dimanche, 20 avril 2008
ELLE - Bon pied...

J'avais envie de vie parisienne.
J'avais envie de superflu, de superficiel, de prétentieux, de branché, de toutes ces qualités qui font qu'on se croit un instant au cœur de la vie où tout est beau, tout est bon... Où tout n'est que vanité !
Rendez-vous avait été pris à la Cantine du Faubourg. J'aime la décoration, la musique lounge suffisamment présente pour assourdir les conversations mais pas suffisamment pour les empêcher. Nul besoin de se parler sur le ton de la confidence pour que le couple d'à côté, blasé, qui ne sait plus dialoguer, n'entende les secrets que nous allons partager.
Une jeune femme de sang africain, beauté aux membres souples comme du Playdo et à la démarche de Reine de Saba nous accueille. La soie légère de sa robe voile à peine ses formes sculpturales et le sourire éblouissant qu'elle nous offre nous aveugle un instant, nous laissant bouche bée, admiratives. A l'américaine, un air affairé dans la démarche, les menus déjà en mains, elle nous accompagne à notre table. Je ne peux me retenir de lui souffler combien sa robe est bien portée. Elle me répond avec une fausse simplicité qu'elle est la RP de l'établissement. Oh combien je savoure ces airs de l'air de rien si rempli de sa propre importance. Bien sûr, la direction ne s'y est pas trompée, car mieux que n'importe quelles compétences, elle porte sur elle l'idée d'une certaine classe qui rejaillit spontanément sur le restaurant, et tous ceux qui le fréquentent s'en voient éclaboussés, presque baptisés, se sentant soudain investis d'un peu de cette élégance que la majorité pourtant n'a pas.
Les femmes sont toutes bien apprêtées. L'art du maquillage atteint ici la perfection car elles ont toutes compris que pour garder à leurs pieds tous ces hommes aux bourses bien remplies et pouvoir les vider à leur guise, il faut plaire, il faut faire bander, il faut éblouir. Et dans cette mascarade l'homme est le premier à vouloir jouer le rôle principal, celui du pouvoir octroyé par l'argent, croyant ainsi mener le bal alors que ce sont ces belles-là qui les dirigent dans ce ballet ancestral.
Nous voilà assises côté banquette, vue imprenable sur toute la salle où s'activent tels des automates bien réglés, force serveurs, homme et femmes vêtus de noir qui les drape d'élégance sans distinction. Et alors que mon vis-à-vis scrute le menu, mes yeux errent sur cette salle aux lumières tamisées qui mettent en valeur les couverts dressés, les verres qui réverbèrent la lumière dorée. Et l'inattendu frappe mes pupilles étonnées. Sur les murs du fond, suspendus en noir et blanc, des tirages papier, format poster, de pieds. Des pieds dans tous leurs états. Des vieux, des jeunes, des poncés-pédicurés, des corneux à la peau cartonnée. Rêveuse je deviens devant ce spectacle décalé. Je suis ici pour m'immerger dans la beauté, dans l'élégance, dans le délicieux, le gourmet et l'on me sert des pieds ! Bien bel outil, le pied, à bien y regarder, car sans lui, comment faire pour avancer ? Terminaison articulée composée de 26 os - soit, pour les deux pieds, le quart de ceux composant l'ensemble du squelette - 16 articulations, 107 ligaments qui tiennent ces dernières et 20 muscles qui permettent au cerveau de commander leurs mouvements. Une vraie machine de guerre trop souvent méprisée. Pâle copie de nos mains, il est vrai, dont les doigts tout à tour boudinés, dodus à croquer, noueux comme la vigne ou tordus aux repoussantes callosités assurent l'équilibre de tous même de ceux qui ne le sont pas.

"Pieds nus pour visages connus" mis en scène par le photographe Amélie Debray. Voilà un parti pris décapant. Montrer cette partie du corps révérée par certains comme des objets de culte digne d'Eros, honnie par d'autres comme le témoignage flagrant que dieu n'existe pas, et ce en choisissant d'occulter le visage de celui qui les guide à chaque pas, emporte mon suffrage. Etrange sensation devant cette nudité tellement plus impudique que toute autre nudité galvaudée. "Il y a toujours une part d’impudeur dans cette nudité-là" disait C. Breilla. Oui et presque une indécence. Et puis, mieux qu'une confession intime les pieds nous révèlent le soin que l'on se porte à soi-même, la gratitude que l'on a qu'ils nous mènent où l'on veut, dociles, et plus que tout il me semble, si l'on est soucieux des apparences seulement. En effet, quoi de plus révélateur que des pieds négligés, sales, envahis par les cors et la corne spongieuse quand la tête qui les chapeaute s'affiche rasée de près ou poudrée et parfumée, prétendûment soignée, arborant tous les artifices du raffinement. Mais pour certains, de raffinement point et les pieds odieux sont cachés par d'onéreux souliers.
Je contemple avec curiosité cette galerie de portrait de pieds surprenants et plus j'avance dans cette exposition, plus je me persuade que, mieux que nos yeux, les pieds sont le reflet de notre âme.
Et vos pieds à vous, ils sont comment ?
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vendredi, 04 avril 2008
ELLE - Descente en Enfer

J'avais prévu mon week-end rien que pour elle.
II y avait quelques semaines déjà qu'elle m'avait fait de l'œil dans le "ELLE" et sa proposition de m'emmener en enfer était irrésistible. Comment ne pas se laisser tenter par cette offre de descente dans des antres brûlants sans y griller sa peau, sans y perdre son âme. Et puis, cette expédition n'était-elle pas organisée par une entreprise dont le nom à lui seul était garant de qualité et le parfait prétexte pour nourrir mes turpitudes sous un sceau culturel indiscutable "L'Enfer de la bibliothèque, Eros au secret".
Enfin révélés au monde des profanes, des interdits de l'Enfer, la collection la plus inavouable, 350 ouvrages parmi 2000 répertoriés.
Nous arrivons à la Bibliothèque Nationale qui offre à mes premiers regards son profil décevant. J'avais imaginé me retrouver sur une esplanade encadrée de livres ouverts offrant, sans distinction de classes, leur contenu érudit à la masse. Et bien non. De pauvres bâtiments rectilignes sans fantaisie servent de frontière à une place bétonnée livrée aux vents. Mon enthousiasme pourtant, galvanisé par ma curiosité, ne se laisse pas abattre et nous entrons dans ce temple où la débauche, pour une fois, occupe la place d'honneur. Des lumières tamisées, dignes d'un bordel, éclairent comme des reliques de multiples ouvrages éventrés sous des vitrines pour révéler à nos yeux ébahis leur audace érotique. Le rose prédomine. Il faut le croire maîtresse de l'alcôve et des choses de l'amour à l'instar de cette chair fendue si convoitée qui tourne la tête des hommes depuis la naissance du monde.
Un silence religieux règne dans la salle mais ce qui en impose ici ce n'est pas Dieu. Ou, si bien sûr, c'est le Dieu de l'amour qui rend le présent bien plus cérémonieux que les ors et la liturgie dans une cathédrale. Les sourcils sont froncées, les mines sont graves. La curiosité est discrète mais opiniâtre et aucune vitrine n’est délaissée par les visiteurs assoiffés de savoir. C'est fou ce que le cul passionne et provoque comme vocations d'étudiants studieux chez quiconque à le courage d'afficher en public son intérêt pour la chose.
Je perçois sur les visages une tension qui n'est pas due à l'intensité de la réflexion en cours. Non, imperceptiblement les mots lus, les images dévoilées, les photos exhibées pénètrent dans le cortex et une tension sexuelle monte aux visages, voile de luxure vainement caché sous des airs de concentration hypocrite.
Mon visage quant à lui resplendit j'en suis sûre. Un sourire esquissé ne quitte pas mes lèvres. L'étonnement m'habite et le désir aussi. Comment le renierai-je ? Mon ventre je le sens, s'émeut à ces lectures. Et ces visions volées d'amour dans tous les sens bouleversent les miens à m'en faire languir. Et je découvre toujours plus incrédule ce que le sexe et l'amour ont pu susciter comme création à toutes les époques et sur tous les continents. Gravures arétines (XVIe) illustrant des amours mythiques n'ayant rien à envier au kamasoutra, estampes japonaises dénonçant un certain complexe de nos amis nippons partagés par bien de leurs congénères européens, photographies ou daguerréotypes, film noirs et blanc projetant les ébats de donzelles dans une fabrique, peintures, dessins de toutes sortes. Liste de prêtres pris en flagrant délit chez les filles publiques, almanach des adresses de demoiselles de Paris, tarif des filles du Palais Royal, etc... Toute la luxure du peuple étalée !
Mais la lecture est la forme artistique la plus représentée et jusqu'à la fin de la visite je ne cesserai de m'ébaubir devant tant de créativité. Le vulgaire le dispute au discret. La poésie lutte pied à pied pour ne pas perdre face à la grossière prose. Et j'avance comme un funambule ivre sur la corde tendue de mes émotions qui ne se cachent plus.
Pour les curieux, je ne peux résister à vous confier quelques expressions colorées issues du "Dictionnaire érotique moderne par un professeur de langue verte" (Alfred Delvau) :
- Affront (faire un) : Débander juste au moment où il faut bander plus roide - seule impertinence que les femmes ne pardonnent pas.
- Aller trop vite à l'offrande et faire choir le curé : Décharger au moment où l'on va baiser une femme que l'on a désirée trop longtemps, et débander immédiatement.
- Avoir toujours l'anneau ou la bague au doigt : Passer sa vie à branler les femmes, le con étant pris pour un anneau - depuis celui de la femme de Hans Carvel (sic).
- Politesse (faire une) : Décalotter son prépuce en bandant devant une femme, et le lui introduire dans le vagin pour lui prouver tout son respect - et la faire jouir par la même.
Enfin, comment ne pas clôturer cette note par ce poème incandescent et si vivant par le rythme imposé de ses mots qui miment à la perfection et la belle qui agit et l'objet qui subit. Merci Aragon.
« L'a prise dans ses mains
La belle
L'a prise dans ses mains
La bite
L'a mise entre ses seins
La belle
L'a mise entre ses seins
La bite
Quand elle fut bien rouge
La bite
L'a plongée en sa bouche
La belle
L'a plongée en sa bouche
La bite
Et bouge bouge bouge
La belle
La belle et la bite
Habile habile habile
La bête, la grosse bête
La bite et la belle
Dit Bite ah bite habite
Moi vite
L'a montrée au bouton
La bite
L'a frottée au bouton
La belle
Elle rentre dans le con
La bite
La belle la belle la belle
Bite.»
06:25 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : érotisme, censure, sexe, bibliothèque nationale
mardi, 23 octobre 2007
ELLE - Nightshade
J'avais trouvé la carte par hasard.Elle ressortait, singulière, là, parmi d'autres étalées sur un porte-cartes comme il y en a tant maintenant dans les bars et les restaurant de la capitale ou d'ailleurs. Provocante, le cul tourné, elle mettait en scène un chat Sphynx avec pour sous-titre un mot "Nightshade." Mon œil étonné s'arrêta net et je me saisis d'un exemplaire, qu'était-ce donc ? Poésie immédiate à mes oreilles et l'anglophone que vous êtes sûrement aura traduit ''l'ombre de la nuit''. Mais cela pouvait être aussi, tons ou nuances de la nuit (night shades), et pourquoi pas un soupçon de nuit (shade of night) et je me prenais à rêver de ce spectacle donné à la Villette avec un menu surprenant "Pin-up, beauté fatale ou chippendale : l’ombre des peep-shows plane sur la Villette. 7 solos où l’érotisme se soumet à l’art pour provoquer votre imaginaire. 7 chorégraphes réputés ont accepté le jeu proposé par le collectif belge Victoria : dépasser les clichés, et offrir un regard neuf sur le strip-tease. Venez vous-même découvrir le meilleur du strip-tease, et ce que l’art a de plus provoquant. "
Je suis, sous mes dehors émancipés et superficiels, une femme timide surtout quand il s'agit de s'effeuiller, et l'art de ces dames m'a toujours bluffée. Y a-t-il quelque chose de plus difficile à réussir qu'un strip-tease élégant et excitant ? Combien ne faut-il pas à une femme s'aimer et aimer aussi pour se donner en spectacle à son homme dans le secret ombré de l'alcôve. J'en ai souvent rêvé mais, vous l'avouerai-je ici, impossible de m'y résoudre et loin d'égaler Kim dans THE film, ce n'est pas "You can leave your hat on" que je fredonnais alors mais plutôt une plainte "May I keep all clothes on ?" tant ma maladresse et ma timidité finissaient par l'emporter. Alors, vous pensez, lorsque j'ai découvert ce spectacle programmé dans un lieu respectable (La cité des sciences de la Villette, Grande Halle, Espace Charlie Parker, quelle caution de qualité !) je n'ai pas résisté !
J'arrive à Paris en retard, satanés embouteillages parisiens. Quel que soit le jour maintenant, la capitale est engorgée. Le taxi me dépose devant le parc et j'y retrouve mon amie. Elle s'est laissée tentée par moi, car après l'épisode des parfums, cela aussi elle voulait bien le découvrir avec moi. Je suis impatiente comme une adolescente à un premier rendez-vous et inquiète aussi. Pourvu que cela nous plaise, pourvu que le spectacle ne soit pas graveleux ni odieux.
La salle est remplie jusqu'au dernier rang. Il faut croire que l'effeuillage, ça titille les jeunes comme les vieux, les hommes comme les femmes, les hétéros comme les gays et de voir cette assemblage hétéroclite d'humains me rassure. Je ne suis pas la perverse que le choix du spectacle aurait pu donner à penser. Et puis, ne soyons pas hypocrites, qui n'a pas souhaité un jour de sa vie en Basinger ou en Rourke se transformer ? Acteur ou voyeur ?
Le noir tombe aux sons lancinants, enveloppants du hautbois et de la flûte traversière. Les notes piquantes percent mélodieusement les tympans alors qu'une percussion, comme un cœur qui bat, scande un appel tribal. L'ambiance est rapidement installée et le chat nu, tiens nu !, symbole du spectacle est projeté en noir et blanc sur les rideaux noirs, écran improvisé. Il nous regarde et à son tour se fait voyeur des voyeurs. Nous n'avons qu'à bien nous tenir, nous seront tout le long surveillés. Gardien muet de ce qui va se passer et de sa taille titanesque il nous toise, mystérieux, dérangeant. Nous retenons notre souffle lorsqu'enfin il disparait au rythme des rideaux qui s'éventrent lentement.


Les numéros se suivent et m'émeuvent, me choquent, me crispent sur mon siège. La nudité dans tous ses états. Nudité offerte, nudité volée, nudité burlesque, nudité déjantée, nudité théâtrale, nudité violée ! Comme un seul poumon la salle respire, retient son souffle, soupire. Je sens, tangibles dans l'air, les désirs, les peurs, les dégoûts, les envies. La tension palpite comme le sang dans les veines de mes voisins. Et mon sang à moi vit et me brûle lorsqu'enfin arrive sur la scène une poupée de porcelaine dans un robe de soie noire.
"Je vais et je viens" aux accents langoureux bercent ses mouvements et en cadence chaloupée elle avance à pas lents, à pas comptés. Ses jambes interminables dominent le tapis rouge sur lequel, nonchalante, elle déambule. Est-ce possible des talons de cette hauteur, vernis vermillon comme le sang d'une vierge qui hypnotise les yeux à chaque pas ? Les rideaux noirs comme un encadrement de porte mouvant la suivent et la précèdent. Ils se déplacent à son rythme et simulent habilement la porte de l'alcôve où la belle va s'effeuiller. Et avec une lenteur criante elle se devêt en va-et-vient, en aller-retour, pour se retrouver nue, hiératique en bas noirs et escarpins assassins.
J'en ai pris plein les yeux, c'est de loin le plus beau des strip-tease jamais vu. Pas besoin de se tortiller à la Jamie-Lee pour émoustiller. Pas besoin de torsions improbables de la taille et des reins. Non, juste ce petit rien, ce va-et-vient lancinant comme le désir qui bat au ventre. Juste ces pas cadencés qui piétinent avec suavité les voiles et les dentelles qui s'abandonnent. Comme c'est beau et je suis subjuguée !
C'est déjà la fin. Je reprends mes esprits et m'ébroue pour chasser les miasmes du show qui m'ont choquée et ne garder sur moi que les parfums de cet effeuillage rouge et noir divin !
A moi les va-et-vient, à moi les aller-retour. J'ai du boulot, je m'y mets demain ...
Pour les curieux, pour les amateurs : http://www.villette.com/manif/manif.aspx?id=1055
06:50 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mardi, 02 octobre 2007
ELLE - Tango Loco
Le noir envahit enfin la salle.
Le silence se fait dans la foule pourtant indisciplinée il y a quelques minutes encore. Comment décrire objectivement ce qui vient de se passer sans tomber dans la caricature.
Nous approchons, fringants. Le spectacle a une excellente critique, la compagnie de ballet aussi et je ne suis pas de celles qui prennent systématiquement le contre-pied même si une certaine critique élitiste sévit sur Paris. Seul le titre de la critique avait été nécessaire pour emporter mon suffrage et mon enthousiasme sans rien en savoir finalement. ''Tango Loco''. Deux petits mots, allitération en "o", promesse de frissons dans le dos. Que de "o" en perspective. Oser les corps emmêlés, orchestrer le désir aux sons du bandonéon, horrifier les puritains par l'audace des passes et plus encore que je ne savais imaginer mais que mon goût pour les belles et provocantes choses anticipait avec excitation.
Alors que nous arrivons, nos sourires prennent la tendance inverse. Une foule digne d'une grève RATP se presse dans le hall du théâtre. Toute la splendeur de la France concentrée sur quarante mètres carrés. L'indiscipline et l'individualisme érigés en art par mes compatriotes. Aucun sens des queues, aucun respect de l'autre, le ''moi-je'' roi. Trente minutes pour récupérer à coups de coudes, de mains aux fesses (où il y a de la gêne...) et de sourires crispés, nos places tant convoitées. Et les Hermès aux faubourgs mélangés n'élèvent pas le niveau et mauvais élèves eux aussi ils sont ! Ouf, nous voilà sortis de cette foule qui nous poisse de parfums mélangés, eau de Cologne bon marché flirtant avec des jus de luxe rendant nauséabond le foyer que nous fuyons.
Nous voilà dans le noir. Les rideaux s'ouvrent. Décor épuré : une scène noire, une table rectangulaire de métal noir. Des lumières bleutées installent une ambiance propice aux songes. Il entre. Majestueux, vêtu de noir. T-shirt et pantalon noir. Cheveux corbeau frisés tombant sur ses épaules en anglaises denses. La gomina les plaque en arrière dégageant son visage anguleux, racé presque martial. Il a l'ascétisme des danseurs et les lumières font naitre sur son visage des ombres pittoresques. Nul besoin de maquillage, ses yeux charbons dardent l'assemblée et la défie alors qu'altier il entame son ballet. Et le voilà qui virevolte et valse avec la table. Plus que support elle devient sa partenaire immobile et tout son corps la fait danser sur place. Félin, il la frôle, il la flatte de ses mains. Il s'enroule sur elle comme il le ferait d'une amante et je me surprends à vouloir devenir table et que de son corps il me caresse les pieds et les flancs.
Lorsqu'il l'a assez aimée entrent en scène sept autres danseurs dont trois couples déjà formés. Le septième rejoint le danseur à la table et ensemble ils commencent un tango incroyable. Couples d'hommes se défiant, s'affrontant dans un face à face où corps contre corps ils se meuvent au rythme d'une chorégraphie haletante. L'homme empoigne la ''femme'' et la pousse en de savants entrechats dans ses retranchements. Alors, luttant, de femme à son tour il redevient homme pour soumettre à sa volonté l'homme dans ses bras qui cède et se plie à ses caprices. Tous de noir vêtus, ils tournoient en des volutes harmonieuses, suintant la force mâle, violente mais pourtant contrôlée. Les corps se plaquent, s'emboitent et ces couples improbables dérangent car ils troublent nos sens surpris. Les mains sont fermes sur les reins, les ventres scellés, les regards rivés comme cadenassés, sexes contre sexes, jambes entremêlées dans des jeux dangereux défiants les lois de l'équilibre. Ils ne font qu'un, ils se fondent l'un dans l'autre, le port de tête fier. Leur ballet est une joute permanente, exaltante. Dieu seul sait comment elle finira !
Mon souffle est suspendu au moindre de leurs mouvements. Je sens mon sang pétrifié dans mes veines tant est puissante mon envie de les rejoindre. Arracher des bras de ce simulacre de femme ce danseur mythique et le laisser me guider jusqu'à atteindre la perfection du geste. Qu'à mon tour il m'enlace pour fusionner nos chairs dans une brûlure qui dévore et qui scelle de sa douleur indélébile. Mon corps et tous mes sens sont tendus vers la scène. Je suis crispée sur mon siège et sens la tension de tous mes muscles au comble, prête à me propulser sur la piste et, les yeux fermés, un instant je deviens eux !
Sans m'en rendre compte le décor a changé. Quelques chaises de bistrot sont comme par magie apparues sur la scène. Isolés maintenant, les danseurs esquissent quelques pas comme perdus dans leurs songes lorsque subitement une danseuse surgit de nulle part. Sa beauté irradie. Brune sombre, cheveux ramenés en un chignon strict sur la nuque, visage magnifique bien dégagé. Yeux dessinés de khôl, bouche vermillon de cendrillon méridionale et teint pâle réverbérant la lumière telle une opale pure. Apparition divine bleu turquoise tranchant, intolérable, sur tout ce noir mâle. Petite veste cintrée suivant la courbe de ses seins provocants. Jupe moulée sur ses reins dégageant d'une fente immorale une cuisse gauche gainée dans un bas résille. Cous-de-pied cambrés par des escarpins vernis noirs de fille des rues qui donnent à ses jambes des longueurs infinies.
Il la saisit autoritaire. Ils s’emboitent, elle résiste. Le repousse mais en vain. Il l'attire à nouveau, péremptoire. Il est plus fort, elle cède. C'est dans l'ordre des choses. Le turquoise et le noir se marient et, en une danse érotique, l'homme impose à la femme des passes à la chavirer. Elle résiste toujours mais la tête lui tourne. Une faiblesse passagère l'abandonne dans ses bras. Poupée rebelle pourtant elle se reprend, s'arrache de son étreinte. Il s'agrippe et dans un geste désespéré arrache en une nuée bleutée l'ensemble de la femme qui s'élève en spirale turquoise avant de tacher de sang bleu la scène immaculée. Elle se retrouve devant un public subjugué en sous-vêtements de dentelle noire, porte-jarretelles ceignant sa taille de guêpe et soulignant la cambrure de sa croupe de pouliche, balconnet projettant des seins ronds à damner le Démon.
Je ne respire plus. Je voudrais être elle, là, à défier l'homme, car maintenant elle lui fait face, campée sur ses jambes interminables. Elle fait un pas en avant, déclaration de guerre certaine. Les notes de Piazzolla sinuent, s'immiscent entre eux, les saoulent, ils perdent pied. Il la happe, suant de désir. Son corps arqué bande en sa direction et il la plaque contre lui. Elle lutte, le rejette, attise son désir, se laisse aller. La voilà qui se frotte, indécente, contre son sexe et jambes imbriquées en un chassé-croisé impossible ils virent, ils tournent, se cherchent et se repoussent.
Je suis tétanisée par la beauté et la violence de cet échange. Haine ou désir, qui va l'emporter ? Ses mains sur ses reins, ses seins contre son torse, les poitrines qui se soulèvent au rythme du violon fou et.... dans un ultime entrechat, la voilà entre ses jambes, basculée, pantin désarticulé, sexe contre sexe, métaphore de l'orgasme qu'il lui a donné !
C'est sûr, demain je me mets au tango !
Cliquer sur l'onglet video et régalez vous : http://www.casinodeparis.fr/bocca-tango-46.html
Si seulement je vous ai donné envie, un peu : http://www.grupomaipo.com.ar/bocca_tango/index.html
Un extrait du ballet : http://fr.youtube.com/watch?v=6tXImY274R8&mode=relate...=
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jeudi, 30 août 2007
ELLE - Art & Sexe
Je repère récemment dans un kiosque le magazine "Beaux Arts" * que je ne connais pas.Comme je suis curieuse et papivore, je ne résiste pas, je l'achète. Je dois bien confesser ici que la thématique du mensuel n'y a pas été pour rien : ''Art et Sexe''. Hum je sais, je suis prévisible mais je ne peux pas m'empêcher de m'intéresser au sujet ! Dépravation ou intérêt culturel, vous choisirez, pour moi curiosité ! Et puis la photo de couverture de Nobuyoshi Araki ** entre le "bondage" et l'art bien ficelé, exotisme nippon en noir et blanc, a certainement excité mon intérêt.
Evidemment, nous sommes abreuvés de sexe à longueur de journée et une perspective artistique allait, je le pensais, m'ouvrir l'esprit et donner à ce thème diffusé à tort et à travers, une dimension autre et certainement plus intéressante. S'éloigner des considérations charnelles et se plonger dans le pittoresque. Du sexe visuel mais surtout pas de la pornographie de base des films X ou des sites internet du même acabit. Non, de la symbolique sexuelle, finement cachée, qui ne heurte pas le regard du plus innocent ou du plus puritain mais qui rappelle, si besoin était, que depuis la nuit des temps l'homme est fasciné par cette capacité qu'il a de ressentir du plaisir par le biais d'une fonction vitale initialement vouée à perpétuer l'espèce.
J'ouvre le magazine avec empressement et je découvre la revendication de Fabrice Bousteau. Journaliste inconnu de moi, rédacteur en chef du magazine et qui fait un édito au titre racoleur ''Une autre pornographie est possible'' d'où pourtant rien n'est à jeter. Les mots dont il use sont simples, les idées aussi et malgré cela apportent à ma réflexion de la matière belle et bonne, pleine de bon sens. Et je vous le livrerais bien là dans son intégralité si je ne craignais d'être taxée de plagiaire ou de reproduction non autorisée d'un article. Quelques lignes malgré tout, pour vous donner le ton, un brin subversif mais finalement pas tant que cela : ''Et si la sexualité était l'un des enjeux politiques majeurs du XXIe siècle ? Le principal moyen d'accéder au bonheur et à la liberté de pensée ? On n'en a jamais fini avec le sexe. On fait pourtant tout pour se convaincre que l'on sait ce que c'est. Qu'on a une idée arrêtée. Voire une idée juste. On a besoin de se fabriquer une idée du sexe. De ranger ce truc qui échappe et peut aussi bien nous désespérer de notre impossibilité de partager que nous envelopper du plaisir d'être deux. Ou trois. De jouir, quoi... Loin de se contenter de provoquer, les artistes contemporains n'ont de cesse de proposer des alternatives. Entre l'art et le sexe, c'est une histoire de va-et-vient permanent.''
Voilà des mots que j'utiliserais bien comme munition pour mon arbalète à dégommer les grincheux, les étroits d'esprit, les hypocrites pontifiants. L'art comme alibi ou l'art comme une arme ? La question est posée.
Je continue de feuilleter le magazine qui m'a mise en bouche. Tout n'est pas savoureux à mes papilles, tout je ne gobe pas comme un benêt qui avalerait les sornettes qu'on lui chante parce qu'ignorant il est. Je garde mon discernement et mon bon sens devant ces plats épicés qui me sont servis sur papier glacé.
Malgré la distance que je veux garder, craintive que je suis d'ingérer certaines affirmations comme autant de vérités qui n'en sont pas, je me laisse charmer. Je suis une amatrice d'art dilettante. Ma conception de l'art est sûrement très conventionnelle. L'art est pour moi une chose qui doit enrichir ma vie par sa superfluité, par sa beauté ou en tout cas par le fait qu'elle flatte mon esprit et mes yeux. Je ne suis pas une fanatique de l'art qui se dissèque pour lui faire dire ce que peut-être l'artiste, qui plus est n'est plus, n'y a pas mis. Les digressions intellectuelles sur une toile blanche m'ennuient. Serais-je étroite d'esprit ? Oui, peut-être, peu importe. Je suis une instinctive, une émotionnelle devant l'art, alors que parallèlement je suis une grande cérébrale !
Et là, je dois le dire, je suis séduite par la qualité de la publication, par celle des photos sans oublier la mise en page. Et surtout par la qualité des critiques, auteurs des articles. Grâce à eux, pour une fois, je suis obligée d'aller au-delà de l'image, celle qui s'impose au premier regard, celle que le regard voit sans voir. Je me régale, je savoure ce qui m'apparait comme une nouveauté. Je me sens devenir, au fur et à mesure de la lecture des articles, plus subtile, plus fine dans ma façon d'observer. Plus savante aussi, avec souvent un sourire incrédule devant l'ingéniosité des artistes anciens.
Un article m'enchante particulièrement, celui de Pierre Sterckx ***. Son titre déjà m'est comme un poème 'La charge érotique de l'air de rien '' ! Au début, je suis réfractaire au contenu des premières phrases et assez dubitative ''encore un journaliste qui va faire parler des artistes décédés'' et puis, progressant dans la lecture, j'accepte de regarder différemment. Même si je trouve un peu outrées certaines propositions (l'Annonciation de Sandro Botticelli), plus je regarde et plus je me dis que finalement ce n'est pas si tiré par les cheveux que cela. Et lorsque je lis ''... sur le dos du messager céleste, se déploie un fin tissu gazeux, blanchâtre, fluide, un liquide aérien qui se répand sur le sol, à ses pieds en une langue spermatique'' je commence à comprendre. Je me remets à sourire devant ce qu'il montre comme de fines trouvailles de peintre pour véhiculer une charge érotique bien dissimulée. Et même si je n'adhère pas à tout, je dois admettre qu'il conquiert presque complètement mon esprit et mes yeux. Quelle hypothèse osée d'affirmer que dans le tableau ''Raphaël et la Fornarina'' d'Ingres on y voit ''...entre les doigts de Raphaël jaillit une fine sanguine dont la pointe rouge arde et darde. Elle est l'objet, à peine métaphorique, qu'on attendait. L'air de rien Raphaël bande et la Fornarina sourit. Une pointe de feu comme aveu d'une étreinte et comme outil du dessin. Le même rouge pour le sexuel et l'artistique...'' Et moi de constater à mon grand dépit qu'il y a vu ce que j'aurais dû voir si j'avais été initiée !
Alors si je vous ai mis un tant soit peu l'eau à la bouche, découvrez l'exemplaire du mois d'août 2007 et si jamais l'envie vous prend, parlez-m'en car je serai curieuse de savoir ce que vous en pensez.
Pour ma part, je sais que dorénavant, je regarderai les classiques et les modernes autrement et je vais m'atteler à observer, à décrypter ce qu'il y a au-delà de l'image brut... enfin peut-être vais-je apprendre à voir !
* http://www.beauxartsmagazine.com/
*** http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Sterckx
http://www.art-contemporain.com/bin/construct.asp?url=/ma...
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samedi, 21 juillet 2007
ELLE - Qui suis-je ?
Magazine ''Psychologies'' N° 261 - mars 2007
Cet exemplaire déjà ancien me tombe récemment dans les mains par hasard (mais le hasard existe-t-il ?) grâce à Air France qui me l'offre au salon.
Je ne sais pas si je dois lire ce type de magazine avec confiance ou avec défiance.
En effet, sous des dehors de sérieux thérapeutique, les "Santé Magazine" et autres "Votre Santé" nous abreuvent quelques fois il me semble d'informations sujettes à caution. Ce propos n'engage que moi évidemment et je reste perplexe parfois devant certains articles.
Psychologies, lui, annonce la couleur. Voyez un peu la promesse : ''mieux se connaitre pour mieux vivre sa vie (couple, sexualité, thérapies, enfants, bien-être)''... Je veux croire que la motivation première de la famille, qui a repris le magazine en 1997, est de soulager son prochain et de ne pas tirer partie de la quête permanente de mieux-être de l'homme en souffrance. Je veux croire qu'ils ne se servent pas du magazine comme d'une vitrine pour vanter les mérites de tel membre du clan ou de telle thérapie développée par l'un d'eux. J'espère qu'ils sont d'authentiques philanthropes mus par l'envie unique d'aider tout être humain à progresser sur le chemin de la connaissance de soi !
Bref, cette profession de foi faite, je dois avouer que j'aime bien feuilleter ce mensuel car s'y trouvent, drapés dans des voiles de respectabilité, des articles tout aussi racoleurs que dans "ELLE" ou "Marie-Claire". On y parle de sexe, des relations homme/femme, de mode, de technologie et même de cuisine !
Mais quelle différence de dire lors d'un diner mondain ''tiens, j'ai lu dans Psychologies Magazine que les hommes préfèrent les gros seins'' que de dire ''tiens, j'ai lu une enquête dans Paris Match qui affirme que les hommes préfèrent les gros seins''.... Psychologie donne de la crédibilité, un cachet de sérieux aux écrits qu'il contient et l'interlocuteur, sans nul doute, ne sera plus dubitatif mais forcément impressionné devant cette information quasi scientifique ! Mais ne soyons pas dupes...
En tout cas, l'édition de mars 2007 est un trésor d'informations, croustillantes comme je les aime car je suis une dévoyée et tout ce qui touche à l'amour excite ma curiosité !
Je vous livre en vrac les articles qui ont retenu avec une gourmandise bavante mon attention de femme luxuriante. En effet, je ne saurais vous laisser vivre sans vous donner à connaitre ce qui suit !
Et puis, vous allez enfin mesurer la personnalité de la femme que je suis et qui nourrit ce blog avec délectation de toutes ses déviances, ses névroses et ses perversions ... Vous m'avez lue jusque là ? Vous êtes bien patients ! Ou serait-ce simplement que vous avez perçu derrière ces mots évidemment provocateurs une femme sensible et intelligente, curieuse et brillante, cocasse et extravagante, imaginative et cultivée, et surtout qui ne se prend pas au sérieux ?
"Les femmes plus sexy au moment de l'ovulation" : Messieurs attention danger !
''On savait déjà que les femmes ont davantage envie de faire l'amour au moment de leur période d'ovulation. On sait désormais qu'en plus, elles font tout pour paraître plus séduisantes à ce moment-là ! Des chercheurs américains ont photographié trente femmes entre 18 et 37 ans juste avant leur période de fertilité. Puis ils ont montré à des volontaires (des deux sexes) ces photos et leur ont demandé de désigner pour chaque femme la photo où elle paraissait la plus attirante, uniquement en fonction de sa tenue, le visage étant masqué. Le cliché pris au moment où ces jeunes femmes étaient les plus fécondes a été privilégié dans 60 % des cas. Les chercheurs en concluent que, comme les primates, les femmes émettent instinctivement, à la période de fertilité du cycle, certains signaux pour attirer les mâles alentour. Notez que toutes celles qui ont posé devant l'objectif vivaient en couple. Ce qui fait dire aux chercheurs que les femmes pourraient être attirées par d'autres hommes que leur compagnon durant cette période-là ...'' A bon entendeur !
"Pourquoi les hommes aiment la sodomie" : Mesdames attention danger ?
''Pourquoi aimez-vous sodomiser vos compagnes ? La question n’est ni évidente à poser, ni simple à entendre. Pourtant, des hommes ont accepté de jouer le jeu, et leurs réponses sont assez surprenantes. Au lieu d’évoquer des sensations ou des fantasmes débridés, ils saluent, avec une belle unanimité, le « don total » de la femme en cette circonstance.
Certains parlent même d’absolu : une femme qui parvient à surmonter sa douleur, son appréhension et, bien souvent, ses préjugés donne le sentiment de se livrer tout entière. Et cet abandon, cette confiance semblent donner tout son prix à cette pratique.
Selon une récente enquête(1), les femmes sont nombreuses à avouer leur réticence pour la sodomie : parmi les 8,7 % qui reconnaissent la pratiquer (60,1 % ne la pratiquent pas et 31,2 % ne se prononcent pas !), 52,9 % affirment « ne pas apprécier ».
Pour les hommes qui ont témoigné, la résistance féminine semble être la clé de leur désir. Sans doute pour avoir le plaisir de la vaincre. « Peut-être, mais pas seulement, tempère la psychanalyste Sophie Cadalen(2). Les femmes aussi veulent arracher de l’autre une jouissance qu’il ne connaîtra qu’avec elle. La sexualité est toujours une petite bataille. Les jeux du désir et de la sexualité sont des jeux de pouvoir. Il y a toujours l’idée d’aller là où je ne suis pas invité à aller. On veut sonder la partie de l’autre qu’il ne nous ouvre pas et que, bien souvent, il ne nous autorise pas à pénétrer. C’est cette profondeur de l’autre qui nous attire. » Tant il est vrai que, ici comme ailleurs, le désir se nourrit toujours de ce qui lui échappe.
1. Sondage CSA pour Biba, novembre 2006.
2. Auteure, entre autres, d’Inventer son couple (Eyrolles, 2006) et de Rêves de femmes, faut-il oser les fantasmes ? (Leduc.s éditions, 2005).
http://www.psychologies.com/article.cfm/article/6326/cahi...
Enfin, je n'ai su résister au plaisir de découvrir qui je suis. Qui suis-je effectivement à part cette femme fantasque qui, au fil de ses textes sur un blog exhibés, court après l'amour impossible ? Et bien figurez-vous que mes pleins et mes déliés l'ont révélé et le plus troublant dans tout cela c'est que beaucoup de ce qui suit est vrai. Pourtant, n'ai-je pas déguisé mon écriture au gré des trépidations du TGV qui m'emmenait à Paris ? Il semblerait que l'on ne puisse travestir ce que notre lettre veut confesser. Lisez plutôt :
''Mon attention s'est trouvée immédiatement attirée par l'ensemble de votre script qui démontre un rattachement aux valeurs du passé (forte moralité, sens des conventions). Vous possédez certainement une intelligence analytique, méthodique, minutieuse et ordonnée.
Vous craignez souvent de vous livrer, de montrer qui vous êtes. Vous redoutez souvent le regard des autres. Vous aimez les situations fixes et vous pouvez souvent avoir la crainte de ne pas réussir. Dans votre personnalité, divers dualités provoquent des désaccords intérieurs (...)
L'orientation de vos lettres, à elle seule, suffit à démontrer votre potentiel créatif et votre capacité à faire des efforts. Vous avez des difficultés à vous détacher du passé. Vous vous assumez donc mal et vous hésitez à prendre des initiatives (...)
Votre écriture est dite 'acérée', c'est le signe d'une intelligence fine et perspicace, qui dénote aussi une grande curiosité d'esprit, tout semble avoir un intérêt pour vous dans un premier temps. Mais c'est aussi le signe d'un esprit critique qui peut souvent être virulent.
Votre présence est souvent appréciée pour votre sens de l'humour et de le répartie. Vous aimez disséquer, analyser et rechercher le pourquoi du comment ! Vous avez le goût des situations qui vous permettent de combattre, ne reculant jamais devant l'obstacle, votre vie peut être considérée comme un combat. Ce qui ne vous empêche pas d'avoir une sensibilité et une émotivité à fleur de peau.
Votre écriture se 'lie' par la présence de traits qui unissent vos lettres à l'intérieur des mots par des liaisons agiles. C'est là généralement un signe d'altruisme. Votre personnalité est exceptionnelle par ses qualités intellectuelles. Vous ne laissez personne indifférent tant vous possédez un esprit supérieur fait de clairvoyance, d'extrême logique et de suivi dans ses raisonnements. Vous avez beaucoup de résistance à l'effort. Vos inquiétudes et vos émotions semblent vivre en bonne harmonie avec votre esprit décisionnaire. Vous avez tellement d'assurance dans vos raisonnements qu'il peut même vous arriver parfois de vous montrer intransigeant vis-à-vis de votre entourage.
Vous avez besoin d'assouvir vos besoins intellectuels.''
Pour en savoir plus, il me faudrait payer... Evidemment, comme moi, vous allez penser que le graphologue, fin commercial, a surtout mis en avant des qualités plutôt que des défauts, c'est plus vendeur ! Mais au fond, tout ce qui précède est si proche de la réalité que je ne cesse d'être bluffée...
Allez, lancez-vous, voici leur site. Et vous, qui êtes-vous ?
http://www.institutdph.com/
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samedi, 07 juillet 2007
ELLE - Emotions à vif
Week-end à Paris. Je ne me lasse jamais de retourner dans ma ville.
Elle a pour moi des attraits constamment renouvelés. Et puis, surtout, elle offre tellement d'événements culturels que je ne peux rester éloignée d'elle très longtemps.
Dimanche 1er juillet, 13H00
Le nouveau spectacle du Cirque du Soleil le bien nommé ''Alegria''. Je suis excitée comme une enfant à qui l'on a promis Disneyland. Je sais, pour avoir assisté à leurs deux précédents spectacles, que pendant une parenthèse féérique de deux heures je vais partir dans un monde de rêveries qui me comble. Celui ou celle qui n'a jamais vu un de leur spectacle aura du mal à concevoir à quel point la simple perspective d'y retourner peut redonner un cœur d'enfant. Car c'est un spectacle pour oublier pendant cent vingt minutes trop courtes les médiocrités du monde, ses horreurs, ses bassesses, ses duretés et ses injustices.
Le chapiteau, défiant les cieux gris de Paris de ses pointes coniques d'un blanc éclatant, est érigé fièrement à côté du Stade de France. Aperçu à l'horizon, il me rappelle sans pourtant les avoir connues les tentes multicolores dressées lors des joutes chevaleresques dans un passé lointain. Le ton pour moi est donné et mon imagination sans borne est en branle. Plus je m'approche et plus je me sens partir vers une autre dimension, conditionnement involontaire de la rêveuse que je suis. Nous entrons dans le noir, presque à tâtons, pénombre déjà intense favorisant dès l'entrée l'onirisme. Scène circulaire immense coiffée des cônes blancs, piliers de soutient métalliques telles les pattes d'un insecte inconnu, décorés de torchères créant une ambiance de mystère et malgré le brouhaha des centaines de gens qui arrivent en flots soutenus, les sons sont comme étouffés et comme impressionnés par cette atmosphère de confessionnal. Sans un accroc, sans heurt aucun les gens sont prestement installés, pour une fois bien disciplinés, plèbe sage attendant le miracle promis.
Ils sont Canadiens, ils pourraient être Suisses. Précision chronomètre, à 13H00 exactement des protagonistes muets déambulent sur la scène. Silencieux, vêtus de costumes improbables, créations magnifiques d'un costumier de génie qui croit sûrement aux elfes et aux fées. Ils nous toisent, ils nous lorgnent, ils nous scrutent, ils installent de leur silence impérieux l'ambiance du spectacle. Les Musiciens arrivent tout droit sortis d'un conte à la Lewis Carroll. Sont-ce vraiment des hommes et des femmes ou bien des êtres merveilleux venus d'un autre univers ?
Les premiers sons retentissent et s'élèvent aux cieux si hauts sous ce chapiteau les notes célestes d'une mélodie reprise à plein poumons par une ballerine virginale rappelant Blanche Neige. Les notes résonnent dans mon ventre, ''Alegria'' sur tous les tons. Les cordes des violons vibrent sur ma peau, je résonne comme un tambour à chaque frôlement des archets et immédiatement des flots de larmes muettes viennent ruisseler doucement le long de mes deux joues. Je suis palpitante. Je ne comprends pas. Mais qu'est-ce qui me prend ? D'où viennent ces larmes incongrues ? D'où vient cette eau salée que je ne peux endiguer ? Je me raisonne mais venue du fond de mon être submergé d'émotions l'eau déborde toujours. Je me tance, la honte au front. "Pourvu qu'on ne me voie pas. Cela n'a aucun sens. Cela ne rime à rien. Reprends-toi nom d’une pipe. Tu es folle ma pauvre fille !" Mais les larmes coulent toujours, rien ne peut les calmer.
Je regarde les yeux embués de larmes le spectacle d'une troupe d'hommes au port altier qui court au début dans tous les sens, comme déboussolée, puis comme par miracle, la main de Dieu sans doute, la scène s'éventre et de danseurs affolés les hommes deviennent des jongleurs mettant en scène leur propre corps. Ils jonglent entre eux en parfaite synchronie. Un ballet incroyable se met en place et c'est une féérie de corps qui volent, qui se croisent, qui virevoltent, qui voltigent. Des pirouettes inédites se combinent en une chorégraphie époustouflante. Je suis subjuguée. Je retiens mon souffle mais l'eau de mes yeux ne cesse de tomber. Je suis bouleversée par tant de beauté. Conjugaison magique de la voix de la femme, ménestrel inspirée par Polymnie et des corps musculeux qui sautent en des vrilles surnaturelles. Lumières fantasmagoriques, faisceaux enchanteurs semblant porter aux cieux ces saltimbanques égarés dans les siècles. Des émotions violentes torturent mes entrailles, mon cœur s'emballe un peu et me fais paniquer. Mais d'où viennent donc ces affres douloureux et pourtant si jouissifs ? Comment peut-on être moi ? Comment faire pour accepter ce que je suis ? Femme-enfant à la sensibilité exacerbée, capable de sentir dans ses tripes toute la Beauté du monde au point d'en pleurer quand d'autres, impassibles, se réjouissent simplement, sans vagues, sans remous, uniment ? Comment faire pour gérer une passionnée qui pleure comme elle rit, qui vit tout exagérément ? Qui ne s'appartient plus quand les émotions prennent son empire et la dominent au point de la faire sangloter sans raisons apparentes.
Je continue à regarder, les yeux hagards cette création fabuleuse, oui digne d'une fable ! J'essaie d'être présente à ce qui ce passe sous mes yeux. Les acrobates sont partis remplacés par un ange venu sûrement de la Baltique ou des profondeurs de Sibérie. Ange blond aux traits si fins qu'à le regarder Narcisse sangloterait. Il est torse nu, la perfection faite homme, statue grecque incarnée. Il approche de deux tiges de métal couronnées de socles minuscules. Il tend les bras, pose ses mains sur chacun des supports et le voilà qui décolle de terre comme si le souffle d'Hercule le portait. Le voilà sur ses bras tendus, tête en bas et son corps magnifique exécute, défiant la pesanteur, des figures impossibles. Tout en souplesse, sans que l'ombre d'un effort ne vienne faire grimacer son visage séraphique. Comment est-ce donc possible ? Et mes larmes toujours glissent insonores le long de mes joues. Je n'ai plus de kleenex pour éponger toute cette eau, essence de mon être qui s'enfuit. Il est toujours devant moi et telle une noyée je regarde au travers d'un voile aqueux ce corps irréprochable qui me fait croire à Dieu.
Je cesse de lutter. Je coule, totalement immergée dans mon exaltation. S'imposent à moi des pensées dispersées. Je m'étonne de ce monde grouillant en mon sein. La beauté, la douleur, les peines, les joies, les blessures jamais refermées. L'aspiration à l'Amour jamais satisfaite, l'amour universel dégoûté par la violence du monde. L'écœurement de savoir que l'homme est capable de tant de merveilles et de tant de vilénies. Je suis présente au spectacle et pourtant au fond de moi, pieds et poings liés au fond de la rivière. Toutes mes perceptions sont exaspérées et je n'en peux plus.
Comment expliquer l'empire de ma sensibilité inhumaine sans qu'elle soit taxée de sensiblerie larmoyante. Comment vous faire sentir sans être grandiloquente à quel point il est douloureux d'être moi. Car être moi c'est un être en constante quête, c'est être douée d'une empathie cosmique qui ne sait plus faire la part des choses. Je suis toutes les douleurs du monde, toutes les beautés du monde. Je ne sais pas vivre tièdement. Je voudrais le repos des émotions quelques fois. Vivre tièdement chaque chose comme le font tant de gens. Mais cela m'est irréalisable. Comment vous faire sentir la force des sensations qui se saisissent de moi devant un tel spectacle, devant un paysage grandiose, devant la laideur des hommes, devant leur bassesse et leur férocité. Je regarde cet homme qui défie toujours plus le monde qui nous entoure de ses muscles ciselés par Vulcain et je repense à un article de journal révélant au monde répugné l'existence d'un orphelinat en Irak où ont été retrouvés des enfants mourant dans leurs excréments. S'imposent à moi en surimpression ces images choquantes alors qu'évolue toujours plus fabuleux cet artiste aérien. Si j'étais née croyante je dirais que je suis née sous le signe de Marie tant l'eau est mon élément, petit Poissons noyé dans son monde de fluidité.
Les numéros s'enchainent sans rupture, ne laissant pas de place pour reprendre son souffle. Doucement mes larmes se tarissent enfin. Comme si j'avais finalement intégrer ce monde mythologique et qu'en en faisant partie je ne souffrais plus du contraste violent d'avec le monde réel. Enfin, je peux jouir pleinement, les yeux secs, émerveillée par les contorsionnistes, la danse de feu, les clowns et les trapèzistes... Légère à nouveau comme les hommes volants qui flottent, irréels, au-dessus de nos têtes. Mes émotions sont domptées, un sourire béat flirte avec mes lèvres, je pétille !
Qu'il est fatigant d'être moi et pourtant, oui pourtant, je ne voudrais pas être différente finalement. Car moi, c'est un parmi des millions et chaque palpitation de mon âme justifie à elle seule que je vive.
Et vous qui me lisez, perplexes sans doute, oubliez mes divagations et ne retenez qu'une seule chose : si vous le pouvez, allez rêver comme moi devant ce spectacle extraordinaire, accompagné de tous ceux que vous aimez !!
http://www.cirquedusoleil.com/CirqueDuSoleil/fr/showstick...
http://www.rtlinfo.be/news/article/8767/--Des+enfants+ira...
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