05 décembre 2009

ELLE - La lettre inachevée

enveloppe.gifLe cordon de passementerie rouge du signet pend le long de la couverture.

Comme une embrase de tenture. Il fait béer le livre à l'endroit de la dernière fois. Je l'ouvre.

Ce soir j'ai recommencé.

J'ai recommencé comme tant de fois auparavant. La tranche de ma main droite est grisée pas la mine de plomb. Mon pouce souffre de la crampe de l'écrivain. Drôle d'expression. Elle laisse supposer que quiconque écrit est un écrivain. Mais n'est-ce pas pourtant ce que je suis, une femme qui tente de Lui écrire. Aurais-je serré une fois encore mon porte-mine bien trop fort ? Il se peut, car on peut s'accrocher à un porte-mine comme à une planche de salut. C'est bête mais l'écriture, quelque soit sa qualité, n'est-ce pas toujours une forme de thérapie ? Combien de martyres de notre temps n'ont-ils pas exorcisé leur souffrance à coup de crayon. Alors j'écris au crayon. La mine de plomb se gomme et j'aime gommer. J'aime ne laisser aucune rature, comme le devoir bien propret d'une gentille fille sage. Bien dans les rails. Respectueuse. Trop respectueuse sûrement, qui passe après, vous voyez, de celles qui ont peur que leurs sentiments dérangent, qu'ils soient importuns.

J'aimerais gommer certains souvenirs, certaines rencontres. Michel Gondry a exploité cette idée récemment, celle de pouvoir gommer sa mémoire. Quelle chic idée, effacer. Se refaire une virginité des sentiments, être neuf à nouveau pour recommencer. En mieux. Quelle utopie mais comme toute utopie elle a pour moi assez d'attrait. J'aime gommer mais pourtant, ce soir encore la gomme ne me sert pas. Non, mais la frustration qui me fait arracher les pages. Elles gisent, la marge déchiquetée, métaphores de mes pensées en vrac. Partout, étalées sur la table devant moi, des feuilles à moitié froissées témoignent de mon impuissance. Ce n'est pas comme dans les films, non, elles ne jonchent pas le sol en de jolies boules à côté du panier. Non, elles s'étalent comme les pièces d'un puzzle qui ne veut pas révéler son secret. Je veux lui dire que je pense à Lui, encore. Que je n'ai pas cessé. Il se peut que je ne cesse jamais. Peut-on ne jamais cesser quelque chose ?

Impossible me direz-vous, regardez la  nature. La nature est pérenne par ses cycles mais par ses cycles, éphémère. Tout à une fin, me direz-vous encore, c'est la loi de notre monde. Alors je m'accroche à cette idée, que le temps sera la gomme qui se soir ne me sert à rien. Rivée à mon corps cette intuition dramatique que tant qu'il vivra je ne pourrai me détacher. Tant qu'il vivra je ne pourrai à nouveau aimer. Lentement la mort m'apparaît comme la solution. A quoi bon lui écrire une lettre qu'il ne lira sûrement pas. A quoi bon lui dire les mots dont il se gaussera
"... mais vous ne savez pas ce que sait l'amour. Vous ne m'aimez pas. Moi seul sais aimer. Et je ne vous aime pas !" Ma bouche se déforme, un rictus amer m'enlaidit, je le sens. Un masque grimaçant, mi-douleur mi-rancœur, momifie mon visage si doux habituellement. Je tente de chasser l'idée horrible qui peu à peu m'emplit.

Je recommence à m'appliquer sur une page immaculée. Ma main tremble car les mots qui se forment m'emplissent de honte "non mais, tu ne vas pas ramper, un peu de dignité..." me susurre une voix en colère "laisse tomber, oublie-le !" Des sentiments antagonistes se combattent avec une violence inouïe et me donnent le tournis. J'arrache en rage la dernière page. Elle va retrouver les autres sur le bureau. "Oui, c'est cela, rien de possible tant qu'il vivra !". Je me lève lentement, résignée mais décidée. Je me dirige vers la commode dans ma chambre, ouvre le premier tiroir et fouille sous les chaussettes bien rangées. Il ne se cache pas longtemps à ma main et le contact glacé du Beretta me saisit d'effroi. Aurais-je le courage d'aller jusqu'au bout...

J'ai reposé le livre. Sa couverture colorée tranche violemment sur la pile de pages éparpillées sur mon bureau. Je ne perçois plus les choses de la même façon, comme si une lucidité nouvelle me faisait voir le futur au-delà des objets.

Et lentement, je me dirige vers ma chambre et ouvre le premier tiroir de la commode...

 

28 novembre 2009

ELLE - Une vie simple

feràrepasser.jpgElle s'essuie les mains sur son tablier.

Ses mains lui font mal et certaines gerçures se sont rouvertes. Certaines saignent et laissent des trainées écarlates sur le coton blanc. "Zut !" peste-t-elle "encore un torchon à rattraper !" Angélique ne porte jamais de gants de ménage, elle aime sentir les objets dans ses mains et puis surtout cela évite des bris inutiles qui sont toujours déduits de ses gages.

Angélique - Célestine Duveyrier, née le 8 août 1888, de père inconnu. Fille unique de Bénigne Duveyrier rappelée au ciel alors que sa fille avait douze ans. Elle l'appelait toujours son ange, enfant de Dieu forcément car marquée par le 8. Elle lui répétait souvent que son papa n'était pas un mauvais homme mais qu'il avait dû partir. Elle la prenait sur ses genoux et la berçait de longues minutes quand elle pleurait l'absence de son père. 

A vingt-et-un Angélique travaille comme femme de ménage. Cela fait déjà 8 ans qu'elle travaille, elle n'a jamais réussi dans ses études et le Certificat d'étude est tout ce qu'elle a su obtenir. Elle n'est pas idiote mais elle a toujours eu des problèmes de concentration. "Tu rêves encore Angélique !" était la rengaine préférée de sa maîtresse. "Non, Madame, j'écoute..." mais en effet, la plupart du temps elle rêvait. En fait, ce n'était pas qu'elle rêvait, il lui semblait plutôt qu'elle était éthérée. Elle ne savait pas le formuler ainsi, évidemment, mais elle semblait en communion constante avec la nature, avec les choses et l'air qui l'entourait. Alors les devoirs...

Elle travaille trois fois par semaine chez Monsieur et Madame Lepain, mariés depuis 15 ans, 2 enfants. Le lundi, mercredi et vendredi elle prend ses fonctions à 9h00. Madame Lepain est une femme très occupée avec toutes ses activités caritatives alors la liste est longue des taches qu'elle doit effectuer à la maison quand Madame va en représentation. C'est une patronne correcte mais bien trop tatillon qui pinaille sur des détails. Son manque d'autorité sur les enfants rejaillit sur ses exigences domestiques mais Angélique à l'habitude. N'a-t-elle pas toujours été au service de quelqu'un ? Quand on sert les autres, pour ne pas ressentir de vexation, il faut beaucoup d'humilité et d'acceptation.

Pourtant, Angélique déteste la façon qu'elle a de passer son doigt sur les plinthes du salon, brandissant, triomphante, des traces infimes de poussière. "Angélique, ne t'ai-je jamais dit de passer le chiffon une fois par semaine ? Vraiment, si cela continue, je ne pourrai pas te garder !" La menace à la bouche et Angélique en exutoire. Oui, elle a l'habitude, mais parfois elle voudrait se rebiffer. Dans ces cas là, elle pense à Dieu. Sa mère ne le lui a-t-elle pas répété comment il prenait soin d'elle depuis sa naissance. "Tu n'as pas de papa, mais tu as mieux. Crois en lui, il sera toujours là pour toi. Regarde comme il est beau." Et invariablement elle sortait de sa poche une image de Jésus qui ne la quittait jamais. Cette gravure a juste changé de poche à la mort de sa maman.

Alors, quand Madame Lepain se fâche elle pose sa main sur le tablier et pense très fort à Saint Matthieu «...Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui l'autre aussi.». Cela noie son indignation sous un flot de bonté qui lui fait relativiser les choses "Elle n'est pas méchante au fond. Et puis, elle ne le fait pas souvent, seulement lorsque s'est fâchée avec Monsieur." Elle se parle à elle-même comme elle parle à Dieu. Elle se sent moins seule lorsque la vie lui parait sans issue et injuste.

Elle n'écoute pas aux portes, ce n'est pas son genre, mais le bois de chêne se révèle souvent une piètre protection face aux mots aigres, aux mots douloureux que Monsieur lui lance comme on jette le gant. Il lui reproche souvent une forme d'éloignement, de distance de sentiments. Angélique le sait, Madame ne l'aime plus. Elle a même un amant. Une bonne ça en sait des choses. Monsieur Lepain est banquier, enfin quelque chose comme ça. Il la croise souvent sans la voir, pour lui elle parait transparente. Lorsqu'elle le salue, il semble sortir d'un rêve et la salue en souriant, ailleurs. Elle connaît ces regards voilés de brouillard, n'eset-ce pas ceux qu'elle a de temps en temps ? Il lui parle peu mais toujours poliment, les yeux toujours plongés dans quelque lecture importante ou dans le journal. Pourtant, elle aimerait qu'il la voie un jour comme elle le voit, elle qui repasse ses chemises avec amour. Non pas l'amour du travail bien fait, mais l'amour tout court. Elle le trouve beau.

Un jour qu'elle repasse dans la buanderie, elle entend des bruits. Elle panique un peu car à cette heure-là il ne devrait y avoir personne. Elle saisit le fer de fonte brûlante et crispe ses doigts sur la poignée en avançant sur la pointe des pieds. Elle est aux aguets, plus tendue qu'une haussière sous la houle. Le bruit comme une lamentation vient de la chambre. Elle s'approche lentement, évitant de faire craquer le parquet et voit la porte de leur chambre entrebâillée. Son cœur s'arrête net et ses yeux incrédules s'écarquillent. Devant elle, recroquevillé sur le lit, le visage dans les mains, Monsieur pleure. La main sur la bouche elle le fixe, comme hallucinée. Il a senti sa présence et la regarde. Pour la première fois il la regarde vraiment, elle le voit. Leurs yeux se parlent sans mots. Il voit la tendresse qu'elle lui porte, il voit la beauté de son âme cachée derrière des traits austères. Elle voit la tristesse qui l'habite, une tristesse infinie plus profonde que l'oubli. Le fer à la main elle se sent bête et sans prononcer un mot elle part à reculon. Il la fixe toujours et la grimace de souffrance lentement se détend.

Mécaniquement Angélique reprend le repassage, bouleversée. Ainsi donc les riches aussi sont tristes ? Ainsi donc un homme peut pleurer ? Elle parle à voix basse, interpelle Dieu pour qu'il lui donne une réponse, elle ne savait pas que les hommes pouvaient pleurer.  Une sérénité nouvelle lentement l'envahit, elle ne se sent plus seule, il est comme elle.

Elle se met à prier et avec encore plus d'application repasse les chemises de son bien-aimé.

 

25 novembre 2009

ELLE - Comme un papillon

papillon3.jpg"Viens. Mais si, on entre, ça ne coûte rien de regarder !"

Comme toujours, ma bonne amie M. me tire par la main et me fait pénétrer dans cette boutique bien au-dessus de mes moyens. Savoir sa place dans cette société est essentiel. Je connais la mienne et ne tente pas, comme d'aucun, de me faire passer pour une autre. Pourtant quelle jouissance n'y a-t-il pas à jouer un rôle, après tout on ne me connaît pas et ma crédibilité ne repose dès lors que sur mon assurance. Et ça, je sais faire !

Tout est beau, poli, ciré. Le parquet resplendit en tons de miel, les étagères de verre affichent une propreté immaculée. Quelques photos glacées en version géante mettent en scène des articles de la collection, nouvelles icônes à adorer. Les vendeuses qui font le pied de grue qu'elles ne sont pas, sont soignées jusqu'au bout des ongles, tirées à quatre épingles. Et puis souriantes. Si souriantes. De ces sourires vrais qui font penser qu'en dépit de mon apriori elles sont vraiment contentes de travailler ici. Comédie, comédie...

Nous nous dirigeons vers le rayon convoité. Là, telles des offrandes, des bottes à faire se damner n'importe quelle vierge vouée à dieu. Des cuissardes de cuir sombre ou fauve à la coupe impeccable, des cavalières à la ligne divine n'attendent plus que celles qui vont les chausser. M. n'hésite pas un instant et attrape une paire noire aux reflets bleutés. Elle les caresses comme on flatte un animal. Elle les apprivoise et les passe à ses pieds. Ah ! Terrassée je m'assois. M. est transformée, projetée d'un coup de pompes dans la catégorie mannequins bien gaulées. Je reste bouche bée, un peu de salive je crois dégouline tant d'envie je bave.

"Allez, essaie-les. C'est incroyable, elles sont si confortables." Comme une profane je n'ose m'approcher et reste à déférente distance. Je fais non de la tête, je ne peux plus rien articuler. Je suis hypnotisée par ces cuissardes. Si élevées et pourtant si élégantes, noires comme le péché. Hélas, je me laisse tenter, ce n'est pas demain que je serai canonisée. Et voilà, le mal est fait. Une petite voix chancelante me chante "Ah, mais est-ce bien toi que tu vois, là, dans le miroir ?" Oui, c'est moi cette belle pépé aux jambes interminables. Je sens des envies de Papillon me chatouiller, un sourire niais monter à mes lèvres, mon cerveau est anesthésié. Je ne vois plus les 4 chiffres qui composent le prix, je n'entends plus ma raison qui me crie "Tu es cinglée !"

Petit dialogue décérébré entre amies "aaahh, elles sont trop belles !" "Oui et elles sont trop chères !" "Tu as raison, elles sont très chères mais aaahhh, elles sont trop belles !" "Hiiiiii, oui, elles sont trop belles !""Tu vas les prendre ?" "Chais pas, elles sont trop chères mais elles sont troooop belles !" La vendeuse nous sourit toujours. Pas une ombre de condescendance ne semble devoir teinter son sourire même si, in petto, elle se dit "Quelle bande de Paris ces deux là. Bon, du moment qu'elle me les achètent... Que de patience !"

Finalement je m'effondre sur la banquette, terrassée. Elles ont gagné. Je passe à la caisse comme d'autres passent à la casserole. C'est sûr, avec de telles cuissardes, que de vocations de cuistots ne vais-je pas susciter ! 

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Oh, mais, je ne vous ai pas parlé de mes nouvelles Repetto ! 

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Moralité : dans toute femme il y a un Papillon qui sommeille.

 

16 novembre 2009

ELLE - Tel est pris...

telEstPris.jpgDelphine l'a encore envoyé balader.

 

Cela fait six mois que Stéphane la harcèle avec ses invitations de plus en plus insistantes. Six mois que tous les jours à la cantine, il essaie de la charmer. Aujourd'hui, quand il est venu la relancer à sa table, elle n'a pas pu se contenir et les paroles ont cinglé l'air en mots vulgaires, un vieux reste de son passé. Il est resté bouche bée. Les autres autour de la table se sont esclaffés. Il est devenu rouge écarlate et ses yeux pleins de violente colère ont trahi la puissance de l'affront qu'elle venait de lui faire. Il est parti en bégayant et si Delphine avait fait attention, elle aurait vu ses deux poings serrés le long des cuisses, de toute évidence prêts à cogner.

 

"Mais qu'est-ce qu'il me trouve" se dit-elle pour se calmer. "Non, mais franchement. Je ne suis pas Gwyneth ou Monica. Il m'emmerde à la fin. Et en plus je suis plus grande que lui !" Delphine quitte le self-service en croisant son propre reflet dans la porte vitrée "Et puis franchement, vu notre uniforme, je ne vois pas comment il peut fantasmer !" Ce qu'elle ne voit pas, c'est que la fine cravate noire se noie entre les deux seins pommés qui tirent la toile blanche de son chemisier. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que ses fesses callipyges tendent indécemment le 38 de sa jupe droite bleu marine. Et même si ses escarpins bleu foncé ne valent pas des stilettos, de dos, ils mettent en valeur le galbe de ses mollets. Ce qu'elle ne sait pas c'est qu'elle porte l'uniforme comme d'autres portent une tenue de soirée. Sa stature hors norme et sa démarche de podium fait d'elle celle qu'on voit sur les photos de la brigade.

 

Elle se dirige d'un pas pressé vers les vestiaires. Elle va enfin enfiler un vêtement qui effacera momentanément ses courbes féminines qu'elle n'a pas encore entièrement apprivoisées. Sa tenue, veste-pantalons-rangers, lui redonne immédiatement la confiance que son autre uniforme lui ôte parfois. Réminiscence d'une vie antérieure, remisée au placard comme un prêtre suspend pour toujours la soutane qu'il a reniée. Reniée parce qu'il n'est plus celui qu'un temps il crut qu'il fut. La vue de l'imprimé camouflage fait remonter en elle des vieux souvenirs de sa vie d'avant. Avant son affectation à la base de Cambrai. Elle se sent mieux maintenant. Elle se sent dans son élément et c'est avec une forme de jubilation qu'elle boutonne la veste serrée sur son nouveau 90 C.

Arrivée au chenil,
Delphine se dirige vers la cage de Black, son berger allemand, qui aboie de joie à son approche. Elle est maître-chien.  Elle aime la solitude de ses tournées de surveillance sur la base aérienne, loin des regards parfois trop appuyés de ses collègues. Être une femme dans l'armée de l'air est loin d'être un atout. Elle découvre depuis quelques mois le machisme de la majorité qui se prend trop souvent pour des héros qu'ils ne seront jamais. Elle a 350 hectares à couvrir. Elle n'est pas seule pour le faire, ils sont six, mais elle est la seule femme. Ils la charrient, ils l'appellent "maîtresse" et font mine de se soumettre, parodie mi-bienveillante mi-humiliante qui lui rappelle qu'elle ne sera jamais vraiment l'un d'eux. S'ils savaient...

Elle entame la première phase de sa surveillance. Elle est arrivée au bout du territoire grillagé et marche mécaniquement, les yeux rivés sur la nuit qui est tombée, sans vraiment voir pour autant. 
Black connaît le chemin par cœur et la guide comme une aveugle. Subitement, un craquement de branche, sinistre, la fait se retourner. Elle braque sur le vide noir la torche mais ne voit rien que de calmes fourrés de l'autre côté du grillage. Elle a dû rêver. Elle tente de se concentrer mais son cœur bat, les oreilles aux aguets comme du temps où elle passait des nuits entières en entraînement, le ventre sur du sable brûlant ou sur des terres détrempées. Réflexe conditionné. On n'oublie rien. On n'oublie pas le passé. Tous ses muscles sont tendus. Bizarrement Black n'a pas aboyé.

 

Elle continue sa ronde et tente de se détendre. "Tu bouges pas un cheveu" entend-elle s'intimer alors que dans son dos elle sent, sans se méprendre, la dureté d'un canon de révolver. "Passe la muselière à ton chien... maintenant !" La voix est ferme, glaciale mais elle croit en reconnaître les intonations. Delphine tente de se retourner "tu bouges, j'te flingue." Elle a posé la torche sur l'herbe à côté de Black. "Aller, magne-toi, musèle-le et bronche pas. C'est ça. Et maintenant tu l'attaches au grillage." Le cerveau de Delphine mouline comme un derviche mais elle sait pertinemment que contre un flingue elle ne peut rien. Et puis d'un coup, le néant, plus rien.

 

Elle est plongée dans l’obscurité. Elle écarquille les yeux et sent un élancement violent à l'arrière de son crâne. Elle a froid. Elle caresse à peine la bosse qui a gonflé sous ses longs cheveux blonds. Elle est nue. Elle se redresse et se recroqueville contre le mur. Elle réfléchit intensément et tout lui revient en un flash. Le salaud l'a assommée, ça ne peut être que cela. Et si elle est à poil, c'est qu'il veut jouer avec elle. Quel jeu ? Elle en a une petite idée. Qui est ce salopard ? Se sentir nue, les bras croisés sur ses seins la fragilise. Elle n'a pas l'habitude. Sa nouvelle silhouette est sa fierté mais elle se révèle aussi sa fragilité. Elle ne se reconnaît plus. Mais où sont passés ses putain de réflexes si durement acquis ? Au placard, comme sa défroque ? Ses oreilles tentent de percevoir les bruits alentour, il faut absolument qu'elle se ressaisisse.

 

Elle croit percevoir des notes de musique étouffées. Soudain, une lumière violente lui fait cligner les yeux. Une porte, face à elle, vient de s'ouvrir. Dans l'encadrement de la porte, comme une ombre chinoise, la silhouette noire d'un homme se dessine. Elle ne peut distinguer ses traits. Un rire fuse, sardonique, méchant. "Alors, tu la fais plus ta pimbêche, chérie ! T'es moins fière là..." Le cœur de Delphine fait un bond, c'est la voix de Stéphane. Il est cinglé. "T'as pas voulu qu'on se la joue traditionnel, hein, j'suis pas assez bien pour toi, c'est ça ? Et bien tu vois, on va s'la jouer pas conventionnel. T'as voulu m'humilier en public, ben moi, j'fais ça en privé. Le jeu n'est plus le même, ce sont mes règles maintenant ! Tu vas voir, on va bien s'amuser. J'vais t'faire voir c'qu'un cuistot sait faire !" Il fait un pas en avant. Delphine sent de nouveau tous ses muscles tendus, durs comme du métal. Il ne sait pas ce qu'il attend "approche donc mon chou", se dit-elle, prête à l'assaut.

 

Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'il y a un an, Delphine s'appelait Thomas et était instructeur au GIGN !

 

 

 

Ce texte est une pure fiction.

Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayants existés serait fortuite.

 

 

Texte librement inspiré par un dessin d'Imago qu'il m'a gentiment demandé d'illustrer !
 

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01 novembre 2009

ELLE - Çatagamor

 

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Parce que je ne pouvais pas lui refuser, j'ai dit oui à Oh!91. Voilà la suite.

"Quoi ?"

Ce petit mot là, on l'appelle pronom interrogatif, avait jailli de ma bouche dans un bouquet d'incrédulité. Quoi ! Si j'avais pu articuler séparément chacune des lettres qui le composent, je l'aurais fait mais, ici, point de diphtongue ou de triphtongue à l'anglaise. Pourtant, d'anglais il était bien question. Enfin, d'Anglais, avec un A majuscule. Ou était-ce avec un S majuscule, S comme Sexe ? Les deux mon capitaine, car tel était son grade. "Quoi, tu l'as fait ?" Isabelle me regardait avec des yeux pleins de fierté. Oui, Isabelle, dix-huit ans, ma bonne amie de l'époque venait de "le faire" avec un capitaine des Marines de sa majesté la Reine d'Angleterre ! Venait de "le faire". Un verbe et un pronom encore, rien de plus, avaient suffit pour que je comprenne. Un verbe et un pronom lourds de sens. Oui, il s'agissait bien des sens justement. Et moi, vierge encore, je la regardais comme une cadette regarde son aînée, avec une forme de respect et de jalousie.

Nous étions en Angleterre, rejouant pour un autre été le film version masculine d'A nous les petites Anglaises. C'était l'époque de mes vacances linguistiques. Il était en effet beaucoup question de langues, à tout bout de champ à un âge où on a à cœur de les pratiquer, mélangées de préférence. Le cœur n'avait pas vraiment sa place dans ces échanges-là et seuls un intense apprentissage de nos corps et la recherche du plaisir inconnu nous motivaient. Le plaisir. Le mythe d'entre tous les mythes. Jouir. Le verbe d'entre tous les verbes. Mystère. Nous n'étions pas très romantiques. Enfin, un peu tout de même, mais nous jouions plus que nous m'aimions.

Isabelle m'avait lancée un défi sans me le dire. Elle était devenue femme sans m'avoir attendue, nous qui faisions toujours tout en chœur et en quasi synchronie. Elle m'avait devancée, j'allais la rattraper.

On l'appelait Woody. Il était Marine aussi. Un joli blondinet, petit gabarit mais bien découplé, gueule d'ange aux yeux bleus. Il m'avait séduite et nous flirtions depuis quelques jours. A cet âge, quelques jours étaient aussi longs qu'une vie de mariée. Quelques jours ressemblaient presque à un engagement. Je lui plaisais bien plus qu'il ne me plaisait. Il me convoitait comme le péché. Alors, le soir même de l'annonce faite par Isabelle, j'ai décidé de lui dire oui.

Ah, le cauchemar. Comment fait-on l'amour quand on ne sait pas ce qu'il faut faire ? Comment fait-on l'amour quand l'autre n'en sait pas beaucoup plus que soi ? Mais il fallait que cela se passe. J'étais prête à tout. Je voulais le lendemain déclarer à mon amie que nous faisions dorénavant partie des initiées, elle comme moi. Ce fut rapide et maladroit mais avec beaucoup de délicatesse et de tendresse. Des timidités qu'hélas je ne retrouverai jamais plus. De ces hésitations tremblantes qui font battre le cœur à tout rompre et mettent nos sens en émoi. Aucun plaisir à la clé mais beaucoup de partage teinté de sourires. Faire l'amour la première fois avec un débutant qui ne parle qu'anglais était une garantie de faillite. Je ne le savais pas.

Nous sommes restés toute la nuit enlacés.

J'ai fini mes vacances avec lui et je ne l'ai plus jamais revu. 

Illustration photo : Oh!91

25 octobre 2009

ELLE - Féminité du bois

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"Va avec ta cousine, la bassine est prête, allez, file !"

Il est 8 heures du matin au cadran solaire qui décore la porte d'entrée. Dans la cour, Fanette a déjà disposé la grande bassine en fer blanc au milieu des poules qui sautillent. Le coq déréglé continue de chanter mais il y bien longtemps que les hommes sont partis aux champs. Louison approche en titubant sous le poids des deux brocs d'eau chaude qui pendent au bout de ses bras. Elle déverse l'eau fumante dans la bassine alors que Fanette ôte sa chemise. Au soleil rosissant, la peau blanche de Fanette semble luire comme de la soie. Les yeux écarquillés, Louison découvre les courbes pleines et harmonieuses de sa cousine. Elle ne l'avait pas vue depuis bien longtemps et son regard fasciné reste rivé sur sa poitrine lourde et ronde.

"Allez, Louison, viens donc avant que ça refroidisse."Timidement Louison se dévêt à son tour et entre dans bassine. Par pudeur, elle a replié les bras sur sa menue poitrine, à peine deux boursouflures ornées de tétons rose pâle. Fanette rit "Fais donc pas ta coquette, lève les bras que je te frotte partout. Allons bécasse, fais pas l'enfant !" Elle obtempère et Fanette passe partout avec vigueur l'éponge pleine de mousse "ah, mais c'est que ça commence à pousser..." rigole-t-elle. "Tu parles, on dirait qu'ils ne veulent plus grandir. Ca fait des mois qu'ils sont comme ça. Moi, je les voudrais aussi beaux et gros que les tiens !" se lamente la petite. "Ah, ça, pour que ça pousse faut aller à la source. Sinon, tu peux toujours attendre." Louison lui fait face, incrédule "à la source ?" De l'air le plus sérieux qui soit et le geste arrêté en chemin, Fanette la fixe dans les yeux "Oui, Louison, si tu veux deux seins bien ronds comme les miens, il faudra dès demain te baigner tous les jours à la source, tu sais celle cachée derrière la ferme de la Folle. Moi, je l'ai fait et tu vois le résultat. Attention, il faut y aller au moins pendant trois mois, et toujours au soleil levant. C'est très important, sinon ça ne marchera pas." Sur le visage de Louison une lueur d'émerveillement élargit son sourire. "C'est vrai ?" "Ben, oui c'est vrai. Tu verras."

Voilà plus de deux mois que Louison va dès l'aube naissante à la source. Il fait de plus en plus froid et elle pénètre dans l'eau glacée qui gargouille avec beaucoup de peine. Fanette ne lui à pas dit combien de temps il lui fallait rester alors elle s'est inventée une règle, elle compte jusqu'à 100. La fin du mois d'octobre a vu arriver un hiver précoce et la rosée maintenant craque sous ses pas lorsqu'elle traverse le bosquet derrière la ferme de la Folle. La Folle. Elle ne connaît pas son véritable nom, juste ce surnom méchant. La Folle parce qu'elle vit seule et parce qu'elle parle rarement aux gens. On murmure des tas de choses sur elle, surtout du mal. Pourtant, Louison l'a croisée plusieurs fois sur le chemin qui mène au village et elle ne lui trouve rien d'une folle. En fait, elle la trouve belle. Elle se vêt avec modestie, d'habits simples mais propres. Ses jupes frôlent le sol et ses chemisiers occultent jusque son cou. Elle a toujours un grand tablier de toile grise autour de la taille avec une grande poche béante sur le devant où elle amasse des plantes. C'est vrai qu'elle parle toute seule et cela l'effraie un peu. Pourtant, elle lui dit toujours bonjour, preuve qu'elle sait parler aux humains et ses grands yeux clairs semblent à chaque fois déchiffrer ses pensées.

Quatre-vingt deux, quatre-vingt trois... Louison grelotte et sautille sur place pour ne pas devenir glaçon. Elle éternue et son atchoum sonore réveille la forêt qui s'ébroue en mille bruissements. Quatre-vingt quatre, quatre-vingt cinq... Elle claque des dents et étrille sa peau de ses mains. Elle frotte avec énergie ses deux tétons tendus qui ne grossissent toujours pas. Elle regarde sa peau de lait légèrement bleuie et se demande si elle doit continuer. Quatre-vingt six... "Mais que fais-tu donc là ? As-tu perdu la tête, sors vite, tu vas attraper la mort." Louison a crié en sursautant. Sur le bord de la rivière elle aperçoit la Folle qui tend vers elle son manteau. "Allez, viens vite. Mais que fais-tu donc là ?" "Non, je dois finir de compter jusqu'à 100 !" "Mais tu divagues, viens vite te dis-je, allez." Finalement, l'injonction de la Folle est pour Louison une délivrance, le prétexte bienvenu pour arrêter cette torture. La femme l'enrobe dans son manteau et ramasse sa chemise humide qui traîne sur l'herbe pleine de rosée. A son tour, elle frotte énergiquement la petite qui tremble dans ses bras et éternue encore.

"Vas-tu me dire ce que tu fais là par un froid pareil ? C'est bien le moment de se laver, vraiment." Louison lui raconte la fable de sa cousine. "Ah, quelle bécasse, celle-là. Veut-elle donc ta mort ? Viens te réchauffer un instant près de l'âtre." Et la pressant contre son flanc, elle la guide sur le chemin. L'intérieur de la cuisine où elles entrent est chaud comme un lit bassiné. Le feu puissant qui flambe dans la cheminée illumine la pièce de reflets orangés. "Assieds-toi, je vais te donner du bouillon." Et alors que Louison s'attable toujours grelottante, la Folle pose devant elle un bol de bouillon fumant. "Ma chère petite, tu sauras que la Nature est bien faite, il ne faut jamais la forcer. Tu te plains de ton buste qui reste plat. Donne-lui le temps. Ta cousine est une gourde, plus jamais tu ne l'écouteras. Oui, jolie brin de printemps, la Nature a tout prévu, crois moi. Le marron, quelle que soit sa taille, a toujours une bogue où se nicher et quelle que soit la taille de tes seins, ils auront toujours une main caressante où se lover. Qu'importe la taille ma belle enfant, tout ce qui compte ce sont les proportions. La féminité ne réside pas dans des mensurations, crois-moi. La féminité c'est l'accord de l'être et de son âme, c'est l'harmonie entre l'être et sa nature. Sois-toi et tu seras femme. Ne laisse aucun quolibet salir qui tu es et ne convoite pas chez l'autre ce qui n'est pas fait pour toi."

Louison boit ses paroles plus qu'elle ne boit son bouillon et, à la lueur du feu, cette femme lui parait comme une fée capable de détruire ses peurs. "Écoute la Nature en toi et tu seras plus femme que cette oie dont les lourdes mamelles bientôt pendront sur son ventre !" Ces mots font palpiter d'une joie indicible l'adolescente qui engloutit cul-sec son bouillon. La Folle s'est dirigée vers un placard et en retire avec précaution un petit flacon. "Tiens, c'est pour toi. Tu en mettras quelques gouttes dans ton cou à chaque fois que tu douteras. C'est une essence que j'ai faite en hommage à la Nature.

Je l'ai appelée "Féminité du bois".

Texte librement inspiré par le parfum de Serge Lutens "Féminité du Bois".

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18 octobre 2009

ELLE - La renaissance ou le châtiment mérité

nonne.jpg"Mais ma Mère, je n'y suis pour rien !"

Charlotte a éclaté en larmes. Encore une vexation de la Mère Supérieure injuste jusque dans ses virgules et ses points d'exclamation. "Je vous avais prévenue Sœur Marie Hyacinthe, je ne devais plus vous voir lire ces sornettes. D'ailleurs, c'est bien la dernière fois que Pétronille amène ces ordures dans notre enceinte. Sortez maintenant et allez donc priez comme il se doit pour votre rédemption !" Charlotte, devenue Marie Hyacinthe il y a cinq ans, court se réfugier dans sa cellule. Elle y sera consignée deux jours. Deux jours sans voir personne et à faire pénitence. Deux jours pour avoir lu "Gala".

Elle a refermé sur le silence qui l'accompagnera 48 heures la lourde porte en bois vernis dont le guichet ressemble subitement à une guillotine. Elle a séché ses larmes et s'est agenouillée sur le prie-Dieu. Pourtant, nulle résipiscence ne vient car les images et les histoires du journal lui reviennent en mémoire. On frappe à la porte. Elle ne doit pas répondre. Elle se retourne et voit un papier glisser sous la porte, comme mu par sa propre volonté. Elle se précipite sur le billet, intriguée. "Ne t'inquiète pas, ta soupe sera aussi goûteuse que d'habitude, j'y mettrai de la crème et dans ton pain noir je glisserai une vache-qui-rit à l'intérieur, elle n'y verra que du feu. Signé : Pétronille."

L'agacement dans lequel l'a plongée la dureté de la Mère Supérieure l'empêche de prier son Dieu avec l'humilité qui convient. Elle le rejoindra plus tard. Il saura l'attendre car il sait bien que ses intentions sont pures et que son amour pour lui est inaltérable, comme gravé dans sa chair, et ce n'est pas un "Gala" qui la détournera de lui.

La Mère Supérieure a fait irruption dans l'office, plus belliqueuse qu'une troupe de Cosaques. Sa démarche énergique fait voler les pans de sa robe noire tels des corbeaux de mauvais augure. "Pétronille !" Le prénom a fusé comme une torpille. Sortant de la resserre la cuisinière affiche une expression contrite, démentie par l'étincelle impertinente qui luit dans son regard. "Pétronille, combien de fois vous l'ai-je dit, pas de magazines féminins dans cette enceinte. Vous rappellerai-je que vous êtes ici dans un couvent et que les choses séculières n'y ont pas droit de cité ?" La cuisinière s'essuie les mains nerveusement sur son tablier bleu de toile rude. Elle sait au fond qu'elle risque sa place. "Oui, ma Mère, je vous demande pardon." Elle n'ose regarder celle qui la tance de peur de trahir sa fausse repentance. "S'il doit y avoir une prochaine fois ma fille, je vous préviens, c'est au Pôle Emploi que vous irez exercer vos talents !" Dans la bouche de la moniale ces mots résonnent comme les pires tourments de l'enfer, même si aux pôles d'habitude il fait plutôt froid. "Oh, non, ma Mère, comptez sur moi."

Le soir de la rebuffade, Pétronille retrouve son amant Gaston et lui raconte toute l'histoire. "Sais-tu ce qu'elle répète à tout bout de chant lorsqu'elle nous sermonne ? Elle dit que ces lectures ne sont pas faites pour des nonnes, que le diable se cache dans tous les articles qui ne sont qu'éloge déguisé du luxe et de la luxure. Quelle vieille bique ! Elle répète à l'envi qu'une femme digne ne saurait seulement lire de tels torchons qui poussent au péché de la chair. Au péché, j't'en ficherai ! Elle doit bien être la seule vierge du lot !"

Pétronille s'enflamme. "Une fois, sais-tu, j'ai surpris une conversation qu'elle avait à l'économat avec ses deux adjutrices, la trésorière et la soeur intendante. Elle faisait la fière au milieu de sa cour, je te le dis, et elle leur expliquait à mots couverts que jamais semence d'homme n'avait souillé sa bouche et que toute femme honnête devrait préférer devenir poule plutôt que de jamais laisser une telle pitance inondée son palais ! Et bien sûr, les soeurs qui l'écoutaient y allaient de leur indignation et confirmaient avec véhémence leur adhésion à une telle sentence !" Gaston éclate de rire. "Ah, Gaston, ce n'est pas drôle. Vois-tu sous quel joug je travaille ? Je ne suis pas vache pourtant mais je sens bien sur mes épaules la dureté de l'entrave !" "Attends ma chérie, j'ai une idée pour gentiment te venger. Viens donc lire l'article publié récemment par "les 400 culs"..."

"Oh !" Pétronille regarde Gaston en écarquillant les yeux. "C'est dingue ! A quoi as-tu pensé, vilain ?" "Et bien, puisque la semence est du dernier cri en matière de gastronomie, pour te faire pardonner ne pourrais-tu offrir à cette chère Mère Supérieure un de ses gâteaux préférés ?" "Tu veux dire..." Les yeux de Gaston pétillent de gourmandise. "Oui ma chérie, si tu t'appliques bien il se peut que je puisse livrer en une seule fois la dose nécessaire !"

Enfin, Sœur Marie Hyacinthe sort de sa cellule. Elle a les traits tirés de celle qui a beaucoup veillé. Elle se présente au bureau de la Mère Supérieure qui étonnamment est vide. Il faut pourtant qu'elle obtienne sa bénédiction avant de pouvoir vaquer à ses occupations. D'un pas fatigué, elle se dirige vers la cuisine. "Ah, Pétronille, merci beaucoup pour tes bons soins, tu es une sœur pour moi" lâche-t-elle avec un sourire complice "n'as-tu pas vu notre Mère ?" Pétronille la regarde malicieusement. "Et bien la dernière fois que je l'ai vue, elle finissait de déguster avec l'intendante, la trésorière et ses deux adjutrices un gâteau de mon cru.

En général, après le goûter, elles se promènent au jardin !"

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Petite histoire inspirée par la photo de Jean-Louis Bec, sur son incitation.

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06 octobre 2009

ELLE - Fourreau noir

fourreaunoir.jpgIl fait déjà noir et l'atelier n'est illuminé que par sa lampe.

Un halo jaune la cerne de lumière alors que toute la salle est plongée dans l'ombre. Un œil avisé ne s'effaroucherait pas de ces silhouettes sans têtes menaçantes comme des morts-vivants qui tiennent la garde. Claudine pose ses lunettes à broder. Elle est myope comme une taupe disait-on d'elle petite, et elle bénit la technologie et Afflelou d'avoir relégué au placard les verres cul-de-bouteille qui troublaient son regard aux yeux des autres. Les siens sont bleus, bleus d'une eau de lagon, bleus mais parfois verts, c'est selon son humeur et la couleur du ciel.

De son index et pouce droit elle masse doucement l'arrête de son nez espérant détendre la ride du lion qu'elle tient froncée depuis cinq heures. Depuis cinq heures elle brode. La pochette sur la table, avec ses aiguilles et ses petites ciseaux de dentellière, porte un joli L brodé au point de tige. L comme Lesage, la maison de prestige. Sa maison. A vingt-cinq ans elle est fière d'avoir intégré cet atelier où parfois il lui semble que le temps s'est arrêté à l'époque de Zola.

Elle est brodeuse. Brodeuse à l'aiguille. Sur ses genoux trône une robe de velours noir aux reflets bleu corbeau. Les poils courts et pourtant très doux agacent la pulpe de ses doigts. Un par un, elle les frotte tentant d'évacuer ainsi cet agacement à fleur de peau qui lui hurle de ne plus toucher le tissu. Elle ne sait pas coudre avec un dé et sa peau est piquetée de centaines de trous. Pointes minuscules rosées qui témoignent des milliers de piqûres que représente son travail.

Lentement, elle se redresse et semble déplier une à une ses vertèbres qui grincent comme un portail rouillé. La position penchée sur l'ouvrage crée des tensions qui vrillent sa nuque. Il est déjà 1 heure du matin. Elle n'aura jamais fini demain le bouquet de roses et de lierre qui remontent sur le décolleté. Pour se donner du courage, elle dépose à plat sur la table à tréteaux le fourreau noir. Les fils de soies multicolores brillent sous la lampe. Debout, elle contemple son travail. Le velours noir intense chatoie. Les reflets bleutés sont rehaussés par les fleurs qui remontent en volutes emmêlés sur le côté droit. Nés de nulle part des bouquets sinuent de la hanche au décolleté. "Ah, que n'ai-je l'argent pour ce modèle-là !" Des images de Gilda se dessinent en calque sur le fourreau. Tout y est sauf le satin mais, bizarrement, la robe brille autant. Le décolleté arrondi comme un cœur tronqué et la fente. La fente vertigineuse qui libèrera la jambe de la belle qui la portera.

Une envie de passer la robe subitement saisit Claudine. C'est interdit, évidemment, mais voir. Oui, il lui faut voir absolument le fruit de son minutieux travail battre au rythme de son cœur. Rapidement, elle se dévêt. Un sentiment d'urgence la meut et la fait rigoler nerveusement. Ah, comme c'est bon l'interdit. Le fourreau semble taillé à sa mesure. La fermeture latérale glisse sans heurt. Un bruit de coulisse bien réglé cisaille le silence de l'atelier. Elle se sent devenir femme. En boitant un peu, elle a rejoint la psyché posté non loin et s'est plantée devant. Elle a fermé les yeux et, du plat de ses deux mains, en synchronie, elle repasse le velours contre sa peau chaude. Aucun pli, aucune torsion du tissu ne vient casser la ligne. Son cœur bat plus vite encore alors que des idées saugrenues l'assaillent "il est fait pour toi ! Ah, si Gérard me voyait" murmure-t-elle. Elle se regarde maintenant. Ses deux seins pigeonnent et transforment le sillon qui les sépare en un abîme où elle aimerait que Gérard plonge son visage.

Hélas, la fente de la jupe dévoile la jambe qu'elle voudrait si souvent voir disparaître. Son reflet dans le miroir la rappelle à sa réalité comme le vertige la happe. Même turbulence à l'intérieur, même déséquilibre qui fait peur. C'est violent comme un coup de poing dans le foie. Les larmes montent à ses yeux, sans frein, soudainement. Ça brûle, ça casse son image en mille morceaux qui s'éparpillent à ses pieds. Son pied gauche affiche sans pudeur le soulier orthopédique qui la maintient à niveau. "Quelle idiote tu fais, des robes comme ça, ce n'est pas pour toi. Jamais..." Elle retourne vers son poste de travail en boitant. Son léger déhanchement, difficilement estompé par les souliers, lui rappelle cruellement qu'elle n'est pas comme toutes les femmes. Pour toujours affublée de sa démarche bancale. "Si peu" lui répète à l'envi Gérard "Je t'assure, on le voit à peine. Et puis on s'en fout, moi, je t'aime !"

Alors qu'avec hâte elle tente de se dévêtir, sur la navette de la fermeture éclair sa main tremble.  Elle hait la nature qui l'a faite ainsi. Elle maudit en mots confus sa malédiction quand soudain, au fond du noir un "bonsoir" grave emplit l'espace. Elle sursaute. "Qui est là ?" Un rire modulé de baryton lui répond en écho "Panique pas, c'est moi !" Gérard s'approche et s'arrête net, frappé de stupeur "mais, tu es magnifique." Claudine baisse les yeux "Ne dis pas d'ânerie, aide-moi plutôt. Et d'abord que fais-tu là ?" "Ben, tu savais bien que ce soir j'étais de garde !" Oui, évidemment, il le lui avait dit mais concentrée sur son travail elle l'avait oublié. Gérard la saisit dans ses bras musclés, il est bien plus grand qu'elle. "Mais ... tu as pleuré ?" Claudine renifle et lui répond que non, pas du tout, tu dis n'importe quoi. "Regarde-moi" lui dit-il en forçant Claudine à relever le menton. "Qu'as-tu donc ce soir !" "Oh, ne t'inquiète pas, je suis juste crevée et j'ai encore tant de boulot. Je dois finir cette nuit et ..."

Elle fond en sanglots et se laisse aller contre son épaule. Entre deux hoquets elle crachouille "Ca va passer !" "Non, ma chérie, tu ne t'en tireras pas comme ça, c'est quoi le problème ?" Claudine ne veut pas lui dire qu'elle vient de prendre comme une gifle son reflet dans le miroir, qu'elle ne comprend pas comment il peut l'aimer, elle, l'infirme. Infirme et myope à ne pas voir à trois pas. Mais Gérard n'est pas dupe. "Viens" dit-il en la tirant par la main. "Non, laisse moi, j'ai du travail." Alors, sans hésiter, en une flexion de genoux leste, il la prend dans ses bras en la serrant contre son uniforme et l'emporte vers le miroir. Il l'a reposée avec délicatesse devant la psyché, elle, sa poupée, sa beauté. Il se campe derrière elle comme une sentinelle, rien ne pourra lui arriver, mais elle ne le sait pas car elle résiste et tient ses yeux fermés. 

"Regarde-toi, bordel. Regarde-toi, tu es superbe..." il y a de la colère dans sa voix, une colère véhémente qui effraie Claudine. "Mais, tu es fou. Laisse-moi" "Non, fais-moi confiance, regarde-toi !" Alors, sans conviction Claudine lève les yeux et se regarde. Au dessus de sa tête, les yeux émerveillés de son homme regarde aussi son reflet. Gérard pose ses deux grandes mains sur ses hanches et doucement remonte le long de ses flancs "Regarde-moi ces hanches, nom de dieu, regarde-moi cette taille. Tu te trouves laide ? Mais tu es folle. Tes lignes sont parfaites" continue-t-il alors qu'il glisse toujours plus haut. "Et regarde cette gorge, regarde donc vraiment." Ses mains sont maintenant sous ses seins et caressent doucement le bustier. D'un index curieux il souligne l'arrondi de ses seins, glisse sur sa peau pâle et dessine les courbes qui palpitent un peu plus fort. Claudine est troublée par son jeu. Ses caresses de sculpteur l'émeuvent et il lui semble que dans le miroir elle devient plus belle. Il a plongé son visage dans le creux de son épaule et la picore de baisers. Son haleine brûlante la fait frissonner. "Regarde-toi mon amour, regarde comme tu es belle et le fourreau je te l'assure n'y est pour rien."

Claudine frémit en sentant la main de Gérard qui fait glisser lentement la fermeture à glissière sans cesser de l'embrasser. Par réflexe, Claudine a plaqué ses mains sur le bustier "Non, arrête, je ne veux pas !" Mais Gérard continue et dégrafe entièrement le fourreau. Il saisit les deux mains de Claudine et le fourreau libéré chute au ralenti le long de sa peau blanche. Elle est nue et seul le petit triangle de dentelle noire habille sa nudité. Gérard croise son regard par miroir interposé et elle y lit tout l'amour du monde. Alors elle se retourne vers lui, le seul qui sache la rendre belle à ses propres yeux. "Tu vois mon amour, tu es belle." Palpitante, elle l'embrasse à pleine bouche, tant pis, elle n'aura pas fini ce soir.

A ses pieds, témoin silencieux de leur amour, le fourreau s'étale comme une flaque noire.

 Texte librement inspiré par le parfum de Serge Lutens "Fourreau Noir".

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29 septembre 2009

ELLE - Sécurité à la chaîne

stringbrillant2.jpgIl avait tenu son pari.

Enfin, je lui dois ici la vérité. Il n'avait pas tenu de pari, il avait galamment relevé mon défi. Installée sur le fauteuil, je contemple, pensive, le petit paquet déballé sur mes genoux. Au milieu du papier de soie rose trônent quelque grammes de tissus et, à la lumière de la liseuse, il me semble voir briller dans le fond une constellation d'étoiles. "Ah, non, je ne porterai jamais ça, c'est ... digne de Pigalle! Comment peux-tu aimer un truc pareil ?"

C'est à peu près dans ses mots que je lui avais dit non en refermant la page "Lingerie" de YOBA. Il ne s'était même pas vexé mais m'avait souri, espiègle. Comme j'aime ce sourire-là qui me ferait faire n'importe quoi. "Et si les chaînettes de ce joli string étaient parées de diamants, hum, dirais-tu toujours non ?" Je le fixais droit dans les pupilles. Deux points d'interrogation se dessinaient certainement sur les miennes. "Ah, si tu me prends par les sentiments..." Il me connait bien et il sait qu'une Marilyn sommeille en moi. "Même pas chiche !" lui répondis-je en espérant très fort, au fond, qu'il en soit capable.

Je ressors la chose minuscule de sa boîte. Un string fendu... quelle horreur ! Je le suspens dans les airs à hauteur de mes yeux. Elle est pourtant élégante cette petite culotte. Les deux jolies chaînettes constellées de brillants scintillent de mille feux. Le goût des hommes me laisse rêveuse mais les diamants m'hypnotisent. Il a gagné, je le porterai demain pour aller le retrouver.

Ma valise rose bondit sur le sol carrelé de l'aérogare. Elle a la roulette aussi enthousiaste que le pas de sa propriétaire. Je jubile de le savoir contre ma peau. Je sens frotter le tissu de ma jupe contre les chaînettes qui ornent mes hanches. Une sensation d'interdit m'accompagne alors que chacun de mes pas me rappelle que je suis quasiment nue. J'arrive au portail de sécurité à la file d'attente surchargée. Je suis si impatiente de le retrouver, de sentir ses mains frôler la toile de ma jupe pour découvrir que je lui ai obéis que l'attente me parait intolérable. Je piétine et voudrais déjà être dans l'avion. Je me tance devant tant d'impatience, l'avion ne partira pas sans moi.

Bientôt s'agglutine derrière moi une foule dense qui pousse, à me toucher presque, un homme bedonnant, à la calvitie rampante. Il est grand, très grand même et je me sens menacée par sa carrure d'armoire normande. Il souffle fort comme une forge saturée et il me semble percevoir son haleine sur mon dos. Je me retourne vers lui, agacée, pour noter qu'il a de grands yeux verts dont la transparence donne à son visage un air d'adolescence. La quarantaine bien tassée, il m'offre un sourire rayonnant. Il m'adresse la parole avec un fort accent étranger "Je suis désolé, ça pousse fort derrière !" Comment, dès lors, rester à pester contre le transport de masse ? Je lui retourne son sourire en disant poliment sans en penser un mot "Ce n'est pas grave !" évitant son regard scrutateur qui me dérange.

Mon tour arrive. Docilement, pour la paix du passage, je mets dans la caisse en plastique tous mes objets métalliques. Je passe le portique en souriant à l'agent de sécurité. Il me sourit aussi mais m'empêche d'avancer, je viens de déclencher l'alarme. "Repassez le portique s'il vous plait" me dit-il. Je repasse mais hélas l'alarme sonne encore. Je décide d'ôter mes souliers, soupçonnant que du métal y est caché. Mes Rogier Vivier sont promptement rangées dans la caisse et glissent sur le tapis pendant que je tente une nouvelle fois de franchir le portique.

Hélas, à mon grand agacement, la sonnerie retentit encore et je perçois déjà l'impatience des voyageurs qui sont bloqués par mon cas. "N'y-a-t-il pas de garde femme qui pourrait s'occuper de moi ?" "Hélas, non, elle est en pause." Je bougonne alors que je repasse en marche arrière le sas de sécurité. "Il faut que vous ôtiez absolument tout le métal que vous portez... " Subitement, l'angoisse me prend. L'argent ça sonne ou pas ? Pas le temps de délibérer sur le sujet au risque de provoquer une commotion. Avec dextérité, je glisse ma main sous ma jupe et sous le regard halluciné du préposé je dépose le string scintillant dans la boite.

Le garde me laisse traverser le portique le regard rivé, semble-t-il, à mon nombril. Pour le coup, je me sens vraiment nue et j'ai hâte de récupérer le string. Cette fois-ci, le portique reste silencieux et tous les agents me suivent des yeux alors que je me précipite vers le tapis.  La boite lentement, trop lentement, arrive. Vide ! Je crois m'être trompée et, fébrilement, j'attends la suivante qui tarde à me rejoindre. Rien, que les affaires des autres. Mon voisin de queue m'emboîte le pas et ne me quitte pas de yeux. Je crains de comprendre cette drôle de lueur qu'il y a dans son regard. J'interpelle discrètement le préposé aux rayons X. Tiens, rayons X ! Non, il n'a rien touché, non il n'a rien vu ... 

J'ai remis mes talons hauts espérant dominer la situation. Le cul à l'air, manquant de mon habituel aplomb, j'approche du garde mais je ne me résous pas à lui exposer mon embarras. Un dialogue silencieux résonne dans mon cerveau "Excusez-moi on a volé mon string. Pourriez-vous vérifier avec vos collègues ce qui s'est passé ?" J'imagine déjà son air goguenard, son regard égrillard et les mots de salle de garde qu'il aura pour retrouver l'objet du délit "Eh, les gars, zauriez pas vu la culotte de Madame ?". Alors, plutôt que de subir la honte d'une enquête qui ferait savoir au monde entier que je ne porte pas de culotte, dignement je récupère ma valise et mes affaires.

Mon grand gaillard bedonnant se retrouve devant moi et à mon tour je lui emboîte le pas. Le portable vissé à l'oreille je raconte, affligée, ma mésaventure à mon amant. Il rit. Et alors que je lui raconte les détails de ma tragédie, je vois clairement des étoiles scintiller dans la main de mon armoire à glaces. "Le salaud, c'est lui, j'en suis sûre" crié-je presque dans le téléphone. "T'en fais pas ma chérie, ce n'était que des Swarovski !" 

"Quoi, des Swarovski, pas des brillants ?"

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26 septembre 2009

ELLE - Quand la portée m'emporte

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Je me demande souvent ce qui me compose.

D'aucuns se diront "quelle étrange question" ! Pourtant, la question "qui suis-je vraiment ?" n'a-t-elle pas effleuré chacun de nous avec le vide et le doute qui la suivent en cortège ? Se définir est l'exercice le plus difficile qui soit. "Alors pourquoi s'interroger ?" me direz-vous ensuite, incrédule ou dubitatif. Perte de temps ou masturbation intellectuelle, dénuée de plaisir, de celui qui n'a rien à foutre*. Rien à foutre, ça, ce n'est pas nouveau, on a la misère qu'on peut. "Pratiquez donc l'onanisme, vous y trouverez du contentement et cessez donc ces stériles questionnements !" Oui, peut-être. Mais je suis de celle qui pense à son corps défendant. Les idées s'imposent à moi sans que je ne les sollicite et dès lors comment les évincer sans les affronter ? 

Tenter de leur trouver une réponse devient alors la seule issue possible et bonne fille je les écoute. Ainsi donc, si l'on interrogeait qui me connait, comment me définirait-on ?  Serai-je aux yeux de l'amie, de l'ami, de l'amant, du parent une cérébrale, une animale, une émotionnelle ? Je suis multiple évidemment, comme nous tous. Je ne peux pas, sous peine d'être à juste titre taxée de manque de lucidité, prétendre être différente.

Pourtant, je me sens différente des autres. Vous me répondrez, utilisant un pratique poncif, que nous sommes tous uniques. Mais cela ne suffira pas. Non. Je me sens vraiment différente, mue par des élans au-delà de la norme. L'adjectif extraordinaire au sens premier me vient, mais il manque de modestie. Hors de l'ordinaire est comment je me ressens. Vous me direz peut-être, si vous êtes courageux, ou vous le penserez seulement si vous ne voulez pas vous confier, que vous aussi c'est ainsi que vous vous ressentez. Dès lors, serait-ce que tous, nous avons de nous une image mythifiée, mystifiée ?

Je suis une excessive, c'est évident et la modération ne me caractérise pas. Mais pour autant je ne saurais trancher : suis-je guidée par mon cerveau ou par mes émotions ?  Mais pourquoi vouloir savoir absolument. Pour mieux tout contrôler ? C'est possible puisque je ne hais rien tant que de perdre subitement mes moyens avec rime mais sans raison. Il m'en faut si peu parfois que je me demande quel est donc le bois dont je suis faite. Je ne sais pas. Ce que je sais c'est que je vis par mes cinq sens et aucun sur l'autre ne prend le pas. Et l'ouïe est certainement la voie la plus directe à mon âme.

Récemment, j'ai aimé cela. Rien de nouveau, mais nouveau pour moi. Cela agace, cela ébranle, cela ne me laisse pas de glace et je fonds, et j'ânonne sans les connaitre les notes de la portée qui s'immiscent en moi et me font vibrer. A écouter à fond. Voudrais-je que vous aimiez ? Pas forcément.

Juste envie de partager.

 
Ndlr : au sens premier s'il vous plait !

 

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