24 juillet 2009

ELLE - Dialogue avec un Ange - Premier émoi

 

BlankAngelWing.png"Allo ? C'est Candy."

Donatien attendait son appel et pourtant il se sent cloué au parquet par cette petite voix zézayant qu'il n'a plus entendue depuis un mois. Cela lui parait une éternité. Un mois qu'ils ont commencé leur correspondance. Un mois qu'elle a accepté de se plier à ses règles. Il avale sa salive avec difficulté saisi d'une forme de trac. C'est elle l'innocente et pourtant c'est lui qui se sent comme un débutant. Pascal avait-il raison ? "Bonjour Candy, comment vas-tu ?" Banalité d'usage, civile, pour cacher son trouble. "Ca va..." Quelques infimes secondes s'écoulent. Elle ose le silence pour le provoquer. Elle ose le silence pour le faire se dévoiler. Elle ne l'aide pas. Elle attend un pas vers elle, elle en a tant fait vers lui déjà. "Es-tu libre pour diner tout à l'heure ?" lâche-t-il enfin.  "Oui, avec plaisir." Cri du cœur et tant pis s'il imagine quoique ce soit. "A quelle heure ?" "Si tu n'as pas peur, on dinera chez moi, tu veux ?" Il se mord les lèvres, tendu comme le fil du combiné du vieux téléphone en bakélite noire qu'il a dans la main, et si elle ne voulait pas ? "Oh, chez toi..." Candy meurt d'envie de dire oui, mais la trouille lui triture les tripes. Car elle sait que s'ils sont seuls, tous les deux, peut-être tentera-t-il de la séduire et alors elle ne pourra pas lui résister. A-t-elle envie de lui résister d'ailleurs ? Non, bien sûr que non, ce sera lui, pas un autre, mais c'est comment la première fois ? "...d'accord, mais j'espère que tu cuisines bien, je suis gourmande, moi !" finit-elle avec un petit gloussement nerveux. Donatien qui ne respirait plus inspire un grand coup, soulagement, elle a dit oui. Il sourit aux anges. Aux anges, se dit-il, c'est marrant ça, car elle m'appelle l'Ange. "Alors je t'attends à 20h. A tout à l'heure."

Il a entendu ses talons qui martelaient le parquet du palier. Il lui ouvre avant qu'elle n'ait eu le temps de sonner. Elle est plantée sur le paillasson, le doigt en l'air. Pétrifiée dans le mouvement, ses yeux marquent de la stupeur. Il lui sourit. Elle est belle, toute en rondeurs. Un pull au col en V met en valeur son profond décolleté et la jupe droite qu'elle porte drape son corps au plus près sans la boudiner. Elle est ronde mais sculpturale et il se perd déjà dans le creux de son cou qu'elle dévoile à sa vue envieuse, ses cheveux blonds relevés en un chignon négligé. C'est fou l'allure gracile que lui donne sa coiffure de petite madame, se dit-il en lui cédant le passage. "Entre dans mon antre si tu l'oses !" Elle lui sourit, les jambes en guimauve. "Suis-moi que je te montre mon palace." La porte a claqué derrière elle et elle a sursauté. Elle se tance d'être ainsi aux aguets, elle se trouve ridicule. Elle suit Donatien dans le salon et regarde, un sourire en coin, son beau cul musclé qui se dandine sous la toile du jeans. Elle se dit qu'être vierge à son âge, c'est pire qu'être handicapé.

Il s'est arrêté net devant elle et s'est retourné. Ils sont face à face à se toucher. Il la dévisage un court instant et elle soutient son regard. Vierge mais pas effarouchée. "Je ne sais pas si la cuisine sera à la hauteur de ta gourmandise, alors j'ai tout misé sur le vin. Pour commencer un Bollinger Grande Année 1999. Un premier diner, ça se fête, non ?" Il sourit comme un enfant heureux du cadeau qu'il fait. "Tu ne pouvais pas mieux tomber, je raffole du champagne. En fait, un diner au champagne me convient parfaitement. Et puis, je bois peu tu sais, sinon je ne sais plus ce que je fais !" Autant de badinerie que de messages à lire entre les lignes. "Hum, tu ne sais plus ce que tu fais ? J'ai bien fait de prévoir deux bouteilles alors..." Dialogue convenu entre deux êtres troublés déjà par ce qui va se passer. Le diner n'est qu'une formalité. Elle le sait. Il le sait. Mais il faut bien jouer un peu, car dans le jeu le plaisir se niche aussi.

Elle s'est assise sur le canapé. Elle observe la pièce qu'il a décorée avec goût. Elle l'imaginait étudiant brouillon vivant dans un bazar estudiantin. Il n'en est rien et les meubles contemporains qui peuplent le salon lui donnent comme un avant-goût de ce qu'il est. Raffiné, attentif aux détails. Il s'assoit à côté d'elle et lui tend une flûte où le liquide couleur miel d'acacias pétille en bulles fines. Il se rapproche encore plus, et sa cuisse touche la sienne "Trinquons, cuisse to cuisse !" dit-il cabotin alors que Candy sent son cœur faire des bonds incontrôlables dans sa poitrine. Elle boit cul sec. "J'ai des ascendances russes. On boit comme ça chez moi !" Donatien éclate de rire. "Décidément tu es pleine de surprises ! Je t'avoue que tes billets m'ont étonné. Je ne pensais pas que tu jouerais le jeu comme ça. Et puis maintenant, le coup à la slave..." Elle rit, aussi détendue que le jour de son Bac mais elle n'en laisse rien paraître. "Ah, oui, tu pensais quoi ? Que j'allais recopier des Arlequins ?" "Non, mais je t'aurais crue plus timorée. Remarque bien, j'ai adoré que tu me surprennes..." Candy affiche une moue déçue "Je t'ai surpris, c'est tout ? Moi qui croyais te déstabiliser...."

Donatien ne rit plus et la regarde intensément. Elle plonge les yeux dans sa coupe qu'il a remplie à nouveau. "Regarde-moi." Rouge d'émotion, elle lève ses yeux intimidés maintenant. "Oui, tu m'as déstabilisé. D'ailleurs, je te dois la vérité." Et Donatien lui raconte le jeu qu'avec Pascal ils avaient préparé. "Mais tu me plais. Tu me plais vraiment. Je n'ai plus envie de jouer. Enfin, pas ce jeu là..." Il a posé son verre et lui prend la main. Elle se laisse faire, amollie par le champagne et son envie de lui. Il porte sa main potelée à ses lèvres et l'embrasse lentement, très lentement. Il embrasse ses doigts un par un et puis la paume et puis de ses lèvres entrouvertes il baise son poignet, puis remonte le long du bras jusqu'à son coude où il dépose un baiser insistant.

Candy s'est laissé aller contre les coussins, elle a fermé les yeux et sent le souffle chaud de Donatien qui remonte le long de son bras pour arriver enfin au creux de son cou. Son cœur bat plus vite et son propre souffle s'affole à son corps défendant. "Lève-toi" murmure-t-il à son oreille. Son haleine brûlante descend en salve le long de sa colonne et elle reste sans volonté. "Lève-toi, viens t'assoir entre mes jambes." Elle se lève avec peine, la tête lui tourne et elle ne sait plus si c'est le désir ou le champagne. Docile, elle vient s'adosser à son torse. Il glisse ses bras autour de sa taille et plonge son nez dans son cou. Candy frémit.

"Si tu veux jouer à mon jeu. Fais oui de la tête. Ne parle plus, juste un signe de la tête." Elle opine une fois, puis deux, heureuse de ne pas devoir parler tant elle a peur que sa voix trahisse son émoi. "Alors, à partir de maintenant tu me laisses tout faire, n'est-ce pas ?" Elle opine à nouveau. "Et à partir de maintenant, tu feras aussi tout ce que je te dirai ?" Elle opine encore une fois. "Bien. Interdit de revenir en arrière, c'est bien clair ?" Sa voix est douce et enjôleuse, elle n'y résiste pas. Une dernière fois elle fait oui de la tête.

Alors doucement, les mains de Donatien quittent la taille de Candy où elles s'étaient placées et remontent sur ses seins et lentement elles les caressent. Ils sont lourds mais fermes et bientôt  Donatien sent sous la fine dentelle ses mamelons se dresser. Il les attrape et délicatement les pince en lui disant "Tu vas voir quel plaisir ils recèlent quand on sait leur parler." Candy gémit et se laisse aller totalement contre lui. "Ne dis-rien, ne fais rien, n'aies pas peur !" susurre-t-il alors qu'il glisse ses mains sous son pull. Il flatte de ses deux paumes la douceur de sa peau, déchiffre au passage les rondeurs de son ventre et d'un geste adroit fait sauter l'agrafe du soutien-gorge. 

Candy sent son corps se tendre sous les caresses de son amant. Des sensations inédites transpercent ses entrailles alors qu'il malaxe avec précaution ses tétons érigés. Le plaisir qu'elle ressent pour la première fois est intense et elle n'a pas l'intention de s'y soustraire. "Je veux maintenant que tu glisses ta main entre tes cuisses." "Non !" "Chut, souviens-toi, tu ne parles plus, tu as promis de m'obéir. Ne voulais-tu pas que je te guide ?" Candy fait si de la tête. Elle joue le jeu. Elle ira jusqu'au bout, n'importe où du moment que c'est avec lui. "Est-ce que tu mouilles ?" Oui, elle mouille et c'est bon, et c'est doux, et c'est chaud. "Je veux te humer, je veux te goûter. Donne-moi ta main." Et Candy porte à ses lèvres ses doigts humides. Donatien lèche chacun de ses doigts mais ne cesse pas de lui caresser les seins. "Caresse-toi !" Candy s'est redressée. "Mais, je ne peux pas !" Donatien la plaque de nouveau contre lui. "Mais alors, tu ne t'es jamais caressée ?" Elle fait non de la tête. "Je vais te montrer." 

Alors que sa main gauche continue de cajôler ses seins, sa main droite investit avec dextérité le sexe trempé de Candy et lui administre le traitement qu'il voulait qu'elle s'inflige. Il gémit à son tour de sentir la soie de sa peau et sa douce moiteur. Il s'émeut de sa fébrilité alors que son sexe quémande encore plus d'audace, suivant allègrement le rythme de sa main. Et sous les assauts caressants de Donatien, un plaisir  violent l'envahit et pour la première fois Candy jouit !

Allongés sur le canapé, Candy s'est lovée dans ses bras. Les cheveux en bataille, la jupe relevée, le pull roulé sous ses bras elle rit d'aise. "Non mais, as-tu vu dans quel état tu m'as mise !" Le reproche est démenti par le regard enamouré qu'elle lui lance. "Oh, et je devrais te remercier !" Donatien l'interroge du regard. "Oui, quand même, car tu viens de me faire jouir pour la première fois... " Il lui sourit "Tu vois, ce que j'aime avec toi c'est ta simplicité, ta spontanéité. Les autres filles minaudent, pas toi." Il l'embrasse à pleine bouche. "Mais toi, tu n'as pas joui, ce n'est pas de jeu !" lui répond-elle avec malice. "Ne t'inquiètes pas, le plaisir n'est pas que dans la jouissance. Et puis... mon tour viendra." Des points de suspension dans la voix qui la laisse imaginer tout ce qu'elle ne connait pas encore et qu'il lui apprendra.

"Oh, Donatien, j'ai repensé à ton copain Pascal. Puisqu'il voulait jouer lui aussi, que dirais-tu de continuer notre jeu rien que pour lui ? Tu vois, je pourrais écrire des billets et tu feindrais de les avoir reçus de moi. Il fait une thèse sur la manipulation, c'est bien ça ? Et bien si je m'amusais un peu à mon tour ?" Donatien fronce ses sourcils marquant sa réprobation muette. "Et bien, en voilà une idée ! Ce ne serait pas réglo, n'oublie pas que c'est mon pote tout de même..." Candy lui roule des œillades en lui disant "Allez, pas longtemps, juste pour le chauffer un peu tu vois." "Non, pas d'accord. Tu n'as qu'à me chauffer moi si tu l'oses. Et je continuerai à jouer le jeu avec Pascal. A voir qui des deux sauras mieux attiser le désir de l'autre !" Candy l'embrasse à nouveau en susurrant "Chiche !"

Et le soir même, Candy rédigeait pour Donatien le billet suivant.

"Ange, cher Ange,

Tu es assis devant moi et je t'écoute me susurrer combien tu aimerais que je te dévoile sans délais ce que tu ne connais pas de moi. Tu me demandes d'imaginer le pire que tu pourrais me demander, d'imaginer ce que je crois ne pouvoir jamais te donner. Et ton regard, impatient déjà, épie chaque parcelle de moi.

Je me suis mise nue, pour toi mais je ne peux soutenir ton regard qui me brûle plus fort que la vergogne que j'ai de me montrer à toi. J'ai toutes ces préventions de femme pudique qui m'assaillent. Le poids de la religion et de mon éducation qui m'ont maintenue insidieusement dans l'abstinence. J'ai tout cela en moi et comme Justine, je vacille, je titube entre le oui et le non.

Le non que m'impose la décence plus forte que ceinture de chasteté. Le oui qui sinue dans mes veines passablement agacées par mon sang bouillonnant, affolé par tes commandements muets. J'ai froid et j'ai chaud. Je sens mon ventre s'animer à l'approche de mes mains qui glissent le long de mes cuisses. Il anticipe déjà mes caresses, celles que tu m'intimeras. Je sens le désir sourdre doucement.

Je sais que tu le vois. Je sais que tu aimes ça et mon envie de ton envie me fait mouiller plus encore. Je t'en prie, ordonne-moi de me caresser. Dis à mes mains empressées de sinuer autour de mon clitoris bandant comme ta queue en ce moment. Impose-moi de glisser mon majeur lentement le long de la peau si douce de ma fente. D'hypnotiser ton regard au rythme de mon doigt qui me caresse, dessinant des allers-retours luisants. Demande-moi de goûter cette rosée divine qui ne coule que pour toi et de t'en décrire les saveurs et les parfums.

Fais-moi rougir encore en me fixant droit dans les yeux imposant à mes cils de s'abaisser pour cacher et ma honte et mon plaisir sournois. Bouscule-moi de tes mots audacieux pour m'amener plus loin encore. Repousse mes frontières car pour toi je veux devenir ce qui te fait rêver.

Me voudrais-tu salope ? Salope je deviendrai et j'introduirai dans mes orifices palpitants, à la moindre injonction de toi, mes doigts fébriles mais dociles pour te faire bander mieux que Priape ne l'a jamais fait. Tu me veux gourmande libérée ? Je t'en prie dis-moi les mots, lubriques assez, pour m'y amener. Fais-moi découvrir des plaisirs insoupçonnés sous tes yeux enivrés. Je me consume d'envies interdites. Fais-moi devenir qui je suis et que je ne connais pas.

Crois-tu pouvoir m'amener au-delà ?"

 

06:08 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

18 juillet 2009

ELLE - Dialogue avec un Ange - L'obéissance

AILES5.jpgLe début de "Dialogue avec un Ange" est  

Cela fait une semaine que Donatien triture dans la poche de sa veste la dernière lettre de Candy.

Le papier est tellement froissé qu'il a acquis la souplesse du chiffon. Sa main, fiévreuse dès qu'il la touche, tente de deviner comme celle de l'aveugle les mots qu'elle a marqués. Il a eu envie d'elle. Envie de la sentir contre lui.  Elle a su le toucher par sa volonté évidente de le satisfaire, de jouer le jeu qu'il a initié. Et ce qui l'étonne le plus, c'est sa capacité à retourner le jeu en sa faveur. Il y a une naïveté en elle qui le bouleverse. Cette naïveté authentique mais pas mièvre de faire plaisir.  Et il se sent perdu et ne veut plus jouer. Pascal l'attend à la bibliothèque. Il va tout lui avouer.

"Alors, as-tu eu des nouvelles ?"

Valérie a glissé son bras sous celui de Candy et du pas militant de celles bien décidées à craquer sur les soldes, elle se serre contre elle comme pour provoquer la confidence. "Non, cela fait une semaine que j'ai remis notre lettre mais je n'ai rien reçu en retour. J'ai cru qu'il était en vacancea mais j'ai vu son vélo, hier, qui trônait devant la porte de son appartement. Il n'a pas dû aimer...." Valérie s'arrête net et lui impose de la regarder. "Mais tu t'en fiches, nom d'une pipe. Ce jeu est dangereux. Tu risques de t'y brûler. Tu crois que je n'ai pas vu comment tu t'inquiètes, comment tu attends de ses nouvelles. Ce jeu n'est pas sain. Regarde la tête que tu as !" "Mais il me plait" geint Candy "qu'y puis-je ? Je pense à lui sans cesse. Je sens bien que je suis amoureuse. Jamais auparavant je n'ai eu cette envie de subjuguer, au sens propre, vois-tu. Qu'il soit dingue de moi, qu'il n'en dorme plus. Parce que moi, figure-toi, je ne dors plus très bien. Les yeux grands ouverts sur l'ombre de la nuit, j'imagine qu'il entre dans ma chambre, qu'il a envie de moi, qu'il veut m'infliger mille sévices voluptueux... Ah non, ne ris pas, ce n'est pas drôle. Je me languis !"

Il est assis à la table la plus reculée, contre le mur. Il est penché sur des volumes éparpillés et tortille une mèche de cheveux signe de grande concentration. Il n'a pas entendu Donatien approcher. "Alors, tu vois le bout de ta thèse ?" Pascal lève les yeux vers son interlocuteur et un grand sourire fend son visage lorsqu'il aperçoit son ami. "Ah, tu tombes bien, je suis crevé et non, la réponse est non. Le sujet est vaste et je ne m'imaginais pas en commençant que j'y passerais tant de temps. Mais c'est passionnant. La manipulation peut prendre tant de formes et les mécanismes qui se mettent en place entre le manipulateur et le manipulé, d'un point de vue psychologique, sont incroyablement complexes... bref, parlons de notre petit jeu ! Quelles sont les dernières nouvelles ?" Donatien hésite un instant. Quand il est avec Pascal, un part de lui, la part joueuse, se plie à ses lubies, à ses envies et il le suit bien volontiers dans toutes ses folies. Mais là, il n'est pas certain de vouloir faire de Candy le sujet d'étude de deux étudiants fantasques. "Tiens, voilà son dernier billet. Lis."

"Eh, pas mal. Elle a de la ressource. J'ai toujours un peu de mal avec son style mais franchement elle marque un point. La balle est de nouveau dans ton camp. Dans notre camp !" Le sourire de Pascal est devenu carnassier et pour un peu Donatien ne serait pas surpris de le voir se lécher les babines. Et l'envie insidieuse qui illumine le visage de Pascal doucement s'immisce en lui. Oui, elle a de la ressource. "Il faut que tu fasses semblant de lâcher prise, comme si tu cédais à ses mots. Comme si tu la laissais mener la danse. Puisqu'elle ne te suit pas, sois plus direct. Provoque là, sois plus agressif. Tiens, tu devrais tenter quelque chose comme ça "Tu veux que je te guide, ma belle, et tu fais ta timide alors que tes mots sont roués. Mais moi, je te veux obéissante. Et si obéissante tu n'es pas, notre correspondance cessera. Alors comme Justine tu seras docile et comme elle tu vas satisfaire mes caprices. Je te veux nue devant moi. Imagine que je suis assis devant toi et que je t'intime de t'exhiber. Imagine le pire que je pourrais te demander, imagine ce que tu crois ne pouvoir jamais donner. Vas-y, je t'attends, fais-le !"

"Tu pousses un peu là ! C'est à peu de choses ce qu'on lui a demandé la dernière fois !" s'exclame Donatien. "Mais comment veux-tu qu'elle veuille jouer avec moi après des mots pareils. Elle attend qu'à mon tour je me dévoile. Elle veut que je la guide. Elle va croire que je la méprise en ignorant sa main tendue. Tu lui dis d’imaginer le pire. Va savoir ce qu’elle va imaginer de mes envies..." Pascal plante ses yeux noisettes brûlées dans ceux de son ami "Mais ma parole, t'es amoureux. C'est quoi ces timidités ? On n'est pas là pour s'amuser ? Ta donzelle, je te le dis, a des ressources insoupçonnées. Crois-moi, elle va continuer. Et puis, encore une fois, si elle arrête tu n'auras rien perdu, une autre mijaurée qui t'aurait ennuyé au lit !" Le dernier bastion de résistance de Donatien s'effondre alors qu'il articule visiblement rasséréné "Arrêtes tes conneries, je ne suis pas amoureux. C'est toi qui as raison. On continue !"

Mais alors qu'il s'éloigne de la bibliothèque, il caresse du bout des doigts le dernier billet de Candy toujours niché dans sa poche et il se persuade que Pascal est un pervers sans sensibilité. C'est son pote, soit, mais ses visées ne sont pas les siennes et sa capacité de persuasion le rend parfois pusillanime. Il ne le sera plus. Arrivé à la maison, Donatien déchire le billet de Pascal et sur une feuille vierge il écrit simplement :

"Envie de te voir. Appelle-moi ce soir. L'Ange"

A suivre ...

 

 

 

05:43 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

12 juillet 2009

ELLE - Dialogue avec un Ange - Torture divine

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Le début de "Dialogue avec un Ange" est  

Il faut que je te parle. Vite. Rendez-vous à la cafétéria. Maintenant !

Le cartouche du chat clignote sur l'écran de Valérie qui lit le message instantané de Candy en y sentant une urgence, une vraie. Elle quitte son bureau et retrouve Candy qui ne lui laisse même pas le temps d'entrer. "Tu te souviens quand tu me parlais de Nicolas et que je te disais que je m'en fichais ? La raison est simple, j'ai rencontré un homme !" Valérie lève les sourcils et une expression d'incrédulité amusée illumine son regard. "tiens, tiens, voyez-vous ça. Raconte..." "En fait, c'est mon voisin. Il a un prénom aussi impossible que le mien, Donatien. Si, je t'assure. Bref..." Et Candy raconte à son amie le drôle de jeu qu'ils ont commencé à jouer. "Mais je viens de recevoir ce message de lui. A la première lecture, je t'assure, j'ai cru en pleurer. Il m'a fait me sentir nulle, déjà que je ne me sens pas fortiche sur le sujet. J'hésite à continuer, d'ailleurs je ne suis pas la hauteur. Mais pourtant il me plait tant, j'ai peur de le décevoir, j'ai peur de..."

Candy ne finit pas sa phrase. Elle ne sait pas où il veut l'emmener et les phrases de son billet reviennent lui rappeler qu'il n'est peut-être pas si bienveillant que cela à son égard. "Mais pour que tu comprennes, il faut que tu lises ce que je lui ai écrit et sa réponse. J'ai gardé des copies, tu comprends, pour ne pas perdre le fil. Après tout, c'est un jeu de rôles, comme si nous écrivions le scénario au fil de nos échanges."

"Mais quel salaud !" s'exclame Valérie. "Ce n'est pas du tout convenu ce que tu lui a écrit. D'abord, il est idiot. Oui, tout est convenu si on y réfléchit, car depuis que l'homme est homme, sur le sexe on a certainement tout écrit. Mais franchement, tu m'épates. C'est vraiment toi qui a écrit ça ?" Candy rougit et répond en zozotant plus que d'habitude "Arrêtes, j'ai honte !" "Mais honte de quoi ? Tu me prends pour une communiante ? Je te rappelle que ce n'est pas moi qui ai coiffé les Catherinette ?" rétorque Valérie en rigolant "Je t'assure, je suis drôlement surprise et épatée. Je ne pourrais jamais écrire un truc comme ça. Et puis, il croit quoi ton Donatien ? Si tu te défiles, tu auras perdu la face et lui, tout aussi sûrement. Il faut le surprendre, être où il ne t'attend pas. Fais le rêver ce type. Attends, on va s'y mettre à deux. Je te donne les idées et toi tu peaufineras le style !" "T'es sûre ?" "Oui, je suis sûre. Il veut s'amuser avec toi, tu ne vas pas le décevoir !"

Quelques jours plus tard, Donatien dépliait ce billet.

"Mais, l'Ange, tu me tortures !

Bien sûr que je veux te dire non et refuser de te confier ce qui me ferait reculer ! Bien sûr que je rougis de honte à l'idée de devoir devant toi exhiber et mon âme et mon corps. Ta verve tente de me provoquer pour me faire basculer. Tes intentions sont diaboliques et la Dame en moi s'effarouche de tant d'audace. Pourtant, ma peau frémit déjà à l'évocation des désirs que je pourrais faire naitre en toi. Me montrer à toi bel Ange, mais quel défi ! Moi qui jamais ne me suis montrée à quiconque.

Oter un à un tous mes vêtements et prendre position comme une idole pour être par tes yeux dévorée ? Libérer à ta vue mon coquillage luisant et mon puits de délices le pourrais-je jamais ?  Entendre tes mots soufflés comme des prières m'intimer de me caresser ? Accepter que mes mains t'obéissent pour satisfaire ta curiosité ? Oh, je doute tant d'en être jamais capable. Il faudra que tu trouves les mots pour obtenir, par tes cajoleries ou tes commandements, l'oubli de moi indispensable pour te satisfaire.

Trouve les mots, je t'en prie, car je veux devenir l'objet de ton délire pour mieux en jouir. Suivre mot à mot le chemin que tu m'indiqueras et que mes mains deviennent tes sbires dociles. Qu'elles s'associent comme des malfaiteurs à ton envie. Que tes mots et mes mains révèlent la diablesse qui sommeille en moi et que tes envies deviennent miennes. Je serai toute à toi. Je me plierai devant tes lubies comme la pénitente devant son maitre. Fais de moi ce que tu veux, je te suivrai. Je languis de jouir par tes injonctions.

Guide-moi."

A suivre ici.

03 juillet 2009

ELLE - Dialogue avec un Ange - Les règles du jeu

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Le début de "Dialogue avec un Ange" est  

Donatien replie avec lenteur la lettre de Candy.

Le trouble l'a envahit et pour le canaliser il appuie de ses ongles sur les pliures comme vous enfermer les mots qu'il vient de lire. Quoi, cette fille apparemment si timide, avec son zézaiement qui donne à ses paroles un je-ne-sais-quoi d'enfantin, est capable de lui écrire ça ? Le style lui a paru suranné voire ampoulé mais au-delà des mots ce qui lui reste, gravé au ventre, c'est l'audace dont elle a fait preuve dès le départ. Il la voulait timide, presque effarouchée. La voilà qui lui ressert une partie de ses lectures. Enfin, c'est ce qu'il pense tant sa lettre l'a ébranlé.

Il a rendez-vous avec Pascal à 13h00 pour déjeuner, alors il se dépêche de glisser les deux lettres qu'il a reçues de Candy dans la poche de sa veste et file au Saint Jean. L'église sonne les 13 coups alors qu'il ficèle son vélo au poteau de signalisation devant la terrasse. Bien en vu, on ne le lui volera pas. Pascal est déjà là, souriant. Ils sont comme deux malfrats qui trament un mauvais coup. Leur complicité est née sur les bancs de l'école, bientôt douze ans qu'ils se connaissent. "Alors, t'en es où ?" l'interroge Pascal alors qu'il finit tout juste de s'asseoir. Donatien attrape les deux lettres qui semblent palpiter dans sa main mais c'est la sienne qui tremble. "Je te laisse juge, lis un peu !" Pascal parcourt les deux billets l'air concentré. Aucune émotion ne transparait. Donatien, lui, tente de les lire de nouveau par dessus son épaule. Et en surimpression viennent des visions de Candy, avec ses rondeurs et son sourire, avec ses yeux clairs et sa timidité. Il l'imagine nue, charnue mais ferme. Il l'imagine callipyge. Il ferme les yeux un instant et voit la scène qu'elle lui a décrit. Il bande.

"Et bien, ne la croyais-tu pas débutante ?" lui dit Pascal avec un petit sourire en biais. "Qu'est-ce que tu veux dire ?" "Ce que je veux dire" répond Pascal "c'est que ce n'est pas une perdrix de la dernière couvée et que d'initiation à ta façon il n'y aura pas ! As-tu vu comme elle attaque, sûre d'elle. D'ailleurs, oui, je la trouve un peu présomptueuse ton élève. Elle pense qu'il t'en faut peu pour te tournebouler. Elle a peut-être raison..." Donatien fait la moue et regarde son ami dans les yeux "Mais tu as raison, je n'avais pas lu le texte sous cet angle-là. En fait, j'avoue elle m'a donné envie la coquine alors que c'est moi qui devrais l'amener au désir. Présomptueuse, dis-tu ?" "Oui, quand même. Si j'étais à ta place je rabattrais gentiment sa superbe, histoire de lui faire sentir que ce n'est pas elle qui tient les rênes, non mais ! Si tu la laisses maîtresse du jeu, autant arrêter maintenant. L'expérience ne vaudra rien ni pour toi ni pour moi !" conclut Pascal qui tend les billets à Donatien. "Tu crois qu'elle l'a inventé ce texte ou ne crois-tu pas, comme moi, qu'elle aura piqué ses idées à droite et à gauche dans ses lectures ?" enchaine Donatien, "parce que je ne peux pas m'être trompé à ce point sur son compte !" "Non, je ne crois pas. Mais qu'elle s'en soit inspirée, pourquoi pas. Après tout, nos lectures comme les films ou les faits divers alimentent nos fantasmes, non ? De toute façon, plagiat masqué ou pas, il faut que tu reprennes l'ascendant. Tu dictes la danse, tu règles les pas. T'as amené du papier, de quoi écrire ?"

Donatien fouille dans son sac à dos pour en extraire un nécessaire d'écriture. "A ton avis, je lui dis quoi ?" Pascal se tait mais réfléchit intensément. "Tu veux que j'écrive à ta place ?" Donatien lui tend le stylo.

"Mais, jolie Dame, qui te dit que je te veux déjà. Qui te dit que tu peux éveiller si vite mon désir. Ce que tu me sers là manque sacrément d'audace. Si tu veux me rejoindre au jardin, il faudra que tu te montres à moi, sans pudeur, et que tes yeux jamais ne cillent quand je te demanderai de te mettre nue, de te mettre à nu, de tout me révéler. Tu m'appelles l'Ange, mais Ange je ne suis pas.  Et d'abord, naïve, que ferais-tu d'un ange et qu'est-ce qu'un ange ferait de toi ? Tu apprendras bien vite à me connaitre si tu suis les règles du jeu et alors tu découvriras ma part d'ombre et la tienne. Le plaisir se niche où on ne l'attend pas et ce ne sont pas tes clichés convenus qui le révèleront. Alors pour me montrer ton obéissance, tu vas recommencer. Je t'ordonne de t'exhiber, raconte-moi ce que tu redoutes que je te demande, raconte-moi tes appréhensions et tout ce que tu ne ferais pas devant un homme. Fais monter en moi le désir, si tu en es capable...." 

Pascal repose le crayon, un air de satisfaction plisse ses yeux moqueurs. Donatien relit le billet tout en le commentant "Tu y vas fort. Elle va s'enfuir, tu paries, elle va abandonner..." "Laisse donc faire, tu verras bien. Encore une fois, parti comme c'est parti, le jeu ne vaut rien, crois-moi. Tu vas la piquer au vif ou la décourager, et alors tu sauras de quel bois elle est faite. !"

Donatien cachète nerveusement la lettre, inquiet que le jeu en effet ne s'arrête. Il ne le dit pas à Pascal mais ce qu'il a lu d'elle l'a remué. Il y avait de la recherche dans la mise en scène, comme un avant-goût de ce dont elle pourrait être capable. Peut-être. Et c'est avec hésitation qu'il glisse sa lettre dans la boite de Candy.

Répondra-t-elle ?

 A suivre...

27 juin 2009

ELLE - Dialogue avec un Ange - Baise-moi

plumes.jpeg 

Le début de "Dialogue avec un Ange" est  

Samedi 27 juin


Candy s'est enfermée dans sa chambre.
Elle vit seule mais pourtant, elle sent le besoin de se calfeutrer comme dans un cocon pour que restent enfermés dans le secret de l'alcôve les mots qu'elle va lui écrire. Elle a relu la lettre de Donatien et la crainte est sa compagne. Peur que ses mots ne suintent des murs et que tous, autour, sachent qui elle est, au fond. La peur l'étreint au ventre et une douleur délicieuse l'envahit, envie d'être à la hauteur du défi mêlée à celle de lui plaire.

Que veut-il donc lire ? Quel rêve veut-il donc rêver ? Sous ses mains, le vélin le plus fin qu'elle ait trouvé. Elle le caresse les yeux fermés et elle imagine son grain de peau. Petit à petit, alors que ses mains insufflent au papier la chaleur de vie qui lui manque, montent en elles des paroles inconnues. Alors, dévissant lentement le capuchon de son stylo, elle se laisse dicter sa première lettre. Et l'encre noire trace de son écriture ronde ce qui suit.


"Bel Ange, quelle question !

Vivre avec toi un rêve où ensemble nous serions chairs et âmes emmêlées en un être nouveau, comment le refuser ? Mais ne t'y trompes pas, ce sera moi l'amante et alors tu devras te soumettre sans tricher à ma guise despote ? Mais bel Ange ou devrais-je dire beau Démon, la Dame que je suis ne rêve que d'une chose. Que nos peaux aimantées se touchent à se brûler. Que ma langue gourmande découvre tes saveurs, celles qui te font rougir, celles qui te font gémir. Que mes mains élégantes de Dame à la peau douce frôlent et griffent et caressent ton cou, ta queue, tes fesses. Que sans pudeur entre mes lèvres, tu t'abandonnes sans pourtant jouir encore, voulant me conserver la vigueur de ton dard pour des jeux malicieux à me faire oublier la fraicheur de l'air dans ce jardin d'été où tu as cultivé, dis-tu, d'infinis délices.

Oui, bel Ange, oui, mille fois mais il faudra sans lutter accepter toutes mes conditions. Le pourras-tu ? Le voudras-tu ? Un seul mot de toi et je continue."

 

Elle relit la lettre, étonnée de la fluidité de ces mots nés d'elle. Elle s'étonne d'elle-même et sourit, satisfaite. Elle ne sait pas encore que ce n'est que le début, et pour elle, et pour lui. De la pointe de la langue, elle humecte la gomme qui scellera l'enveloppe comme un cachet de cire sur un décret. Elle dévale les escaliers et glisse la lettre dans la boîte à l'autocollant Donatien TUSSIN.

 

"Allo, Pascal ?" La voix de Donation sautille, visiblement excitée. "Oui, Donatien, qu'est-ce qui se passe, t’as l'air énervé !" "Tu te souviens la fille au prénom impossible, Candy, oui, c'est ça. Elle l'a fait. Si, je te jure. Elle a commencé à m'écrire, je n'y croyais plus !" Pascal s'anime à son tour "Et alors c'est prometteur ou bien... " "Ben, figure-toi que pour un BEP l'entrée en matière n'est pas si mal, je dirais presque littéraire. A se demander si... Bref, je te montrerai ce qu'elle a écrit. C'est dingue, inespéré, elle m'appelle "Bel Ange". Elle y croit, évidemment, tu imagines le bol ?" Pascal s'enthousiasme à son tour, car l'idée de Donatien, inédite et amorale, vaudra certainement à elle seule un objet d'étude. N'a-t-il pas choisi comme sujet de thèse "La manipulation ou l'asservissement volontaire : quand la victime inconsciemment choisit son bourreau." Il enchaîne "Bon, alors on se voit toujours la semaine prochaine, pour que tu me racontes la suite de vive voix ?" "Bien sûr !" rétorque Donatien qui raccroche, fébrile.


Le lendemain, un seul mot tracé d'une main énergique en lettres capitales, un mot irréversible écrit par Donatien "OUI" occupe l'espace blanc immaculé de la page. Il ne l'a pas commentée, il ne l'a pas repoussée non plus. Elle en déduit qu'elle n'a pas encore failli. Elle replie le billet avec soin, le glisse dans son enveloppe d'origine et le range soigneusement dans une boite qu'elle a choisie à cet effet. Se mordillant les lèvres, elle reprend.

 

"Cher Ange,


Puisque tu acceptes toutes mes conditions, je vais te raconter, telle Shéhérazade, ce que pendant des nuits entières tu vas subir comme sévices voluptueux, et je vais dévoiler à tes yeux étonnés toutes ces envies qui peuplent mon désir, sans jamais avoir osé s'exprimer de peur de la censure, de peur de la réprobation.

Ce soir, mon Ange, mon Désiré, mon péché silencieux, je vais te raconter comment à la découverte de ton corps je vais aller. Tu arriveras bientôt et tu ne sais pas encore que lorsque tu auras franchi le seuil de la porte, ta volonté sera ma volonté et tes désirs seront les miens, ceux que sur ta peau je vais susciter.

Evidemment, pour rendre l'expérience plus savoureuse il faudra que je te bande les yeux. Tu connais déjà les frissons de l'attente mais connais-tu ceux décuplés par la cécité ? Tu rentreras les yeux fermés, car tu seras docile à mes injonctions. Je couvrirai tes yeux d'une écharpe et guiderai tes pas vers ma chambre. Il y fait chaud. Je n'aime pas les frimas de l'hiver et les amours glacées me rebutent. Je t'allongerai sur des draps frais de coton égyptien dont la douceur fera frissonner ta peau. Tu ne bougeras pas. Je viendrai te chevaucher, nue déjà, ne faisant que frôler ton entre-jambes et un à un je ferai sauter les boutons de ta chemise. Mes mains en décaleront les pans et mes paumes brûlantes imprimeront sur ta peau des caresses esquissées.

J'ôterai ta chemise, t'imposant des contorsions qui feront que ton ventre, sans le vouloir, effleurera la toison ébène ornant mon ventre, ou bien le ferai-je exprès ? Et ce contact fugace t'assènera un choc de désir, car sans rien toucher, sans rien voir, tu devineras que je suis nue. Et tes sens aiguisés chercheront mon parfum, et tes mains impuissantes voudront s'imprégner du toucher de ma peau mais en vain, je te le refuserai. Et des effluves de mon sexe comme une terre mouillée par la rosée viendront titiller tes narines, feront palpiter plus fort ton cœur dans ta poitrine. Et puis je glisserai le long de tes jambes et de nouveau mes mains frôleront ton ventre et le velours sombre dessinant comme un chemin divin me guidant vers ton sexe. Je suivrai le chemin indiqué, ôtant prestement au passage et la ceinture et la fermeture. Ton sexe alors brandira en rougissant de son désir car ne rien savoir, ne rien voir t'excitera plus que tout. Imaginer te fera bander comme un faune en rut. Il empêchera le pantalon de glisser le long de tes jambes et je devrai de mes lèvres posées sur lui, imposer son repli pour te déshabiller tout entier.

Tu seras nu. Tu auras chaud pourtant de sentir mes regards te toiser. J'aurais envie de manger ton sexe comme une gourmandise. Le lécher, le faire rougir plus encore, éveiller de mes lèvres savantes une envie écarlate. Sentir battre le sang dans les veines qui l'irriguent et doucement sucer comme un bonbon succulent la tête magnifique, sculpture aussi lisse qu'un marbre de Carrare. Tu sentiras tout cela, le réclamant au tréfonds de toi sans le dire puisque silencieux je te voudrai. Ton souffle étouffera dans ta poitrine tant tu le réclameras.

Alors enfin, après de longues minutes d'attente agonisante, je prendrai entre mes lèvres ta queue dressée. Ma langue goûtera sa douceur et goulûment effacera ces perles de ton envie qui déjà ornent ton vit. Je lècherai assidûment, en bonne élève, en va et vient appliqués joignant à mon ouvrage mes mains sur ta hampe et sur tes couilles tendues. Mes mains seront partout, mes lèvres seront partout, et ma langue dévote t'excitera au point de rompre... Mais satisfaction tu n'auras. Je ne ferai que jouer avec ton envie, juste faire durcir ce sexe magnifique sur lequel je voudrai m'empaler sans le faire et je sentirai ma corolle s'ouvrir et se mouiller. Dans un souffle tu me diras "baise-moi" et je te punirai d'avoir rompu le silence.

 

Veux- tu savoir la suite ?"

 

A suivre ici. 

  

21 juin 2009

ELLE - Dialogue avec un Ange - L'initiation

ange.jpgElle l'appelait l'Ange.

Elle, c'est Candy. Oh, elle n'avoue pas facilement son prénom car assurément les quolibets fusent. Déjà dans la cours d'école on la traitait de Mère Denis où bien on lui chantait en ricanant "au pays de Candy, comme dans tous les pays..." Elle avait eu sa dose de sarcasmes et elle voyait que, même en vieillissant, un sourire narquois montait souvent aux lèvres de ses interlocuteurs la première fois. Il faut dire qu'elle le portait bien ce prénom sucré. A se demander si le prénom avait marqué l'enfant dès le berceau de son empreinte Voltairienne ou si le hasard avait bien fait les choses, car candide elle était. Elle ne voyait le mal nulle part et ne percevait pas la convoitise des hommes dans leur regard.

Ronde de partout, elle savait mettre en avant et son devant et son derrière. Blonde aux cheveux longs et lisses comme des fils de soie, elle montrait constamment son sourire radieux que d'aucuns méchants auraient qualifié de niais. Elle ne marchait pas, elle ondulait et immanquablement les hommes sur son passage se retournaient. Elle savait qu'elle plaisait mais quand sa meilleure amie Valérie lui demandait "Alors, pour Nicolas, tu t'es décidée ?" Elle répondait invariablement, en zozotant "T'es folle, sortir avec Nicolas, je ne pourrais pas, il est bien trop laid !" "Il va bien falloir que tu t'inities aux choses de l'amour ma cocote, j'te rappelle que t'as passé 25 ans. Et Nicolas n'est pas laid, dis plutôt que t'as la pétoche !"

Ce que Candy ne lui disait pas, c'est que depuis quelque temps elle était en train de tomber amoureuse de son voisin du 1er, l'Ange, qu'elle l'avait baptisé. Lui ne le savait pas. Il s'appelait Donatien. Donatien Tussin. Il portait, paraît-il, le prénom d'un ancêtre très lointain. Il le lui avait raconté quand elle s'était étonnée qu'un homme aussi jeune porte un prénom aussi ancien. Il était étudiant en lettre à Paris 8  et préparait sa thèse de Doctorat en psychanalyse.

Le hasard avait voulu qu'ils se croisent au cinéma du quartier, à la sortie de la projection de "Salo ou les 120 journées de Sodome" de Pasolini. Cela pouvait-il être un hasard vraiment ? Au café du coin où il l'avait invitée à boire un verre, il lui avait raconté sa passion pour le psychisme et la littérature du XVIIIème, sujets dont il essayait de tirer une émulsion sous forme de thèse. Elle était impressionnée par son savoir, elle qui n'avait eu que son BEP de secrétariat. Elle n'avait pas compris un traitre mot du sujet de sa thèse "Un Rêve du Marquis de Sade - psychanalytique du reflet sur le trauma narcissique, la décompensation et la reconstitution du Moi fantasque."

Depuis leur rencontre, il l'initiait à Sade. Candy n'avait jamais beaucoup lu, et certainement pas de tels ouvrages. "J'ai lu Justine ou les malheurs de la vertu. Euh, c'est ... comment dire. C'est érotique et culotté. Enfin, je devrais dire déculotté. Je n'y connais rien bien sûr mais écrire des trucs pareils il y a 200 ans." Donatien sourit "Et ça t'a troublée ?" Candy n'ose pas lui dire que certains passages l'ont révoltée mais qu'à son corps défendant, elle sentait qu'elle avait été excitée par les images qui s'imposaient au-delà de toute morale. "Je te dis la vérité ?" Une question inutile comme pour se rassurer, se donner le courage, alors que la réponse est évidente. "Bien sûr. Au contraire, n'édulcore pas. Je suis très curieux de savoir ce que tu penses de ce premier livre, toi qui ne connait pas cette littérature !" "Je crois que ça m'a plu. Mais je sens bien que c'est mal. Tu sais, je n'ai pas beaucoup d'instruction ni de culture générale, mais le blasphème était interdit dans notre famille et je vois bien que là, c'est du blasphème déguisé, non ?"

Donatien sourit toujours avec une forme de curiosité attendrie car, si elle n'a pas d'érudition, elle est loin d'être bête. "Non, tu as raison. Tu sais,  il n'est pas besoin pour une première lecture, de connaitre l'encyclopédie. Alors, ça t'a choquée ?" "Oui, surtout l'épisode avec les moines et en même temps..." Elle rougit. "...Et en même temps j'ai aimé. C'est horrible hein ? Je ne devrais pas te dire tout ça. C'est bizarre, d'ailleurs, d'habitude je ne parle pas autant de moi. Ca t'intéresse vraiment ce que je pense ?" Donatien ne peut pas lui dire la décision qu'il a prise il y a quelques jours de l'initier aux choses de l'amour. Il s'imagine déjà nouveau Valmont séduisant la prude Madame de Tourvelle, mais non pas mu par la volonté de la faire déchoir, mais plutôt motivé par la volonté de l'éduquer.

"Je te propose un jeu. Un jeu de rôles en quelque sorte. Je vais t'écrire un billet et tu devras me répondre. Je donnerai le ton et tu devras impérativement me donner la réplique en laissant parler celle qui s'est manifestée à la lecture de Sade. Tu mettras de côté ton éducation, ta pudeur pour ne laisser parler que celle qui te souffle tes envies. Aucune limite dans le propos, le style sera celui qui te convient. Entamons une correspondance, ça te dit ?" Donatien a leur cœur qui bat, il ne veut pas qu'elle dise non. Candy le regarde de ses grands yeux clairs et un voile d'incompréhension ternit un instant leur éclat. Et puis un sourire enjôleur point, affleure alors que sur un ton joueur elle lui répond "Hum, je crois que je t'ai compris. Tu veux une correspondance à la Choderlos de Laclos, mais version Henry Miller !" "Quoi, tu connais cet auteur ?" "Ah, mais qui te dit que je n'ai rien lu de toute ma vie. Oui, je l'ai lu ainsi que d'autres classiques. Je veux bien essayer mais je t'aurai prévenu, je ne suis pas un auteur née."

Quelques jours plus tard, Candy découvrait dans sa boite aux lettres une enveloppe manuscrite qui contenait ce billet.

"Candy, ma Muse, je t'attendrai ce soir aux jardins des délices. J'y ai cultivé pour toi quelques étreintes aux parfums enivrants mais j'en garderai les secrets, si tu ne les mérites pas. Alors, si tu veux partager avec moi ces enchantements, si tu veux qu'ensemble nous connaissions la folie des passions qui saoule les corps et annihile l'âme, il faudra que tu me racontes comment tu me circonviendras. L'oseras-tu ? Le voudras-tu ?"

Candy referme le billet, intriguée. Mais déjà comme un poison, les mots de Donatien circulent dans ses veines et en elle déjà s'élève une voix qu'elle ne connaissait pas, celle de son désir jamais exprimé.

Oui, elle osera.

A suivre ici

 

12 juin 2009

ELLE - Envie ludique

fellation.jpg

"Ah oui, tu es blasé, voyez-vous ça !"

Comment ne pas sourire en entendant une telle affirmation. Même Casanova ne fut jamais blasé. Alors je souris et je le regarde droit dans les yeux. L'avantage de l'âge, l'assurance du savoir. Lui, c'est François. Avouerai-je que je lui cours après depuis des mois mais à distance, avec légèreté. Je rêve de lui souvent, éveillée ou pas mais il ne le sait pas. Pourquoi le lui dirais-je puisqu'il me dit que plus rien ne lui fait rien, que l'amour pour lui, c'est fini. "Je t'assure, moi qui frémissais à la seule idée d'une jolie bouche sur mon membre, maintenant ça ne me fait ni chaud, ni froid !" Je ne crois pas un seul instant à son impuissance. Assis face à face, je le sonde de mes yeux noirs, il ne baisse pas les siens. Son air blasé cache-t-il un jeu ou est-il véritablement revenu pour de bon des étreintes de l'amour ? Il l'a aimée comme un fou il y a quelques années et depuis, tout lui semble fade. Une part de moi, celle qui ressemble au Saint Bernard sauveur des désespérés, se dit "avec moi, ce ne sera pas pareil", forcément il me plait et j'ai envie de lui. L'autre part de moi me murmure "n'insiste pas, une fille comme toi ça se désire, ça ne se boude pas !"

"Jouons veux-tu ?" Il me demande à quel jeu ? "Tu n'aimes plus l'amour, il t'ennuie. Tu n'as plus d'envie. Je vois bien que tu ne me désires pas. C'est vexant d'ailleurs, soit dit en passant. Bref, jouons un jeu ensemble. Je ne connais pas encore toutes les règles mais tu les suivras aveuglément. Alors ?" François me répond qu'il est d'accord. Je note un éclair de gaité de son regard et, peut-être, un air goguenard qui étire à peine ses lèvres qui me disent silencieusement "cause toujours !" Il ne m'en faut pas plus pour me mettre au défi. "Viens."

Il me suit docilement jusqu'à sa voiture. Il est garé à l'écart, au bout du parking sous un grand chêne. La télécommande ouvre les portes. Je l'attire sur la banquette arrière. Toucher sa main me chavire. Je redeviens adolescente, frémissante, débutante. Quelle sensation étrange de se sentir émue par le simple contact d'une main. "Assieds-toi à côté de moi et ne bouge plus. A partir de maintenant laisse-moi te guider. Promets-moi de jouer le jeu, promets-moi de ne rien vouloir contrôler." Comme à son habitude, il joue le rebelle "Je ne te promets rien, mais je veux bien voir où tu veux en venir !"

Il me regarde et un sourire curieux m'encourage à continuer. Je soulève à peine ma jupe et fais lentement glisser mon string. Je ne lui laisse rien voir, trop facile, trop prévisible et ça ce n'est pas moi. Les pans de ma jupe découvrent à peine mes cuisses. "Ferme les yeux". Il s'exécute et je glisse mes dentelles sous son nez. "Respire-moi !" Il me respire mais ne trahit aucune surprise, aucune émotion. J'approche ma bouche de son oreille et lui murmure "garde les yeux fermés, François. Ferme-les en sachant que je vais te baiser. D'abord le cou, puis le menton, puis les lèvres. Et puis, je vais te sucer. Tu crois que tu n'aimes plus ça, je vais te prouver le contraire. Mais je ne vais pas te faire jouir, non puisque tu ne sais plus jouir, je vais juste te faire bander, un peu, pour que tu te souviennes comme c'est bon. Parce que c'est bon, tu verras. Gardes les yeux fermés et suis moi..." 

Je me suis mise à genoux sur la banquette et, assise sur mes talons, je me penche pour nicher mon visage dans son cou. Mon souffle chaud parcourt en petits va et vient sa jugulaire, glisse sur sa nuque où je l'embrasse légèrement. Il frissonne et je sais que la salve descend le long de ses reins. "Tourne toi vers moi, offre-moi ton visage, offre-moi ta bouche mais garde les yeux fermés" Il n'obéit pas, évidemment, et me regarde dans les yeux avec son sourire de Joconde alors que sa main gauche tient toujours serré mon string blanc sous son nez qu'il s'amuse à respirer bruyamment. "Chut, ferme tes yeux, concentre-toi sur tes sensations, même si tu n'en as pas." Doucement, j'effleure à peine ses lèvres qu'il tient serrées. Pire qu'une vierge effarouchée, mais n'ai-je pas entendu son souffle un peu plus rapide que tout à l'heure. Ma langue goûte ses lèvres, en dessine le contour et tente de s'immiscer mais elles restent scellées. "Tu ne veux pas m'embrasser, très bien  je vais les violer." Il sursaute. J'ai plaqué ma main droite sur son sexe. Je sens bien qu'il ne ressent rien. Serait-ce vrai, il ne sait plus aimer ? L'idée me rend dingue car, moi, je bande pour deux. Je force le barrage de ses lèvres et lui donne un baiser qu'il me rend enfin. Je prends son visage dans mes mains et le caresse alors que je dévore sa bouche. Le souffle court, je descends le long de son cou et déboutonne avec empressement sa chemise pour en écarter les pans. "Laisse-toi faire, tu entends, ne fais rien".

J'embrasse son torse puis son ventre et suis la ligne sombre qui sombre sous la ceinture de son jean. Je plonge mon visage entre ses jambes et indécente, je caresse son sexe qui git là. Il ne bande pas, je suis en transe. J'ouvre brusquement la braguette de son pantalon et je frotte mon visage comme une chienne son museau au coton du boxer qui me cache encore sa queue. Je relève la tête en souriant "Tu vois, tu bandes..." Sans préavis, j'attrape dans ma main son sexe qui durcit. Je le caresse à peine, je veux en sentir la dureté sous ma main comme le témoin silencieux de son excitation. Je le regarde dans les yeux en le masturbant. Il le soutient comme si tout cela le laissait indifférent.

Alors mes yeux rivés aux siens, je passe ma langue sur mes lèvres pour les rendre luisantes "regarde ma bouche. Elle est douce, elle est chaude et lisse. Regarde ma langue. Imagine-les sur ta queue. Regarde ma bouche s'approcher..." Il soupire. Je gobe son sexe d'un seul coup, affamée. Il soupire plus encore et referme les yeux. Son sexe est dur sous ma langue, lisse comme du marbre mais bouillant pourtant. Ma langue dessine consciencieusement le contour de son gland. Ma bouche humectée va et vient lentement, elle reste en surface alors que de ma main je caresse sa hampe. Les soupirs qu'il expire m'indiquent que je suis sur la bonne voie. Je regarde un instant l'animal tendu dans ma main. Un œuvre d'art. Que c'est beau le sexe d'un homme qui bande ! Je le gobe à nouveau, je le lèche et le lâche alternativement. Ma langue descend et remonte suivie de ma main qui doucement l'enserre. "Imagine mon sexe autour du tient, François. Imagine la chaleur infernale qui te brûle et t'inonde au rythme de mes mouvements. Imagine..."

Il soupire plus encore alors que je reprends mon ballet sur sa queue, sur ses couilles. J'ai envie de lui, qu'il me pourfende là, qu'il me baise et m'achève de son coutelas. Je deviens effrénée, ma bouche l'aspire, le mordille, le serre de plus en plus fort. Son gland violacé maintenant me dit qu'il est proche de la jouissance et pleure déjà quelques gouttes de son plaisir prêt à sourdre. Je le suce goulument, comme une gourmandise. Je m'applique comme une débutante. Il est à bout, il murmure "oui". Je réponds "Non ! Non, tu ne jouiras pas, rappelle-toi, tu ne ressens plus rien, l'amour, c'est plus pour toi." Je repose délicatement son sexe tendu comme un mât de cocagne sur son ventre qui se soulève rapidement. Je me redresse et viens plaquer ma bouche sur ses lèvres pour l'embrasser avec fougue.

"Alors, finalement, veux-tu aimer encore ?"

 

 

05:29 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (24) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fellation, pipe, flûte

14 avril 2009

ELLE - Envie qu'il dise oui

OUI.jpg

"Et vous vous imaginez ça comment ?" 

Sylvie contemplait l'email depuis quelques minutes. Ses yeux scrutaient les mots mais ne les voyaient plus. Elle se sentait sereine, presque détachée. Elle décida de ne pas répondre à ce message évidemment provocateur, mais au fond d'elle les mots montaient comme de la lave. Ils étaient contradictoires et créaient une belle pagaille dans son cœur. Ses lèvres restèrent scellées et ne prononcèrent pas la réponse que ses doigts brûlaient de taper sur le clavier. Car Sylvie ne voulait plus imaginer, elle voulait vivre. Parmi tous ceux qui la contactaient, il était le seul à jouer avec elle, sans volonté d'édicter à haute voix les règles du jeu qu'il avait inventé. Elle avait enfin compris, au prix de tant de désillusions, qu'il fallait le suivre sur son terrain, le poursuivre dans ses retranchements, l'acculer à dire oui ou non. Alors elle attendait, elle laissait germer en elle l'idée d'une réponse.

Après quelques jours de gestation, elle lui envoya la réponse suivante.

"Vous voudriez que je vous raconte comment j'imagine notre rencontre. Lisez-donc.

"Nous nous donnerons rendez-vous en fin de journée, alors que le soleil est encore assez haut pour illuminer d'orangé les paysages.  Vous m'attendrez sur le parking à l'heure convenue. Vous vous garerez comme je vous l'ai indiqué, exactement. J'arriverai avec quelques minutes de retard pour que vous pensiez, inquiet, être l'objet d'une mauvaise plaisanterie, comme une revanche de ma part que vous n'auriez pas pressentie. Et puis, vous verrez ma voiture arriver dans le fond du parking, étonné de noter qu'il y a deux entrées. Je me garerai en face de vous, à contre-jour. Je sortirai lentement pour conférer à ma sortie cette lenteur dramatique des ralentis. Vous verrez mal, aveuglé par la lumière du soleil couchant. Je me tiendrai debout, vous défiant du regard mais la distance ne vous permettra pas de voir le défi satisfait qui sûrement s'y nichera. Je porterai une robe-chemisier de coton blanc, fin comme un voile. Je marcherai lentement, très lentement vers vous, chaloupant des hanches et le balancement de la robe autour de mes jambes déjà vous hypnotisera. Vous verrez en transparence la silhouette de mes jambes, longues et fuselées, et vous vous surprendrez à vouloir en goûter la chair. Mais vous vous reprendrez car vous vous souviendrez de votre vœu de chasteté, votre vœu vain de ne plus vibrer. Des pensées contradictoires vous envahiront alors que je me rapprocherai, car votre cerveau reptilien oblitèrera votre volonté et vous rappellera qu'homme malgré tout vous êtes. Vous vous adosserez avec nonchalance contre la portière conducteur de votre voiture, figurant un homme détaché et serein.

J'arriverai à votre hauteur. Je me planterai devant vous et enfin je scruterai votre âme, mes yeux plantés dans les vôtres. Nous nous dirons "bonsoir". Je sourirai comme celle qui cache sa victoire. Vous sourirez comme celui qui est sûr de garder intact son serment. Subitement, n'y tenant plus, je me plaquerai de tout mon poids contre vous, poupée sans volonté que celle de vous épouser avec tout mon corps, sentir le moindre relief du vôtre avec le mien. J'attraperai vos mains pour les coincer contre la carrosserie et chercherai avidement votre bouche qui se dérobera. Vous résisterez, tournerez la tête avec dédain "je ne suis pas un homme facile !" mais j'insisterai. Je me frotterai indécemment de tout mon corps sur vous, sentant monter au creux de mes cuisses cette envie de vous qui ne me quitte pas. Je baiserai vos lèvres, violenterai votre bouche et mêlerai avec violence, avec volupté, nos langues. Je glisserai mes doigts entre les vôtres, simulant par nos doigts mêlés l'étreinte de vous ne voudrez pas me donner. Mon souffle s'affolera comme les battements de mon coeur.

Je plaquerai vos mains sur mes fesses, les y appuyant fermement pour sentir contre mon sexe le vôtre qui, à votre corps défendant, se dressera. Comme une chatte en chaleur je me frotterai contre lui, le sentant durcir sous la toile de votre jeans. Enfin, reddition silencieuse, vos mains empoigneront mes fesses avec violence, comme pour juger de leur fermeté. Je gémirai un peu et vous embrasserai de plus belle, et votre bouche enfin me rendra le baiser qu'elle ne voulait pas me donner. Mes bras autour de votre cou, je baiserai vos yeux fermés, puis vos joues, puis vos lèvres, encore et encore. J'imaginerai le désir qui vous inonde caché derrière vos paupières. Et puis mes lèvres reprendront la course de leur baiser. Elles descendront le long de votre cou, se nicheront dans le creux de votre épaule, là où mon visage parfaitement s'emboitera, car n'est-ce pas fait pour ça ? Et puis, sans vous demander votre avis je me laisserai glisser le long de votre buste. Vous tenterez de me retenir, pensant peut-être que je défaille. Mais non, ce sera volontaire.

Je me ficherai bien de savoir si le parking est toujours vide. Le soleil chauffera ma nuque alors que j'arracherai votre chemise, faisant jaillir ses pans du pantalon en libérant votre ventre. Je verrai avec émoi votre peau dorée et, comme une ligne de démarcation, la fine ligne de poils sombres, forme de stalagmite dont je voudrai impérativement retrouver la source. J'embrasserai votre ventre avec dévotion, pour vous amadouer, pour tenter de vous circonvenir car, à ce moment-là encore, vous lutterez pour me relever. Mais rien n'y fera, je serai arrimée de mes lèvres à votre ventre et déjà je déferai la ceinture de votre pantalon. Mes mains devenues fébriles caresseront votre sexe au travers de la toile assurant ainsi mon emprise sur votre volonté.

Vous râleraz "non, arrêtez..." Je répondrai sèchement "non !" et je ferai glisser la dernière défense qui vous protégeait de ma bouche. Je découvrirai votre sexe bandé et sans ménagement le sucerai. Je serai avide, précipitée, excitée. Vous tenterez une dernière fois de me repousser en appuyant vos mains sur mes épaules mais, bientôt, je les sentirai abandonner leur pression au rythme de mes caresses. Je vous taillerai la plus belle pipe que votre vit aura jamais subi. Vous jouirez bientôt en gémissant sous les coups répétés de ma langue brûlante. Et lorsque la dernière goutte de votre jouissance aura maculé ma bouche, je me redresserai, triomphante. Puis, en essuyant sans élégance la dernière trace de votre foutre sur mes lèvres et je vous regarderai en souriant.  "Bon, on va diner ?" seront les seuls mots que j'ajouterai !"

Evidemment, cher homme, vous aurez compris que ce qui précède est un conte pour enfant et il y a bien longtemps que vous n'en êtes plus un. Tout cela n'arrivera pas alors, soyons simples, pour le diner, c'est oui ou non ?

Sylvie
."

Alors, d'après vous, oui ou non ?

+ + + + + +

 

 Quand IMAGO me propose des illustations maison...

Envie qu'il dise oui.jpeg

05:42 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

09 mars 2009

ELLE - Envie de soumission

m-Fine_bouche15.jpg Il l'a invitée à le rejoindre au restaurant.....

Elle est arrivée en même temps que lui et ils se sont dévisagés un court instant sur le seuil de l'entrée, avec le regard de ceux qui se reconnaissent sans jamais s'être vus auparavant. Il la précède vers la table qu'il a choisie exprès dans l'angle le plus reculé du restaurant. Ils s'assoient chacun sur la banquette en angle. Elle rigole toute seule de se remémorer ses propres mots "je vous montrerai mon meilleur profil !" Ce qu'elle fait. Il sourit aussi en la contemplant car, lui aussi, il sait. Elle scrute son visage pour y découvrir tout ce qu'ils se sont dit à distance. Elle tente de voir au travers de ses traits l'homme qui l'a attirée sans l'avoir même frôlé de la main. Elle essaie de cacher sa nervosité sous une nonchalance apparente mais elle s'inquiète. Il lui a lancé un défi qu'elle a accepté mais elle a peur.

Il s'est assis à sa droite et s'imprègne de son profil, ce profil qu'il découvre en vrai et qui l'a fait rêver dans ses nuits sans sommeil. Il est nerveux lui aussi mais  il doit être le maître et donc ne rien montrer de son trouble. Car ce soir c'est lui qui va commander. Il ne l'a jamais fait mais elle s'est pliée volontiers à son désir. Le diner n'est qu'une formalité, un préambule à la dissertation qu'ils vont écrire ensemble mot à mot. Ses yeux coulent sans discrétion sur la ligne de son cou, le long de son épaule ronde qui tend la maille de son chandail. Le décolleté en V offre la naissance de ses seins menus et il se demande déjà quel goût ils auront à ses lèvres.

"Je vous plais" l'interroge-t-elle, ses yeux effrontés plantés dans les siens et il décèle un voile de crainte qui floute son regard. "Oui, évidemment. Mais attendez la suite, je vous dirai..." L'addition est vite réglée et déjà ils se lèvent pour aller vers leur destin. Debout, à côté de lui, en dépit de ses hauts talons elle se voit petite et subitement elle sent fondre son assurance de femme. Femme elle est qui doute de ses attraits. "Si jamais..." articule-t-elle en silence. "Si jamais je n'ai pas le courage, si jamais je ne lui plais pas, si jamais..."

Alors qu'il enfile son manteau, il l'observe à la dérobée. Il la toise et se dit qu'il la prendrait bien dans ses bras. Un élan animal le prend un instant qui lui crie "enlève-la, entraine-la dans ta grotte et prend-la, là, sans façon..." Il a préparé le scénario de longue date et chaque minute d'insomnie passée dans le noir solitaire de son lit ajoutait un détail à la mise en scène de ses plaisirs à venir. "Venez, je vous emmène !" et il la prend par le bras et la guide à travers les rues sombres de la ville. Le trajet est court, les rues étonnamment désertes et seul le bruit de leurs talons brise l'air gelé de la nuit. Tous deux sentent la même tension au creux de leur ventre qui les fait taire et chacun frémit à l'anticipation de la suite. La suite, inconnue pour l'une, connue de l'autre et les sensations qui en naissent sont de la peur et du désir mêlés. Chez elle, la peur prédomine. Chez lui, le désir prédomine.  La Femme et l'Homme ainsi faits depuis la nuit des temps. Elle avance blottie contre son épaule et se perd dans ses pensées "pourquoi lui avoir dit que je ne sais pas jouir des mains d'un homme ?"  Il avance serrant son bras autour de son épaule et se perd dans ses pensées "quel mariole je fais. Si elle n'aime pas les hommes, y arriverai-je ?"

Ils sont déjà dans la chambre. Il ôte son manteau et la défait de son imper. La pièce est spacieuse, la moquette épaisse qui absorbe les bruits de pas. Les lumières disposées ça et là illuminent la pièce de halos dorés. Et puis le silence imposant qui exacerbe encore plus leur trouble. Il se poste devant elle, immense comme une sentinelle inquiétante. "A partir de maintenant, tu vas faire tout ce que je te dis !" La surprise se lit dans ses yeux. Il l'a tutoyée. "Alors on se tutoie ?" dit-elle "Oui. Tu es snob, non ? Alors je te tutoie !" Elle sourit car il joue. Et ce tutoiement la trouble plus encore car par le "tu" que ne va-t-il pas lui faire vivre ?

Il se penche et frôle son visage de son nez. Il respire ses cheveux, puis ses joues, puis son cou. Il l'inspire comme s'il voulait s'approprier son odeur. Et une salve de frissons descend de sa nuque à ses reins, émouvant son ventre au passage. Il pose ses deux mains lourdes comme un joug sur ses épaules puis les glissent le long de ses bras pour s'arrêter sur ses hanches qu'il maintient fermement. Au même rythme, son nez descend le long de la faille de ses seins et il la respire toujours. Il descend encore plus bas à se mettre à genoux et la renifle encore au travers de ses vêtements. Ses mains plaquées sur ses fesses, il presse son ventre contre son nez et, comme un chien de son museau, il fait remonter la soie de sa jupe jusqu'à s'en trouver recouvert. Elle tressaille de sentir son haleine brûlante sur la dentelle de son string. Il attire ses fesses à lui comme s'il voulait s'enfouir en elle. Son sang s'affole dans ses veines alors qu'elle perçoit le ballet de ses respirations investir la place et tout ses recoins. Il n'a rien fait que la humer et déjà ses sens sont sens dessus-dessous. Une faiblesse de ses jambes trahit son émotion et il émerge de sa cache, le visage rouge et tendu par l'envie.

"Ne bouge pas. Laisse-moi faire !" Il attrape son écharpe et attache ses mains dans le dos. La voilà entravée. Il la dirige vers le grand fauteuil près du lit. Il s'assoit et lui dit "Maintenant, toi aussi tu vas me humer. Toi aussi, tu vas fermer les yeux et tu vas dénicher toutes mes odeurs !" Elle se penche vers lui, ferme ses yeux et se concentre. Le jeu a commencé. Elle effleure de son nez son visage, lentement. Elle détecte des odeurs de savon frais et celles de sa peau mélangées. Elle glisse à son tour le long de son cou, remonte vers son menton et reçoit sur ses paupières scellées son souffle chaud. Une soif irrésistible de l'embrasser lui fait avancer ses lèvres vers les siennes "Non, je t'ai dit de me respirer. Pas de caresses, pas de baisers..." Elle mime une moue boudeuse mais reprend son investigation olfactive. Elle est obligée de se mettre à genoux pour continuer. La voilà devenue suppliante devant son idole. Elle ouvre les yeux et les lève vers lui. "Continue" souffle-t-il et elle découvre le désir à vif qui crispe ses traits. Doucement, il prend son visage dans ses mains et le dirige vers la toile de son pantalon. Avec un trouble indicible qui noue son ventre, elle caresse de ses joues, de son front, de son nez la toile tendue par le sexe de l'homme qu'elle honore. Elle dessine chaque relief de son vit prisonnier et s'émeut de le sentir palpiter. Il relève son menton. "Regarde !" Elle obéit alors qu'il libère sa queue violacée de désir. "Suce-moi" Ces mots comme un poignard au creux de ses cuisses. Ces mots comme une envie inconnue qu'il la pénètre maintenant. Elle ne reconnait pas cet élan qui la fait se jeter sur le sexe superbe qu'il lui tend et les mains toujours entravées elle satisfait docilement son commandement. Elle s'applique comme une débutante et il saisit sa chevelure bouclée pour lui imposer son rythme. Elle halète d'essoufflement et de désir. Il gémit le plaisir qu'elle lui arrache de sa langue savante. Il jouit de la voir obéissante, soumise à ses moindres caprices.

"Ainsi tu n'as pas de plaisir avec les hommes ? " Elle fait non de la tête mais ses yeux semblent dire le contraire. "Cesse !" lui intime-t-il alors qu'il se redresse et pour la première fois l'embrasse à pleine bouche. Ils sont tous deux à genoux et il soulève son pull pour attraper ses seins entre ses lèvres et les téter violemment. Elle se laisse faire, cambrée, la tête en arrière, abandonnée à sa bouche qui mordille ses tétons déclenchant un plaisir aigu qui l'irradie. Il devient brusque et la pousse vers le fauteuil. "Je vais te prendre maintenant ...comme un homme !" Son buste appuyé contre l'assise moelleuse, les mains attachées dans le dos qui lui tordent les bras, elle sent qu'il relève sa jupe et fait tomber son string au creux de ses genoux. Elle sent son amant s'emboiter contre elle et sa queue qui s'amuse à coulisser le long de sa fente inondée. Elle sent une main s'immiscer entre ses cuisses par devant et titiller savamment la perle cachée. Elle geint sous la caresse comme un animal blessé et il continue de plus belle le ballet de sa main et son vit. Elle gémit "oui !", elle supplie "encore !" elle enfuit sa tête dans le coussin pour étouffer ses gémissements comme une défaite. Il sent ses chairs frémir sous ses caresses et bande plus encore de la voir à sa merci. Seulement alors, il cède enfin à son envie de se perdre en elle, de connaitre enfin la chaleur de son enfer.  Et plus il s'active en elle, plus elle gémit. Et plus il la caresse plus il perçoit le plaisir de la belle resserer son étreinte à le faire jouir. "Alors, comme ça, avec les hommes tu ne jouis pas !" 

"Si !"  

 

 

05:23 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (33) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

31 janvier 2009

ELLE - Matador

Matador.jpg

La foule doucement s'écoule par les huis grand-ouverts.

Un flot continu et bigarré semble vomi par les portes des arènes de la Real Maestranza de Caballería de Séville. Douze mille spectateurs échauffés quittent les lieux. La corrida a été magnifique. Le taureau a été brave et le torero et lui ont lutté à égalité. Des olé ont fusé tout au long des tercios pour finir en un viva assourdissant lors de la mise à mort. La poussière est retombée sur le cirque ensanglanté. Manuel (Manolo) Fernandez et José (Pepe) Marquez ont célébré ça dans les vestiaires avec leurs copains de la quadrilla. Manolo s'est déjà douché et relance sans cesse Pepe sur la bravoure du taureau à qui il a donné par trois fois la puya. Dans sa carrière, il en a vu des taureaux, mais un volontaire comme celui-là, rarement. Pepe rigole "pff, qu'est-ce que tu connais, toi, de la valeur d'un taureau ? Deux ans picador et tu as déjà tout vu !" Les deux hommes sont toujours en compétition. Pourtant Pepe est incontestablement meilleur dans son rôle de puntillero, même s'il est considéré par Manolo comme "boucher" ! La corrida, oui, faire souffrir par une agonie lente le taureau, non.

Leurs joues brûlent sous l'effet de l'alcool trop vite ingurgité et ils se dirigent, passablement égayés vers la Bodeguita de Tonio, à trois cents mètres de là. "Ce soir" dit Pepe "je planterai bien ma banderille, moi !" Ils se coudoient et rigolent du bon mot de l'aîné. Le bar est enfumé et un halo rougeoyant semble enflammer la pièce. Ca sent le chorizo et le tabac bon marché. Les abat-jours rouge sang diffusent si peu de lumière qu'il est presqu'impossible de distinguer les silhouettes. Ils rejoignent quelques peones du groupe déjà au comptoir. Le verbe est haut, tout le monde s'interpelle et refait en boucle les meilleurs moments de la corrida. Les hommes comme les femmes rient fort. La joie est bouillonnante et les regards égrillards.

"Dis Manolo, Esperanza, tu la vois toujours ?" Manolo se renfrogne un peu. Cela fait deux semaines qu'il n'a pas eu de ses nouvelles. Ils se sont fâchés toujours pour la même raison. "T'es pas sérieux, elle est bien Esperanza, elle est sérieuse. Tu devrais pas la traiter comme ça !" "Ben, et toi alors, hein !" lui réplique Manolo "t'as pas fait un beau gâchis avec Pilar ?" Pepe se renfrogne à son tour "Fais pas chier !". Ils plongent tous les deux les yeux dans leur verre. "Bon, allez, on s'en fout, y'en a des milliers comme elles" propose Manolo en choquant son verre contre celui de Pepe. Pepe le regarde franchement "T'as raison jeunot, ce soir c'est nous les matadors. Reste à trouver la génisse bien gaulée à qui on va enseigner les différentes techniques d'estocade !" Manolo éclate de rire. Il lève les yeux et alors qu'il scrute la salle, il coudoie Pépé "Eh quand on parle de la génisse, on voit les cornes, vise un peu là-bas !" Pépé regarde dans la même direction. Devant la porte d'entrée, hiératique, une femme splendide moulée dans une robe rouge vermillon se déhanche sur de hauts talons impossibles. Elle chaloupe entre les groupes et vient se poster sur le tabouret resté libre à côté de Pépé. "Una cerveza" demande-t-elle sans faire attention aux deux hommes qui la scrutent sans vergogne, comme hypnotisés.

Elle est sculpturale, un visage émacié, étrangement androgyne. De très longs cheveux ondulés aux reflets noir bleuté sont réunis en un chignon négligé retenu par une pique d'ébène ornée d'arabesques. Des boucles échappées tombent sur sa nuque gracile. La toile de sa robe révèle le serre-taille qui l'affine comme une liane et la lisière des bas qui gainent de soie noire ses jambes interminables. Pépé ne peut la quitter des yeux, fasciné par le vermillon de ses lèvres. "Et bien, c'est comme cela que vous agissez avec les dames, vous les dévisagez ?". Elle a planté ses yeux noirs dans les siens. Pépé est désarmé. "Ben, vous savez, on ne voit pas beaucoup de dames comme vous passer ici !" est tout ce qu'il peut articuler. "Et bien, pour vous faire pardonner, offrez-moi donc une tequila !"

Elle n'est pas farouche se dit Pépé qui cligne des yeux en direction de Manolo. Le coup de coude complice a failli jaillir, mais il s'est retenu in extremis. "Nous étions en train de parler de la corrida !" Evidemment, de quoi peut-on parler chez Tonio après une corrida ? "Vous y étiez peut-être ?"  Dolores se tourne vers lui. Elle lui fait face et il dévore des yeux ses lignes de sablier. Comme il aimerait plonger son nez, là, entre ses seins et plaquer ses mains sur ses fesses rondes. "Bien sûr, je suis une aficionada. Pour rien au monde je ne manquerais une prestation de Pascualito !" lui répond-elle le regard enfiévré. "Comment ne pas succomber à cette énergie quasi sexuelle qui se dégage de la foule en rut qui crie "mata, mata" ?" Pépé se trouble. Elle n'a cessé de le regarder avec comme un défi dans le regard. Elle flamboie dans sa robe et ses yeux noirs bizarrement semblent de braise. "C'est moi qui est achevé le taureau, vous ne me remettez pas ? " dit-il fièrement, pour retenir son attention. "Ah, c'était vous le puntillero ce soir ?"

Cette information semble transformer son visage. Ses traits se creusent, sa bouche s'entrouvre, elle respire un peu plus précipitamment. L'excitation que ces quelques mots provoquent est évidente et Pépé se dit "c'est gagné !" "Vous savez ce qui me fascine dans votre rôle, c'est votre habileté ou plutôt l'obligation d'habilité qui repose sur vos épaules. D'un coup, d'un seul, bien appliqué, le taureau s'il résistait à l'estocade, par vous doit tomber, mort..." Elle palpite, c'est évident. Chaque mot prononcé semble la galvaniser. Manolo et Pépé ne parlent plus et la contemplent. "Saviez-vous qu'en glissant la lame exactement entre la base du crâne et la colonne vertébrale, un homme mourrait avec une érection comme le pendu ?" "Non !" Pépé est incrédule "On a jamais vu un taureau bander !" Dolores sourit "Si, si. Il parait que la lame glissée d'un coup aurait le même effet que la corde. Oh, ce n'est que de la théorie mais je la trouve fascinante. Dommage pour le taureau. Partir en éjaculant serait une mort plus douce, comme une récompense après un vaillant combat..."

Les deux hommes sont mal à l'aise et Dolores le voit. "Allez, salud" dit-elle. Ils trinquent et le feu de la téquila efface le souvenir de la macabre conversation. Dolores se fait câline et plus ils boivent, plus elle se rapproche de Pépé. Il se dit que ça y est, c'est emballé. "Vous me raccompagnez ?" lui susurre-t-elle.

Les marches de bois qui mènent à son appartement craquent dans le silence de la nuit. L'immeuble a l'air désert. Pépé regarde les fesses de Dolores se dandiner sous ses yeux et l'excitation le saisit déjà. Il sent son sexe tendu contre la toile de son jeans. Il retient une envie animale de soulever sa jupe, d'agripper ses hanches et la dévorer, là, sur place. Il anticipe sa chaleur, sa douceur, ses saveurs, il n'y tient plus. La porte grince sur ses gonds. Elle l'entraine dans le salon. Ils sont debout devant la cheminée qui crépite comme par miracle, illuminant la pièce de lueurs infernales. Elle l'attrape par les épaules et plaque son corps contre lui. Elle sent sa verge contre son ventre et lui sourit. "T’as envie ?" demande-t-elle par jeu. "Oui, oh oui !" Elle a littéralement arraché sa robe qui vole sur le canapé. Elle est plantée devant lui, les seins nus et ronds comme des fruits dorés. Sa guêpière de dentelles noires et rouges sculpte sa taille et cambre ses reins. Aucune dentelle ne cache sa toison noir corbeau en triangle parfait.

Sans ménagement, elle le fait mettre à genoux et lui intime "mange-moi" et il se précipite. Il se noie entre ses cuisses, il grogne de plaisir et elle gémit et elle halète. Il sait y faire pour un puntillero et ses caresses ne sont pas frustres qui l'amènent déjà au bord de la rupture. "Arrête !" Elle se précipite sur sa bouche et l'embrasse violemment. Elle déchire sa chemise et le bascule sur le canapé. Elle ne prend même pas le temps de le déshabiller et il aime cette urgence qu'elle y met. Elle aime ça. Ca l'excite plus encore. Elle le regarde droit dans les yeux alors qu'elle le chevauche et s'empale sur son sexe luisant. Elle devient amazone et se démène sur sa queue alors qu'il se redresse pour embrasser ses seins. Il geint, elle gémit plus encore "Je vais jouir" souffle-t-il. "Non, pas encore..." elle continue son ballet et maintient sa tête contre ses seins qu'il tète avec frénésie. Et alors qu'il la cajole, lentement, de sa main droite, elle ôte la pique qui retient ses cheveux et s'en saisit comme d'une dague. Il râle, il est au bord de la jouissance. "Non, pas encore !" crie-t-elle. Et avant que la déferlante blanche ne l'emporte elle plante la dague à la base du crâne de son amant. Il devient pantin sans vie entre ses bras alors qu'au creux de son ventre elle sent gonfler et se raidir plus encore ce sexe qui, dans quelques instants, lui arrachera sa jouissance.

 

Fiction librement inspirée par le film "Matador" de Pedro Almodovar. 

 

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