01 novembre 2009
ELLE - Çatagamor

Parce que je ne pouvais pas lui refuser, j'ai dit oui à Oh!91. Voilà la suite.
"Quoi ?"
Ce petit mot là, on l'appelle pronom interrogatif, avait jailli de ma bouche dans un bouquet d'incrédulité. Quoi ! Si j'avais pu articuler séparément chacune des lettres qui le composent, je l'aurais fait mais, ici, point de diphtongue ou de triphtongue à l'anglaise. Pourtant, d'anglais il était bien question. Enfin, d'Anglais, avec un A majuscule. Ou était-ce avec un S majuscule, S comme Sexe ? Les deux mon capitaine, car tel était son grade. "Quoi, tu l'as fait ?" Isabelle me regardait avec des yeux pleins de fierté. Oui, Isabelle, dix-huit ans, ma bonne amie de l'époque venait de "le faire" avec un capitaine des Marines de sa majesté la Reine d'Angleterre ! Venait de "le faire". Un verbe et un pronom encore, rien de plus, avaient suffit pour que je comprenne. Un verbe et un pronom lourds de sens. Oui, il s'agissait bien des sens justement. Et moi, vierge encore, je la regardais comme une cadette regarde son aînée, avec une forme de respect et de jalousie.
Nous étions en Angleterre, rejouant pour un autre été le film version masculine d'A nous les petites Anglaises. C'était l'époque de mes vacances linguistiques. Il était en effet beaucoup question de langues, à tout bout de champ à un âge où on a à cœur de les pratiquer, mélangées de préférence. Le cœur n'avait pas vraiment sa place dans ces échanges-là et seuls un intense apprentissage de nos corps et la recherche du plaisir inconnu nous motivaient. Le plaisir. Le mythe d'entre tous les mythes. Jouir. Le verbe d'entre tous les verbes. Mystère. Nous n'étions pas très romantiques. Enfin, un peu tout de même, mais nous jouions plus que nous m'aimions.
Isabelle m'avait lancée un défi sans me le dire. Elle était devenue femme sans m'avoir attendue, nous qui faisions toujours tout en chœur et en quasi synchronie. Elle m'avait devancée, j'allais la rattraper.
On l'appelait Woody. Il était Marine aussi. Un joli blondinet, petit gabarit mais bien découplé, gueule d'ange aux yeux bleus. Il m'avait séduite et nous flirtions depuis quelques jours. A cet âge, quelques jours étaient aussi longs qu'une vie de mariée. Quelques jours ressemblaient presque à un engagement. Je lui plaisais bien plus qu'il ne me plaisait. Il me convoitait comme le péché. Alors, le soir même de l'annonce faite par Isabelle, j'ai décidé de lui dire oui.
Ah, le cauchemar. Comment fait-on l'amour quand on ne sait pas ce qu'il faut faire ? Comment fait-on l'amour quand l'autre n'en sait pas beaucoup plus que soi ? Mais il fallait que cela se passe. J'étais prête à tout. Je voulais le lendemain déclarer à mon amie que nous faisions dorénavant partie des initiées, elle comme moi. Ce fut rapide et maladroit mais avec beaucoup de délicatesse et de tendresse. Des timidités qu'hélas je ne retrouverai jamais plus. De ces hésitations tremblantes qui font battre le cœur à tout rompre et mettent nos sens en émoi. Aucun plaisir à la clé mais beaucoup de partage teinté de sourires. Faire l'amour la première fois avec un débutant qui ne parle qu'anglais était une garantie de faillite. Je ne le savais pas.
Nous sommes restés toute la nuit enlacés.
J'ai fini mes vacances avec lui et je ne l'ai plus jamais revu.
Illustration photo : Oh!91
05:52 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : la première fois, amour, sexe, entre2eaux
05 avril 2009
ELLE - Parlez-moi d'amour
Non, ce n'est pas un manque d'inspiration.
Alors, une réédition, pourquoi ? Parce que ce matin, le blues embusqué depuis des mois est sorti du fourré comme un prédateur affamé. Jailli serait plus juste, me prenant à la gorge. Et les mots de cette note sont revenus, obstinés, importuns. Parce qu'ils étaient vivants de nouveau ce matin. Parce que ce qu'ils exprimaient hier était encore valable ce matin. Parce que rien de ce que j'écrivais en juin passé n'était à renier et pourtant. Il avait suffi d'un commentaire taquin d'Alex pour m'ébranler et ouvrir la porte à ma censure. Ma propre censure, si sévère, si dure, et la pauvre note avait fini illico-presto aux archives !
Et de m'interroger ce matin du pourquoi de cet état de fait. Comment se fait-il donc que je me juge autant, voire ravale mes émotions au rang de chose risible et ridicule ? Et me voila, pleurnichant, reniflant, vitupérant contre moi-même. Assumer ce qu'on est, il me semble, est l'exercice le plus difficile. Et si pour moi, ça commençait maintenant ?
+ + + + + +
Tiens, je vais regarder la télé ce soir !
Voilà comment débuta ma soirée du 26 juin 2008. Cette décision était chez moi l'aveu d'immense fatigue. De celles si puissantes que même mon cynisme télévisuel ce soir là n'y pouvait rien. Les yeux me tiraient tant. Il me semblait que je n'avais plus de batteries et que mes synapses flottaient sans attaches dans un espace vide et creux, incommensurable. Plus de connections. Le circuit annihilé. Aucune pensée organisée si ce n'est un embrouillamini de réflexions inachevées. J'étais vautrée sur le canapé rouge, accablée par la chaleur et par une lassitude ineffable. Le reportage commençait.
Envoyé Spécial :
Chinois : des vacances made in France
Le boycott annoncé de la destination France par les agences de voyages chinoises serait une conséquence du passage mouvementé de la flamme olympique à Paris. Une désaffection qui pourrait toucher Jean Germain, le maire de Tours, qui proposait jusqu'alors aux Chinois de venir se marier en groupe dans les châteaux de la Loire.
Je découvrais avec étonnement tous ces couples de jeunes chinois amoureux qui ont décidé de sceller leur union chez nous, en France, en Touraine, parce qu'il n'y a rien de plus romantique sur terre. Magnifier leurs épousailles pour laisser dans leur mémoire un souvenir émouvant aux couleurs des ors de la salle de la Mairie, aux reliefs des stucs qu'arbore le plafond en volutes feuillues. Le reportage s'égrenait au rythme banal et sans invention du style journalistique. C'était bien un reportage au goût du reportage, à la couleur du reportage. Rien de bien nouveau ni de touchant. Le mariage à la chaîne. Le mariage de masse sans émotions. Mariage asiatique qui cache sous sa peau dorée et ses yeux bridés toutes les turbulences que provoquent un tel moment. Impénétrables étaient les visages si ce n'est un sourire timide et un baiser hollywoodien bien sage sans les lèvres ouvertes par le désir de l'autre. Alors ce ne pouvait être le syndrome chinois qui me touchait. C'était l'amour qui fait s'unir un homme et une femme. C'étaient ces vœux improbables prononcés pourtant avec la plus grande sincérité et la croyance enfantine que cela durera toujours comme dans les contes de fées.
C'est tout ce que je n'ai pas.
Alors en écho à ces voix enthousiastes qui affirmaient à Monsieur le Maire 是 (shi) leur demandant "voulez-vous prendre pour...", j'ai eu envie de dire "parlez-moi d'amour". Dites-moi au creux du cou, là où la peau palpite au rythme du sang dans la jugulaire "je vous aime". Dites-moi sans ambages des mots comme ceux que j'ai rêvés. Me les a-t-on dits jamais ? Ou bien fusse en un songe éveillé ? L'homme qui me dit ces mots là existe-t-il quelque part ? Serai-je condamner à me les réciter en me berçant comme une litanie d'amour adressée à un dieu qui n'existe pas ? Dites-moi combien je suis jolie et désirable. Dites-moi comme mes yeux brillent de vie et comment mon sourire illumine votre visage parce qu'inconsciemment, sous son charme, vous y répondez. Dites-moi la finesse de mes mains et l'élégance de mon port de tête. Dites-moi la fluidité de ma démarche racée et la soie de ma jupe qui volette autour de mes jambes de danseuse. Dites-moi je vous en prie, que votre cœur s'émeut de me voir là-bas, devant vous qui nonchalamment déambule et vous hypnotise au rythme de mes pas. Dites-moi comment mon parfum dont un léger effluve s'est accroché à votre nez vous trouble et vous stimule. Dites-moi encore combien votre âme s'emballe à l'idée que peut-être, enfin, je suis Elle. Inventez-moi des mots, inventez-moi des phrases. Submergez-moi d'émotions comme les grandes marées de Bretagne qui reculent loin à l'intérieur et chamboulent tout. Faites-moi croire que grâce à moi la vie subitement pour vous à une autre couleur. Inventez une palette nouvelle faite de pigments inconnus pour dessiner pour moi l'amour que vous me ferez, les caresses que vous me dispenserez, les baisers que vous me volerez, les étreintes que vous renouvellerez rien que pour moi.
Parlez-moi d'amour avant que je ne me fane et respirez-moi tant que ma corolle exhale des parfums enivrants et que mes pétales frémissent de vie. Parlez-moi d'amour avant que la sécheresse de la vieillesse ne transforme mes formes doucement vallonnées et mes membres longilignes en ceps de vigne noueux et rugueux au toucher. Parlez-moi d'amour avant que mon âme d'amoureuse ne me quitte au profit de l'indifférence de celle qui ne croit plus à rien.
Je vous en prie, parlez-moi d'amour...
05:17 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (34) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, raison, vie
04 janvier 2009
ELLE - Courtisane ou chômeuse ?
Je n'avais jamais réussi à le lire au-delà de la cinquantaine de pages.
Il faut dire que l'ouvrage est pesant à bout de bras et le style XVIIIe ampoulé de l'écriture m'avait, dans les premiers temps, rebutée. Une forme de snobisme m'irritait et rendait la lecture fastidieuse. Mais les temps changent ou serait-ce moi car snob ne suis-je pas ? Ainsi, depuis un mois je découvre enfin les œuvres complètes qui ont fait la renommée de Madame de Lafayette. Non, elle n'est pas l'ascendante des Galeries du même nom, je vous en prie, pas de dissipation.
Après avoir ingurgité à petites bouchées La Princesse de Montpensier et Zaïde pour préparer mon estomac à des mets plus roboratifs, La Princesse de Clèves me dévoile maintenant tous les secrets de cour. La vie de cette Princesse de fiction est un prétexte pour décrire des personnages qui ont fait l'histoire de France. Sorte de docu-fiction avant l'heure ou roman réaliste, comme vous voudrez. Et parmi les gens influents, je découvre Madame de Valentinois bien plus connue sous le nom de Diane de Poitiers.
Ah, Diane de Poitiers ! Fameuse courtisane qui débuta dans le lit du père de quarante ans son ainé pour finir dans le lit du second fils de vingt ans son cadet. Voilà une femme remarquable qui, par ses amants et la force de son poignet, s'est élevée dans la société. Et, fait encore plus marquant qui ne laisse pas de m'étonner, n'a-t-elle pas aussi trouvé l'amour ? Car Henri II l'aima indéfectiblement jusqu'à sa mort tragique en dépit de Catherine et des ans qui les séparaient.
Etendue sur le canapé, mes yeux partent dans le vague et je me prends à rêver. Car enfin, voilà bien une situation avantageuse pour une femme de peu que de gouverner les sens d'un homme jeune et son royaume, lorsque le naïf pense en rester le maître alors qu'il n'est d'elle que l'instrument trop docile de ses visées politiques et de ses croyances homicides. Et parce que dans ces temps là on avait l'élégance dispendieuse et des moyens, forcément, n'a-t-elle pas amassé puissance et fortune, sans abandonner pour autant sa gourmandise qu'elle satisfaisait avec de nombreux amants.
Mais que faut-il donc de qualités pour mener à bien pareille carrière ? Car carriériste avant l'heure elle était assurément pour accumuler prestige et richesses, bijoux et châteaux, enterrer deux rois et finir duchesse ! Soyons pragmatique. L'amour m'est refusé, alors pourquoi ne prendrais-je pas le pouvoir et l'argent ? Et je l'avoue sans façon, une carrière comme celle-là ne me dérangerait pas. Quitte à ne plus aimer, autant régner. Et si pour régner il faut se prostituer, car n'oublions pas que courtisane est le mot savant de la prostitution, je préfère ce sort là à celui réservé à Dacha, Katia et autres Mariam ou Fatou qui doivent errer tous les soirs dans l'air sale des boulevards extérieurs en quête de camionneurs qui paient la pipe de quelques euros méprisants quand ce n'est pas à coups de poing.
Reprenons. On la dit belle. Comme moi. On la dit intelligente. Comme moi. Elle a un sens aigu du pouvoir. Comme moi. On la dit douée en affaires. Comme moi. Mais nom de nom, que me manque-t-il donc ? Un roi, ma foi. Argh, j'enrage contre Carla. Que faire alors ? M'exporter, me décentraliser ? J'en étais là de ma réflexion lorsque ma bonne amie, excitée comme une enfant qui rapporte un 20/20 me dit "Ah, Gicerilla, tu es là. Viens, viens vite, il faut que je te montre ses photos !" "Ses photos ? Mais de qui ?" "Mais de mon amoureux..." Et la voilà qui pianote, proche de l'orgasme, le nom de son amant sur Face book. "Quoi tu es de nouveau amoureuse ?" Un ouiiiii vibrant dans les aigus jaillit de sa gorge palpitante et elle fait défiler devant mes yeux écarquillés les photos de son bel amant. "Mais il est jeune !" m'écriai-je un peu jalouse "où l'as-tu donc rencontré ?" Elle sourit, béate, les yeux humides de bonheur "A un stage ANPE !"....
Je m'assois, sonnée. Quoi, un si beau mec à un stage ANPE ? Mais alors, le chômage, c'est porteur ? Et ce qui hier était pour elle une malédiction s'est révélé une bénédiction. "No hay bien que por mal no venga" me sussure Gloria. Je fredonne, elle jubile. Elle rosit de faire défiler devant moi qui gamberge un diaporama digne de Gala. Et si en fait de cour, il me fallait un cours ? Un cours de rattrapage, un cours de recyclage. Le chômage propice à l'amour ? En voilà un rebondissement. Ah, j'hésite. Car la première option est certainement prometteuse mais la seconde n'est-elle pas plus tentante et si facile à réaliser. Courtisane ambitieuse ou chômeuse amoureuse ?
J'ai toujours eu un problème de choix...
N'hésitez pas à commenter mais, au vu de la malveillance dont je fais l'objet récemment, les commentaires sont modérés.
Aucune censure, je vous assure, mais les commentaires malveillants ne seront pas publiés.
Désolée mais contre la connerie, il faut lutter !
06:10 Publié dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chômage, assedic, amour
11 août 2008
ELLE - Petit conte olfactif d'un après-midi d'été
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Elle rêve...
Nous étions convenus de nous rencontrer à la campagne, dans un bosquet de votre connaissance, suffisamment touffu pour abriter un secret, mais suffisamment aéré pour que le soleil, la lumière et la brise puissent passer. Le choix de ce lieu était le vôtre car vous en connaissiez le potentiel de mystère et de tranquillité. Vous aviez donné comme point de rendez-vous un gros chêne centenaire, paraît-il vous ne pourrez pas le manquer. J’avais été étonnée de ce choix, mais vous connaissant un peu alors, rien ne venant ne devait m'étonner.
Je devais vous attendre sagement à son pied, profitant ainsi de l’ombrage de ses branches puissantes et vigoureuses. Je devais aussi tourner le dos à la sente que j’allais inévitablement emprunter. J’arrivai à l’heure dite et vous j’attendis. Je m’assis au pied de l’arbre, aux aguets. Je commençais à perdre ma sérénité à mesure que les secondes s’écoulaient. Je me disais quelle odieuse torture de me faire attendre ainsi, seule à milieu d’une forêt inconnue…’.Alors que peu de minutes ne s’étaient écoulées, j’entendis un bruit de moteur lointain, puis le froissement des herbes sèches de la sente. Je savais que quelqu’un approchait et ne devait pas céder à la panique qui m’aurait poussée à me retourner. Je priais que ce soit vous, car sinon aucun moyen d’anticiper quoique ce soit, j’aurais été piégée.
Les pas se rapprochaient, mon cœur battait plus vite. Puis les pas cessèrent. J'étais tétanisée, je ne devais pas parler. Vous ne deviez pas parler non plus. Je me relevai lentement, le dos tourné à l’arrivant. Les jambes me défaillaient un peu. Je restais les pieds fermement plantés dans la terre, cherchant en vain une espèce d'équilibre, un semblant d’assurance.
Après ce qui me parut un siècle, les pas reprirent leur approche tout doucement et subitement je sentis une présence tout près de moi, j’imaginais à quelques millimètres.
Ce moment semblait ne pas vouloir finir jusqu’au moment ou une main délicate souleva les mèches de cheveux de mon cou le libérant ainsi de leur chaleur et laissant passer un souffle de brise tiède sur ma nuque. Puis la brise sembla s’amplifier et de tiède elle devint chaude, brûlante. Votre souffle alors au creux de ma nuque m’inonda de sa chaleur, s’accompagnant d’un effluve ténu de parfum discret et pétillant. Je sentis vos lèvres effleurer la peau à la base de mes cheveux, je vous entendis me humer toute, avec puissance. J’imaginais que vous alliez aspirer toutes les essences que mon cou fin et gracieux vous révélait. Le long de ma colonne vertébrale votre souffle déclencha des ondes de frissons incessants. Je me raidis sur mes jambes qui avaient plus de mal encore à me soutenir. Et vous continuiez à me respirer, à m’aspirer, le long de mon cou, et à droite et à gauche, dans le creux de l’épaule que l’étoffe de ma robe légère occultait. Mon cœur battait toujours trop vite et je craignais que vous n’entendiez ses soubresauts dans ma poitrine. N’étais-je pas une grande fille blasée que rien ne pouvait déstabiliser, et surtout pas un quasi inconnu qui me frôlait présentement les cheveux, la nuque, un quasi inconnu qui m’avait imposé de ne pas le regarder, sinon je repartirais tout de suite…
Après quelques minutes de ce qui m’apparaissait un rituel de reconnaissance, vous me saisîtes par les épaules tout doucement et de manière tellement inattendue que je faillis tomber. Vos mains que j'imaginais solides et musculeuses me retinrent et je me retrouvais face à vous, je le sentais, je vous sentais. Certainement que votre taille vous obligeait à vous penchez un peu, enfin encore une fois je ne pouvais que l’imaginer. De nouveau les effleurages de mon cou, de mon visage avec votre souffle chaud reprirent. Une alternance régulière d'inspiration et d’expiration, de frissons et de craintes. Je ne pensais alors qu'à une chose ‘reste debout, ne tremble pas, les jambes fermes et les muscles bandés, ne rien montrer, ne rien laisser deviner’. Pas de regards échangés, pas de paroles non plus, juste le silence de la brise dans les feuilles, quelques chants d’oiseaux au dessus et surtout le sang, mon sang qui bat à mes oreilles, un bruit de tambour assourdissant, pourvu qu’il n’entende pas cette cavalcade ! Combien de temps va-t-il faire durer ce prélude, est-ce un prélude ou sera-ce tout. Insoutenable attente, attente de quoi, surtout pas d’attente bien sûr. Vos mains agrippèrent délicatement le col de ma robe chemisier en cotonnade blanche, oui le blanc c’est bien, c’est virginal, oui il te faut porter cette robe… irrésistible. Les boutons couraient tout le long du devant, et un par un vos mains commencèrent à les déboutonner. Que pense-t-il, que va-t-il faire, va-t-il seulement faire quelque chose. Peur du doute, peur de tout, peur du rien ! Le déboutonnage s’arrêta enfin, au niveau de la taille, juste au niveau de la ceinture. Vos mains dégagèrent lentement le col de la robe, dégagèrent mes épaules hâlées et firent glisser le haut jusqu’à la mi-temps de mes bras.
Il rêve aussi ...
...vous semblez surprise de vous retrouver ainsi emprisonnée dans un carcan imprévu. Vous ne pouvez plus bouger, et vous m'êtes ainsi livrée, désirable et tremblante.
Je recule doucement pour mieux vous regarder dans cette pénombre qui marque chacun de vos reliefs. Vos épaules sont délicieusement menues, le mouvement de chaque tendon de votre cou agite la naissance de vos seins...
Je vous fixe, vos yeux sont baissés, comme ceux d'une petite fille coupable d'une bêtise. J'ai envie de m'approcher de vous, de vous toucher, de glisser mes doigts le long de votre dos, sentir l'origine de vos creux, douce tentation. Mais je ne le fais pas, tétanisé moi aussi. Je suis si près et si loin de vous. Vous ne me regardez pas, comme si le croisement de nos regards pouvait enflammer nos ardeurs. A nouveau je respire vos épaules, doux parfum boisé qui emplit mes poumons d'une envie irrésistible. Vous êtes si fragile que je me sens fondre. Mes mains prennent votre taille. Vous tremblez. Ma langue court sur votre poitrine. C'est étrange de vous sentir si immobile et pourtant offerte à Toutes mes caresses.
Elle
Immobile je le reste de peur de faire cesser brusquement le sortilège. Car je suis envoutée, je le sais, tout cela n'a pas de sens, je ne le connais pas, d'ou vient cet engouement, cette fragilité, ce désir si puissant. Vos mains sur ma taille m'obligent à me tourner et vous présenter mon dos. Va-t-il se rapprocher ? Mon corps vous appelle de toutes ses forces.
Et pourtant, aucun autre stimulus que l'idée de vous me humant... enfin vous m'attirer à vous les mains fermement accrochés à mes bras maintenant. Je suis doublement maintenue et ce soutien involontaire est bienvenu vu la défaillance que je ressens à l'intérieur. De nouveau vous vous penchez et plaquez mon corps contre votre torse pour mieux continuer l'exploration olfactive de ma nuque, de mon dos. Je me cambre insensiblement car je ne souhaite rien d'autre que de sentir votre corps épouser le mien, de toute sa hauteur, de toute sa largeur.
Je veux me fondre dans votre moule, sentir contre mon dos, contre mes fesses la preuve que je ne vous laisse pas indifférent, sentir que mes fragrances ont grâce à votre nez, à vos papilles....que vous êtes saisi comme moi d'émotions intenses et incontrôlables ! Je n'ose pourtant bouger alors que je sens monter en moi des rythmes ancestraux, des vagues irrésistibles qui veulent vous entrainer dans une danse ondulante que je réprime de peur que vous ne la refusiez.
Je ne suis plus moi, je n'ai plus de conscience, je ne suis plus que chair et que sang, le sang bouillonnant dans mes veines, je suis vos lèvres et votre haleine, je suis le désir incarné, je suis l'eau, l'humus, le soleil, je suis comme une rivière musquée qui s'écoulerait sans commencement, sans fin ! J'ai peur que mon corps ne trahit trop de fragrances révélatrices et en même temps je souhaite qu'elles vous enivrent au point de vous faire perdre la tête.
Enfin vos mains glissent de mes bras à mon ventre, une simple pression qui rampe de ma taille à mon nombril, je tremble encore plus, des spasmes parcourent mes reins, mon sexe. Vos mains s'arrêtent pourtant trop vite et dénouent prestement la ceinture de ma robe et, le dos toujours plaqué à votre corps, votre visage lové dans mon cou, elles entreprennent de déboutonner rapidement les quelques boutons qui le restent et libèrent enfin la robe qui chute silencieusement à mes pieds.
Je sens que vous reculez d'un pas, peut être de deux, je frisonne, je sais que vos yeux scrutateurs sont braqués sur moi, observent avec gourmandise la finesse des muscles de mon dos, la cambrure de mes reins. La rondeur de mes hanches et de mes fesses que seul un petit triangle de dentèle chocolat orne. Je sens vos regards filer le long de mes cuisses longues et fuselées, sur le creux des genoux et descendre le long de mes mollets. Ces regards me brulent délicieusement car j'anticipe l'approbation de vos regards. Je sais que vous fondez, vous êtes sous le charme de ma silhouette d'adolescente.
Vous revenez et cette fois sans ménagement vous m'attirez violemment à vous, il n'y a plus de doute vous vivez les mêmes affres que moi, vos mains sont sur mes hanches, sur mes fesses, votre bouche chaude de nouveau dans le creux de mon épaule. Je prie, je crie silencieusement pour qu'une de vos mains s'affranchisse de votre volonté, reprenne l'exploration de mon ventre, que sans hésitation elle se pose sur mon sexe, qu'elle s'immisce sous la dentèle, fragile obstacle. De nouveau je me cambre, je ne sais résister aux mouvements que mes hanches déclenchent. Je n'ai plus de volonté, si ce n'est celle de vous faire succomber. Votre main droite enfin, ô mon Dieu, cède à mes suppliques silencieuses et me caresse, découvre l'émoi dans lequel je suis, s'émeut elle aussi je le sens. Votre main s'agace avec douceur, votre corps se tend, les muscles de vos jambes et de vos fesses sont bandés, je le sens aussi à la pression intense de votre corps contre le mien. Moi, je ne suis plus rien, je suis votre main, je suis mon sexe inondé, je suis tous ces effluves qui montent de moi, je n'ai plus de tabou, je n'ai plus peur de rien, mes hanches bougent irrésistiblement, j'accompagne votre main, de plus en plus intensément, en mouvements profonds et lents... et alors subitement une chaleur volcanique m'envahit, un flux et un reflux de vagues intenses me submergent. Je ne suis plus qu'ondulation, contractions, je suis un souffle, un gémissement, un cri, des larmes !
Je ne me soutiens plus, je suis une poupée de chiffon, des larmes de plaisir coulent doucement le long de mes joues. Je suis appuyée logement contre vous maintenant, et vous m'accueillez délicatement. Je reprends doucement des forces, mes jambes se raffermissent, je me redresse un peu et vous vous éloignez alors. Je ne vous vois pas mais je sais que vous ramassez ma robe pour la poser sur mes épaules. Pas une parole n'a été échangée, je ne vous ai pas vu mais vos yeux m'ont dévorée, je le sais. Je sais aussi que vous allez repartir. Vos pas font crisser l'herbe séchée, le bruit lointain d'une portière claquée, d'un moteur. Je suis seule, j'ai un peu froid, je souris, je suis bien, je me sens comblée, pleine... heureuse ? Je sais que vous reviendrez.
Lui
Brusquement le grondement sourd du ciel en colère fend mon rêve en deux...je ne sais pas où je suis ni qui je suis...mon corps est endolori comme après un match de squash forcené. Quelle sensation étrange ! Dehors la lourdeur du temps a défait le port altier du liquidambar. Je regarde le bel arbre qui, lui, semble connaître la vérité.
Que m'est-il arrivé, je tremble encore dans la moiteur de cet été sans air. Je ne sens plus mes membres, mon corps est rigide, mon cœur égrène ses extrasystoles, signe d'un émoi incomparable...
L'arbre est crevassé, torturé aussi...mais il me sourit avec ses mille feuilles dentelées. Un mouvement involontaire de mon biceps droit, celui que le squash a développé sans respecter une symétrie essentielle à l'harmonie, fait grincer un des multiples ressorts de mon lit. J'aime ce bruit, j'aime la maitrise absolue de mon corps sur l'équilibre des forces qui maintiennent ma couche en suspension. Une contraction de mon ventre musclé déclenche l'ire d'une autre spirale métallique...Petit à petit, je sors de cette léthargie étrange et un peu inquiétante...
Je me souviens petit à petit de ce rêve impossible. Elle, blanche et pure, Elle, fine et tendre, Elle qui m'inspirait un désir pourtant impossible...
Comment un simple délire nocturne pouvait tendre à ce point chaque muscle de mon corps ? Comment cette balade du crépuscule à l'aube avait pu tromper mon esprit rarement embué par les dérives amoureuses...
Chaque ressort, signe du réveil de mon corps endormi, ponctue d'un petit cri le retour à la réalité... Elle n'est pas là, elle n'a jamais été là...existe-t-elle au moins ?
Le liquidambar lui, connait la vérité... A ses pieds traîne un morceau d'étoffe blanc, transparent comme l'eau pure...
05:14 Publié dans Eros | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, impossible, désir
19 juin 2008
ELLE - Petite leçon d'arithmétique

A bien y réfléchir la vie n'est qu'une histoire de chiffres.
De tous temps on a mis en équations plus ou moins savantes, plus ou moins pénétrantes des faits de la vie. Les chiffres triturés pour leur faire dire leur science. Les chiffres additionnés, divisés, soustraits ou multipliés pour rationaliser des événements aléatoires, décrypter les mystères de la vie, expliquer des hasards comme s'ils n'en étaient pas, comme s'ils étaient en réalité le résultat d'opérations mathématiques mises au point par des Dieux espiègles ou cinglés. Formules magiques pour découvrir LA martingale, la prochaine éclipse de lune, les chiffres du loto, le prochain tremblement de terre...
Nous sommes cernés par les chiffres comme des sentinelles qui veillent sur nous ou ne serait-ce pas plutôt qu'ils nous emprisonnent ? Ils viennent facilement à nos lèvres pour exprimer des idées, étayer des concepts ou appuyer des théories comme des vérités imparables puisque 1 plus 1 sont deux ! On croit les manipuler, mais ils nous manipulent. On croit les faire parler mais, même sous la torture, ils ne font que dire ce que nous souhaitons lire en eux. Statistiques à l'infini, probabilités improbables...
Ils nous classifient, nous caractérisent. Organisateurs de listes sans fin, ils dévoilent aux yeux étrangers des points clé à l'instar du génome humain. 1 l'homme, 2 la femme. 2..0375114183. Treize chiffres qui disent tout de moi, même à des inconnus qui peuvent déchiffrer en un instant la catégorie dans laquelle je me situe, sans rien savoir de moi.
Et ce soir me voilà à suffoquer sous leur poids. Subitement ils s'imposent à moi et me font paniquer. Ils me dessinent de leurs nombres infinis un futur sombre et sans espoir. Je ne les ai jamais beaucoup aimés. Ils minimisent de trop et ôtent rapidement notre part d'humanité. Combien tu gagnes ? Combien tu pèses ? Combien de ci, combien de ça. Nous ne sommes que des sommes. Rien en somme, si la somme de ce que nous sommes ne vaut rien sur l'échelle de valeurs erronées de notre civilisation déjantée.
Grâce à eux toujours, comme des délateurs, je peux me diriger dans n'importe quel pays, dans n'importe quelle ville ou rue. Longitude, latitude, code postal, numéro de la rue, du bâtiment, de l'escalier, de l'étage... Ils ciblent, localisent, entourent, cernent. Ils nous investissent tels des détectives de clés chiffrées qui ouvrent toutes les voies et surtout celles de l'égarement astucieusement déguisées par ces fameux chiffres qui ne sauraient mentir puisqu'ils participent aux choses scientifiques. Des effluves de crédibilité inébranlable suintent de chacun d'eux et notre instinct est souvent, à tort, refoulé au profit de leur vérité.
Et voilà les chiffres qui égrènent leurs chapelets.
815 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde.
28 mois que je n'aime plus.
2,3 millions d'enfants atteints du sida dans le monde.
854 nuits que je n'aime plus.
126 millions de £ pour le plus gros lot d'Euromillions.
20,496 heures que je n'aime plus.
3 330 espèces animales et végétales menacées d’extinction dans le monde.
1,229,670 minutes que je n'aime plus.
163,600,000,000 de tonnes de pétrole en réserve dans le monde.
7,377,600 secondes que je n'aime plus.
Litanie qui me vrille les oreilles, qui me tord les tripes et fait jaillir mes larmes. Prière chialée comme des incantations qui mêlent tour à tour "combien" et "sans". Combien de mois, de jours, d'heures, de minutes ou de secondes sans le souffle doux de l'homme dans ma nuque. Sans ses mains fermes qui enserrent ma taille. Sans sa jambe velue qui frôle la mienne dans le lit pour s'assurer que je suis bien là. Sans ses lèvres gourmandes qui croquent dans la tartine beurrée du matin. Sans la mousse à raser que j'étale sur ses joues pour me damner de leur douceur. Sans ses bras puissants pour me soutenir quand je défaille. Sans ses sourcils froncés quand je dis une ânerie patentée avec aplomb. Sans son humour qui me fait glousser comme une dinde en basse-cour. Combien de sans encore ? Mon sang se glace car je perçois combien de combien encore je pourrais prononcer si rien dans ma vie ne vient à changer.
21 grammes, enfin, le poids de mon âme quand elle me quittera...
06:17 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, solitude, statistiques, probabilités, mort, vie
07 juin 2008
ELLE - Immarcescible ?

Il pleut !
Une pluie grise et huileuse que les essuie-glaces ont du mal à évacuer.
Mon pare-brise ressemble à mon âme, noyé, débordé par des flots de tristesse qui remontent du tréfonds de moi. Comme si le bercement dangereux de l'autoroute permettait à ces idées enfouies de remonter insidieusement à la surface. Jusqu'à mes lèvres qui articulent des pourquoi silencieux. Jusqu'à mes yeux qui me piquent mais qui font courageusement barrage aux larmes qui voudraient bien couler. Jusqu'à mon cerveau qui voudrait bien l'oublier. Celui-là se croit toujours plus fort. Il croit tout dominer mais là, il doit bien reconnaître que rien n'y fait. Et la chape de raisons que grâce à lui j'avais consciencieusement bâtie se retrouve pulvérisée.
Mieux qu'un Caterpillar, mon cœur fait tout exploser. Il susurre à mon cerveau comme il serait doux de le laisser à nouveau occuper la place. Il le soudoie avec ses arguments. Mon cerveau accepte la coalition et voilà le cœur qui fouille la photothèque habituellement verrouillée à double tours, interdite comme l'Enfer, à la recherche d'images de lui pour me les projeter dans l'intimité de mon for. Je ne vois plus les arbres qui défilent. Je me dis que décidément ce parcours n'est pas propice à la paix de mon cœur comme si un mauvais génie hantait ce tronçon là. Exactement comme l'autre fois.
Le noir d'un tunnel rejoint les rebelles comme pour mieux mettre en relief tous ses traits. Mes yeux se fondent dans l'ombre et les images s'animent. Lui, le désiré depuis des années, lui l'impossible, il bouge devant moi. Il marche d'un pas lent vers moi. Il a les yeux rivés aux miens. Je ne peux pas les détourner. Nos regards sont arrimés comme le missile sur sa cible. Rien ne les fera dévier. Et alors qu'il s'approche, il lève son bras droit et du bout de ses doigts il caresse ma joue. Le barrage rompt et mes larmes dévalent en cascades et suivent les sillons que les grimaces de désespoir dessinent sur mon visage.
Mes mains se crispent sur le volant. Les lumières bleues et vertes du tunnel se brouillent à mon passage. Je ne veux pas aller dans le décor. J’essaie de me ressaisir, de chasser les images qui défilent en un scénario improvisé mais cela m'est impossible. Le cœur bat vite et pompe vers mon cerveau tous ces rêves de caresses, de baisers, d'odeurs et de toucher. Tous ces gestes et ces sensations qui n'existeront jamais. Un sang torrentueux inonde mon cortex et le voilà docile, enivré. Il accepte tous les fantasmes de son partenaire, association de malfaiteurs pour me faire chavirer.
Et me voilà à me demander à haute voix dans l'habitacle, presque à crier pour ne pas devenir folle, pour que les décibels pulvérisent façon puzzle son visage tant convoité, ses yeux qui me fixent toujours, ses mains tant attendues qui m'enlacent, ses lèvres qui savourent mon cou... car tout cela n'est qu'illusion. "Combien de temps le cœur peut-il aimer sans être satisfait ? " "Quel remède contre une amour impossible ?"
Et je pleure et j'implore "combien de temps encore ?" J'invective, j'interpelle les dieux et le diable "Libérez-moi !" puisqu'il semble que ma volonté seule n'y arrive pas.
Je sors du tunnel. La pluie s'est calmée. Les essuie-glaces enfin assurent efficacement leur fonction. Une lumière anémique éclaire le ciel et les images de lui lentement s'évanouissent.
Je reste épuisée, les yeux figés sur l'horizon avec cette question sans réponse :
"Combien de temps sans récompense un cœur peut-il aimer ?"
06:22 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, infini, désespoir
08 avril 2008
ELLE - Expérience mythique - p'tit bilan
Ma plongée dans le monde des rencontres virtuelles est une école du savoir inépuisable.
Je me régale. Je me suis découverte étudiante studieuse. Moi qui n'ai jamais dépassé 14/20 de moyenne générale, je récolterais ici, à n'en pas douter, du 19/20 sans forcer. Il faut dire que le sujet étudié, l'homme, est tout ce que j'aime. Ne l'ai-je pas tant loué ? Et j'en redemande.
J'avais confié ici sans rougir, mon inscription sur Meetic il y a deux ans bientôt, planche de salut qui m'empêcha de me noyer tout à fait. De femme en moi, à cette époque, il ne restait que la plus pauvre apparence. Le peu de courbes que j'avais avait fondu sous la chaleur cuisante du mépris de mon ex. Que n'ai-je breveté le régime par lui administré d'une efficacité redoutable pour perdre des kilos, même lorsqu'il ne le faut pas, car alors je n'aurais pas été amaigrie pour rien et mon compte en banque, lui, se serait gentiment dodufié ! Éclipsés Mayo, Montignac, Duran et compagnie...
Bref, depuis, je ne me suis jamais désinscrite, vous pensez, une inscription gratuite ça ne se perd pas ! Il faut dire aussi que mieux qu'une encyclopédie ne le ferait, Meetic me dispense un enseignement intense sur la connaissance des hommes. J'avoue que je ne suis plus qu'une observatrice passive, une scientifique à l'affût. Je ne chasse plus, mon carquois est remisé au placard avec celui de Cupidon. Mais je me laisse approchée comme un appât pour mieux les observer avec curiosité, avec bienveillance. Et je constate, amusée, qu'on peut les classer en catégories. Étonnamment, nul besoin d'une analyse de classes minutieuse ou de statistiques élaborées. Non, les catégories se dévoilent avec simplicité "déchiffre mon pseudo et je te dirai qui je suis". C'est fou ce que peut révéler le choix apparemment anodin d'un pseudo.
Il y a ceux qui ne prétendent à rien, qui ne se décarcassent surtout pas l'imagination, cela pourrait faire mal ! A la pelle des Toietmoi, des Moiettoi, et autres Nousdeux qui aurait été bien plus tentant en Douxnoeud mais bon, ce que j'en dis... Il y en a qui maltraitent l'anglais ou autre langue, font des jeux de mots affligeants ou vendent ce qu'ils peuvent. Et nous voilà cernées de Languedevelour, Languexperte, Mainsensuelle, Bitesize_bomb, Braquemart, Lèvresucrée, 69viceversa etc. Les uns comme les autres sont rarement intéressants mais qui pourrait se laisser fasciner par le vide sidéral des Mickey, Casimir, Pollux et autre Popeye&olive ?
Il y a ceux qui sortent du lot par le fait qu'ils ont eu à cœur de détoner avec élégance. Enfin, mon idée de l'élégance, faussement érudite mais certainement pleine de double sens. J'ai nommé Corpusdelicti, Fugitempus, Semperfidelis, Quononascendet, qui ont des vieux relents latinistes tout à fait à mon goût, car il est connu que la roture se laisse impressioner par des faux airs d'érudition. Et ceux là se sont révélés des hommes de qualité, cultivés avec savoir-vivre et délicatesse, ce qui n'est pas légion ici où l'humour de caserne hélas, trop souvent, prévaut. Aucun amant parmi eux, mais des amis épistoliers sans doute ! Qui a dit que l'amitié homme-femme était impossible ?
Il y a la catégorie des inclassables, des néologisant dans l'esthétisme dont les pseudos sont à eux seuls un poème, un vœu, un reflet de leur sensibilité et de leur imagination ou plus simplement l'appropriation d'une idée cachée par ce nom qui en dit plus long que n'importe quelle dissertation. Sahoro, Nastella, Ultramar ... Ceux là ce sont toujours révélés riches, pleins d'humour, aimables. Je les hanterais volontiers si mon cœur condescendait enfin à répondre à leur invitation. Mais non ...
Et puis il a y la clique des pseudos issus d'une activité, réelle ou imaginée, qui donne le ton sur la capacité de conversation. Lecamionneurdeslilas aussi délicat que le cambouis sous ses ongles, Skieurdescimes rapide et impatient qui se montre sûr de lui mais doute de tout, même de l'amour qu'il n'a pas. Chercheurdeperledor bien trop jeune mais mut par la quête d'un idéal. Chasseurdelumière mais qui ne la trouve pas...
Il y a les rigolos, les paumé du net qui veulent une femme comme on adopte un Saint-bernard, qui veulent de la baise gratuite et n'ont pas la décence de faire semblant un instant. Ils annoncent la couleur sans ambages et n'ont rien à envier à San Antonio mais sans l'humour, hélas, qui pourrait parfois les sauver du fiasco. Il y a ceux qui s'ennuient dans la vie et s'inscrivent un court instant pour se donner l'illusion de respirer un parfum de femme inaccessible en passant. Il y a enfin les pré-pubères en mal d'apprentissage qui draguent le net en espérant trouver, planquées au fond de leur filet, de jolies sirènes expertes dans l'art d'aimer. Devenir pécheur est leur seule ambition mais aucuns appâts alléchants dans leur filet. Désolant...
Alors en attendant que Cupidon prenne enfin mon coeur pour cible, j'apprends, j'apprends !...
06:59 Publié dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (25) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rencontre, meetic, amour
01 avril 2008
ELLE - Hasard ou destinée

Je n'ai jamais pu trancher !
Aujourd'hui encore, je ne sais quel parti prendre s'il faut en prendre un. Pourtant j'aime trancher. Vocation de bouchère contrariée ? J'aime ce qui est net. Je n'aime pas le mitigé, le flou, l'indécis. Alors, en cette matière, j'aimerais bien pouvoir me faire une opinion, une de celle si bien plantée sur ses deux pieds que rien ne peut l'ébranler et la vie alors en devient plus aisée. N'est-il pas plus confortable en effet de vivre dans des certitudes réconfortantes que cerné par des questions sans réponse ? Mais quel est donc le sujet qui me laisse si inquiète ? Simplement celle-là : sommes-nous les acteurs de notre vie, scénario écrit par chacun des choix que nous faisons constamment, bien souvent sans nous en rendre compte, ou bien sommes-nous les acteurs d'un scénario déjà écrit dont aucune des situations à vivre n'est laissée à notre choix si ce n'est le chemin qui nous y mènera ? Et oui, il faut bien laisser à l'être humain l'illusion du contrôle...
Ne vous-êtes vous jamais entendu blâmer cette satanée destinée au lieu de voir qu'inconsciemment c'est vous qui avez choisi votre chemin, guidés par des raisons souvent muettes mais bien ancrées en vous, qui dépassent la raison qui ne s'en rend même pas compte ? Je serais tentée bien souvent d'adopter le parti de croire que ce que je vis n'est que le résultat de mes choix, mais cela serait soit prétentieux, soit naïf, car il est des événements que je ne commande pas, et que d'aucuns appellent hasard, fatalité, aléas, chance... Partant de ce postulat "je ne maîtrise pas tout ce qui m'arrive" j'en viens à me demander pour la énième fois le pourquoi du comment. Pourquoi donc je vis ce que je vis ? Car lorsque l'on est faite comme je le suis, l'illusion d'appréhender ce qui se passe, d'en comprendre l'origine et le but m'aide à accepter des situations parfois difficiles, parfois insupportables...
Hélas, ces derniers temps plus encore, tous mes raisonnements les plus fidèles, toutes mes ratiocinations les plus chevronnées ne me sont d'aucune aide. Des questions sans réponses m'arrivent à foison, comme une lame de fond qui me fait perdre pied. Et parmi ce déluge, l'une d'elles revient avec la douleur lancinante d'une épine dans la chair. Pourquoi rencontrons-nous à tel moment telle personne ? Pourquoi celle-là nous touche plus qu'une autre sans que la raison ne puisse en trouver une satisfaisante. Il y a quelques mois, un homme est entré dans ma vie. "Grande nouvelle !" me direz-vous en souriant, mi-goguenard, mi-sympathique ! Et oui, grande nouvelle car cet homme est entré dans ma vie sans que je ne le sollicite. Pourquoi lui ? Il est entré par une petite porte. Vu sa grande taille, je me demande encore comment il est passé. Et puis surtout comment a-t-il donc fait pour trouver un huis de moi-même ignoré ? Par ses mots tantôt impertinents, tantôt curieux, tantôt excitants, tantôt francs et directs, tantôt en demi-teinte suintant subtilement l'ambiguïté, il s'est frayé un chemin dans mon cortex et il entame à son insu l'escalade de la face nord de mon cœur atteignant bientôt, je le crains, son sommet. Tour à tour il m'émeut, il me fait rire, il excite mon désir et ma curiosité. Plus j'apprends de lui et plus je me dis que notre rencontre n'est pas hasardeuse mais pleine de promesses. Pourtant, plus j'apprends de lui et plus je sais que tout est impossible.
Alors quel parti prendrai-je dans cette affaire là ? Ne sera-t-il donc rien d'autre qu'un galet sur ma plage, amené là par le gré du courant marin ou bien sera-t-il le porteur d'un message ? Car pourquoi peupler ma plage pour rien, occuper le terrain et ne rien apporter, même pas une bonne nouvelle, même pas une leçon qui me rendra plus sage, plus savante sur moi et sur mes aspirations ? Je n'en sais rien. Ce que je sais c'est que sans lui ma vie ne serait pas la même et qu'hélas, sans lui, ma vie va devoir continuer.
Alors, hasard ou destinée ?
07:05 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, impossible, désir
