13 novembre 2009

ELLE - Les mules de Fiso

mule2.jpgMe voilà de nouveau sur la route.

Les pneus gonflés à bloc, je mange l'asphalte. J'imagine la calandre de Titine  qui avale les kilomètres tel un Pantagruel jusqu'à la crise de foie. Que la route est longue qui me mène dans le Lot et plus précisément dans la région de Sarlat. Il pleut et le vent souffle en trombes, projetant sur mon pare-brise des paquets d'eau feuillue qui m'empêche de voir. Les camions qui circulent comme des bolides ne respectent rien et surtout pas la vitesse et transforment chaque dépassement en un acte héroïque. La nuit est noire. Noire d'encre. La lumière des phares se fractionne en mille gouttes éblouissantes qui m'aveuglent doublement. Subitement, je me rappelle que je n'aime pas la conduite de nuit et que je hais l'hiver aux nuits si promptes.

Enfin, sur les panneaux blancs, je vois en rouge et noir la fin de mon périple qui égrène des noms connus et rassurants : Figeac, Vayrac, Bétaille, Bretenoux, Puy brun... des noms propres comme une comptine de mon enfance qui me réchauffent le cœur instantanément. Le grand pont sur la Dordogne et au bout qui m'attend Carennac et l'Hostellerie Fénelon. Hostellerie a quelque chose de grandiose qui en impose. Pourtant, quoi de plus modeste que ce petit hôtel de famille au bord du fleuve ?

Déposer mes affaires, prendre possession du lieu, saluer les propriétaires. Et puis nous repartons. Je me prends pour Fiso un court instant et me régale par anticipation de la note que je vais vous cuisiner à sa façon pour vous mettre l'eau à la bouche. Gicerilla, émule de Fiso si c'est possible. L'émule. Les mules. Je ne peux pas résister au jeu de mots. Pourtant de la mule je n'ai rien quoique, la tête peut-être ?

Nous arrivons au restaurant "Les trois soleils de Montal" à St Jean de Lespinasse. Au firmament des étoiles, il en a une et je compte bien par lui accéder au huitième ciel puisque le septième... Bref, le ciel m'attend assurément. Ah, non, ne faites pas le savant en l'affublant d'un ignare "macaron" ! Plus que la conduite de nuit, je hais le particulier qui parle en initié de "macaron". Macaron c'est chez Pierre Hermé ou Ladurée. Là, il s'agit d'étoile et je compte bien en avoir plein les yeux et le palais.

Mon Guide, le seul que je daigne consulter, nous a montré la voie et son alléchant "Savoureuse cuisine au goût du jour servie dans une élégante salle à manger agrémentée de toiles du 19e s." nous a semblé de bon aloi. Nous pénétrons dans la salle à manger et je suis immédiatement terrassée par la lumière aveuglante de plafonniers carrés dignes d'une cantine. La décoration, qui se veut cossue, est surannée comme une vieille idée du confort bourgeois dans les années soixante-dix et les toiles 19e ne sont que pales copies. Tout est trop blanc, tout est surexposé et c'est aveuglée quasiment que je consulte le menu.

Ceux qui m'entourent sont enthousiastes. On me conseille le foie gras en entrée, de canard s'il vous plait, et sa papillote de figue tiède. Je me lance un défi avec le plat "pied de cochon aux cèpes", et oui, je suis comme ça, "A choisir sans péril on déguste sans gloire" aurait certainement commenté Pierre. La propriétaire, fragile jeune-femme accorte, nous recommande un "Marsannay" des fameuses Côte de Nuits que nous adoptons immédiatement !

Le foie gras arrive, servi mi-cuit mais bien trop froid. Au lieu de somptueusement fondre sur ma langue, il l'enrobe d'un épais film gras. De papillote de figue, point, mais une compote d'agrumes déguisée en quenelle accompagne mon entrée. Sans intérêt ! Allons, Gicerilla, que diable, ne soit pas si critique. Et hop, une giclée de Marsannay pour faire passer. Hélas, trois fois hélas, aucune longueur en bouche et alcoleux avec ça. Il n'a de prestigieux que la terre qu'il partage, on se demande comment, avec la Côte de Nuits. Je pense fort à Fiso et me dit que l'extase viendra sûrement avec le plat. Malheur, seuls les cèpes croquants à point empêchent le plat de sombrer. Le pied de cochon n'offre qu'une peau flasque et gluante et la viande de canard qu'elle enrobe est desséchée d'avoir trop patienté. La galette de champignons qui chapeaute le tout n'a que peu d'élégance. Je mâche en silence pour ne pas faire ma bêcheuse alors que les autres semblent être mieux tombés.

De dépit, je vide mon verre d'un coup et offre aux autres un sourire contraint. Moralité de l'histoire ?

N'est pas l'émule de Fiso qui veut.

Emule :
A.-
Celui, celle qui tente d'égaler, de surpasser autrui dans le domaine artistique, intellectuel, sportif, etc.
2. Usuel. Celui, celle qui imite quelqu'un ou lui ressemble, est du même genre, du même style.

 

04 novembre 2009

ELLE - Coemētērium librorum

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La triste liste s'allonge.

Je n'aime pas ça. Une forme de sens du devoir m'oblige. Mais parfois, impossible de m'obliger. Pourtant rien ne me désole plus que de raccrocher. Comme le boxeur les gants au vestiaire sur une défaite. Chaque livre reposé sur l'étagère est pour moi un échec. Oui, un échec car je me dis que d'autres l'ont aimé puisqu'il est publié et qu'il doit bien valoir quelque chose. Pourtant, combien de fois ai-je refermé les pages d'un livre à la couverture prometteuse, m'indignant qu'on ait pu imprimer un tel amas d'inepties ennuyeuses. Car pour me captiver, pour capter mon attention il ne suffit pas de faire des phrases ciselées. On peut éventuellement tenter d'y mettre de la maestria pour un instant m'éblouir mais hélas, trop souvent il n'y en a même pas.

Je me suis toujours interrogée de savoir quelle était cette espèce de loyauté mal placée (mais peut-on appeler cela "loyauté") qui fait que je ne peux bouder sans culpabiliser un livre offert. Car ceux qui prennent la poussière sont, pour la plupart, des cadeaux que l'on m'a faits. Serait-ce une forme de révérence devant l'objet, comme une métaphore du savoir inaccessible, du mystère devant lequel je dois impérativement m'incliner ? Je ne sais pas, mais je répugne à abandonner la lecture d'un bouquin qui me fait suer. Mais au fond, la véritable question n'est-elle pas de savoir comment on peut produire un bouquin chiant, et pire encore, comment peut-on l'éditer ?

La liste s'allonge. Hier dans une tentative plus mue par la loyauté que par la curiosité j'ai ouvert pour la première fois le livre offert par N* à noël. "N'oublie pas d'être heureuse". Le titre résonnait pour moi comme une prophétie. N'est-ce pas ce que je fais en ce moment ? Oublier de tenter d'essayer de peut-être être heureuse ? Sans me le dire, j'anticipais que ce livre serait peut-être comme une révélation, vous voyez. De celles qui ont fait de la Pucelle une héroïne. Je l'ouvre. En première page, une citation de Shakespeare de bon aloi "Car rien n'est en soi bon ou mauvais, la pensée le rend tel." (Hamlet, acte II, sc.2).

Une telle vérité ne pouvait qu'augurer d'un roman de qualité. "Ma mère disait "n'oublie pas ton chapeau." Mon père disait "n'oublie pas d'être heureuse",..." Pourquoi dès la deuxième ligne j'ai l'intuition que je vais m'ennuyer. Je m'accroche pourtant car mes plus belles amitiés n'ont-elles pas commencé sur un conflit ? "C'était à la fois simple et plus compliqué : attraper le bonheur comme un gilet dans un placard." Ca y est. J'ai décroché. Je referme le livre déjà condamné à rejoindre la multitude de ceux qui prennent la poussière sur les étagères de la bibliothèque.

Et je m'amuse à les énumérer comme on tente de compter ses anciens amants qui justement n'ont pas compté. Ces ouvrages ne me laisseront pas plus de souvenirs. Un, deux, trois, six... Truismes, Mes mauvaises pensées, La possibilité d'une île, La conversation amoureuse,  La maîtresse des épices, Les clochards célestes. Liste non exhaustive mais significative. Les livres que je n'aime pas vous livrent-ils ici une part de ma personnalité ? Y a-t-il dans tous ceux-là un élément fédérateur ? Un point commun qui fait que je n'ai pas eu le courage ni l'envie de les lire ? Je ne sais pas, mais ce que je note c'est que certains ont été primés. Primés ? C'est à ne pas y croire.

J'ai envie de gueuler. De dire que tout le monde ne peut pas écrire. Tout le monde ne sait pas raconter des histoires. A l'instar de beaucoup de pièces d'art contemporain, je crains bien qu'il soit plus question de moyen que d'art et, peut-être aussi, d'un peu de relations bien placées. Tous ne sont pas pistonnés, évidemment, mais tous ne sont pas distingués non plus par la qualité intrinsèque de leur ramage. Arrêter de nous faire croire que sous la belle couverture il y a de la littérature ! Je pense qu'il y a une forme de snobisme de la pensée des membres de certains comités de lecture qui veulent promouvoir, sous leur enseigne, non pas l'originalité ou la qualité d'un auteur qui a emporté leur suffrage, mais une stratégie d'être différent, de se différencier des confrères en tentant d'imposer au public ignorant des créations littéraires qui n'en portent que le nom.

Il se peut que vous réagissiez en me disant "justement, Gicerilla, ils tentent de promouvoir l'originalité pour nous donner à voir autre chose. Ne faut-il donc pas les louer tous ces sélectionneurs en comité ?" Et bien non, car souvent il me semble, ils confondent originalité avec un parti-pris purement commercial qui veut prendre le contre-pied de ce qui s'est fait jusqu'à présent. Comme s'il fallait à tout prix renverser le "classicisme" de l'écriture au profit de discours écrits désordonnés, sans saveur et sans beauté. Comme si seuls l'audace d'un manque de style et le contenu creux d'une histoire valent d'être donnés à lire parce que c'est innovant. Je soupçonne leurs motivations d'être toutes mercantiles et ça m'agace. J'ai reposé Orban sur l'étagère.

Le papier jaunira et bientôt nourrira les rats. 

Cimetière des livres :

Les clochards célestes, Jack Kerouac,
La maîtresse des épices, Chitra Banerjee Divakaruni,
La conversation amoureuse, Alice Ferney,
Mes mauvaises pensées, Nina Bouraoui,
Truisme, Maire Darrieussecq,
N'oublie pas d'être heureuse, Christine Orban,
La possibilité d'une île, Michel Houellebec...

 

 

18 juin 2009

ELLE - Escapade ibère

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 "Dis, tu m'emmèneras à Bilbao ?"

J'ai prononcé ces mots comme une enfant implorant un "oui" sans condition. Pas besoin de le prier car il est déjà d'accord. Il sera mon chauffeur, mon confident, mon souffre-douleur, mon réconfort le temps d'une virée en voiture. Je serai Thelma, il sera Louise au volant. Je ne le lui ai pas dit car, même si la comparaison avec Susan Sarandon est flatteuse, il n'a rien de cette rousse pulpeuse. Pourtant c'est avec cette idée de road-movie en tête que je lui ai proposé de devenir mon guide.

Le musée Guggenheim de Bilbao est notre destination. Découvrir enfin cette architecture incroyable qui défie les lois de l'équilibre tout en les respectant pourtant. Gerhy et ses audacieuses courbes faites de calcaire, verre et titane qui surplombent un plan d'eau transformant le bâtiment en un OFNI (objet flottant non identifié) aux yeux du rêveur qui le contemple au soleil couchant.

Passé l'émerveillement né de l'architecture étonnante, nous entrons dans ce temple de l'art moderne. Il est ici représenté en force et je crains en y entrant de ressortir dépitée comme c'est le cas souvent. J'ai en effet de l'art contemporain une bien piètre image comme j'ai l'ai déjà confié . En effet, je suis une instinctive, une émotive, une sensitive et devoir développer toute une thèse aux concepts pompeux devant une œuvre pour enfin lui trouver, au-delà de ses formes, du sens voire une forme de grâce est un exercice masturbatoire que je me refuse à faire. L'art doit enrichir ma vie, la rendre plus dense en apportant sa superfluité qui ne doit pas être dénuée de sens. L'art doit aussi flatter mes sens, ce que souvent l'art moderne ne fait pas. Bref, nous pénétrons dans le ventre de la bête pour découvrir les collections permanentes mêlées aux temporaires.

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L'intérieur est vaste, lumineux. L'agencement donne de l'espace aux œuvres exposées. Elles semblent respirer et le visiteur aussi. La lumière est partout, qui illumine le parcours sans aveugler. Un invité de passage en Takashi Murakami me permet enfin de mettre un nom sur des compositions florales de moi connues sans être reconnues. Je m'étonne qu'on appelle cela de l'art. Délire enfantin d'un adulte grandi trop vite qui façonne dans ses ateliers des personnages mi-comics trip, mi-mythologiques. Incrédule encore une fois devant des pièces qui se vendent des millions de dollars, je m'arrête un moment devant deux de ses créations à taille humaine qui me semblent un sacré concentré de fantasmes.

Fantasmes du japonais moyen ? Je m'interroge. Oui, le japonais comme tout homme nourrit bien des fantasmes mais il ne peut librement les exprimer dans une société qui doit garder la face. Murakami fantasme aussi, mais au grand jour lui, et il se donne le droit de se montrer tout en encaissant des dollars. Qui osera me dire en effet, que "My Lonesome Cowboy" n'est pas la représentation d'un fantasme, pour moi, indéchiffrable ? Voilà une représentation très "manga" d'un jeune-homme de type caucasien, blond échevelé qui éjacule en souriant avec enthousiasme, alors que le rictus de la jouissance devrait déformer son visage. Il tient son sexe dressé fièrement dans sa main et son sperme qui jaillit en un jet infini décrit des volutes improbables. Et cette pièce c'est de l'Art ? De l'art qui vaut 15 millions de $ ?
 

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Je délaisse Murakami, persuadée plus encore qu'il y a une forme de foutage de gueule dans l'art moderne. Non pas de la part de l'artiste qui crée ce qui lui plait, sous la forme qui lui plait, mais de la part des "spécialistes" qui décrètent que l'homme a du génie. Au fond, cette création me fait plaisir à voir, elle me réjouit même car elle a de la fantaisie. Mais cette fantaisie, je décide de la prendre au premier degré sans chercher à en faire une dissertation intello quand d'autres se torturent le cerveau pour y voir justement le génie auquel on crie. L'ériger en œuvre d'art et lui donner droit de cité dans un musée, c'est à mon avis une forme de mépris pour le visiteur, c'est lui faire croire, comme à moi, qu'il n'a pas la capacité de comprendre cet art qui le dépasse. Bullshit !

Toujours plus perplexe, certainement pas encore convertie, je passe dans l'autre section qui accueille l'artiste chinois Cai Quo-Giang (concepteur des feux d’artifice de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques). Si ses peintures à la poudre (explosive) me laissent indifférente, je suis subjuguée par son œuvre "Head on".

Imaginez, si cela se peut, une meute de 99 loups (construits à partir d’une armature en fer, du foin et des peaux de moutons) lancés dans une course folle, un peu comme Phaéton sur le chariot volé, qui décollent dans un envol mal contrôlé et se fracassent avec la violence de leur inertie contre un mur de verre. Une détermination aveugle les anime et ils ne voient pas l'obstacle transparent et donc incontournable. Ils suivent sans réfléchir le leader de la horde et foncent tête la première dans cette transparence contre laquelle ils s'écrasent, sans périr pour autant. Et ils repartent et recommencent n'ayant tiré aucune leçon de ce fracas.

J'y vois évidemment plusieurs messages et pour une fois s'impose une réflexion intello qui me fait aimer cette œuvre au-delà de l'image. Une allégorie de l'aveuglement des masses, du manque de réflexion individuelle et du pouvoir donné au charisme ou à l'autorité. Un fatalisme bouleversant qui s'exprime dans cette construction. Homo homini lupus vient me chatouiller les méninges même si cette sentence ne vient pas tout à fait à propos.  Quoiqu'il en soit, j'ai aimé cette mise en scène remarquable.

Aurais-je fait un pas en avant dans mon acceptation de l'Art moderne ? 

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04 février 2009

ELLE - Dans le noir ?

dans le noir.jpgCela faisait longtemps que nous attendions ce rendez-vous.

 

Il avait été manqué deux fois auparavant, confirmant la sagesse populaire « jamais deux sans trois ». Plus nos pas nous rapprochaient du lieu, plus j’étais inquiète. Littéralement non quiète. Absence de quiétude, pré-conditionnement stupide preuve que des peurs nombreuses nous habitent. La peur de l’inconnu n’étant pas des moindres. Certainement la révélation qu’on tente d’occulter tous les jours, qu’au fond nous doutons de nos ressources et de notre capacité d’adaptation. Encore une histoire de confiance en soi ? Oui, sûrement.

Bref, j’allais à ce rendez-vous bras dessus, bras dessous avec une amie chère A. qui avait voulu avec moi se lancer dans cette noire expérience.

 

20h15, Dans le noir. Attente tamisée dans le bar attenant à la salle. Une idée importune vient flirter avec mon inquiétude. Le vestibule du restaurant est drapé de noir comme les catafalques d’antan pour indiquer un deuil dans un bâtiment. Vieille coutume disparue depuis avec les ans. Nous faisons la queue devant le sas composé de plusieurs rideaux de velours noirs. Morticia adorerait ces tentures lugubres, mais moi, j’ai comme un avant goût du malaise qui m’attend. « Bonjour Mesdames » nous dit la barmaid, « je vous présente Sarah qui sera votre serveuse ce soir ». Soudainement, Sarah se plante devant nous. Apparition quasi magique qui filtre d’entre les voiles. Prestidigitation maléfique. Toute de noir vêtue, elle regarde au plafond en s’adressant à nous, offrant à nos yeux dérangés le regard partiellement blanc bleuté de Maître PO. Elle sourit et nous lui retournons son sourire en lui disant bonsoir. A défaut de le voir, sent-elle notre sourire intimidé comme l’on perçoit un sourire au téléphone ? Je veux le croire.

 

« Mesdames, en file indienne, vous mettrez votre main gauche sur l’épaule gauche de votre voisine et surtout, surtout, vous me faites confiance. Allez, on y va ! » A. rit jaune et moi aussi alors que nous pénétrons dans le sas. Le noir nous happe. Littéralement, je me sens absorbée par ce noir prégnant qui gomme toutes lignes, tous repères. Des images de trous noirs s’imposent à moi. Absorbées par la non matière pour ne plus jamais en revenir. Sarah marche trop vite. Sur notre demande, elle ralentit un peu, avançant dans ce néant avec l’aisance de celui qui n’a jamais connu que ça. Tous les serveurs sont aveugles ou mal voyants. Comment faire d’un handicap redouté un atout ? Comment montrer à l’autre que ce qui lui parait empêchement insurmontable dans cette société de voyants si facilement aveuglés parfois, peut se dépasser si on veut bien y croire.

                              

« Glissez-vous, là, sur la banquette. Mais si, il y a une banquette, faites-moi confiance. Allez, oui, au fond… » Un soupçon d’agacement dans sa voix devant notre indigence fait monter le niveau de notre inconfort. Le noir est absolu. Ai-je jamais connu un tel noir dans ma vie ? Non, je ne crois pas. Ici, pas la plus petite diode de montre, aucun rougeoiement d’une cendre, aucun rai de lumière d’un téléphone portable qui viendrait confirmer que nous sommes toujours en vie et non pas dans l’antichambre de Thanatos. Seul le bruit vibre. Un bruit assourdissant qui jaillit de toutes ces bouches en action qui parlent pour se rassurer. Un brouhaha étonnant qui nous empêche de sombrer tout à fait. Nous sommes assises côte à côte sur la banquette. A. est tendue et se confie à moi. Je le suis un peu aussi mais doucement mes yeux apprennent à ne rien voir et je finis par les fermer pour laisser mes mains prendre le relais et « voir ». Elles tâtent la table, repèrent les lieux pour créer une familiarité rassurante avec l’environnement immédiat. Les couverts au milieu avec la serviette, le verre devant à droite.

 

L’acclimatation lentement se fait. Une forme de sérénité me vient. L’absence d’images imposées laisse aux autres sens la liberté de prévaloir et le confort de la banquette participe à ce que nous nous sentions un peu mieux. Et puis, les rires nerveux de certains nous font entendre que le malaise est largement partagé. Au bout de cinq minutes, un groupe bourdonnant envahit notre table. « Mesdames, vous dinerez avec un groupe de huit personnes ! » A. et moi nous regardons dans le noir. J’imagine sur son visage l’indignation. Elle susurre « Mais ils sont culottés » et je n’en pense pas moins. Nous voilà affublées de compagnons de table sans avoir été sollicitées. Ca commence bien ! Des bonsoirs polis sont rapidement échangés.

Les entrées sont servies immédiatement. Sarah évolue dans le noir sans encombre. Mon admiration n’a pas de bornes de la savoir en train de déposer avec agilité l’assiette de chacun au bon endroit. Hélas, la nourriture est médiocre et les convives aussi. Je croque dans du foie gras de mauvaise qualité et un « ah, c’est mou !» écœuré s'échappe de ma bouche. Mon voisin de droite confirme le fait lorsqu'un « Quoi, Georges, tu bandes mou ? » fuse de la bouche d’une femme et que des rires gras éclatent en écho. Le ton est donné. Bienvenue à la finesse et au bon goût ! Dès lors A. et moi n’avons qu’une envie, quitter ce lieu de cauchemar. Le noir est devenu notre allié qui nous empêche de voir les tronches de ces invités imposés. Les plats suivent et nous nous battons pour découper ce qui semble être du canard. La cuisine est affligeante de banalité et le vin servi ne rehausse pas le niveau de cette expérience. Je ne parlerai pas du dessert sans intérêt !

 

Heureusement le service est diligent. Forcément, il y a deux services le soir, il faut rentabiliser. « Allez, la tablée, tous en file indienne, les mains sur les épaules et vous me suivez… » Et nous voilà rejouant « C’est la chenille qui redémarre » dans le noir complet, associés à des personnages de boulevard. Nous ressortons par le sas de velours noir. Renaissance à la lumière bleutée du bar. Je respire. A. sourit à nouveau. « Si vous le souhaitez, vous pouvez laisser vos commentaires sur l’ordinateur mis à votre disposition devant le bar !» Vite partir. Laisser nos impressions plus tard mais quitter à tout prix cet endroit, piège à gogos consentants.

 

Expérience au concept intéressant qui nous a fait côtoyer exceptionnellement ce qui pour d’autres est le quotidien. Comment serait ma vie en l’absence de lumière et de couleurs ? Insupportable et pourtant…

Dans le noir ? En amoureux peut-être, pour aller autrement à la découverte de l’autre mais certainement pas dans ces conditions. Pour se régaler, sûrement pas. Pour le plaisir de dépenser ? Oui, indéniablement car l’addition est salée.

 

Maintenant, à vous de vous faire une opinion, à moins que déjà vous ne connaissiez ?

22 janvier 2009

ELLE - Les promesses de l'ombre

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Je ne savais pas ce qui m'attendait.

J'avais choisi de le voir sans savoir que je succomberais irrémédiablement. Avez-vous jamais ressenti cette agitation qui fait disparaitre en un souffle votre capacité de concentration. Vous n'avez présent à l'esprit qu'une seule chose. Cette chose vous occupe subitement avec une telle puissance qu'à l'intérieur de vous il n'y a plus la place pour la distanciation. Pour la réflexion ou toute autre chose d'ailleurs. La pauvre réflexion qui s'arc-boute et de ses épaules arrondies comme une tête de bélier tente de repousser l'intruse, gonflée tel l'airbag en résistance, mais rien n'y fait. Les cellules grises signent leur reddition et suintent par tous les interstices laissant l'idée fixe seule en la place. Vautrée et impudique, elle respire enfin à son aise les poumons dilatés à bloc et le sourire goguenard de celle qui a gagné.

Imaginez la glamoureuse Gicerilla transformée en génisse au regard affolé dont les grands cils papillotent prête à tomber en pamoison. Les sens bouleversés, le cœur en phase de palpitations avancée, le rouge au front, se tordant les mains en priant "Maman, c'est luiiiii !". Je me retiens d'aller frotter le poil luisant de ma toison comme chatte ronronnante contre l'écran LCD car un reste de lucidité me rappelle que cela lui serait fatal. Viggo sur l'écran géant me fascine. L'idée fixe, c'est Lui. Lui, qui depuis bientôt deux heures tour à tour me divertit, me séduit, m'inquiète, m'énerve et me fait frémir. Je ne suis plus la cadre responsable et compétente que je suis habituellement, froide et professionnelle. Non, je suis devenue brune décérébrée, chaude et liquide comme le métal en fusion et je n'attends plus que les coups donnés avec application par le forgeron qui va me modeler. C'est bien connu, les Scandinaves sont réputés pour leur maîtrise des alliages et du forgeage. Et s'il le faut, je veux bien lui tailler son tablier de cuir pour passer avec moi à l'action !

Oh, bien sûr, nombre d'entre vous vont se gausser en se disant in petto "Mais elle est incroyable cette femme ! Elle fait un article sur un acteur archi-connu comme s'il venait de naitre. Mais c'est qui cette illettrée ?" ou pire encore en se gaussant bien fort "c'est maintenant seulement qu'elle le découvre ? Mais elle vient de quelle planète cette gonzesse ?". Et vous aurez raison. Comment un homme fait pour moi exactement a-t-il pu, jusqu'à ce soir, passé inaperçu à mes yeux ? Car enfin, Viggo Mortensen est l'archétype de l'homme pour qui je pourrais balayer mes idées d'amour romantique et basculer dans la luxure !

Le DVD "Les Promesses de l'Ombre" déroule son scénario inquiétant et Viggo y incarne  Nicolaï, l'énigmatique homme à tout faire d'un fils de la mafia russe à Londres. Factotum, meilleur ami, garde du corps, souffre-douleur, bouc émissaire ou chauffeur, homme de mains aux mains à se damner, il évolue dans un milieu qui lui est étranger mais qui est devenu son seul monde. L'histoire m'aspire rapidement dans ses mains.jpgméandres sombres et la présence de cet acteur n'y est pas pour rien. Il n'est pas beau mais son visage m'hypnotise. Il est coiffé comme un plouc de banlieue mais sapé comme un prince. Il parle russe et résonnent en moi des réminiscences d'une vie où slave j'aurais été. J'ai envie de l'entendre me susurrer des vers de  Semonov ou de Pouchkine.

Et plus je le regarde évoluer, et plus je me convaincs du fait que mon homme sera comme lui. Réaction de midinette que je ne fustige pas comme étant en dessous de moi. Au contraire, je me laisse envahir sans censure intello par ce bonheur simple de vibrer comme un mélodieux alto. Je me donne le droit de jubiler en imaginant que peut-être demain, au détour d'une rue de Saint-Germain, je vais le rencontrer. Et puis son corps tatoué dans tous les sens, remuent les miens au point que bientôt je ne me maîtrise plus. C'est fou l'effet érotisant qu'à sur moi cette peau portant les traces de son passé, sous forme d'étoiles lui conférant le titre convoité de вор в законе "vor v zakoné".

Et doucement, irrésistiblement se dessine le portrait de l'Homme.

Bon, alors, reprenons. Vous êtes célibataire, vous mesurez 1,85 m, la cinquantaine bien balancée. Vous avez une (belle) gueule de viking, de grandes mains faites pour caresser. Vous parlez russe et votre corps est tatoué comme celui d'un malfrat dont la vie se lit, au lit ou pas, sur sa peau ? Alors, je vous en prie contactez-moi.

Et si par hasard votre prénom est Viggo ou Nicolaï, surtout, n'hésitez pas !

 

 

 

10 janvier 2009

ELLE - La Milliaire

la preuve.jpgJ'aime les hommes qui me surprennent.

Et ce lecteur, en m'offrant récemment un livre, a réussi cet exploit. Me surprendre. M'étonner par une attention inattendue, m'offrir un livre sans me connaitre pourtant. Il a ciblé juste, droit au cœur de ma curiosité car le roman "La preuve par le miel" de Salwa Al Neimi, et par son auteur, et par son titre, ont immédiatement éveillé mon envie de savoir. Savoir l'amour dans les pays arabes. Savoir l'amour dans l'Islam de nos jours, entre désinformation et secrets d'alcôve aux coussins de soie chamarrée. Le lecture en fut rapide car tant l'histoire que le style se laissaient boire comme vin jeune, tout juste tiré, sans susciter à la dégustation, hélas, les sensations ineffables que j'en attendais. Un seul des personnages est resté dans ma mémoire au point de m'inspirer cette note. "La Milliaire".

"Les paroles d'El-Alfya ne nous sont parvenues que par leurs traductions en arabe (...) la légende commence par son nom : El-Alfya, "la Milliaire" ainsi appelée pour avoir dormi avec milles hommes. "Dormir" est un mot trompeur... Comme Si El-Alfya avait passé mille nuits à dormir. Elle ne dormait pas et n'aurait pas laissé un seul des mille hommes dormir. Les livres disent exactement : elle a baisé mille hommes. Les mots étaient précis, chez les Arabes anciens. Nul ne dort et nul ne s'éveille. Baiser est le terme."

La première réaction des esprits étriqués seraient de dire ou, pire encore, de penser en silence n'ayant pas le courage de s'affirmer "quelle salope !" Evidemment, de nos jours encore, une femme qui consomme les hommes comme une denrée périssable qu'il faut, pour la fraîcheur, constamment renouveler ne saurait emporter le suffrage des bien-pensants. En effet, il est toujours communément admis, voire même recommandé, qu'une femme digne de ce nom et de respect ne se donne charnellement que par amour.

Si, si, avouez-le, vous autres mâles, n'avez-vous jamais traité dans votre for intérieur une petite amie ou la femme convoitée de fille facile "bonne-à-baiser" lorsque celle-ci se pliait, en hésitant un peu, au jeu dangereux de la vérité "et toi, allez, dis-moi, combien d'amants as-tu eu avant moi ?" en espérant au fond ne recevoir que quelques maigres confessions. Car un mâle, ça doute. Un homme ça doit être unique et s'il ne l'est pas, alors il devra être le meilleur, hein ma chérie...

Ma mine se réjouit devant la scène qui s'ébauche sous mes yeux, j'imagine votre tête à l'écoute horrifiée de l'énumération que peut-être elle a faite telle Carrie (Andie mc Dowell) à Charles (Hugh Grant). "D'accord, je joue le jeu si, après moi, tu le joues aussi, sans tricher, hein !" "Oui, promis !" Mise en confiance, la voilà qui énumère Anthony, Franck, Fabrice, Jean-Claude, Daniel, Laurent, Olivier, François,  Denis, Paul, Jean-Luc, Fabrice, David, Antoine, Fabien, Bertrand...

Un à un, elle égrène les prénoms comme les perles de nacre de son collier. La liste ne semble plus finir. Les traits de votre visage semblent fondre comme cire sous la mèche, ils s'affaissent un peu plus à chaque nom. Un à un, les sentiments qui vous envahissent passent en une longue caravane au fond de votre rétine. On y lit l'incrédulité, l'irritation, la colère, la déconfiture et puis la trahison. Comme une litanie blasphématoire, elle continue, soumise aux règles de votre jeu, parce qu'une femme lorsqu'elle donne, elle donne sans calcul, elle donne avec honnêteté. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'à ce moment précis, dans votre for son jugement s'opère. Vous y siégez en tenue d'apparat, poudré, et vous frappez avec violence votre maillet pour prononcer sa sentence "salope, pute, coureuse..." Et celle qui, quelques minutes auparavant, vous inspirait des élans palpitants dignes de l'amour courtois passe irrémédiablement dans le camp des filles de joie, et vous, vous ne payez pas ! Alors vous demandez en toute hâte l'addition et pour toujours vous fuyez.

Que de conventions sentencieuses qui empêchent une femme de mener sa quête en toute liberté. Et bien que les temps changent, ces diktats existent toujours qui emprisonnent celle qui par le plaisir veut vivre et mourir. Les Grecs ont pourtant érigé en philosophie la recherche du plaisir et se dire hédoniste n'est pas s'avouer sans morale. Hélas, une femme vit en hédoniste et la voilà clouée au pilori, le carcan blessant ses épaules, exposée comme vile créature à la morgue publique. Ainsi donc, les Arabes anciens auraient eu plus de tolérance que nous autres Européens, défenseur des droits de l'Homme ?

Et bien moi je vous le dis, la Milliaire, je l'envie. Elle a vécu libre de toute contrainte mais pas sans respect. Et comme le dit justement Salwa Al Neimi "Si El-Alfya était aujourd'hui parmi nous, elle aurait publié le récit de ses aventures sexuelles et posé nue pour la couverture (...) El-Alfya pouvait-elle soupçonner que ses lointaines émules disséminées sur les cinq continents ignoreraient son nom, elle, la pionnière ?"

Au panier les Catherine Millet et Christine Angot, elles n'ont rien inventé, elles n'ont rien innové. Au feu Virginie Despentes et ses "baise-moi" galvaudé ! El-Alfya les coiffe toutes au poteau car aucun esprit de lucre n'a jamais motivé sa quête. Juste une quête de l'amour qui exprimait aussi son envie de jouir.  Alors, si le bonheur se niche dans une alcôve quelque part, je veux bien le chercher.

Et si en Milliaire je dois mourir, c'est heureuse que je mourrai ! 
 

Merci P.

 

04 décembre 2008

ELLE - Stomp

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Enfin, ils passent en ville.

Des années que je ne les avais pas vus. Evidemment, il avait suffi d'une affiche pour déclencher une envie digne d'une affamée. Par deux fois, à Paris, j'avais assisté à ce spectacle ineffable et l'idée de le revoir me mettait déjà en ébullition. J'ai toujours cru à une vie antérieure où j'aurais été danseuse africaine, spécialiste de la danse du ventilateur, résonnant aux percussions comme une réponse à des rites ancestraux. Depuis toujours, le son des percussions me met en transe et haïtienne vaudouïsée je deviens lorsque l'écho de leurs sons s'empare de mes oreilles, de mon cerveau, de mon corps.

Alors bien sûr, quel que soit l'endroit, quel que soit le prix, dès que je les vois se produire, j'y vais. Ce soir, je suis comme une enfant devant le sapin. C'est Noël avant l'heure. Je suis d'autant plus impatiente que j'ai emmenée avec moi ma belle amie.  Elle ne connait pas le spectacle et, assise sur le fauteuil de velours rouge à ses côtés, je suis déjà frémissante. J'anticipe le plaisir que cette représentation choisie par moi va lui donner. Un peu comme lorsque j'avais de mes petites mains fait un collier de nouilles et attendais de voir dans les yeux de ma mère l'émerveillement.

Enfin, les lumières blêmes des plafonniers disparaissent pour laisser place à des halos bleutés, irréels, qui illuminent la scène. Comment décrire ici dans mon petit théâtre ce que vous devriez voir, ce que vous devriez entendre ? Comment retranscrire ces rythmes étonnants et irrésistibles qui font bouger en cadence les pieds du spectateur soudainement envahi par la danse de saint gui. Ils sont huit, jeunes aux physiques variés. Pas d'élitisme de ballet à pointes dans les silhouettes, non, mais pourtant une technique digne des meilleurs acrobates. Un casting hollywoodiennement correct avec des femmes, des hommes et avec son quota de gros, de minces, de noirs, de latino, de blancs évidemment. Ils invitent la musique dans les objets les plus improbables de votre quotidien et font chanter sous la douce torture de leurs mains savantes des lavabos, des poubelles, des casseroles, des chaises pliantes, des tubes flexibles...

Les chorégraphies ont l'air brouillon mais sont calculées au millimètre faute de quoi de musical, le ballet deviendrait chaotique et les mélodies cacophoniques. Comédiens, musiciens, danseurs, ils mélangent leurs arts avec maestria et les spectateurs, galvanisés, rient, applaudissent, sifflent, trépignent car eux aussi veulent participer. Ils insufflent à toute la salle, par les rythmes insoutenables que pourtant ils soutiennent sans faillir, des envies de se trémousser et chacun de se tortiller sur son siège, incapable de contenir la joie physique ressentie par tant d'enthousiasme musical.

Rares sont les spectacles que je vante et celui-là fait partie de ceux qu'il vous faut impérativement voir. Quel dommage ce serait de laisser passer une occasion d'admirer leur performance. Croyez m'en, je vous en prie, offrez-vous ce plaisir. Par les temps qui courent, ce n'est pas si souvent que l'on peut oublier deux heures durant le marasme ambiant.

Un avant-goût pour vous, mais évidemment rien ne vaudra jamais le vrai.

Enjoy !

 

 

22 septembre 2008

ELLE - Quand Camille s'expose

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Il me faut toujours un peu de temps, comme une gestation, lorsque quelque chose me touche puissamment.

18 juillet 2008 - Musée Rodin.

Les hommes sont ce qu'ils sont qui pavent l'enfer sans cessation. Par la volonté de commissaires, femmes donc a priori sensibles et sensées, la voilà réunie contre son gré à celui qui l'a abandonnée. Camille aurait-elle validé ces retrouvailles forcées ? Je ne sais pas. Elle a par lui tant souffert. L'aimait-il encore quand il lui préférait pour toujours Rose Beuret ? Quoiqu'il en soit son musée la reçoit pour trois jours encore, accompagnée de ses œuvres de terre, d'onyx ou de marbre. Il fait un temps radieux. Le soleil inonde les pièces de ses rais blancs-dorés. Beaucoup de monde afflue, d'ici ou d'ailleurs. Comment une petite femme à la carrière fulgurante mais courte a-t-elle conquis tous ceux qui des quatre coins du monde viennent la voir ? Mystère du langage intemporel et universel de la sculpture lorsqu'elle est vie, passion, tumulte, douleur, beauté...

Nous entrons dans le musée, silencieux. Je parle rarement lors d'une exposition car alors je rentre en moi, confrontée à mes émotions et à l'artiste qui les provoque. Les pièces sont petites et ne rendent pas aisée la déambulation que je voudrais pour moi aussi libre que les mouvements qui jaillissent de toutes ces statues. Saisissement du mouvement qui suinte de la matière, qu'elle soit pierre ou terre. Impression d'un élan que Camille aurait insufflé à cette matière inerte mais vivante sous ses mains, sous ses burins. La Vague (1897), statue minuscule au regard de la lame de Tsunami qui va recouvrir de son écume bouillonnante les trois baigneuses qui n'auront pas assez de leurs mains entrelacées pour résister à cet emportement de la nature. La passion qui sue de tous les sujets ? Passion de la puissante mer prête à emporter ou à porter ces petites femmes de bronze sans peur et pourtant. Alliée ou ennemie, on ne saura pas ce que cette Vague sera pour elles ni ce que Camille imaginait lorsque sur elles elle retomberait !

Mouvement ensorcelant encore que cette Valse (1889) qui défie la pesanteur emportant dans ses bras l'homme et la femme. 20807_camille_claudel.jpgDéséquilibre du désir qui bouscule et bascule sans pour autant les faire tomber, qui maintient en émois tourbillonnants les sens déboussolés des deux danseurs enivrés. Folle la passion qui les lie et les fait s'accrocher pour mieux se retenir de tomber. Une envie m'embrasse d'être à mon tour guidée par les bras puissants d'un danseur qui me plaquerait contre son torse pour mieux m'aimer. Enivrer mes sens, embrumer de musique mes pensées et ne laisser de place que pour mon désir de lui.

J'avance de plus en plus troublée par des émotions injectées comme virus dans mon sang de femme désirante. Et soudain, alors que mes yeux sont perdus dans un lointain seul connu de mon âme, la voilà devant moi qui m'assaille. Violence des émotions toujours plus exacerbées suscitées par un marbre magnifique. Sakuntala ou Vertumne et Pomone (1905).

40819613fp5.jpgCette déclaration enflammée de Rodin à Camille au début des années 1885 aura-t-elle eu sa part dans la composition ? "Ma très bonne à deux genoux devant ton beau corps que j'étreins". Il est à ses pieds, adorateur à genoux mais glorieux pourtant qui honore sa déesse. Elle, confiante, se laisse aller et leurs visages se frôlent à peine, comme une caresse. Ou serait-ce plutôt qu'elle s'abandonne sans réserves aux bras délicats mais puissants de cet homme à genoux qui lui souffle sa passion. Je suis comme pétrifiée, marbre bouillonnant à mon tour, submergée par les sentiments que la pierre, douce comme la peau de l'amante, me renvoie en éclats qui transpercent mon cœur, ce cœur qui espère toujours. Inhumaine création que celle-là dont la chair immobile est plus vibrante que celle des visiteurs tout autour. Impossibilité de m'éloigner. Mon esprit investit la matière et je suis elle. Qui sera lui ?

Comme souvent en pareil cas, une petite voix en moi se lamente qui se demande bien pourquoi tel être sera doué et tel autre, pas. Envierai-je cette femme géniale qui a finit dans un asile, abandonnée, ou déciderai-je une fois pour toutes que l'on est ce que l'on est et que ce n'est déjà pas si mal ? Je quitte le musée, affamée. Les sens en éveils, le désir insatisfait. Quel plus bel hommage à Camille et à son œuvre que ces émotions à vif ? Je n'en vois pas.

Œuvre accomplie celle qui interpelle le spectateur ?

 

 

15 juillet 2008

ELLE - Eloge de la non-motivation

fuck-off.jpgQu'est-ce donc que le luxe ?

Voilà bien une question à se poser vraiment en ces temps de perte de pouvoir d'achat ! Alors qu'il y a la faim dans le monde, le réchauffement de la planète, la disparition des crapauds furonculeux de la forêt guyannaise, la seule question qui m'importe c'est celle-là. Traduction de la profondeur infinie de mon esprit qui, intuitivement, sait identifier les questions vraies pour tenter d'y répondre sans se laisser distraire par d'autres, fort en vogue, mais secondaires finalement.

Celle-ci m'est venue à l'occasion de la lecture d'un article publié dans le magazine Beaux Arts de mai 2008.

Si je me contente de la définition de l'encyclopédie, même s'il faut admettre qu'aucun contentement n'en nait, j'en conclus que le luxe est le fait d'être dispendieux et superflu : [Luxe : "mode de vie caractérisé par de grandes dépenses pour faire montre d'élégance et de raffinement" s'applique en particulier au caractère d'une chose coûteuse et raffinée (1661) souvent dans le syntagme de luxe(mil. XVIIIe s : d'Argenson, 1757) et, par métonymie, à un objet à un plaisir coûteux et superflu (1797)...].


Pourtant, au fil du temps, l'objet caractérisé de luxe a évolué, modelé par une autre notion, la rareté. Et tout autre objet qu'il soit matériel ou immatériel, s'est vu octroyé par son manque patent le statut convoité de "luxe". Pour certains, ce sera le temps. Pour d'autres, le repos ou une oisiveté conspuée comme mère de tous les vices mais qui, si elle n'est pas l'ennui peut-être pourvoyeuse de vertus. La vertu de l'inaction face à la trépidence ou la vertu de la non-productivité comme un luxe dans notre société productiviste. La vertu de vivre le  moment présent dans une heureuse contemplation de la vie prônée par Platon pour nous élever au-dessus des contingences matérielles et accéder enfin à la connaissance suprême.

Et si, plus simplement, le luxe absolu était la possibilité de dire avec dédain, humour ou dérision à tous les acteurs de notre système économique qui n'est plus capable d'offrir à chacun un travail pour vivre dignement "Je n'ai pas besoin de vous et de vos mensonges enrobés de sémantique avantageuse. De vous, qui nous vendez du rêve hypocrite de technicien de surface et d'hôtesse de caisse et qui tentez vainement d'élever à l'étage supérieur d'une pseudo-pyramide sociale sacralisée, des postes dont on sait qu'en bas de ladite pyramide ils sont et resteront. De vous qui essayez d'anoblir par du vocabulaire dévoyé des emplois de la plèbe qui, s'ils sont de par leur nature nécessaires, n'élèvent pourtant pas celui qui l'exerce."


Sophie Calle a érigé au rang d'art sa lettre de rupture et Julien Prévieux, quant à lui, a élevé au même rang ses lettres de non-motivation.

“... [Il] répond sans relâche aux offres d'emploi parues dans la presse ou proposées par l'ANPE. Avec beaucoup d'application, il décline l'une après l'autre les offres, expliquant aux entreprises que l'emploi proposé... ne l'intéresse pas. Faisant comme si ces annonces lui étaient personnellement adressées, il expose avec véhémence les raisons de son absence de motivation : rémunération indécente, mauvaise réputation de la boîte, poste trop éloigné, slogan inepte ou mise en page foireuse de l'annonce. Chaque lettre est prétexte à un exercice de style différent, l'artiste endossant une multitude de rôles (de l'illettré à l'érudit, du paranoïaque au surbooké, du Bartleby au pilote de ligne préférant «la voltige à haut risque aux métiers pantouflards») pour multiplier les arguments de son refus, révélant dans une veine tragi-comique l'absurdité de ce rituel... "

Quelle jubilation de lire
ces lettres et celle qui suit particulièrement tant elle est rendue savoureuse et par son sujet et par la réponse apportée qui prouve encore une fois s'il était besoin, qu'à très peu d'occasions l'humain est pris en compte par les Ressources Humaines.

Jugez-en par vous même :
  

BENEDICTA
1 Chef de Secteur h/f
- Région Parisienne
- province 41 - 45
Rattaché au Directeur Régional vous développez nos marques par votre action de négociation. Vous veillez à la qualité d'implantation des produits en optimisant les moyens merchandising, marketing et budgétaires mis en place. 25/35 ans vous avez un BAC+2 ou équivalent...

La lettre :

Madame, Monsieur,
Je vous écris suite à votre proposition de poste de chef de secteur parue dans le journal "Le marché du travail". Je dispose d'une solide formation commerciale, d'un tempérament enthousiaste et d'un goût immodéré pour la junk-food.
Depuis 5 ans, je me nourris exclusivement de sauce béarnaise, de sauce hot-pepper, de sauce pommes frites, de sauce américaine, d'aïoli, de sauce pour nem, de sauce bourguignonne et de sauce madère. Dans une recherche d'efficacité maximum, j'ingurgite les pots le plus rapidement possible. Fort de cette expérience, j'ai largement dépassé le poids limite qu'on peut se permettre si l'on veut pouvoir se déplacer.
C'est pourquoi j'estime avoir toutes les qualités requises pour devenir chef de secteur. Malheureusement, votre proposition de poste se situe en région parisien et je ne m'éloigne jamais du supermarché Franprix de la rue des Amandiers.
Par conséquent, je me vois, bien malgré moi, dans l'obligation de refuser votre offre. Dans l'attente de votre réponse (...)

La réponse :

Madame, Monsieur,
Nous avons bien reçu votre candidature à notre offre d'emploi de début septembre et vous en remercions.
Malheureusement nous sommes au regret de ne pouvoir vous répondre favorablement. Néanmoins, si vous nous y autorisez, nous conservons votre dossier et ne manquerons pas de faire appel à vous si d'aventure un poste correspondant à votre profil venait à se libérer (...)

Et une envie espiègle avec les tâches de rousseur de l'enfance vient me susurrer à l'oreille "Allez, fais toi-même l'expérience et démasque de ta plume (c'est fin, non ?)  tous ceux qui tentent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes (ça, ce n'est pas fin, c'est fort !). Décerne lors d'un palmarès inversé la palme du "foutage de gueule" le plus flagrant au département Ressources Humaines le plus mal nommé..."

Oui, voilà qui est tentant mais cela ferait redite et je me targue d'originalité. Et puis, je le confesse ici, une forme de pudeur quasi superstitieuse me retient alors que Desproges arrive en renfort pour me rappeler "on peut rire de tout ..."

Très bien, alors rions !

 

 

01 juillet 2008

ELLE - Eloge de la rupture

Sophie_Calle-_vue_d_ensemble_de_l_exposition_Prenez_soin_de_vous_a_la_BNF-b56d1.jpgTout le monde en parlait, il fallait que je me fasse une opinion.

En effet, je suis de celle qui ne parle pas de ce qu'elle ne connaît pas. Sous cet aspect, il me semble qu'il serait utile de me cloner car ne constaté-je pas tous les jours à quel point nous sommes entourés de gens qui parlent pour ne rien dire d'un air important, qui parlent de ce qu'ils ne connaissent pas d'un air docte ! Une triste majorité, ou devrais-je dire plutôt écrire une majorité affligeante, car je le suis à l'écouter affirmer sans même savoir de quoi elle parle.

Comme si parler ne voulait rien dire. Comme si les mots dits, même s'ils sont démentis en pleine face, n'entachaient pas la crédibilité de celui qui les a prononcés. Société du blabla où la circonlocution et le manque de concision sont reines. Société friande de formules à rallonge parfois pour dire le contraire de ce qui veut être dit "vous n'êtes pas sans avoir", au style tour à tour ronflant ou ampoulé avec surenchère de mots pour noyer le vide de l'idée énoncée, enrobage de mots comme une panure roborative car le propos ainsi enrobé devient plus dense, non pas par sa matière propre mais bien par son enveloppe.

Mais je m'égare encore, là, car le sujet de ma note s'ils sont bien les mots, ne sont pas ceux du vulgum pecus ignare. Non, ce sont ceux d'un homme, assez cultivé à ce qu'il parait, qui quitte courageusement une femme par le biais d'un email lâché sur la toile en espérant qu'il atteindra la femme à qui il est destiné.
Sophie Calle s'expose à la BNF, site Richelieu, salle Labrouste "Prenez soin de vous."

Voilà une femme qui sait y faire. Comment faire d'une lettre de rupture, un objet qui s'expose et sur lequel on glose sans fin, un happening (ben oui, parce qu'en français une "intervention artistique" c'est moins vendeur qu'un gérondif en ing! Qui a dit suprématie anglo-saxonne ?) . Comment faire de son malheur le bonheur de milliers de voyeurs venus se rassasier de la douleur transformée en art, se demandant pourquoi ils n'ont pas fait de la fin de leur propre histoire une telle exposition. Exhibition ?

Latiniste, avocate, cruciverbiste, philologue, juge, agrégée de lettres, clown, linguiste, traductrice... Cent sept femmes sollicitées. Cent sept femmes pour analyser les mots de la rupture qu'elle ne peut seule consommer. Faire dire aux autres ce que les mots ne lui disent pas. Volonté affichée de "la disséquer, l’épuiser. Comprendre pour moi. Parler à ma place. Une façon de prendre le temps de rompre. A mon rythme...."

Le problème est dans le genre de ces érudits qui vont à leur façon lire les mots de l'homme qui lui dit adieu. Elles sont toutes femmes. Toutes femelles devrais-je même dire car on sent bien là le parti-pris instinctif de défendre l'une de leur congénère. Coalition muette de femmes qui compatissent et voient dans ces mots, les mots qu'un jour elles ont peut-être reçus. Cruci-fiction du pauvre type, car pauvre il est vraiment. Pauvre par son manque de courage affligeant. Riche de mots et encore... Son vocabulaire ne brille pas et aucune flamboyance ne vient enjoliver les paroles de rupture qu'il lui écrit maladroitement.

Et toutes ces spécialistes sont là, aux aboies, crocs dégagés et griffent sorties qui lacèrent volontiers sa chair déjà égratignée par sa propre couardise. Instinct de protection d'un membre de son groupe ? Elles se prêtent carnassièrement à l'exercice proposé et on imagine aisément quel exutoire c'est pour elles aussi qui, certainement, un jour furent quittées. Elles analysent, dénaturent, sortent du contexte, interprètent ces propos devenus échantillon littéraire pris entre deux lamelles de verre sous leur microscope. Le scalpel de leur savoir dépiaute, dissèque, coupe en tranches ses mots et grossièrement ridiculise l'auteur mettant en évidence les fautes de syntaxes, la pauvreté des tournures, les contradictions...

Une seule s'élève pour dire tout haut ce que je pense tout bas. C'est Christine Angot qui offre à Sophie cette formule dont la concision fait mouche et qui dit la limite de l'exercice  « Le chœur que tu as formé autour de cette lettre c’est le chœur de la mort (…) » , car en vérité toutes ces femmes réunies autour de celle par qui l'exposition arrive est un chœur de femmes qui assassine le reste d'amour contenu dans la lettre en le mettant à nu systématiquement, en lui ôtant ce qui lui restait de fragile et d'attendrissant. Polyphonie de voix féminines dont la mélodie corrosive érode jusqu'à la corde ce message de toile. 

Ce parti-pris est dommageable car réducteur. Pourtant la démarche que Sophie Calle m'apparaissait comme un exercice ludique et amusant, à la fois grave et désespéré. Démarche remarquable par ce qu'elle a su construire une œuvre à partir de rien, sans laisser personne indifférent. Personnellement, je ne conçois pas un monde sans que les deux genres qui le composent ne soient mélangés comme ils le sont dans la vie. J'aurais souhaité qu'elle interpelle aussi des hommes. Entendre la voix d'hommes dans une polyphonie où les graves contrebalanceraient les aigus aurait rendu moins partiale l'exégèse et aurait certainement enrichi d'une autre sensibilité un événement somme toute banal mais tellement humain.

Alors ici je souhaite à sa place vous interpeller Messieurs et vous demander ce qu'elle n'a osé faire.

Si vous aviez à commenter cette lettre de rupture, que diriez-vous ?

* * * *

Sophie,
Cela fait un moment que je veux vous écrire et répondre à votre dernier mail. En même temps, il me semblait préférable de vous parler et de dire ce que j'ai à vous dire de vive voix. Mais au moins cela sera-t-il écrit.
Comme vous l'avez vu, j'allais mal tous ces derniers temps. Comme si je ne me retrouvais plus dans ma propre existence. Une sorte d'angoisse terrible, contre laquelle je ne peux pas grand-chose, sinon aller de l'avant pour tenter de la prendre de vitesse, comme j'ai toujours fait. Lorsque nous nous sommes rencontrés, vous aviez posé une condition : ne pas devenir la "quatrième". J'ai tenu cet engagement : cela fait des mois que j'ai cessé de voir les "autres", ne trouvant évidemment aucun moyen de les voir sans faire de vous l'une d'elles.
Je croyais que cela suffirait, je croyais que vous aimer et que votre amour suffiraient pour que l'angoisse qui me pousse toujours à aller voir ailleurs et m'empêche à jamais d'être tranquille et sans doute simplement heureux et "généreux" se calmerait à votre contact et dans la certitude que l'amour que vous me portez était le plus bénéfique pour moi, le plus bénéfique que j'ai jamais connu, vous le savez.
J'ai cru que l'écriture serait un remède, mon "intranquillité" s'y dissolvant pour vous retrouver. Mais non. C'est même devenu encore pire, je ne peux même pas vous dire dans quel état je me sens en moi-même. Alors, cette semaine, j'ai commencé à rappeler les "autres". Et je sais ce que cela veut dire pour moi et dans quel cycle cela va m'entrainer. Je ne vous ai jamais menti et ce n'est pas aujourd'hui que je vais commencer. Il y avait une autre règle que vous aviez posée au début de notre histoire : le jour où nous cesserions d'êtres amants, me voir ne serait plus envisageable pour vous. Vous savez comme cette contrainte ne peut que me paraitre désastreuse, injuste (alors que vous voyez toujours B., R.,...) et compréhensible (évidemment...) ; ainsi je ne pourrais jamais devenir votre ami. Mais aujourd'hui, vous pouvez mesurer l'importance de ma décision au fait que je sois prêt à me plier à votre volonté, alors que ne plus vous voir ni vous parler ni saisir votre regard sur les choses et les êtres et votre douceur sur moi me manqueront infiniment. Quoiqu'il arrive, sachez que je ne cesserai de vous aimer de cette manière qui fut la mienne dès que je vous ai connue et qui se prolongera en moi et, je le sais, ne mourra pas.
Mais aujourd'hui, ce serait la pire des mascarades que de maintenir une situation que vous savez aussi bien que moi devenue irrémédiable au regard même de cet amour que je vous porte et de celui que vous me portez et qui m'oblige encore à cette franchise envers vous, comme dernier gage de ce qui fut entre nous et restera unique.
J'aurais aimé que les choses tournent autrement.
Prenez soin de vous.
X

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