérieure déchaînée. J'ai envie de hurler au secours, que cesse la tempête, qu'un navire puissant et lourd vienne à ma rescousse pour m'offrir son bord stable et sec. Je voudrais ne plus être mue comme je le suis pas ces marées qui me brisent et me laissent sur la plage, la chair vrillées de mille épines de chêne de la coque brisée.
Le vague à l'âme me rapproche de mon élément, l'eau, toujours si présente qui tour à tour me fertilise ou me noie, m'inonde ou me porte. Et encore maintenant, alors que mes pensées coulent au fond, je ne sais ce qui fait que ce soir je voudrais ne plus rien ressentir, ne plus rien espérer. Juste vivre comme un bienheureux de la bible, sans aucune question pour venir troubler ma tranquillité.
Mais trouverais- je un jour, un jour seulement, la capacité de naviguer enfin sur une mer calme ?
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samedi, 19 janvier 2008
ELLE - L'impuissance
Jeudi 11 janvier 2008, 21H00.
Envoyé Spécial, "Une jeunesse sans adresse".
Pour une fois, j'ai allumé la télévision que j'exècre. A part quelques programmes qui ont su garder et le ton et le fond du reportage d'information, de l'enquête authentique sans racolage, sans l'obsession du taux d'écoute, je ne supporte plus les programmes des chaines publiques ou privées. Je ne souffre plus d'entendre les inepties débitées par des animateurs tous plus ignares les uns que les autres, imbus de leur célébrité de pacotille à eux conférée par des masses stupides et éclairées. Car que seraient le terre et le monde de la télévision sans ces masses avisées qui ont le bon goût de plébisciter des émissions qui érigent en référence culturelle la médiocrité des hommes et leurs défauts les plus abjectes tel que le voyeurisme.
Ce soir, la voix mélodieuse de Guilaine Chenu sinue dans mes oreilles qui pour une fois acceptent de se faire attentive : "Ils ont l’âge des possibles, 20 ans, et sont sans domicile fixe. Alors que 47 % des Français craignent de se retrouver un jour à la rue, Envoyé spécial a enquêté sur une catégorie de SDF totalement passée sous silence, les jeunes. Et pourtant, ils sont de plus en plus nombreux : plus d'un SDF sur quatre a aujourd’hui moins de 25 ans. Swann passe ses nuits sur une bouche de métro à Lille. Barbara et Bastien s’aiment mais doivent se séparer chaque soir pour ne pas dormir dehors. A Paris, Cindy, 20 ans, connaît par cœur la rue et ses dangers, la violence, les proxénètes et la drogue… Le point commun de tous ces jeunes : ils ont coupé les ponts avec leurs parents. Sans travail, sans logement et sans famille, ils sont la frange la plus précarisée, la plus démunie et la plus fragile de la jeunesse française." Le sujet m'interpelle, et n'ayant pas dîné, je décide de grignoter quelque chose en regardant ce reportage. Déconnectée que je suis parfois de la réalité de la société française, je me dis que je dois savoir. Ne pas faire l'autruche et écouter ce que je ne prends pas le temps de lire dans les journaux et que France Inter ne peut rapporter de façon aussi exhaustive à la radio.
Je m'attable devant un repas frugal. Mon réfrigérateur est aussi désert que mon cœur.
Le reportage démarre et, sans misérabilisme, le journaliste présente en un constat effrayant la situation de quatre jeunes dont le plus âgé n'a que 25 ans ! A peine cinq minutes se sont écoulées que le jambon ne veut plus descendre dans mon estomac tant ma gorge est serrée. J'imagine à chaque déglutition difficile la souffrance de toutes ces oies et tous ces canards que l'on gave consciencieusement pour que des nantis comme moi en dégustent le foie quand d'autre n'ont rien de rien, même pas un toit.
La fourchette s'arrête à mi chemin et se repose sans que ma volonté ait décidé quoique ce soit. Automatisme de solidarité involontaire. Sentiment de culpabilité instantanée qui me fait regarder mon assiette, ma salle à manger, et au-delà de mes yeux, toutes les autres pièces de ma grande maison confortable, bien meublée, bien chauffée avec le regard de celle qui réalise à quel point elle est chanceuse d'avoir tout et qui pourtant encore se plaint parfois.
Je ne peux plus manger. Envie idiote de fraterniser avec les démunis, de ressentir la faim de celui qui dort dans le froid tranchant de la nuit lilloise couché sur un pauvre carton obturant une bouche d'aération du métro. Non, ne vous y trompez pas. Je ne ressens pas une culpabilité bourgeoise de circonstance qui passera une fois le téléviseur éteint. Non, je ressens une véritable empathie pour ces jeunes qui n'ont personne pour les soutenir ou qui ont du fuir un foyer hostile.
Et me voilà glissant sur une spirale sans fin qui m'entraîne vers l'enfer des questions éternelles qui ne trouvent pas de réponse en dépit des réflexions approfondies de tous les théoriciens et autres économistes ou politiciens de haut vol. Comment se fait-il que peu ait autant, et tant ait si peu. Comment peut-on laisser des enfants dans la rue sans protection, sans le minimum pour vivre avec dignité ? Où avons-nous péché dans nos raisonnements pour qu'au XXIème siècle il y ait encore des gens qui vivent comme au moyen-âge, de mendicité, de supplications humiliantes auprès de congénères égoïstes et subitement atteints, à leur vue, de cécité ? Comment accepter que des hommes et des femmes doivent vivre dehors et affronter les dangers de la rue devenue coupe-gorge à la nuit tombée ?
Évidemment je ne suis pas la première à me poser ces questions et je ne prétends pas trouver enfin ici la réponse. Mais je m'insurge car tous ces êtres sont nés d'un père et d'une mère, ont sauté sur les genoux de grands-parents ou d'oncles, se sont chamaillés avec des frères et des sœurs car tous les jeunes à la rue de sont pas des enfants abandonnés refourgués à la DASS.
Cela me dégoûte de penser que telle tante choisit d'ignorer que sa nièce traîne avec pour tout défense un chien malingre pour la protéger dans les méandres souterrains du métro. Que tel frère ne se soucie plus de savoir si son benjamin a trouvé du travail ou mangera ce soir à sa faim. Et je regarde de plus en plus affectée le reportage qui égrène ses perles de misère en un collier plus noire que la honte. Et je me dis que je devrais faire de ma vie quelque chose d'utile en m'investissant dans une association qui permettrait vraiment la sauvegarde de la dignité de ces êtres en perdition. Car qu'adviendra-t-il de ces enfants ? La mort les attend à coup sur les nuits d'hiver, qu'elle soit assénée par le surin hypocrite d'un compagnon d'infortune ou pour par le gel d'une météo cruelle.
Avec un peu de chance, la prostitution pour elle et lui sur un boulevard périphérique ou dans un bosquet maculé de préservatifs. Suis-je une utopiste lorsque je me dis que si chacun de nous faisait un geste vers un être dans le besoin alors peut-être la donne changerait et cela permettrait de l'aider à s'en sortir pour de bon ?
Je suis comme une idiote impuissante devant mon assiette. Je n'ai plus faim. J'ai des envies d'adoption, de révolution, de protestation, de pétition. J'ai des envies de sièges, de batailles, de rébellions. Apostropher tous ces politiques qui se prélassent dans des palaces, qui mangent dans les ors, qui abusent du système et dorment à peu de frais dans des appartements de princes. Je ne sais pas par quel bout le prendre. Et quand Medecins du Monde, Action contre la faim ou l'Unicef m'écrivent pour soigner, nourrir et éduquer des êtres perdus à l'autre bout du monde, je devrais leur répondre "mais agissez en France, il y a de quoi faire !" Ils le font peut-être déjà mais je ne le vois pas, soit que cela n'est pas assez dramatique ou exotique pour mériter une publicité digne et rassembler des cotisations ou bien leur efficacité laisse à désirer. Le fait est que chez nous, nous avons la même misère qu'ailleurs mais nous nous y habituons si bien que nous oublions, au moment de payer, que le tsunami à fait des centaines de victimes mais que la faim en France tue aussi !
Bref, je pourrais ratiociner pendant des heures sans rien changer au problème. Et c'est bien là mon drame.
Que faire ?
04:20 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mardi, 01 janvier 2008
ELLE - La critique est aisée...
... et l'art est difficile !
Voilà une maxime fort bien trouvée et Philippe Néricault Destouches, illustre inconnu de la majorité et de moi-même je l'avoue, ne savait pas en la tournant aussi efficacement que quelques siècles plus tard elle servirait de départ à une de mes notes, agacée.
Dernièrement je me demande quelles peuvent bien être les véritables motivations de tous ces gens qui critiquent, qui se posent en censeurs, qui moralisent plus vite que le vendeur à l'encan. Moi qui promeus à tout moment la bienveillance, un peu MLK déclamant à tous vents "I had a dream", un peu Mahatma Gandhi, ces derniers temps je ne les supporte plus !
Ras le bol des râleurs de tous poils ou glabres d'ailleurs, car il n'y a évidemment pas de corrélation entre la pilosité et la capacité de nuisance. De ceux à qui est offert un diner excellent dans un lieu de qualité, gratuitement, juste parce que c'est la tradition, parce que c'est Noël et qui après s'être empiffrés de petits fours à pleine gueule comme des pourceaux sans raffinement, critiquent à renfort d'adjectifs dépréciatifs la qualité des mets, de l'accueil, du décor sans reconnaître qu'au frais de la princesse ils ont diné dans un restaurant que jamais eux-mêmes ne se seraient payés.
Ras le bol des français bas de gamme, hommes et femmes de petites ambitions, qui ne sont jamais satisfaits de ce qu'ils ont et reluquent sans cesse le jardin du voisin, forcément plus vert, forcément mieux payé. Et la voiture, tu as vu, il en a encore changé. Ce n’est pas normal, il doit magouiller ! Et puis tu as vu sa femme comme elle est bronzée. Ils sont encore allés au Caraïbes, mais comment fait-il ? Ils conspuent l'ambition chez les autres comme une chose vile, crachent sur la méritocratie au nom de la sacro-sainte égalité sans pourtant participer à l'effort commun.
Ras le bol des donneurs de leçon "je vous l'avais bien dit", "je vous avais prévenu" qui, au lieu de faire progresser l'affaire, ne savent que ressasser les avertissements qu'ils avaient donnés, tranquillement retranchés derrière leurs certitudes, au lieu de mettre en place avec les courageux, les vrais, ceux qui osent bousculer, un plan de bataille pour gagner. Ceux qui se rassérènent quand l'autre tombe et qui au lieu de tendre une main secourable continuent à claironner l'hallali !
Ras le bol des réactionnaires qui préfèrent rester dans un confort bourgeois de routine installée depuis des années plutôt que de fournir enfin le petit effort qui bénéficierait à la majorité. Reporter l'obligation de faire d'une minorité sur une majorité, voilà bien toute leur compréhension de la démocratie. Malheureusement cela arrive tout le temps et les managements pleutres de valider cet état de fait par pusillanimité.
Et puis ras le bol des lecteurs de blog, mauvais coucheurs en mal de frissons qui, au lieu de savourer le plat proposé, le dégustent pour mieux cracher dedans et souligner non pas l'audace de l'association des épices et des arômates ou celle de la présentation mais la faiblesse d'un raisonnement ou le manque de rigueur. Qui pointent du doigt une histoire improbable faisant fi de la création. Qui foulent au pied l'œuvre au sens premier du terme et sont sans considération pour l'originalité, le travail fourni, le temps passé.
Mais qui sont donc tous ces gens mus par une critique destructrice plus ravageuse que Shiva ? Que cherchent-ils donc à accomplir en passant leur vie ainsi, stérilement. Le verre est toujours à moitié vide. Le vin n'est jamais assez bon. La vie injuste parce qu'ils ont toujours moins pensent-ils, et de toutes façons, moins bien.
Mais se rendent-ils compte qu'avec un monde rempli d'eux seulement l'humanité n'aurait sûrement pas progressé et certainement les dix commandements n'auraient jamais vu le jour pour policer des êtres envieux, jaloux, adeptes de la noirceur et zélateurs inconscients d'une certaine forme d'obscurantisme.
Je hais ce peuple si nombreux qui fait mon quotidien. Je suis tel Dom Quichotte qui lutte contre des moulins. Je fonce, je pourfends, je renverse, j'écrase mais ils ont ce don, il me semble, d'être tous les jours plus nombreux et aucune génération qui trépasse n'en diminue le nombre. Serait-ce que c'est dans la nature de l'homme et que, quelles que soient nos avancées, à cause de lui nous piétinons ?
Ce soir, je ne supporte plus tout cela et comme une enfant qui crois encore aux contes de fée, je ferme très fort les
yeux et j'émets le vœu "que 2008 voient les méchants transformés en gentils. Que les étroits d'esprit s'ouvrent à l'infini. Que les critiques et les sceptiques enfin y croient pour que le monde, peut-être, enfin avance !"
Bonne Année à tous, même aux grincheux ...
06:00 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 01 décembre 2007
ELLE - En avoir ou pas ?
Un jour ma soeur m'a dit, bouleversée, "ton enfant, si tu veux, je le porterai !"Cela n'a pas eu lieu. Il aurait fallu aller à l'étranger, Italie ou Espagne, suivre un parcours du combattant plus inhumain encore que celui que je connaissais. Ou bien il aurait fallu mentir, contourner la législation par tous les moyens, faire de fausses déclarations, que sais-je encore ? Alors cela ne s'est pas fait car en France nous sommes conservateurs ou conservateurs dans le mauvais sens. Et pourtant, ne faisons-nous pas partie de l'Union Européenne, cette grande nation composite dont plusieurs membres ont légiféré "pour" sur le sujet de la mère porteuse ?
Alors, quand je lis l'édito du Elle "Mères porteuse oui ou non ? Un couple français vient d'être reconnu par la justice comme parents de jumelles nées d'une mère porteuse américaine. Le débat est relancé : pour ou contre la légalisation des mères porteuses" mes yeux s'arrêtent, tétanisés comme la biche blessée devant les épagneuls ameutés qui grondent, les crocs acérés prêts à mordre, à tuer.
Je découvre inquiète le point de vue de deux journalistes, Marie-Françoise Colombani, la quarantaine joliment assumée, et Dorothée Werner, jeune-femme sur le visage de laquelle traînent encore des rondeurs pré-pubères. Elles donnent en écho leur point de vue que je dévore. MFC pour, DW contre.
MFC en femme qui a vécu se positionne tout en finesse, sans censurer. Elle est pour mais sans enthousiasme, pour en femme lucide. Elle attaque factuelle "Le droit à l'enfant, superlatif affamé du désir d'enfants, est devenu aujourd'hui une revendication qui n'est plus négociable.... " Elle énumère les excès dans ce domaine, tant les homosexuels qui veulent le droit à adopter, que les lesbiennes qui partent chez nos voisins se faire inséminer, que les folles soixantenaires qui veulent encore procréer contre les lois de la nature, contre les droits de l'enfant à venir. Mais elle rappelle aussi que sans compassion ou empathie déplacée il faut légiférer pour limiter les abus en tout genre, éviter les dérives, les opportunismes et les business lucratifs de proliférer au rythme des vœux non exaucés. Pour autant, elle préconise que cela soit autorisé dans le cadre d'une loi qui permettre ainsi à ceux qui ne peuvent naturellement pas avoir d'enfant de tenter d'en avoir quand même grâce à cette dernière option sans pour cela devoir braver la loi incidemment en allant à l'étranger ou en devenant les proies de vendeurs de miracles malhonnêtes.
Je découvre la suite. Je m'attends au pire car contre elle est. Elle débute, sarcastique, l'image choc flottant au bout de son étendard pour mieux choquer, pour mieux rallier à la façon de Paris-Match " "Utérus à louer" : cette petite annonce fleurir sur Internet dans toues les langues et à tous les prix. Et l'on devrait légaliser ?..." Je continue, interpellée "Au nom d’un pragmatisme benêt, parce que d’autres pays l’ont fait, parce que quelques rares couples français s’y risquent, parce que d’habiles lobbyistes de la cause, blanchie sous l’appellation « gestation pour autrui », font le forcing ? Rappelons-leur que l’existence de certaines pratiques ne justifie en aucun cas leur légalisation (l’inceste, par exemple, dont l’interdiction structure notre société). Rappelons-leur également que certaines choses autorisées à l’étranger (la peine de mort, par exemple) ne le sont pas en France, et qu’il est permis de s’en réjouir. Légaliser la pratique des mères porteuses reviendrait à étendre le champ du commerce au corps humain. A mépriser tout ce que la psychanalyse nous a appris au XXe siècle sur le lien mère-enfant, tissé dès la vie intra-utérine. A réduire des femmes (des « sous-mères » ?) à leur seul utérus. A légaliser l’abandon contractuel, voire salarié, au mépris des enfants à venir... Tout cela au nom de quoi ? Du désir d’enfant. C’est l’une des questions les plus taboues de nos sociétés occidentales : doit-on tout faire, et même les plus invraisemblables bidouillages, pour que les couples stériles malheureux puissent avoir un enfant malgré tout ? Avoir un enfant est-il un « droit » ? La réponse est non.... "
Bien sûr, pour soutenir son point de vue elle joue indécemment sur les mots. Est-ce un droit au sens légal du terme "Fondement des règles régissant les rapports des hommes en société, et impliquant une répartition équitable des biens, des prérogatives et des libertés." Non, car il ne s'agit pas d'un droit mais de "pouvoir légitimement exiger" ce que la vie offre comme possibilités, autres que celles reconnues légitimes et acceptables d'un point de vue moral par notre société de droit.
De plus, il n'est pas question de savoir ici si cela est bien ou mal, souhaitable ou regrettable, morale ou amorale. Il ne s'agit pas, au travers d'une opinion personnelle et biaisée, d'émettre un jugement qui jugerait par extension la motivation des couples qui souffrent. Car pour moi, c'est uniquement de cela qu'il s'agit : éviter la souffrance éternelle à des hommes et à des femmes qui, pris séparément, peuvent concevoir mais qui, ensemble, ne le peuvent pas ou bien à des hommes et à des femmes qui techniquement sont empêchés alors que biologiquement ils le peuvent. La chirurgie n'a pas la réponse à tous les cas et mère Nature est souvent si cruelle, si injuste. Et pour pallier cette injustice pourquoi ne pas demander à une femme consentante, dans des conditions bien déterminées et acceptées par elle sans possibilité de retour et de dédit en cours de route, de porter pour soi ce que soi ne peut porter ?
Car elle à l'air d'oublier cette jeune-femme, ou plutôt et c'est plus grave, elle a l'air d'ignorer que ce qu'elle appelle avec un brin de dédain "les couples stériles malheureux" n'est pas toujours l'association de deux êtres à proprement parlé stériles. Elle devrait se renseigner et apprendre que la Nature est bien plus créative que ce qu'elle sait d'elle !
Pourra-t-elle m'expliquer pourquoi une femme devrait accepter sans lutter la sentence de la Nature et ce, pourquoi pas, en tendant la joue droite ? Pourquoi ne pas utiliser les possibilités de la science conjuguées à l'entraide éclairée de trois êtres humains pour renverser ainsi la tendance ?
Mais n'est-elle pas idiote caricaturiste cette jeune journaliste de clamer "A mépriser tout ce que la psychanalyse nous a appris au XXe siècle sur le lien mère-enfant, tissé dès la vie intra-utérine." ? Franchement, n'a-t-il pas été prouvé par maint psychologues de renom que les parents biologiques ne sont rien par rapport aux parents "réels", c'est à dire ceux qui aiment, qui nourrissent, qui guident, qui élèvent ?
Je crois rêver et vais sûrement en choquer plus d'un, mais mon sang brûle mes veines à lire ces âneries ! S'agit-il vraiment d'argent et seulement de cela ? Quelle est donc la peur sous tendant son positionnement ?
La tentation existera certainement pour certaines pour cause de précarité sociale ou pour tout autre motif dérangeant de se "vendre", mais celles-là seront évincées car leurs motivations ne passeront pas le sasse de ceux qui devront les évaluer comme candicates potentielles et appliquer une loi bien bordée.
Car enfin connaît-elle cette jeune femme les souffrances ineffables de la femme qui sait pouvoir concevoir et qui pourtant seule ne le peut pas ? Connaît-elle ce que c'est que d'endurer des mois entiers des piqûres quotidiennes qui font ressembler le ventre de la femme à une boule de couturière et dont les dizaines de traces rouges sont autant de témoignage de ses tentatives ratées ? A-t-elle idée des douleurs physiques et psychologiques qu'il faut supporter sans perdre la foi jamais ? Sait-elle les prières inventées qui viennent spontanément aux lèvres de la femme qui pleure en voyant le sang s'écouler d'elle ? A-t-elle jamais hurlé seule dans sa voiture ses colères olympiennes qui font paraitre Héra une bien piètre mégère ? Connaît-elle l'attente insupportable dans des antichambres vert sale, au néon blafard à vomir, où passent l'air effarés, fatigués des hommes et des femmes pleins d'espoir et pourtant apeurés ? A-t-elle jamais serré la main de celle qui, face à un aréopage très docte d'hommes sérieux et vêtus de blanc aussi irréprochable que leur conscience grassement rémunérée, regarde se dessiner un par un sur les lèvres du Professeur les termes de sa condamnation ? A-t-elle jamais entendu de ses oreilles anxieuses les raisons indécentes qui commencent par statistiques, probabilités, budgets et finissent par "terminé" ?
Non, c'est impossible !
Alors je la mets au défi, le jour où elle vivra tout cela, d'écrire encore avec autant de conviction : " Avoir un enfant est-il un "droit" ? La réponse est non"...
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