dimanche, 11 mai 2008
ELLE - L'Ascension à pédales
J'écoutais d'une oreille inattentive le journal de 20H00. Je n'avais pas choisi la chaine et par hasard, PPDA avec ses cheveux entrenus comme une pépinière d'essences en voie de disparition, égrénait des nouvelles plus ou moins affligeantes ou réjouissances. Le journal arrivait à sa fin. Soudain, le titre du reportage retint mon attention, vous savez, le phénomène bien connu du "je n'écoute pas et pourtant j'entends tout..." PPDA annonçait un sourire goguenard aux lèvres qu'il ne pouvait réprimer le "9ème championnat de France de Cyclisme du clergé" qui avait lieu aujourd'hui 8 mai dans la région du Havre. Il commentait en savourant chaque mot comme s'il était un bon mot, un mot d'esprit comme il prétend en avoir. "...Et pour l'événement, pas de soutane, qui d'ailleurs ne se porte plus beaucoup de nos jours. Non, des prêtres en short moulant !" (ici).
On sentait bien à sa diction qu'il se régalait de nous proposer un tel spectacle, anticipant avec délectation la lutte que les hommes de Dieu allaient devoir mener, à commençer par le port de cet accoutrement indécent.
Et le reportage commence. Rien de bien différent du Tour de France si ce n'est le recueillement évident de ceux qui pour Dieu vont entamer cette course. Clin d'œil humoristique de l'Evêque de Lilles qui ajoute dans son sermon "... que la progression ensemble vers le ciel se conjugue très bien avec l'ascension d'un col de première catégorie..." Comme quoi, certains membres du Clergé ont vraiment de l'esprit, eux, sans intervention du Saint. Ou avec, allez savoir avec ces gens là. Ils ont à leur côté des complices omnipotents et discrets.
La séquence ne dure que quelques minutes. Les interviews à l'arrivée sont pleines d'humour aussi et tel curé de dire que les anges le poussaient car il y avait du vent partout mais qu'ils étaient parfois contraires. Au fait, les anges ont-ils le sens de l'orientation ? Tel autre qui avait invoqué dieu au départ, l'évoquait maintenant plein de reconnaissance. Tous, ils ont trouvé leur voie qu'ils parcourent à coup de pédale car les voies qui mènent au Seigneur sont variées, impénétrables parfois même pour ceux de la pédale. Et leurs voix se tournent à tout moment vers Dieu pour le remercier. Le remercier de les avoir appelés car il parait qu'il les appelle, c'est comme ça. Le remercier de les avoirs soutenus et de les soutenir encore. Les mines sont radieuses comme un soleil d'été avec cette lumière en plus, irréelle, divine ? Celle de celui qui croit ?
Et je me prends à les envier, hommes si humains et pourtant si au-dessus de moi. Ils portent le short de cyclisme de compétition et même si leur physique dévoile à nos yeux de profanes l'homme en eux avec tout ses attributs, beau parfois, ils restent inaccessibles, transformés par leur foi. Impossible de les contempler comme des hommes. Indécence, à fustiger immédiatement, de noter au passage un rien admirative, les proportions athlétiques de l'un, le visage attrayant de l'autre. Race à part, même s'il parait que les races n'existent pas. Ascètes volontaires dans un monde de sexe étalé, galvaudé, écœurant. Ni ange, ni démon, mais les deux à la fois. Etres hybrides qui renient les élans de leur nature et qui la vénèrent pourtant comme une création divine ! Paradoxe humain au ciel. Mélange de contradictions en suspension comme une émulsion dont les éléments ne se scinderont plus jamais pour retrouver leur intégrité originelle.
Mes doutes de mécréante reviennent au rythme effréné de la petite reine qu'ils montent, en danseuse mais mâles pourtant, fesses musclées en l'air. La vie ne serait-elle pas plus facile accompagnée de cette foi inébranlable qu'ils ont ? Si seulement je croyais, mes doutes ne disparaitraient-ils pas au profit d'une confiance inaltérable que tout est pour le mieux et que, nouveau Candide, je dois tout accepter les yeux fervents et le sourire béat aux lèvres puisque c'est la volonté de Dieu. Car finalement, à tout accepter, le bon comme le mauvais, ces hommes là ne font-ils pas comme le héros de Voltaire qui se persuade que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ?
Aucun sarcasme dans mes pensées troublées. Juste des relents de doute. Car depuis toujours j'ai hébergé en moi des idées contradictoires que je n'ai jamais pu réconcilier. Et de foi, point. Juste la croyance en un syncrétisme Gicerillien, mélange de croyances païennes et de christianisme mijoté qui me permet de rester debout quand tout se dérobe sous moi. Rationalisation outrancière pour expliquer de manière rationnelle ce qui ne l'est pas. Trouver des signes qui ne sont pas de croix. Survivre aux chaos dans lesquels je plonge trop souvent et m'accrocher à des idioties comme à autant de planche de vérité pour ne pas couler. Tout mais ne pas croire en Dieu car Dieu n'existe pas. Dieu est une création de l'esprit humain, d'un machiavel avant l'heure qui a élaboré tout cela pour civiliser des peuples entiers, par la peur domptés. Peur de la sentence de dieu. Peur de l'enfer. Promesse du paradis. Contes pour enfants naïfs ou bien vérité accessible qu'aux seuls initiés ?
Je m'interroge. Pourtant, quand j'entends ma meilleure amie me parler de Jésus comme de son bel amant. Quand je vois la force de ceux qui croient vraiment, authentiquement, innocemment au Père, au Fils et au Saint Esprit, je me prends à les envier. Je voudrais à mon tour être caressée par la grâce et croire enfin. Croire pour ne plus penser. Croire pour oublier que je suis actrice de ma vie, et que Dieu n'y a aucune part. Croire pour me plaindre à lui et le tancer quand cela ne va pas pour ne plus me maltraiter moi. Me soulager enfin de mes responsabilités et lui demander raison à lui, en duel, dans son église ou sur mon terrain choisi.
Au-delà du cynisme qui tente de s'immiscer en moi, moi athée de toujours, je me laisse aller à penser qu'il serait doux de croire en Lui. Lui, qui ne se montre pas et pour qui tant d'humains trucident, déciment, génocident. Lui, qui laisse faire en son nom tant d'exactions. Lui, qui n'est qu'amour et qui s'occuperait personnellement de mon cas. Mais la foi ne se convoque pas. Aucun injonction ne la fait s'inoculer dans notre être comme un saint virus pour ne plus le quitter. C'est une rebelle qui exige la docilité que je n'ai pas.
Alors sans foi j'errai, mais pas sans lois, c'est déjà ça !
* * *
Nota bene pour les croyants qui se seraient égarés ici : pardonnez les mauvais jeux de mots et calembours à trois balles, mais je n'ai pas pu résister... Mais croyez bien que je respecte ceux qui croient et les envie vraiment parfois !
06:02 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : foi, croyance, religion, athéisme, syncrétisme
lundi, 05 mai 2008
ELLE - Quand l'altruisme fait mal
"Allô !"
- "Bonsoir Gicerilla ! Que se passe-t-il, tu as l'air toute essoufflée ?"
- "Mais non M. je me bats depuis dix minutes avec des cartons !"
- "Des cartons ?"
- "Oui, j'essaie de déballer les éléments qui composent la superbe table qu'on vient enfin de me livrer. Il faut que je la monte mais je n'arrive même pas à ouvrir l'emballage ! Tu imagines ? Je peste, je voudrais un mec..."
- "Monter une table. J'arrive !"
- "Tu arrives ? Mais tu es fou, tu ne vas pas faire 700 km pour venir monter ma table !"
- "Si, demain à la même heure je serai chez toi !"
- "Mais tu es cinglé, enfin, je vais me débrouiller..."
- "Non, de toutes façons j'ai envie de te voir. A demain !"
Il a raccroché et je reste pensive. Est-il possible que l'on veuille faire autant de kilomètres sans même la promesse d'un bon dîner à déguster après, pour venir monter la table d'une femme, amie peut-être, l'avenir le dira, amante même pas ? Bon, ok, il s'agit d'une très belle table, c'est certain. Un design italien. Profilée comme la carrosserie d'une Ferrari et pour un amoureux de la mécanique comme lui... Soit. Mais franchement, je m'interroge. Un mot me vient à l'esprit pour justifier une telle folie ou autrement appelée chez les Scouts, BA. Car sur l'échelle des bonnes actions, parcourir trois cent cinquante kilomètres d'une traite pour visser 8 vis sur 2 plateaux de verre, est certainement proche du dernier barreau, ou en tout cas elle flirte avec l'exploit. Et ce mot c'est "altruisme". Ne serait-ce pas là l'exemple le plus probant de ce qu'on appelle l'altruisme ? Mais le doute me taraude comme les vis qui vont bientôt pénétrer l'épaisseur du verre.
Vite, mon encyclopédie pour vérifier si cet homme est en péril et mérite l'asile ou si sa décision n'est qu'un acte gratuit que l'on peut ranger dans la catégorie philanthropie.
Altruisme n.m. semble être une création d'Auguste Comte (V.1830; attesté 1852) sur le modèle du mot égoïsme et pour lui servir de pendant. Il est dérivé du radical d’autrui d'après le latin alter. Le mot désigne la disposition innée de l'être humain à la bienveillance à l'égard des autres membres de sa communauté et qui coexiste avec l'égoïsme. Sa valeur s'est étendue en morale pour toute conduite et attitude où l'intérêt personnel est subordonné à celui des semblables, sans motivation religieuse.
Me voilà bien avancée. Oui, il est altruiste, c'est certain. Mais ce n'est pas cela, non. Pourquoi je ne me sens pas à l'aise avec cette décision qu'il a prise de m'aider, sans demander aucune contrepartie ? Et l'intuition de ce que je sentais, enfouie dans mes neurones, revient m'assiéger plus fort encore. Elle affleure à la surface de mon cerveau maintenant et impose sa présence avec son cortège de sensations désagréables. Pourquoi ne suis-je pas simplement enchantée qu'un chevalier servant ait ramassé la notice de montage ? Ne serait-ce pas tout bonnement parce qu'avec ses bonnes intentions il me renvoie comme un miroir l'évidence que moi, je ne le ferais pas et qu'en conséquence je le ne vaux pas ?
Je suis aux prises avec des sentiments contradictoires qui me font tour à tour penser que je suis une sacrée égoïste incapable d'un geste hors du champ de la raison pour aider un ami ou que je suis un être trop raisonnable et calculateur qui n'agit qu'en fonction ce qui vaut le coup ou de ce qui ne le vaut pas. Et dans les deux cas, ma médiocrité me revient en pleine face, grimace qui vient se plaquer comme une sangsue sur mon visage.
Dans les deux cas je me perçois sans grandeur, incapable d'une action flamboyante de gratuité uniquement pour le plaisir de donner, de rendre service. Cette perception là m'agace au plus haut point et pendant un moment je lui en veux de se faire croire mieux que moi à mes yeux. Incohérence de bonne femme ? Me voilà à blâmer en secret cet homme hors norme qui, pour des raisons qui restent encore floues et qui le resteront, vient à ma rescousse sans compter ses efforts.
Dans les deux cas, son geste me fait voir à quel point je ne suis pas meilleure que le vulgum pecus dont je suis issue. Aucun héroïsme dans mes élans amicaux puisque je ne serais pas capable de conduire 700 km pour faire une séance de lego.
Je n'aime pas l'image de moi que, sans le vouloir, il me renvoie et je me tance de penser qu'il faut tout mesurer à son aune comme l'étalon de référence unique hors duquel point de salut. Car après tout, faut-il forcément que je me compare à lui ? Faut-il que je me qualifie au regard de ses qualités en ignorant les miennes qui pourtant existent même si parmi elles, la sienne n'y est pas ? Pourtant, j'ai beau me raisonner et me dire tout cela, je demeure avec ce goût amer qui vient du jugement que je m'inflige de n'être pas celle qu'il est.
La morale que je tire de cette aventure, c'est qu'il n'est pas bon pour autrui de se montrer trop généreux, trop extraordinaire dans ses actions car alors, au lieu de récolter une reconnaissance légitime à l'effort consenti, il risque fort de recevoir pour toute récompense l'ingratitude passagère de celui qu'il a fâché malgré lui par la grandeur de son âme !
On dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions...
* * *
Cher M., ne me prenez pas pour une ingrate ! Oh non, je vous sais gré. Merci à double titre. Pour avoir monté, de main de maître, cette superbe table et pour m'avoir fait toucher du doigt que je ne suis pas aussi généreuse que je me crois !
06:16 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : altruise, egoisme
vendredi, 02 mai 2008
ELLE - L'éclat inaltérable de la mort
La première fois j'avais été choquée.
Un à priori comme on en héberge bien trop m'avait fait crier à l'outrage "quoi, il y en a qui font feu de tout bois !" et en l'occurrence de bois point, et pour foyer le four crématoire ! Des idées révoltées de profit à tous prix m'avaient assaillie, violentes, intransigeantes et je m'étais instantanément ralliée à leur cause car elles semblaient défendre une idée reçue légitimement intouchable : on ne fait pas commerce de la mort.Et la frileuse en moi, celle qui au mot de mort sent son sang se changer en fluide glacial dans ses veines, de s'offusquer que l'on puisse un seul instant concevoir de faire du mort autre chose qu'une dépouille sous une pierre tombale à honorer, un jour gris de novembre, ou bien un tas de cendres à répandre aux vents préférés du défunt. Pourtant, une fois plantée dans mon cerveau, ne voilà pas l'idée qui germe et ses bourgeons de réflexion doucement m'amènent sur un autre chemin. Car, après tout, commerce il y a déjà et un nombre, restreint soit mais certain, vit de la mort et même en fait ses choux gras. A-t-on jamais eu envie de blâmer les forêts ou les potagers d'être rendus plus florissants par la proximité d'un charnier ou d'un cimetière. Non ! Alors, pas de fausse indignation ici. Considérons l'offre pour ce qu'elle est : inventive, au concept bravant les pensées bien pensantes et bienséantes et finalement promotrice d'une approche non pas triste et terne de la mort mais plutôt brillante à souhait. Mort brillant de mille feux. Du feu de la lumière, source de vie. Pérenniser la vie au-delà de la mort ? Impossible, me direz-vous. Et bien non. Pourquoi cet amas de chairs putrescentes ne deviendrait-il pas plutôt un objet rare, un diamant ?
Et la société Algordanza ne s'est pas laisser intimidée par la Grande faucheuse. Bien au contraire, elle a décidé de lui faire un pied de nez, de mettre à son profit son inéluctabilité en la combinant à grands frais à une technologie de pointe. Car évidemment, cela coûte cher et ne devient pas diamant qui veut. Pas de philanthropie ici. Tout est mesuré à l'aune du carat et chaque microgramme de matière obtenue est vendu au prix ... du diamant ! Mais ne vaut-il mieux pas un joli carat de Mémé qu'un carat arraché à l'Afrique au prix du sang ? Ne vaut-il pas mieux arborer Maman en solitaire, qu'un solitaire volé à la terre par des esclaves martyrisés, sous le joug d'une nouvelle race de négriers motivés par le pouvoir et le lucre ?
Bien sûr, engoncés dans nos coutumes ancestrales, il faudra que celle ou celui qui en héritera s'émancipe du poids des traditions et accepte de porter le mort à son doigt, à son cou... Mais une fois apprivoisée cette idée, écœurante pour certains, effrayante pour d'autres, insupportable et indécente pour d'autres encore, ne me serait-il pas plus agréable de mourir en sachant que je scintillerai un jour dans un écrin ou enchâssée dans un chaton précieux ?
Oh, je vois venir les incrédules, les pinces sans-rire, les goguenards de tout poil avec les "Ah mon dieu, quelle horreur, j'ai égaré Tante Sidonie", "Dis, t'as pas vu trainer Tonton, je l'avais posé là pourtant !", "Ah, ah, Pépé est devenu un bijou de famille..." Oui, bien sûr, la tentation est assez irrésistible. Mais au-delà de ces blagues de potache, c'est bien l'au-delà que nous avons apprivoisé. Construire une autre idée de la mort et du décédé.
Je termine cette note sans savoir comment je finirai mais si quelqu'un veut bien de moi à son cou ou à son doigt, pourquoi pas ?
06:55 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mort, crémation, diamant, algordanza, amnesty international
mercredi, 23 avril 2008
ELLE - Cravate noire pour chemise blanche
Je lui avais dit "Je ne sais si je serai qualifiée...."
Il m'avait répondu, charmant, discrètement enjôleur comme le camelot qui vient vendre des rubans à la belle qui n'ose les toucher tant ils sont beaux, bien trop beaux pour elle, petite villageoise. "Je ne fais aucune discrimination, alors j'attends de voir bientôt votre autoportrait blacktie chère Gicerilla". Et la villageoise que je suis se laissa tenter par ces mots-là sans beaucoup de résistance, car les filles des campagnes sont des femmes bonnefemmes (féminisation paritaire de "bonhomme") et accueillantes, qui ont à cœur de faire plaisir à l'étranger qui passe.
Il m'avait donné du "chère". Instantanément je m'étais rengorgée, j'avais gonflé le torse (je n'ose dire la poitrine car cela serait clairement une usurpation, un abus de langage), soudainement excitée comme un enfant qui va sûrement faire un coup pendable. Bon, d'accord, pendable est un peu fort, disons fouettable. Oui, fouettable, c'est cela. Car fouettable a de ces connotations qui rendraient presque souhaitable la punition. D'ailleurs, l'Enfer ne m'a-t-il pas récemment révélé ce que recèlent comme plaisirs certains de ses flagellants secrets ? Aïe, je m'égare. Je suis incorrigible moi qui ne demande qu'à l'être. Ah, imagination quand tu nous tiens...
Bref. Depuis ce moment là, je n'eus de cesse d'imaginer des scenarii pour que ma production soit honnête et différente. Sui generis dirait un juriste de mes connaissances. Quoi de plus insupportable pour moi, en effet, dont l'égo boursouflé se targue d'originalité, d'être mise dans une case. Réclamation d'une singularité qui prévient tout classement dans une catégorie déjà répertoriée. Je ne serai pas un onglet du répertoire. Hors des sentiers battus je prétends arpenter le monde. Horreur des consensus mous, comme dirait un rascal de mes dilections. Horreur des moutons de Panurge même si leader du groupe sans doute je serais.
Inquiète, je me confiai à ma grande amie qui se laissa immédiatement tenter par le projet. Car elle aussi est joueuse et ce jeu ne présente-t-il pas tous les caractères qui rendent un jeu aimable ? Gratuit, ludique, faisant appel à la créativité, le sens de la mise en scène et, si possible, une certaine idée de l'esthétisme. Et voilà deux cerveaux de femmes en ébullition. Impossible d'imaginer ce que peuvent créer deux cerveaux de femmes en ébullition, lorsque l'une est brune et l'autre blonde ! Rendez-vous est pris chez elle. Les chemises sont sorties du placard. Toile immaculée de coton blanc repassée de frais, aux pliures craquant comme les neiges des glaciers d'été. Cravate noire de soie à la toile ottomane, taillée dans la diagonale.
Nous sommes plantées devant les objets du crime... Deux poules qui ont trouvé un couteau. Le blanc total, ou serait-ce le noir total ? Rien. Aucune idée. Affligeant. Désespérant. Contournons le problème. Direction la salle de bain. Fardons un peu nos visages pour cacher notre manque d'inspiration. Une fois nos yeux charbonnés et nos bouches dessinées au crayon repulpant (si, si ça existe) nous revenons dans la chambre toujours aussi peu inspirées. Nues ou habillées ? Autour du cou, la cravate, ou autour du chignon ? Et pourquoi pas en serre-taille, en cache-tétons ? "Tu crois qu'il acceptera ?" "Non, Blacktie n'est pas un projet de cabaret. Cahier des charges strict. C'est un projet modeux ne l'oublions pas !" Ah, zut, pas facile, tout semble déjà avoir été fait. Tant pis. Essayons tout. Les jeans valsent. Les pulls et les chaussettes tombent tour à tour sur le parquet. Puis sans pitié, les soutiens-gorge suivent, sourdes que nous sommes à la bienséance qui nous crie "ah non, PJ White ne pourra pas cautionner..." Tant pis pour PJ White, nous voilà effrénées. Devant, derrière, la chemise éventre ses pans sur des chairs nues, frémissantes. La cravate noue des boucles impossibles, des nœuds boursouflés qui coulissent entre nos mains expertes.
La cravate se plie à toutes nos volontés et la soie s'échauffe sous nos doigts. Elle devient plus souple, plus docile et semble accepter d'épouser la moindre de nos courbes. Les rires fusent. Nous sommes, selon le moment, sages ou déraisonnables et le coton et la soie se mêlent sans broncher à la folie de nos envies. "Non, oh non pas ça !" ponctue régulièrement nos essais que le bon goût déserte parfois tant il est offusqué par notre audace.
Finalement, les zygomatiques au bord de la rupture, nous nous décidons pour de sages poses qui respectent gentiment les critères du projet.
Les photos brutes, sans retouches, sont ensuite envoyées au directeur du projet, tremblant un peu à l'idée d'être recalées. Et si cela était, si la censure du grand-maître devait tomber, voici ce que vous auriez pu voir !
06:24 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blacktie, mode, hall of fame
mardi, 01 avril 2008
ELLE - Hasard ou destinée

Je n'ai jamais pu trancher !
Aujourd'hui encore, je ne sais quel parti prendre s'il faut en prendre un. Pourtant j'aime trancher. Vocation de bouchère contrariée ? J'aime ce qui est net. Je n'aime pas le mitigé, le flou, l'indécis. Alors, en cette matière, j'aimerais bien pouvoir me faire une opinion, une de celle si bien plantée sur ses deux pieds que rien ne peut l'ébranler et la vie alors en devient plus aisée. N'est-il pas plus confortable en effet de vivre dans des certitudes réconfortantes que cerné par des questions sans réponse ? Mais quel est donc le sujet qui me laisse si inquiète ? Simplement celle-là : sommes-nous les acteurs de notre vie, scénario écrit par chacun des choix que nous faisons constamment, bien souvent sans nous en rendre compte, ou bien sommes-nous les acteurs d'un scénario déjà écrit dont aucune des situations à vivre n'est laissée à notre choix si ce n'est le chemin qui nous y mènera ? Et oui, il faut bien laisser à l'être humain l'illusion du contrôle...
Ne vous-êtes vous jamais entendu blâmer cette satanée destinée au lieu de voir qu'inconsciemment c'est vous qui avez choisi votre chemin, guidés par des raisons souvent muettes mais bien ancrées en vous, qui dépassent la raison qui ne s'en rend même pas compte ? Je serais tentée bien souvent d'adopter le parti de croire que ce que je vis n'est que le résultat de mes choix, mais cela serait soit prétentieux, soit naïf, car il est des événements que je ne commande pas, et que d'aucuns appellent hasard, fatalité, aléas, chance... Partant de ce postulat "je ne maîtrise pas tout ce qui m'arrive" j'en viens à me demander pour la énième fois le pourquoi du comment. Pourquoi donc je vis ce que je vis ? Car lorsque l'on est faite comme je le suis, l'illusion d'appréhender ce qui se passe, d'en comprendre l'origine et le but m'aide à accepter des situations parfois difficiles, parfois insupportables...
Hélas, ces derniers temps plus encore, tous mes raisonnements les plus fidèles, toutes mes ratiocinations les plus chevronnées ne me sont d'aucune aide. Des questions sans réponses m'arrivent à foison, comme une lame de fond qui me fait perdre pied. Et parmi ce déluge, l'une d'elles revient avec la douleur lancinante d'une épine dans la chair. Pourquoi rencontrons-nous à tel moment telle personne ? Pourquoi celle-là nous touche plus qu'une autre sans que la raison ne puisse en trouver une satisfaisante. Il y a quelques mois, un homme est entré dans ma vie. "Grande nouvelle !" me direz-vous en souriant, mi-goguenard, mi-sympathique ! Et oui, grande nouvelle car cet homme est entré dans ma vie sans que je ne le sollicite. Pourquoi lui ? Il est entré par une petite porte. Vu sa grande taille, je me demande encore comment il est passé. Et puis surtout comment a-t-il donc fait pour trouver un huis de moi-même ignoré ? Par ses mots tantôt impertinents, tantôt curieux, tantôt excitants, tantôt francs et directs, tantôt en demi-teinte suintant subtilement l'ambiguïté, il s'est frayé un chemin dans mon cortex et il entame à son insu l'escalade de la face nord de mon cœur atteignant bientôt, je le crains, son sommet. Tour à tour il m'émeut, il me fait rire, il excite mon désir et ma curiosité. Plus j'apprends de lui et plus je me dis que notre rencontre n'est pas hasardeuse mais pleine de promesses. Pourtant, plus j'apprends de lui et plus je sais que tout est impossible.
Alors quel parti prendrai-je dans cette affaire là ? Ne sera-t-il donc rien d'autre qu'un galet sur ma plage, amené là par le gré du courant marin ou bien sera-t-il le porteur d'un message ? Car pourquoi peupler ma plage pour rien, occuper le terrain et ne rien apporter, même pas une bonne nouvelle, même pas une leçon qui me rendra plus sage, plus savante sur moi et sur mes aspirations ? Je n'en sais rien. Ce que je sais c'est que sans lui ma vie ne serait pas la même et qu'hélas, sans lui, ma vie va devoir continuer.
Alors, hasard ou destinée ?
07:05 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, impossible, désir
samedi, 29 mars 2008
ELLE - A jamais absent

Mon bel amour,
Je viens de recevoir le paquet que tu m'as envoyé. Je l'ai récupéré dès que j'ai pu et je l'ai ramené dans notre alcôve avec plus de précaution que si je portais une châsse avec les reliques d'un dieu. Tu as fait tant de mystères que je l'ai serré tout contre moi et tremblais un peu. Une peur idiote de casser ce qui pouvait se trouver à l'intérieur. Et puis j'étais toute excitée, le ventre frémissant à l'idée de ce qu'il renfermait. Il faut dire que tu m'as habituée à tellement de surprises ces derniers temps que je ne sais pas où tu vas t'arrêter. Il semble que tu prends un malin plaisir de loin à exciter mon imagination. Et puis, j'ai dévoré ta lettre. Où vas-tu donc chercher des mots pareils, mon bel amour ? Jamais aucun homme n'a su exprimer comme toi le désir que tu as de moi. Jamais je n'ai ressenti autant d'émotions rien qu'à lire tes mots. Chaque lettre palpitait sur le papier comme des caresses interrompues et ma peau frissonnait, assoiffée de toi.
J'ai gravi comme j'ai pu les escaliers. Plus le temps passe et plus cela me pèse. Les trois étages n'en finissaient pas mais grâce à cette boite dans mes mains j'ai eu l'impression qu'ils étaient moins hauts, moins ardus. Je ressens de telles douleurs ces derniers temps que je m'inquiète, même si tout va bien. Souvent je repense à tes yeux sur moi, pinceaux qui me dessinent avec envie et je m'étonne constamment des témoignages vigoureux que tu me donnes de ton désir de moi. Pourtant, il y a bien longtemps que je ne ressemble plus à Blandine. Serait-ce le Lion, sous le signe duquel tu es né, qui manifeste ses instincts ? Tu ne sembles jamais rassasié bien que ces derniers mois le plat soit devenu plus roboratif qu'appétissant. Heureusement que les parfums et les saveurs sont toujours là pour aiguiser tes sens. Je ris quand je repense à ta gourmandise jamais satisfaite qui me donne à penser que je suis désirable à un moment où plus que jamais le doute s'installe.
Une fois au calme de l'appartement, je me suis calée sur le canapé, la boite sur les genoux. Je savourais de la contempler enrubannée comme un œuf pascal sous son papier doré. Puis, n'y tenant plus, j'ai arraché tout d'un coup le ruban qui résistait et, en rigolant, j'ai déchiré le papier brillant. Quand j'ai soulevé le couvercle de la jolie boite rose mon cœur à fait un bond. Comme une intuition, j'ai su avant même de déplier l'objet. Cet amas de dentelles de calais et de rubans blancs ne pouvait me tromper. Oh, mon bel amour, toi l'insoumis, toi le rebelle tu veux te lier à moi ? Pour une fois tes intentions me paraissent floues. J'ai peur de me tromper. Réponds-moi vite. Dis-moi que je t'ai compris et que bientôt tu seras là ?
Baisers fiévreux.
Ma chérie,
Je t'ai imaginée avec ce petit paquet si léger, si anodin en apparence. Je savais que tu n'y croirais pas ! Après tout ce que je t'ai dit sur le sujet, cet anneau là a dû bien te surprendre. Pour une fois, ma princesse, tu ne devras pas céder à mes jeux lubriques. Et non, tu vois finalement je suis un romantique. Je me dépêche de te répondre pour effacer tes doutes. Tu la passeras à ta cuisse gauche mardi prochain, juste avant que je n'arrive. L'avion devrait atterrir vers 19h00, cela dépendra du plan de vol. Je t'enverrai un SMS pour confirmer lorsque je serai sûr de l'heure du départ. Fais-toi belle, ma princesse, mon ange. Parfume-toi à peine et surtout n'oublie pas de la glisser sous ta jupe. Je l'enlèverai lentement en la faisant descendre avec les dents avant de l'ôter devant tous, officiellement. Il faudra que je m'entraine à remonter ta jupe sur ta cuisse et à faire glisser la dentelle sur ta peau soyeuse. Je m'y vois déjà, je n'y tiens plus...
Je t'aime.
Mon Bel Amour,
Je n'y crois toujours pas. Il va falloir que tu m'expliques ce revirement. Je vous soupçonne d'oublier vos angoisses en fumant autre chose que du tabac ! Aurais-tu reçu une révélation comme au mont Sinai ? Cela dit, je ne ferai pas ma pimbêche et cèderai volontiers à ton souhait si tu l'exprimes avec... fermeté. Surtout, sois au rendez-vous, j'ai toujours tellement peur de ne pouvoir te voir selon nos plans. Sois à l'heure mon bel amour. Je n'en peux plus de patienter. Viens vite, je t'attends. Ma cuisse sera accueillante.
Baisers
Mardi c'est aujourd’hui. Il est 19H00 mais il n'est pas là. Il est 20H00 et toujours pas de nouvelles. Il est 20h10 et le téléphone sonne, lugubre. Encore ces satanés pressentiments, ceux qui ne la quittent plus depuis des mois. Elle a crié ? Non, elle a hurlé, elle a vomi ses tripes. Elle s'est accrochée au chambranle, mais ses jambes se sont dérobées. Son ventre s'est révolté. Des grands coups venant de l'intérieur comme un dément enfermé. Etait-ce lui ou la violence des mots à peine écoutés. Elle a glissé le long du mur, incapable de soutenir la peine qui l'envahissait, augmentant le poids de son fardeau vivant. Et dans ce geste d'une lenteur mortelle, la jupe s'est enroulée révélant dans le vacarme de ses sanglots une jarretière de mariée aux dentelles aériennes à sa cuisse passée...
Ils sont des centaines, ils sont des milliers, en Afghanistan, en Irak ou ailleurs à ne jamais rentrer.
Elles sont des centaines, elles sont des milliers, à porter le deuil blanc, à bercer seules l'enfant...
A tous ceux que la folie des hommes tue, pour la paix !
06:56 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mort, guerre, deuil, douleur, sang inutile
jeudi, 20 mars 2008
ELLE - La loterie céleste ?

Je ne cesserai jamais, je crois, de m'étonner !
La nature dans sa variété, dans sa richesse ou dans sa méchanceté sera toujours pour moi source d'émerveillement et d'indignation.
Je suis dans les vestiaires du fitness pour et la énième fois. Je prends mon temps pour me préparer. Je n'ai pas envie de me presser car j'adore plus que tout observer. Je regarde les femmes autour de moi qui virevoltent, qui pépient bruyamment en faisant tomber un à un les vêtements qui les cachent, qui les ornent, qui les mettent en valeur ou au contraire qui les défigurent. Le mauvais goût comme le bon s'écrasent en tas à leurs pieds ou sur des cintres bien rangés, cela dépend de la donzelle.
Le vrai se dévoile sans mascarade. La chair dénudée révèle sa réalité dans toute sa beauté ou dans toute sa mocheté. Mes yeux saisissent en un clignement pour ne pas déranger, les proportions idéales de celle-ci ou la disgrâce de celle-là. Et alors que lentement, à mon tour je me dénude, anxieuse du regard que pourrait porter sur moi les yeux avertis d'une autre Gicerilla, mes pensées s'élaborent en questions sans réponses.
Nous sommes tous bâtis selon le même modèle et pourtant il y a dans ce vestiaire autant de répliques que de femmes se dénudant. Et la nature, tout à tour facétieuse, mesquine, généreuse ou cruelle s'est amusée à décliner infiniment les éléments de base immuables qui nous constituent : deux jambes et deux bras, un tronc, le tout chapeauté d'une tête. Heureusement que la Nature n'a pas été aussi créative que les cubistes dans l'agencement de ces éléments, quoique parfois... Et si cela avait été, peut-être alors je ne serais pas la à me questionner car il n'y aurait plus eu UNE référence mais une multitude et chacun de nous incarnerait alors LA référence. Et cette unicité ne pourrait plus être alors rapportée à une espèce de format étalon qui hélas, dans la réalité, existe et hors duquel point de salut.
Et je suis là, assise, perdue dans mes songes où les questions, comme les vêtements de ces dames, tombent sur moi en pluies drues. Quel est donc le dessein de la Nature lorsqu'elle a démultiplié en milliards d'êtres différents, nous tous qui peuplons un court instant cette planète ? Et si la variété n'est que le résultat d'un mélange aléatoire de gênes, je ne peux m'empêcher de m'interroger sur l'intérêt pour la race humaine d'avoir de longues jambes fuselées ou de petites trapues ? Un long buste musclé ou un tronc plus petit et ventru ? Un cul aux miches pommelées sans trace de cellulite ou des fesses timides qui piquent du nez, affligées de peau d'orange à vous dégoûter des agrumes ? Et celle-ci aux seins de guenon famélique, et cette autre exhibant deux seins magnifiques, pommes d'amour à croquer dont le galbe parait modelé par les mains amoureuses de Rodin.
Et dépit des prédispositions ou des efforts , il est évidemment un capital que la vie nous attribue, dont nous ne pouvons ignorer les défauts, mais que nous exploitons tant bien que mal. Hélas, aucun mode d'emploi transmis à la livraison ! Alors, comment faire pour gérer au mieux un capital beauté qui handicape car on ne sait judicieusement l'utiliser. Serai-je une salope, allumeuse de feux irréductibles, sûre de mes attributs ? Serai-je pour toujours dans le doute "m'aime-t-il pour qui je suis ou pour ce que je représente, une jolie femme à son bras ?" Ou tout le contraire, comment vivre sereinement, la tête haute, fière de soi, quand les traits de notre visage ou notre silhouette mal proportionnée nous accablent comme une condamnation ou le vœu mesquin prononcé par une mauvaise fée ?
Je me demande souvent comment tous ceux et celles que la Nature n'a pas dessinés selon le nombre d'or mais selon une équation pervertie vivent dans ce monde où la différence de l'imperfection est décrétée outrage public. Comment évoluer en s'appréciant vraiment lorsque chaque moment de notre vie est inondé par des images de beauté parfaite en dehors de laquelle nul ne saurait exister ? Et moi, la première de souffrir du manque d'harmonie et d'équilibre dans mes proportions. Difficulté de me mirer dans le miroir où, en superposition, des clichés de la femme que j'aurais aimée être viennent saccager mon reflet.
Et pourtant, il n'y a pas de quoi pleurer. Rien de remarquable non plus à signaler. Physique passe-partout avec ce qu'il faut de défauts et quelques rares qualités, mais bien heureusement la tête et tous les membres dans le bon ordre. Et je contemple l'homme de Vitruve aux proportions dites normales en m'imaginant crucifiée à mon tour dans ce cercle encadré. Cela donnerait sûrement quelque chose d'amusant à regarder, genre grenouille écartelée !
Mais quelle est dont cette loi, s'il y en a une, qui régit l'attribution d'un physique plutôt qu'un autre. Une loterie céleste organisée quotidiennement par des Dieux joueurs du haut de leur Olympe "tiens, à celui-là que lui donnerons-nous ?" Le hasard brutal de la génétique ? Quelle que soit la réponse, je me désole souvent de constater l'injustice dans ce domaine là, aussi. Et mes yeux sont ravis de bonheur lorsque qu’ils regardent une beauté comme celle qui illustre cette note. Et mes yeux sont consternés à en pleurer de croiser dans la rue des femmes et des hommes avec qui la vie s'est amusée.
S'aimer est en soi est un exercice bien difficile, qui prend parfois toute une vie.
Alors pourquoi ajouter à cette difficulté là, une autre bien plus cruelle ?
06:35 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 17 mars 2008
ELLE - L'art de la patère

Je suis vautrée sur mon canapé rouge vermillon.
Je me concentre tel l'athlète de haut niveau. Je fais le vide en moi. Je repasse chaque geste dans ma tête pour m'assurer que tout va bien se passer. J'ai presque fini de vider les cartons. La muraille digne de Vauban que je croyais inexpugnable a cédé à force d'obstination et de coups de cutter imparables. Les cartons éventrés gisent au milieu du salon. Le plus dur est passé ? Hélas, rien n'est moins certain. Ne me reste-t-il pas le bricolage ? La boite à outils est sortie. Elle est là, devant moi, rouge et grise assortie à mon canapé et à mon visage. Je fais grise mine à l'idée de devoir me colleter avec force tournevis, écrous, niveau-à-eau, clous, marteaux et autres instruments indispensables à mon installation. Je sais que je serai la plus forte, que je saurai les maîtriser pour leur faire accomplir ce qui doit l'être mais, là, éreintée d'avoir évider toutes ces boites je dois me ressourcer.
Ça y est. Je suis prête. J'attrape la boite à outils avec un bel entrain. Malheur, elle pèse un âne mort. Je pars à la renverse, me ressaisie. L'équilibre précaire revient mais j'avance tel un culbuto. Mon bras droit traîne quasiment par terre. Je me redresse, serre les abdos et les fesses, non mais, elle ne va pas me faire branler celle-là. "Je fais de la musculation je te ferai dire, ce n'est pas un poids insignifiant comme toi qui va me faire fléchir ! " Ah, oui, triste constat, en vieillissant ne voilà pas que je parle aux objets... Elle et moi somme enfin rendues dans la salle de bain. Je lui fais vider ses tripes et tel un chirurgien j'étale sur le carrelage, côte à côte, les instruments de torture qui bientôt feront trembler la porte. Je la regarde bien en face. Je la jauge, je la toise. Elle est en bois blanc immaculé, presque virginal. Je vais pourtant lui faire subir le pire des sévices. La pénétrer pour la première fois et à plusieurs reprises. Je mesure, j'étalonne, je cible de petites croix à la mine de plomb les endroits où mes outils entameront sa chair agglomérée. Elle n'en mène pas large lorsque je brandis la première vrille. Je vais y aller en douceur, avec délicatesse tel le praticien devant une nubile.
Je plante la pointe et doucement amorce un mouvement de rotation. Rien ne se passe ? J'appuie de tout mon poids, j'entame à peine le voile blanc. Quoi, ce matériau de synthèse bas de gamme ne se laisse pas faire ! Je me hisse sur la boite à outils, je recommence. La pointe acérée de la vrille perce enfin l'épiderme. J'insiste, je m'arc-boute, il n'est pas dit que cette sciure compactée ne cédera pas. Et pourtant. Je m'agace tout de bon "ah, c'est comme ça !" Je prends une vrille plus petite, d'une finesse d'aiguille digne d'une torture chinoise. Je l'immisce dans le petit trou et lentement je visse. Victoire, elle entame enfin cette chair récalcitrante. Je jubile. Je visse de plus en plus profond en appuyant de toutes mes forces. D'un seul coup, je m'enfonce entièrement et manque de tomber car la boite à outils dérape sous mes pieds. Je m'accroche des orteils au rebord de la boite qui de se dérober en arrière, la traîtresse. Je la soupçonne d'avoir parti lié avec la porte. Je m'agrippe à la vrille comme à un piton de rappel au bord du précipice. Oh, non, ne me dites pas que j'ai transpercé le bois ! Je me redresse enfin. La sueur perle à mon front, mon petit pull blanc de mailles soyeuses colle à mon dos. Ben, quoi, je n'allais tout de même pas me mettre en bleu de travail !
Un pré-trou est fait, l'autre doit suivre et ainsi de suite jusqu'au nombre de six. Chaque percement me coûte des efforts de titan. Je peste, je jure, j'insulte la porte. Elle ne me répond pas mais l'effrontée résiste toujours de toutes ses fibres. Qui a dit que l'aggloméré était un matériau de piètre qualité ? Enfin j'ai terminé. Trois paires de petits trous bien nets me regardent, accusateurs. Je vais vite les cacher par des vis puissantes et occulter ces pores indécents dont la vue me dérange. Équipée du tournevis qui tourne tout seul j'attaque le premier trou. La vis ne rentre pas, son pas est trop épais. Ah, non, je ne recommencerai pas. Je force comme une damnée car il est bien connu que les damnés forcent. Le tournevis dérape sur mon doigt. Voilà mon doigt crucifié ! J'hurle des obscénités que même Madame Musquin dans l'ascenseur aurait trouvé salées. Une perle de sang rouge vient maculer le blanc. J'enrage. Je recommence avec énervement. La rage décuple mes forces et la vis enfin pénètre sans ménagement dans le pucelage. Mon doigt pisse le sang et chaque vis fichée dans le bois semble faire saigner la porte. J'ahane et sue à grosses gouttes.
Les patères sont enfin fixées ! La salle de bain est un champ de bataille. Je m'assoie, épuisée, sur la boite à outils. Le rouge et le blanc se mélangent étrangement et un goût de métal baigne ma gorge. Je hais le bricolage ! Et alors que je tète mon doigt pour endiguer l'hémorragie, Adrienne Pauly vient gentiment seriner à mes oreilles ...
"J’veux Le Mec, j’veux un Mec, Pas trop bête, J’veux un Mec, Qui me tienne, Qui me taille, Viens Le Mec..."
06:23 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
vendredi, 14 mars 2008
ELLE - Eloge du mystère

Quel bonheur ce petit cinéma.
Il a ouvert récemment, recréant dans cette ville sans caractère une impression de quartier latin avec ses salles d'art et d'essais. Enfin un peu de vie culturelle dans cette grisaille qu'aucun soleil ne peut vraiment illuminer. Je jubile de découvrir chaque semaine la nouvelle programmation. Que des films en VO. Une sélection variée. Mon œil s'arrête sur un titre évocateur "Lust caution".Lust... Quatre petites lettres comme un amuse-gueule qui me fait déjà saliver. L'association de ces deux mots m’interpelle mais le nom du réalisateur, Ang Lee, vient certainement ajouter à mon intérêt libidineux ! Son nom a sur moi l'effet irrésistible de l'interdit et j'achète le billet sans même réfléchir. Et puis, il faut bien l'avouer, le cul de Tony Leung s'agitant dans l'Amant a marqué ma mémoire indélébilement. Je ne savais pas à alors que je me trompais de Tony, mais peu importe, un Tony en vaut bien un autre !
Le film débute et dès les premières paroles je suis transportée dans les années 40 en Chine occupée. L'histoire développe son intrigue, lentement, et ces lenteurs, loin d'user ma patience, contribuent à me faire oublier que je suis en France dans une salle de ciné. Ça y est. La belle, espionne improvisée, a charmé le héros, brute froide en apparence, mais altérée d'amour et d'ébats sensuels.
Les décors, la lumière, le désir ambigu des personnages me transportent. Passée la violence dérangeante mais troublante de leur premier combat charnel, les voilà réunis pour une autre rencontre. Celle d'un homme de pouvoir qui va se laisser dominer, pensant pourtant tout diriger jusque dans les bras de la belle. Elle, qui se laisse dominer menant pourtant la danse de son corps de femme forcé mais donné sans retenue.
Et subitement, le choc ! Un choc érotique puissant qui me couperait presque le souffle, qui contracte mon ventre indécemment.
Vue plongeante. Elle est sur le dos, il la besogne consciencieusement et ses bras abandonnés, rejetés en arrière, entourent son visage comme ceux de la ballerine et révèlent en plein écran une touffe de poils noirs et drus. Ce ne sont pourtant que ses aisselles, mais ce buisson sombre étalé sous mes yeux exerce sur moi un charme inattendu. Pire que son intimité dévoilée, j'ai l'impression de voler de mes yeux étonnés une vision interdite de quelque chose de plus intime encore. Incroyable pouvoir de cette vision sur mon imaginaire...
Et, hypnotisée par cette pilosité que notre culture aseptisée a depuis longtemps bannie, voilà mes pensées qui vagabondent, perdues dans ces visions de chairs dorées qui gigotent sur l'écran, rendues floues par mes regards absents. Moi, l'inconditionnelle du tout net à la douceur démoniaque que j'ai tant vantée, je redeviens adepte depuis quelques temps à la culture raisonnée d'un joli triangle sombre. Je jardine volontiers et ce que je perds en douceur je le gagne en érotisme il me semble. Je taille à peine, j'élague un peu, je dessine avec un soin feint pour que le visiteur bucolique s'y perde avec plaisir comme dans un jardin anglais où la nature laisserait parler sa fantaisie.
Et me voilà à m'interroger. Mais d'où vient donc cette mode acharnée du glabre à tout prix. L'esthétique ? Sur les jambes sûrement, car rien de plus vilain que des jambes velues de faune sous des bas noirs aériens. Seuls les lusitaniens et les allemands semblent encore friands de ce genre de fourrure rustique. Mais sinon, d'où vient cette volonté d'éradiquer le moindre duvet au point de rendre à la peau des femmes une nudité enfantine qui ne sied pas toujours aux chairs matures de certaines, dont l'abricot rond, lisse et bombé s'est depuis bien longtemps transformé en corolle flétrie aux bords fanés ! Pourquoi gommer le mystère et tout révéler à la vue de l'adorateur qui ne peut plus, dès lors, imaginer le meilleur ?
Pour ma part, j'ai révisé mon dogme. Je reviens comme Jean-Jacques Rousseau à la vérité de la nature. Et que les chatouilleux de la langue qui ont peur de se perdre dans les frondaisons se fassent une raison.
Je réclame à nouveau le droit d'afficher sans complexe dans mes endroits secrets quelques jolies broussailles à visiter !
06:02 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lust caution, épiler or not épiler
mardi, 11 mars 2008
ELLE - Oui, j'ai envie d'embaucher un vieux
Il y a quelques jours, me promenant sur la toile, une note au titre provocateur (ici) a arrêté mon regard.
Curieuse de nature, je me suis assise un instant sur le talus pour lire cet article au parfum provocateur. Mon sang n'a fait qu'un tour à sa lecture. J'avoue, je peux être très "premier degré" parfois, alors il a fallu que je le relise une seconde fois pour me rassurer, car les motivations affichées ne sont peut-être pas celles qu'on croit.
Etant moi-même régulièrement et cruellement confrontée aux problèmes de recrutement et surtout en quête permanente d'expérience, de la vraie, de la transférable immédiatement, de l'efficace qui agit et ne prétend pas, je me suis dit qu'à son auteur je ferais bien un petit billet de mon cru !
Alors je réponds qu'à l'opposé de ce professionnel apparemment averti, moi, je meurs d'envie d'embaucher un vieux. Un vieux c'est un type de 45/50 ans qui cherche désespérément un travail. Cela peut aussi être une femme, je ne suis pas mysogine, d'autant que passé 45 ans, elle est ménopausée et n'a plus ces soucis agaçants liés aux cycles de la Lune. Et puis, les enfants ont depuis longtemps quitté la maison, ils sont donc corvéables à merci et pas regardant sur les horaires.
Ils ont de l'expérience à revendre, mais leur prix est bradé car cela fait déjà deux ou trois ans qu'ils sont sur le pavé et qu'un job, et la dignité qui va avec un statut social, est tout ce qu'ils recherchent. Être comme tout le monde. Se lever le matin, se raser ou se maquiller et filer avec un enthousiasme éternellement renouvelé à ce nouveau travail, bouée de sauvetage avant le naufrage.
Ils sont devenus modestes à force d'essuyer des refus à la pelle et feront tout avec humilité pour intégrer sans heurt et sans risque une équipe déjà constituée de jeunes aux dents longues, prétentieux mais inexpérimentés. Ils mettront leurs compétences au service de la société avec diligence et envie de prouver qu'en dépit de leur âge, ils sont à la hauteur de la mission confiée. Ils sont nés au début du traitement de texte et les ordinateurs n'ont pas fait partie de leur cursus. Ils ont donc eu conscience de leur handicap en matière d'informatique et ont veillé à combler la carence éventuelle de connaissances de cet outil indispensable. Ils ont suivis des cours et se sont intéressés en autodidactes, non seulement aux logiciels, mais aussi à la machine elle-même et en savent souvent plus long que ces débutants sortis d'écoles de commerce pleins de morgue pour les vieux mais incapables de brancher un ordinateur sans l'aide d'un département support !
Le vieux restera loyal jusqu'à la mort, trop heureux d'avoir été recruté. Il pourra même, s'il est pédagogue, enseigner quelques ficelles du métier à certains morveux qui ont inventé la poudre.
Evidemment, là où je rejoins le billet de ce professionnel à l'humour décapant, c'est que le vieux doit aussi se rendre compte que son embauche n'est pas un acte de philantropie, bien au contraire, et donc il a tout intérêt d'être créatif, dynamique, habile, intelligent…
Moi aussi je veux "..un vieux qui comprenne que l’entreprise n’a aucun intérêt à embaucher un boulet simplement pour équilibrer la pyramide des âges. Je veux juste embaucher le meilleur, c’est tout."
Alors si vous êtes "vieux", en pleine forme physique et mentale, prêt à vous donner corps et âme à votre travail (surtout corps d'ailleurs !),
contactez-moi !
* * * *
Je remercie au passage de sa collaboration involontaire mais salutaire l'auteur de "Non, je n'ai pas envie d'embaucher un vieux (*) ..."et je lui sais gré de ne pas me réclamer de royalties pour la phrase de lui que je cite, car enfin, la promotion gratuite de ces idées n'a pas de prix ...
06:45 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : embauche, senior, chômage, statistiques